ARCHIVÉE - Toronto, le 20 mars 2008

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L’apport de la diversité culturelle à la francophonie ontarienne

Notes pour une allocution prononcée dans le cadre du colloque
« 400 ans de présence francophone en Ontario »


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs, bonjour.

Il me fait particulièrement plaisir d’être ici à Hart House. C’est une institution qui a joué un rôle important à l’Université de Toronto et pour la francophonie. C’est ici, dans cette même salle, que j’ai pu voir et entendre Gilles Vigneault pour la première fois.

À l’occasion de cette Journée internationale de la Francophonie, je crois qu’il est important de reconnaître que nous nous joignons aux plus de 175 millions de francophones de 55 états et gouvernements pour célébrer la langue française.

Au Canada, la francophonie est source de fierté à l’échelle régionale, nationale et internationale. Nos deux langues officielles nous permettent de communiquer avec les citoyens de plus de 75 pays. Une foule d’avantages s’offrent ainsi à nous sur les plans économique, politique et culturel.

Chez nous en Ontario, cela a une incidence important sur nos communautés francophones puisque l’Ontario français d’aujourd’hui diffère énormément de celui de nos manuels d’histoire. Comme la population du Canada, la population francophone de l’Ontario est maintenant composée de gens provenant d’une multitude d’horizons qui ont choisi de s’installer ici.

En septembre dernier, l’Association canadienne d’éducation de langue française a tenu un colloque sur les questions de l’inclusion et de l’accueil de la diversité au sein de nos communautés. Ce fut une rencontre clé, car elle a permis de mettre l’accent sur un dialogue auquel nous n’avions pas accordé, jusqu'alors, suffisamment d’importance. Il a été dit, à ce colloque, que le temps était venu de « se parler franchement de questions difficiles ».

Des francophones vivent en Ontario depuis près de 400 ans. Qu’on les appelle Français, Canadiens français, Franco-Ontariens, Ontarois ou simplement francophones de l’Ontario, ils ont façonné le visage de la province. Au fil des siècles, la population francophone de l’Ontario a connu des moments tant glorieux que difficiles parce qu’elle voulait s’affirmer et préserver son patrimoine, sa culture et sa langue.

Le Règlement 17 et la cause Montfort viennent immédiatement à l’esprit. Il s’agit certes de deux des plus grands défis que les Franco-Ontariens aient eu à relever. Ils ne sont toutefois que le reflet d’une fierté et d’une force qu’expriment tous les jours plus d’un demi-million de personnes.

L’Ontario français abrite aujourd’hui un nombre croissant d’associations, de groupes culturels ainsi que d’auteurs et d’artistes issus des communautés francophones.

Toutes ces contributions et tous ces événements marqueurs permettent aux nouvelles populations immigrantes qu’accueille aujourd’hui l’Ontario français d’avoir accès aux ressources nécessaires pour continuer de vivre dans la langue officielle de leur choix.

Situation actuelle

En raison de l’évolution démographique de l’Ontario, il est maintenant primordial que chaque communauté francophone participe au dialogue de la diversité. Les nouveaux arrivants d’expression française constituent seulement 10 p. 100 des francophones en Ontario, mais ils totalisent tout de même plus de 58 000 habitants. À Toronto, les minorités raciales francophones représentent 33 p. 100 de la population de langue française, tandis que dans l’Est, ils n’en constituent que 9 p. 100 et, dans le Nord-Est, à peine 0,5 p. 1001. C’est donc dire qu’ici, au moins un francophone sur cinq fait partie d’une minorité visible.

De 1996 à 2001, le nombre de francophones dans la province appartenant à une minorité raciale a augmenté d'environ 42 p. 100. On peut s’attendre à ce que cette tendance se soit poursuivie de 2001 à 2006, mais les données n’ont pas encore été divulguées. Les communautés francophones de l'Ontario ont donc une belle occasion à saisir. Elles savent d’ailleurs, depuis longtemps, que la différence constitue une force et non pas une faiblesse, puisque cette différence, elles l’ont elles-mêmes vécue.

On attribue aujourd’hui à l’immigration 70 p. 100 de la croissance démographique du pays. On s’attend à ce que le nombre d’immigrants continue d’augmenter au cours des prochaines années. Il y a trois ans, Statistique Canada prévoyait qu’en 2017 un Canadien sur cinq appartiendrait à un groupe de minorité visible. En ce moment, pour chaque immigrant de langue française, le Canada en compte presque dix de langue anglaise. Cette disproportion est davantage accentuée dans les communautés francophones en situation minoritaire. En effet, si 21 p. 100 de la population anglophone du pays se composent d’immigrants, un peu plus de 6 p. 100 des francophones seulement proviennent de l’immigration2. Il est intéressant de noter qu’après le Québec, l’Ontario demeure la province qui reçoit le plus grand nombre d’immigrants d’expression française.

L’immigrant d’expression française qui s’établit dans une communauté francophone hors Québec se retrouve au sein d’une collectivité où la force, le nombre et la qualité des institutions et des services varient grandement d’une région à une autre. L’immigration francophone est un phénomène nouveau pour une multitude de communautés. Au début, ce n’était pas toujours évident. Mais celles-ci sont de plus en plus nombreuses à se doter de structures d’accueil et d’intégration. C’est là une preuve indéniable de leur maturité.

Malgré tout, les immigrants d’expression française font souvent face à un manque de services adéquats en français capables de répondre à leurs besoins. Le résultat : parmi les immigrants qui choisissent initialement de s’installer au sein d’une communauté francophone en situation minoritaire, seulement la moitié en feront toujours partie 10 ans plus tard3.

On ne peut s’empêcher d’établir un parallèle entre ces transferts linguistiques parmi les immigrants qui ne parlent que le français à leur arrivée au Canada et ce qu’ont vécu, et vivent traditionnellement, les communautés francophones en raison de l’assimilation.

Bien sûr, la prise en charge de l’accueil et de l’intégration des immigrants ne revient pas seulement aux communautés minoritaires. Les gouvernements doivent aussi en assumer la responsabilité. Ensemble, on doit faire en sorte que les nouveaux arrivants puissent s’épanouir dans la langue officielle de leur choix et veiller à qu’ils ne deviennent pas forcément des victimes du transfert linguistique.

Notez que le défi d’attirer les immigrants d’expression française au sein de communautés en situation minoritaire et de les y intégrer est étroitement lié au succès de la dualité linguistique dans l’ensemble du Canada. Les pratiques d’immigration du pays doivent donc viser à renforcer les communautés minoritaires, sinon le déséquilibre continuera de s’accroître et celles-ci ne pourront bénéficier du dynamisme qu’apportent les arrivants à la société canadienne.

Une nouvelle réalité

L’affirmation de soi et de ses valeurs individuelles et collectives, dans l’ouverture, la transparence et le respect des autres, voilà la seule voie possible que doivent emprunter les communautés qui aspirent à l’excellence.

Vous le savez bien : au-delà des éléments qui peuvent nous séparer, il y en a de nombreux autres qui nous rassemblent. Il s’agit là d'un défi complexe et difficile à relever. Une communauté ne se développe pas dans la facilité. Elle grandit plutôt dans l’adversité et trouve sa vraie mesure dans sa capacité à la surmonter et à en ressortir renforcée.

La diversité culturelle et linguistique des communautés francophones se compose de multiples éléments et présente de nombreuses facettes. L’épanouissement de la diversité culturelle et linguistique fait partie de notre mandat. Pour ma part, j’y attache une grande importance et je compte examiner de quelle façon la dualité linguistique et la diversité culturelle cohabitent au sein de la société canadienne.

Il ne m’appartient certainement pas de dicter la voie à suivre. Toutefois, à mon avis, une chose est évidente : un défi comme celui de l’épanouissement de la diversité culturelle et linguistique, particulièrement parmi les nouveaux arrivants d’expression française, doit passer par la concertation d’une foule d’acteurs.

Grâce à l’action communautaire, le gouvernement fédéral a déjà mis en place de nouvelles politiques, de nouvelles initiatives, telles que le Plan stratégique pour l’immigration dans les communautés francophones.

Le dernier Plan d’action pour les langues officielles accordait un investissement de neuf millions de dollars, répartis sur cinq ans, pour le recrutement et l’intégration des immigrants d’expression française. Il faudra des sommes beaucoup plus importantes pour réussir la mise en œuvre du Plan stratégique. De plus, les francophones devront prendre part aux discussions sur la reconnaissance des compétences, le renforcement des capacités linguistiques et le soutien au logement et à l’employabilité des nouveaux arrivants. Toutes ces questions concernent des membres de vos communautés.

L’éducation doit, elle aussi, faire l’objet de discussions. Les francophones de l’Ontario disposent de 12 conseils scolaires qui leur appartiennent. Il s’agit d’un atout pour l’accueil de nouveaux arrivants d’expression française, puisque cela permet aux enfants de se mêler, dès leur arrivée, à la communauté francophone ontarienne. On leur offre ainsi un milieu de choix pour apprivoiser la nouvelle communauté dont ils feront dorénavant partie.

On ne peut plus baser l’identité uniquement sur un passé commun, compte tenu de l’apport grandissant des minorités ethnoculturelles au développement de nos communautés francophones. Aujourd’hui, il faut valoriser toutes les cultures qui composent la francophonie.

En raison de la dépendance démographique du Canada sur l’immigration, on ne peut s’étonner que, selon les données du recensement de 2001, les foyers exogames représentent aujourd’hui 37 p. 100 de la population des communautés francophones hors Québec et acadiennes, tandis que leurs enfants composent 63 p. 100 des jeunes qui sont admissibles à l’école française4. Ainsi, ces foyers exogames constituent de loin la majorité de la clientèle des systèmes scolaires francophones. Nous parlons évidemment, dans ce cas, d’enfants que nous définissons comme « des ayants droit ». Dans la région du Grand Toronto, par exemple, seulement 20 p. 100 de francophones d’âge scolaire fréquentent une école du système francophone5. Ce taux alarmant aura des répercussions sur les institutions postsecondaires à la recherche d’une clientèle étudiante. Qui plus est, les ayants droits qui ne fréquentent pas l’école francophone perdent leur droit constitutionnel d’inscrire leurs enfants à une école francophone. C’est un droit qui ne dure qu’une génération.

Des efforts massifs de recrutement auprès des familles exogames sont présentement en cours au sein de plusieurs des conseils scolaires francophones du pays. Cependant, nous savons fort bien que le nombre d’inscriptions n'est pas le seul problème à résoudre. En effet, les enfants issus de milieux mixtes parlent souvent, à la maison, une langue autre que le français. Leur connaissance du français peut donc se révéler très limitée à leur arrivée à l’école. Par contre, il nous faut reconnaître le rôle que jouent leurs parents, qui parlent plus d’une langue, dans le rapprochement des communautés et des cultures. L’attachement que développera l’enfant envers la communauté francophone dépendra également de l’encadrement culturel que lui procurera l’école et le travail soutenu des enseignants, tout au long de son parcours scolaire. Toujours dans le but de combler les pertes causées par les ayants droit, il faut s'assurer de pouvoir accueillir les nouveaux arrivants en milieu scolaire.

En Ontario, la rétention scolaire demeure un problème de taille, surtout au niveau secondaire. La province a donc établi des stratégies pour diminuer le décrochage, telles que la Politique d’aménagement linguistique.

De plus, l’an dernier, mon ancien collègue, François Boileau, a été nommé commissaire aux services en français. Ces fonctions s’apparentent aux miennes, qui sont définies par la Loi sur les langues officielles. François et son équipe assureront le respect de la Loi sur les services en français de l’Ontario.

De par son mandat, le commissaire veillera à accorder aux francophones de la province un meilleur accès aux services auxquels ils ont droit. Pour ce qui a trait à la diversité, cela signifie que les nouveaux arrivants auront à leur disposition un plus grand nombre d’outils pour assurer leur essor linguistique et leur intégration au sein de leur communauté d’accueil.

J’espère que les organisations communautaires au sein des communautés francophones participent déjà au dialogue sur la diversité et qu’elles élaborent des stratégies visant à faciliter l’accueil des nouveaux membres de leur communauté.

Je suis d’avis que l’Ontario français a tout à gagner de ces efforts. Cependant, ce qui unit les francophones, toutes origines confondues, c’est d’abord et avant tout la langue qu’ils partagent.

Les Canadiens et les Canadiennes qui intègrent le français dans leur quotidien en l’adoptant comme deuxième ou troisième langue contribuent aussi à sa vigueur. À Vancouver, par exemple, les bureaux de l’Alliance française se trouvent dans les quartiers de la communauté chinoise et ses membres profitent de ses services pour apprendre le français. Souvent, les communautés de nouveaux arrivants reconnaissent plus aisément la place des deux langues officielles que les gens nés au Canada. Même s’ils viennent de s'installer au pays, ils ne tardent pas à participer au dialogue national, qui s’effectue en français et en anglais. Ils encouragent leurs enfants à apprendre nos deux langues officielles. Ils savent qu’il est fort probable que leurs enfants iront travailler à Montréal, à Ottawa ou à Toronto plutôt qu’à Beijing, par exemple.

En dernier lieu, je tiens à souligner qu'il faut, pour renforcer la vitalité, que les communautés établissent des liens entre elles. Bien sûr, la notion de partenariat s’étend également aux autres communautés de la Francophonie canadienne. De tels échanges permettent la mise en commun des meilleures pratiques et donnent aux jeunes l’occasion de découvrir d’autres régions du pays, d’autres cultures, tout en continuant de vivre dans un milieu francophone.

Conclusion

Toronto est un laboratoire magnifique où l’on peut observer, pour mieux les comprendre, les dynamiques linguistiques et culturelles dans une société pluraliste. Vous avez ici l’occasion idéale de devenir un chef de file au sein de la Francophonie ontarienne, canadienne, voire mondiale. Les nouveaux arrivants d’expression française qui choisissent de vivre et de travailler en français profitent pleinement de la dualité linguistique canadienne et participent aussi à l’essor des communautés francophones.

Je terminerai en vous posant une question, que j’emprunte en fait à un chef autochtone : « Qu’est-ce qui brille le plus : un diamant taillé à multiples facettes ou un diamant brut, à peu de facettes? »

Pensons maintenant à l’immense richesse qu’apportent les nouveaux arrivants à la minorité francophone. Pensons à ce qu’ils peuvent devenir, comme groupe, pensons aux sommets qu’ils peuvent atteindre dans leur construction identitaire, grâce au simple fait de mettre en commun, avec enthousiasme, les meilleurs atouts de tous ces gens. Pensons à la force et à la richesse de la société qui émergera de ce grand partage.

Tous ces propos nous ramènent inévitablement à ce qu’il y a de plus fondamental en chacun de nous : le respect. Le respect de soi et le respect de l’autre. La dualité linguistique est fondée sur cette valeur. L’épanouissement de la diversité culturelle et linguistique des communautés francophones est aussi, sans équivoque, une question de respect. Du plus grand respect qui soit : celui de merveilleuses différences. 

Merci beaucoup.



1 Office des affaires francophones, Profil statistique – Les minorités raciales francophones en Ontario, septembre 2005, tableau 1.

2 Statistique Canada, recensement de 2001, 97F0007XCB01043.

3 Commissariat aux langues officielles, L’immigration et l’épanouissement des communautés de langue officielle au Canada : politiques, démographie et identité, 2002.

4 Statistique Canada, Profil des langues au Canada : l’anglais, le français et bien d’autres langues (série analyses, recensement 2001), 96F0030XIF2001005.

5 Tableau préparé par la Ville de Toronto : Policy Analysis and Research et Toronto Public Health sur le nombre de francophones d’âge scolaire élémentaire 0 à 9 ans du recensement de 2001 et sur le nombre d’élèves d’âge élémentaire pour l’année scolaire 2006-2007 (conseils 58 et 64).