ARCHIVÉE - Ottawa, le 19 juin 2008

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Notes pour une allocution au colloque
« Le bilinguisme  dans un Canada plurilingue : recherches et incidences »
organisé par l’Institut des langues officielles et du bilinguisme


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Bonsoir,

Je suis heureux de participer ce soir au colloque inaugural de l’Institut des langues officielles et du bilinguisme. Établi l’été dernier, l’Institut a fait ses preuves à titre de chef de file dans le domaine des langues officielles et du bilinguisme grâce à des événements comme ce colloque. Je tiens également à souligner la présence de représentants de Canadian Parents for French (CPF), de l’Association canadienne des professeurs de langues secondes (ACPLS) et de la Société éducative de visites et d’échanges au Canada (SEVEC), deux organisations qui collaborent étroitement avec le Commissariat.

Je tiens également à mentionner que le gouvernement à lancer, aujourd’hui, sa Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne. Je suis soulagé de voir que le nouveau plan du gouvernement fédéral en matière de langues officielles permettra que les progrès accomplis au cours des cinq dernières années se poursuivent.

En janvier dernier, j’ai pris la parole à l’occasion d’un symposium sur la recherche dans le domaine des langues officielles organisé par Patrimoine Canadien, le Commissariat et diverses institutions fédérales. Ce symposium a réuni des fonctionnaires, des chercheurs et des intervenants. J’y ai déclaré que la recherche demeure l’une des forces motrices de la dualité linguistique – et du plurilinguisme.

J’y ai également souligné – et j’insiste encore sur ce point aujourd’hui – que la recherche est essentielle au gouvernement tant pour appuyer et orienter le développement des politiques et des programmes que pour évaluer les progrès réalisés en matière de bilinguisme et de vitalité des communautés de langue officielle. Elle sert aussi à cerner les lacunes à combler au sein de ces communautés. J’espère que les ministères tiendront compte des travaux menés, dans le domaine des langues officielles et du bilinguisme, par les chercheurs, dont un grand nombre nous font l’honneur de leur présence ce soir. Je l’espère parce que, selon moi, les institutions fédérales n’utilisent toujours pas suffisamment la recherche comme outil lorsqu’elles élaborent leurs politiques et leurs programmes.

Je félicite l’Institut et ses partenaires qui n’ont rien négligé pour faire en sorte que l’information soit transmise au plus grand nombre de lecteurs possible, y compris aux enseignantes et enseignants et à d’autres intéressés. C’est ce type d’initiative qu’il faudrait mettre en œuvre à tous les échelons. J’appuie fortement le travail des chercheurs canadiens dans le domaine des langues et le Commissariat s’efforce continuellement de les aider dans leur travail de plusieurs façons. Comme l’a souligné M. Vandergrift, le Commissariat financera la publication d’un numéro spécial de la Revue canadienne des langues vivantes, qui comprendra des articles fondés sur les rapports de recherche présentés à ce colloque.

Le Commissariat étudie la relation entre la diversité culturelle et la dualité linguistique depuis un certain temps. L’an dernier, nous avons tenu un forum avec les membres des communautés de langue officielle de Toronto afin de mieux comprendre leur point de vue. Un autre forum est prévu cet automne à Vancouver.

Certaines personnes soutiennent qu’en raison de l’intensification de la diversité culturelle au Canada, les exigences en matière de langues dans la fonction publique fédérale constituent une barrière pour les membres des minorités visibles. En fait, dans une étude menée par la Commission des droits de la personne sur les Canadiens âgés de 20 à 49 ans et membres d’une minorité visible, nous avons constaté qu’ils étaient légèrement plus nombreux que les Canadiens anglophones à pouvoir utiliser les deux langues officielles du Canada, toutes proportions gardées. Les plus récentes données de Statistique Canada ont d’ailleurs confirmé qu’une proportion supérieure d’allophones – c’est‑à‑dire ceux dont la langue maternelle n’est ni l’anglais ni le français – maîtrisent les deux langues officielles du Canada comparativement aux anglophones. Ces allophones parlent donc au moins trois langues.

Après avoir rencontré des Canadiens et Canadiennes de partout au pays et de toutes origines, et compte tenu de mon expérience, je peux ajouter que de nombreux groupes minoritaires sont très ouverts à l’apprentissage des deux langues officielles. D’ailleurs, ces gens sont conscients de cette réalité avant même de mettre les pieds en territoire canadien. Par exemple, la communauté chinoise de Vancouver a accueilli favorablement l’installation des bureaux de l’Alliance française dans son quartier. Les membres de cette communauté sont convaincus que leurs enfants ont avantage à parler les deux langues officielles du Canada puisque ces derniers sont plus susceptibles d’aller travailler à Montréal ou à Ottawa qu’à Hong Kong ou à Beijing. Selon Patricia Lamarre, les familles immigrantes choisissent d’encourager leurs enfants à maîtriser plusieurs langues et d’accorder de l’importance au multilinguisme en raison des forces des marchés nationaux et internationaux1. Elle ajoute que les jeunes immigrants (les jeunes de la deuxième génération) adoptent la perspective transnationale, puisqu’ils y voient les avantages de faire partie à la fois d’une communauté locale et d’une communauté mondiale qui communique dans une même langue.

Cette constatation m’amène à ce prochain point. Comme je viens de le dire, de nombreuses familles canadiennes se trouvent aujourd’hui dans un environnement multilingue. Avant que les enfants commencent l’école – en particulier les enfants issus de familles exogames ou allophones –, ils parlent déjà deux langues, et même trois, dans certains cas.

Mais alors, comment se fait-il que bon nombre de Canadiens éprouvent encore de la difficulté à apprendre ou à conserver deux langues? N’est-il pas désolant que certaines personnes remettent en question les avantages d’apprendre une autre langue?

Je suis toutefois d’accord avec G. Richard Tucker et Deborah Dubiner lorsqu’ils déclarent que les pratiques d’enseignement actuelles n’encouragent pas les étudiants bilingues et qu’elles ne les aident d’aucune façon à protéger et à conserver leur langue maternelle à mesure qu’ils apprennent une nouvelle langue, que ce soit le français ou l’anglais2.

En Europe, beaucoup d’initiatives ont été mises en œuvre ces dernières années afin de promouvoir l’apprentissage d’une deuxième langue, voire d’une troisième, et d’assurer un niveau d’apprentissage adéquat. J’ai été très heureux de rencontrer Joseph Sheils du Conseil de l’Europe et de discuter avec lui du Cadre européen commun de référence pour les langues, et elle a ainsi établi les normes pour tous ses pays membres.

Le Canada a mis en place des initiatives semblables pour mesurer les compétences linguistiques des adultes et des immigrants éventuels, notamment au moyen de normes linguistiques canadiennes. L’Association canadienne des professeurs de langues secondes et le Conseil des ministres de l’Éducation (Canada) travaillent toujours à l’établissement d’un cadre commun pour évaluer les compétences en langue seconde et les connaissances fonctionnelles des élèves du secondaire.

J’encourage les établissements d’enseignement postsecondaire à poursuivre ce dialogue et à mener davantage de travaux de recherche concertés sur les avantages de la mise en œuvre d’une telle initiative au Canada. Cette dernière pourrait aider les enfants à atteindre les niveaux d’apprentissage appropriés et à posséder des connaissances linguistiques suffisantes au moment d’entamer leurs études postsecondaires.

Les établissements d’enseignement postsecondaire jouent un rôle important et quelques-uns se démarquent déjà. Par exemple, l’École des hautes études commerciales de Montréal, ou HEC Montréal, a élaboré un programme d’administration publique trilingue. Les étudiants de la première cohorte obtiendront même leur diplôme cette année, et ce programme devient de plus en plus populaire. Le Commissariat a amorcé une étude sur les occasions d’apprentissage en langue seconde dans les universités canadiennes afin de mieux comprendre la situation, de savoir comment tirer profit des progrès accomplis et de combler les lacunes.

Si le Canada veut réellement atteindre son objectif d’un taux de bilinguisme de 50 p. cent chez les jeunes âgés de 15 à 19 ans d’ici 2013 – un des objectifs du Plan d’action 2003 – il faut agir maintenant. Et comme je l’ai dit plus tôt, il faut commencer à tenir compte d’un facteur crucial du processus d’apprentissage, soit le poids de la culture. En effet, même si 300 000 élèves sont inscrits à un programme d’immersion française en ce moment, il semble que la littérature, la musique et le cinéma francophones suscitent maintenant moins d’intérêt qu’à l’époque où Michel Tremblay, Gilles Vigneault et Claude Jutra ont commencé leur carrière. En 1964, j’ai assisté pour la première fois à une prestation de Gilles Vigneault à l’Université de Toronto et, en 1969, j’étais dans les gradins du Varsity Stadium de l’Université de Toronto pour mon premier concert rock avec Robert Charlebois. À quand remonte la dernière prestation d’un artiste francophone comme Pierre Lapointe, Paul Piché ou Richard Desjardins sur une scène d’une communauté anglophone?

Les invasions barbares, le film de Denys Arcand qui a remporté un Oscar, a généré plus de revenus en Australie qu’au Canada anglais. En 2007, un autre film, Les trois petits cochons, a rapporté davantage que tout autre film canadien et a reçu la Bobine d’or au 28e gala des prix Génie en mars dernier. Malgré cela, il n’a jamais été présenté en salle au Canada anglais. Heureusement, le film Bon Cop, Bad Cop a été mieux reçu.

Conclusion

Les avantages liés à l’apprentissage d’une deuxième langue, d’une troisième, voire d’une quatrième, sont incontestables, et même assez évidents. Les forces des marchés internationaux redéfinissent la valeur des langues3 et bon nombre de pays n’ont pas tardé à comprendre qu’ils ne pouvaient plus se développer en n’utilisant qu’une seule langue.

De plus, il est beaucoup plus facile d’apprendre une troisième langue que d’en apprendre une deuxième.

Du point de vue économique, la nécessité d’embaucher du personnel bilingue et trilingue dans le domaine des communications s’est accentuée de façon fulgurante. Les compétences linguistiques constituent un atout pour les candidats et, bien souvent, elles garantissent un meilleur salaire. Je suis d’accord avec Colin Baker lorsqu’il affirme que le bilinguisme est devenu une compétence commercialisable apte à faire le pont entre les langues et les cultures et, de ce fait, à appuyer le commerce et la prestation de services4.

Toujours selon Colin Baker, on fait preuve de naïveté si on pense que la langue anglaise est tout ce dont une personne a besoin. Dans mon dernier rapport annuel, j’ai cité la Nuffield Foundation, du Royaume-Uni, qui a déclaré ceci : « Nous avons la chance de parler une langue [l’anglais] connue à l’échelle internationale. Cependant, dans un monde concurrentiel fondé sur le savoir, si le Royaume-Uni ne compte que sur la langue anglaise, il se place dans un état de vulnérabilité et de dépendance à l’égard des compétences langagières et du bon vouloir des autres [traduction]5 ». Le Royaume-Uni a décidé de mettre en œuvre un programme visant à accroître le multilinguisme chez ses jeunes lorsqu’il a compris que l’unilinguisme n’avait servi qu’à l’isoler davantage.

Or, le Canada vit une situation similaire.

Des colloques comme celui-ci permettent de faire connaître la réalité linguistique de notre pays. Votre travail n’est pas passé inaperçu et je vous assure que le Commissariat s’efforce de vous aider à communiquer vos messages au gouvernement et aux diverses communautés linguistiques afin que la quête de l’excellence se poursuive au Canada.

Merci.



1 Patricia Lamarre, « Language practices of trilingual youth in two Canadian cities », dans Recueil de textes : colloque plurilinguisme et identité(s) : comprendre le pluralisme dans le Québec et le Canada d’aujourd’hui, Montréal, Centre d’études ethniques des universités montréalaises, 2007.

2 G. Richard Tucker et Deborah Dubiner, « Concluding Thoughts: Does the Immersion Pathway Lead to Multilingualism? », dans Tara Williams Fortune et Diane J. Tedick, dir., Pathways to Multilingualism: Evolving Perspectives on Immersion Education, Clevedon, England, Multilingualism Matters Ltd., 2008.

3 Patricia Lamarre, idem.

4 Colin Baker, Foundations of Bilingual Education and Bilingualism, 4e éd., Toronto, Multilingualism Matters, 2006, p. 425.

5 The Nuffield Foundation, Languages: The Next Generation, London, 2000.