ARCHIVÉE - Montréal, le 18 novembre 2009

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J’y suis, j’y reste : F.R. Scott et l’évolution des droits linguistiques

Notes pour une allocution à la conférence F. R. Scott, à l’Université McGill


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Je suis à la fois honoré et heureux qu’on m’ait demandé de présenter la conférence F. R. Scott. Pour reprendre les mots du politicologue Allen Mills, Frank Scott était « sans doute l’intellectuel canadien polyvalent le plus accompli sur la scène publique » du XXe siècle1. Mais il n’était pas qu’un géant dans les domaines de la politique canadienne, de la jurisprudence, du droit constitutionnel et de la poésie : il a aussi été une figure importante pendant mon enfance.

Mes parents et la famille Scott étaient copropriétaires d’un chalet à North Hatley – où j’ai pu travailler à la préparation de cette conférence – et j’ai de vifs souvenirs de son esprit et de son rire. Je le revois en train de parler d’un scientifique de Montréal qui lui avait appris qu’il y avait un centre du plaisir dans le cerveau et qu’une expérience avait prouvé que les rats continuaient d’appuyer sur un levier pour stimuler ce centre, oubliant de manger, jusqu’à ce qu’ils s’effondrent, épuisés. À partir de ce moment, dès que Frank Scott et le scientifique s’apercevaient, leur regard se fixait, leur visage s’illuminait et ils faisaient demi-tour, furieux, marchant d’un pas lourd et bruyant. De tous les principes qu’il a défendus tout au long de sa carrière, la valorisation du plaisir en était certainement un.

Le regretté Michael Oliver a un jour déclaré que tout le monde connaissait un Frank Scott différent. En effet, les conférenciers qui m’ont précédé ont parlé de son influence sur la politique d’aide sociale du Canada et de son héritage dans les domaines des droits de la personne, de la lutte au fascisme, de la poésie, de la liberté d’expression, de la politique de partis et du droit constitutionnel. Cette année, à l’occasion du 110e anniversaire de sa naissance, j’aimerais retracer l’évolution de la pensée de Scott au sujet du Canada français et rappeler l’incidence de son œuvre sur les lois et les droits linguistiques.

Vers la fin de sa vie, il y a près de 25 ans, Frank Scott craignait d’avoir perdu la bataille pour le bilinguisme. Il avait espéré que le bilinguisme du Québec serait un modèle pour le reste du pays, mais les lois linguistiques de la province le rendaient furieux. Il craignait que ces lois ne suscitent l’intolérance à l’égard du français dans le reste du Canada, et il s’insurgeait contre les mythes, selon lui, qui étaient propagés au sujet de la communauté anglophone du Québec.

Il est vrai que sa vision d’un Québec bilingue inspirant un Canada bilingue ne s’est pas concrétisée. Au fil des ans, Scott, qui au départ défendait et expliquait les droits linguistiques des francophones, est devenu un défenseur – parfois amer – de la minorité anglophone du Québec. Cependant, avec un peu de recul, on peut voir aujourd’hui à quel point il a eu de l’influence dans la lutte pour une charte des droits et pour faire de la langue une partie intégrante des droits de la personne. Il considérait la Constitution comme l’instrument qui contenait les règles et les principes philosophiques régissant les relations entre les personnes et les groupes culturels, de même que leurs relations avec l’État. Aujourd’hui, ces relations sont plus essentielles qu’elles ne l’ont jamais été.

Frank Scott a écrit : « Si les droits de la personne et les relations harmonieuses entre les cultures sont des manifestations de la beauté, alors l’État est une œuvre d’art qui, à jamais, restera inachevée. » [traduction] Voilà qui résume son œuvre comme avocat et comme poète. « La théorie et la pratique du droit ont donc leur place parmi les activités les plus créatives et les plus nobles de l’homme2. » [traduction]

Né à Québec, en 1899, Scott était boursier de la fondation Rhodes. De retour à Montréal, il a participé non seulement à la vie culturelle et politique de la communauté anglophone, mais également à celle du Canada français. Son commentaire le plus connu sur le bilinguisme est un poème publié pour la première fois en 1954 et intitulé Bonne Entente :

Les avantages d’une double culture
Frappent à tous les coins de rue
Qu’on trouve sur un bâtiment
Cet avertissement
« Cet ascenseur sera hors fonction
À la Fête de l’Ascension »
Que le Montreal Star fasse mention
Que, en l’honneur de l’Immaculée Conception,
On ne fera pas la collecte des détritus
Ou qu’on vous propose dans un très bilingue menu

DEEP APPLE PIE
TARTES AUX POMMES PROFONDES3

De fait, la langue sous toutes ses formes était l’une des passions de Scott : en tant que poète, en tant que traducteur et en tant que juriste.

Et Scott n’a jamais oublié son enfance à Québec.

« À huit ans, j’ai assisté sur les plaines d’Abraham au grand défilé célébrant le 300e anniversaire de la fondation de Québec par Samuel de Champlain, en 1608, s’est-il rappelé. J’ai fini par comprendre toute l’importance de la devise nostalgique du Québec : Je me souviens. Toutes les parades de la Saint‑Jean‑Baptiste, le 24 juin, nous présentaient des scènes de l’ancien régime. Le Canada français et son histoire étaient tout autour de moi4. » [traduction]

Parmi les plus lointains souvenirs de Scott, il y avait l’émeute suscitée par la conscription à Québec, pendant la Première Guerre mondiale, souvenir qui l’a hanté bien des années plus tard.

Scott a fréquenté l’Université Bishop’s, qui était alors un petit collège, et, à son retour d’Oxford, a étudié le droit à l’Université McGill. Il a su combiner ses intérêts pour la langue et le droit : dans le cadre d’un emploi d’été pour étudiant dans un cabinet d’avocat, il a traduit la Coutume de Paris, qui est à l’origine du système de droit civil du Québec. Il a d’ailleurs toujours chéri la continuité entre le code civil, la Vieille France et la Rome antique.

En 1928, il a commencé à enseigner le droit à McGill et, comme il l’a dit, « l’année suivante, toute l’économie de l’Amérique du Nord s’est effondrée. On ne pouvait pas traverser la crise de 1929 sans en être affecté sur le plan politique5 ». [traduction] Pendant les années sombres qui ont suivi, Frank Scott est devenu actif sur le plan politique et a été l’un des auteurs du Manifeste de Regina, qui a créé la Fédération du commonwealth coopératif, la CCF, ancêtre du Nouveau Parti démocratique (NPD). À la même époque, il a commencé à s’impliquer sur la scène littéraire montréalaise, à tendre la main aux écrivains et aux artistes francophones.

Cependant, sa relation avec les francophones du Québec était ambiguë. D’un côté, il était attiré par la langue et la culture. Même si les rebelles et les réformateurs, les poètes et les intellectuels l’attiraient, et même s’il éprouvait de la sympathie pour les Canadiens français, victimes de discrimination économique, Scott trouvait repoussante l’idéologie dominante de conservatisme religieux et avait un accès très restreint au milieu littéraire du Québec dans les années 1930 et 1940. Ce n’est que plus tard que Scott est devenu un important traducteur de poésie de langue française, en particulier, celle d’Anne Hébert.

Sur le plan politique, Scott considérait les Canadiens français comme des victimes passives en proie aux manipulations de ce qu’il appelait « la trinité provinciale : la machine du Parti libéral, l’Église catholique et la rue Saint-Jacques… la théo-pluto-bureaucratie6 ». [traduction]

Cette analyse, forgée pendant la Crise de 1929, a grandement façonné sa vision des choses : les gouvernements provinciaux, faibles, laissaient les coudées franches aux entreprises privées, le nationalisme canadien-français risquait de devenir proto-fasciste par la manipulation des « masses francophones », un gouvernement fédéral fort était nécessaire pour protéger les droits sociaux et les minorités de l’exploitation des entreprises et du ressentiment de la majorité opprimée.

Dans une déclaration qui évoque les célèbres paroles de John A. Macdonald selon lesquelles les Canadiens français se montreraient généreux si on les traitait comme une nation et qu’ils seraient factieux si on les considérait comme une faction7, Scott a écrit ce qui suit, en 1936 : « Si (les nationalistes canadiens-français) sont tout simplement confrontés à la propagande impérialiste, aux protestations orangistes, au chauvinisme protestant et à la prétention anglo-saxonne, ils l’emporteront. S’ils sont confrontés à la sympathie, à la compréhension et à des concessions raisonnables, les Canadiens français se contenteront peut‑être de moins que l’éclatement du Dominion8. » [traduction]

Scott estimait que le rôle du discours nationaliste du Québec et de l’Église consistait à « apprendre aux gens à se contenter d’une vie de pauvreté et de misère quand ils pouvaient jouir de l’épanouissement et de la plénitude que rend possible une plus grande sécurité économique », et il considérait cela comme une « forme d’esclavage9 » [traduction]. Autrement dit, la « sympathie, la compréhension et les concessions raisonnables » n’étaient pas toujours faciles à envisager pour Scott.

Sa frustration transparaît aussi dans le livre qu’il a écrit avec David Lewis, en 1943, intitulé Make This Your Canada. Les auteurs ne pouvaient imaginer qu’une personne qui apprécie l’égalité démocratique mette en cause la valeur du bilinguisme et de ce qu’ils ont appelé « deux courants littéraires, artistiques, culturels et traditionnels convergents » [traduction]. Cependant, ils ont reproché au capitalisme d’exploiter les conflits entre les francophones et les anglophones, et ils estimaient qu’il y avait du chauvinisme des deux côtés de la barrière linguistique.

« D’une part, un petit groupe de Canadiens d’expression anglaise, intolérants et bornés, a toujours cherché à priver le Canada français de ses droits. D’autre part, un petit groupe de Canadiens d’expression française, également bornés, s’est servi des griefs réels de leurs compatriotes pour favoriser le développement d’un provincialisme étroit et antisocial10. » [traduction]

Ces dires reflétaient le désir de Scott de jeter des ponts entre les intellectuels francophones et anglophones.

Pendant la même période, on voit également Scott commencer à explorer le lien entre les droits individuels et les droits collectifs au Canada en vue de mieux cerner le rôle des droits linguistiques dans cette relation.

En 1947, Scott commença un court article pour le Queen’s Quarterly en contredisant un lecteur de la Colombie-Britannique, qui avait écrit à une publication hebdomadaire pour faire valoir que, même si le français était la langue maternelle de trois millions de personnes au Québec, le Canada n’était pas un pays bilingue : « L’anglais est la langue officielle du reste du Canada et la langue de 130 millions de personnes aux États-Unis11. » [traduction]

C’était là un argument qui, deux décennies avant la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, exaspérait Scott et auquel il répondit : « […] la Colombie-Britannique est déjà, à un égard très important, une province bilingue. C’est aussi le cas de toutes les autres provinces assujetties à la common law […] le Canada est un pays bilingue, et la Colombie-Britannique peut véritablement être considérée comme une province bilingue. » [traduction]

Se disant surpris de constater que la situation devait être éclaircie, 80 ans après l’adoption de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, Scott a souligné que l’article 133 de l’Acte signifiait que toutes les lois fédérales devaient être promulguées dans les deux langues officielles et que chaque version avait force de loi. « Par conséquent, les actes, les droits et les devoirs des Canadiens, en Colombie-Britannique comme ailleurs, sont tout autant régis par la version française de la loi fédérale que par la version anglaise12 » [traduction], précisait‑il. En outre, il a signalé qu’en 1935 le juge en chef de la Cour suprême, Lyman Poore Duff, s’était appuyé sur la distinction entre les versions française et anglaise de la loi pour trancher une affaire.

Scott avait peine à comprendre la réticence d’autant de Canadiens à l’idée que le français soit officiellement reconnu. Dans la conclusion de son article, il a de nouveau fait allusion aux points de vue divergents sur les droits individuels et collectifs. Les partisans des libertés individuelles avaient de la difficulté à accepter les droits collectifs, et la minorité francophone était plus préoccupée par les droits des minorités que par les libertés individuelles. « Ce qu’il faut, c’est une combinaison de ces deux idées corrélatives13. » [traduction]

C’était là une partie importante de l’œuvre de Scott : essayer de trouver un équilibre entre ces deux principes parfois contradictoires que sont les libertés individuelles et les droits des minorités, et établir un dialogue entre ceux qui accordaient davantage d’importance aux uns ou aux autres. La Charte canadienne des droits et libertés, inscrite 35 ans plus tard dans la Loi constitutionnelle de 1982, représente l’harmonie que Scott demandait en 1947, même s’il était lui-même mécontent de certains des compromis contenus dans la Charte.

En 1949, dans un article dans la Revue du Barreau canadien, Scott signalait que, traditionnellement, les droits fondamentaux étaient des libertés individuelles, mais qu’une société démocratique reconnaissait certains droits collectifs.

« En fait, écrivait-il, la Constitution canadienne contient des protections plus précises pour les groupes – les minorités – que pour les individus. Les garanties concernant l’utilisation des deux langues, par exemple, et les écoles confessionnelles sont des droits collectifs14. » [traduction]

Une fois de plus, Scott cherchait à concilier les droits individuels et les droits collectifs. Ces derniers étaient plus compliqués pour lui, compte tenu de leur interprétation conservatrice, nationaliste et catholique au Québec, mais il a tenu à dire que les deux faisaient clairement partie des droits constitutionnels définis dans l’Acte de l’Amérique du Nord britannique.

En 1947, Scott a été attaqué par les dirigeants de l'Université McGill, qui lui reprochaient son affiliation publique avec la CCF. Peu de temps après, ils ont opté de ne pas retenir sa candidature au poste de doyen de la Faculté de droit. Dans les années qui ont suivi, Scott a consacré davantage d’énergie à la traduction et à la poésie, de même qu’à des organisations progressistes, au Canada et au Québec, où il a eu une influence majeure sur un jeune avocat et chargé de cours du nom de Pierre Trudeau.

Il organisait également des soirées réunissant des poètes anglophones et francophones qui, même si elles étaient assez amicales, n’étaient pas, semble‑t‑il, sans susciter certains malaises : « Nous étions heureux de les rencontrer. Ils étaient heureux de nous rencontrer. Cela se résumait à cela » [traduction], a déclaré Louis Dudek, bien des années plus tard15.

De même, plusieurs francophones trouvaient le français de Scott froid et littéraire, et son attitude, bien que non intentionnellement, patricienne, paternaliste et condescendante. Jacques Ferron a même utilisé Scott comme symbole de la domination du Québec par les anglophones dans ses romans16, et l’auteur a attaqué publiquement Scott, affirmant qu’« il a toujours été l’anglo. Il est du côté des exploiteurs17. » Le fait que Scott avait soutenu la Loi sur les mesures de guerre pendant la Crise d’octobre, en 1970, n’a fait que confirmer le point de vue de Ferron.

En 1963, le premier ministre Lester Pearson a demandé à Scott de se joindre à la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, qui serait coprésidée par André Laurendeau et Davidson Dunton. C’est là que les opinions de Scott sur la langue et le bilinguisme allaient être mises à l’épreuve, aiguisées et, dans certains cas, rejetées.

Réputé à l’échelle nationale, Scott était pourtant le seul à être nommé représentant de la minorité anglophone du Québec. C’était l’une des clés de son identité à de nombreux égards : il connaissait tous les membres québécois de la Commission et, à l’exception de Dunton, aucun des membres du reste du Canada.

Laurendeau et Dunton étaient les coprésidents, mais le réel débat, de nature intellectuelle et émotionnelle, linguistique et nationale, s’est tenu entre Laurendeau et Scott. Ces hommes, de fins esprits, affichaient tous deux un idéal politique, un charisme personnel et une sensibilité de poète. Comme Guy Laforest, politicologue de l’Université Laval, le mentionne dans son essai sur les deux hommes, ils étaient des « éminences grises », de grands intellectuels du Québec et du Canada anglais, respectivement18.

Selon Scott, même si le Canada français pouvait légitimement être considéré comme une nation, le Québec était – ou devrait être – une société bilingue. Après une réunion privée des commissaires en 1964, il a écrit : « En poursuivant la conversation au sujet de la théorie des deux nations, j’ai dit que “le Québec est une société unilingue et monoculturelle, tandis que le Canada anglais est une société unilingue et multiculturelle.” Laurendeau était d’accord19. » [traduction]

L’idéal de Scott était que ce modèle bilingue soit appliqué à tout le Canada, de façon à ce que les droits limités définis dans l’Acte de l’Amérique du Nord britannique soient élargis et à ce que soient restaurés les droits linguistiques qui avaient été abolis au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta.

Selon le point de vue de Laurendeau, exprimé avec éloquence dans les pages bleues du premier volume du Rapport de la Commission royale, la survie du français, au Canada et en Amérique du Nord, dépendait d’une société francophone forte au Québec.

Même s’il admirait l’indépendance d’esprit de Laurendeau et son opposition à Duplessis20, Scott a quelques fois fulminé contre les mythes que le journaliste perpétuait, d’après lui, au sujet de la communauté anglophone : « […] c’est seulement dans le domaine économique que les anglophones occupent une position privilégiée. Dans les autres activités […], de même qu’en politique, l’appartenance à la minorité anglophone constitue un handicap21. » [traduction]

Cependant, les deux hommes étaient consternés par l’ignorance et les préjugés qu’ils ont constatés à l’égard du français au Canada lorsque la Commission a tenu des séances dans l’Ouest du pays. Ils ont aussi été décontenancés par la façon dont les séparatistes dominaient le débat public au Québec.

Scott n’a jamais perdu sa vivacité d’esprit pendant certaines des audiences orageuses. Lors d’une séance à Sherbrooke, un jeune homme a déclaré qu’il se foutait pas mal des minorités francophones à l’extérieur du Québec, que la seule minorité qui comptait était la minorité anglophone au Québec et qu’elle devrait s’en aller le plus tôt possible. « J’y suis, j’y reste », a rétorqué Scott22.

Voilà qui reflétait sa définition parfois provocante de lui-même en tant que Québécois : il faisait partie d’une communauté profondément enracinée dans la société et celle-ci n’allait pas disparaître ni s’en aller. Cette phrase a par la suite été adoptée comme slogan dans la campagne du « Non » pendant le référendum de 1980.

On constate l’évolution de la pensée de Scott pendant la durée de la Commission royale grâce à son journal et à certaines des notes qu’il a écrites. Au fil des ans, son optimisme a fait graduellement place à la déprime et au pessimisme.

Le 11 août 1965, Scott a rédigé une note de service pour la Commission, intitulée A View of Canada. Le texte, qui commençait sur une note positive, résumait les avantages du Canada en tant que démocratie prospère et solidement implantée misant sur deux langues de travail internationales23.

Cependant, comme le Rapport préliminaire l’avait clairement établi, le pays traversait une crise. Scott mentionnait l’apparition de trois facteurs qui, selon lui, « brouillent et menacent le projet initial de la Confédération » :

  • L’évolution des fonctions du gouvernement dans l’État moderne;
  • « […] l’identité et la détermination exacerbées de la nation canadienne-française et son insatisfaction croissante à l’égard de la place que la Constitution initiale lui a laissée, au Québec comme dans les autres provinces »;
  • « […] l’absorption lente mais stable de l’économie canadienne par le système américain de grandes entreprises ». [traduction]

Il est intéressant de noter que Scott souligne là les éléments positifs du nationalisme canadien-français – c’est-à-dire le sentiment d’identité et la détermination exacerbée – et le contexte plus vaste de la gouvernance et de la domination des sociétés américaines.

Dans la note, il rejette l’idée selon laquelle le Québec devrait assumer seul la responsabilité de la culture canadienne‑française, la qualifiant d’« historiquement fausse et moralement répréhensible » [traduction]. Selon son point de vue – « qui, je crois, est le point de vue de la Commission » – tous les gouvernements au Canada avaient pour fonction de défendre les deux cultures. Le Québec, a-t-il soutenu, demeurait le cœur de la culture francophone, mais rejetterait « l’unilinguisme et toute forme de francisation par la force » [traduction], donnant l’exemple pour que d’autres provinces deviennent plus bilingues.

Selon lui, « le gouvernement fédéral […] affûterait progressivement son caractère bilingue et biculturel au fil de ses activités. […] Ottawa doit demeurer, comme c’est le cas maintenant, l’un des gouvernements de tous les francophones du Canada, tout comme le gouvernement du Québec est l’un des gouvernements de tous les anglophones du Québec. D’après cette théorie, aucun gouvernement n’appartient à une seule race ou religion ni n’en favorise une plutôt qu’une autre. » [traduction]

Comme toujours, Scott considérait le gouvernement fédéral comme étant essentiel au progrès. Cependant, il était de plus en plus préoccupé par le fait que le Québec s’éloignait du bilinguisme : « [Au] Québec, qui a hérité d’une société biculturelle présente avant la Confédération, la tendance semble aller vers l’unilinguisme, et un grand nombre d’exemples pourraient être cités, a-t-il observé. Le gouvernement du Québec a non pas à introduire, mais bien à préserver le biculturalisme; il serait tragique, et comique, que celui-ci disparaisse du Québec au moment même où il s’établit ailleurs24. » [traduction]

Frank Scott avait de la difficulté à résoudre le paradoxe du bilinguisme officiel : les institutions de l’État deviennent bilingues pour que les personnes puissent demeurer unilingues. C’est un paradoxe qu’a mis en relief un des chercheurs de la Commission, William Mackey : les pays bilingues avaient été créés non pas pour promouvoir le bilinguisme, mais pour garantir le maintien et l’usage de deux ou de plusieurs langues.

Au départ, Scott était un peu perplexe face à cette affirmation. Sur un ton un peu sardonique, il a écrit : « En ce qui concerne la promotion de l’unilinguisme, j’avoue que, peut-être par manque de logique française, je ne vois pas comment une commission mise sur pied pour promouvoir le bilinguisme pourrait finir par favoriser l’unilinguisme. Puis, peu à peu, j’ai compris, ainsi que d’autres, ce que Mackey a voulu dire : à moins que chacun des deux groupes linguistiques d’un pays bilingue ne présente un fort degré d’unilinguisme, l’un des deux finira par dominer et assimiler l’autre. La promotion de l’unilinguisme et la présence de deux groupes essentiellement unilingues n’éliminent pas la possibilité que des membres de chaque groupe puissent parler l’autre langue25. » [traduction]

Ce paradoxe – et la description qu’en a faite Scott – a eu une incidence importante sur ma propre réflexion sur la langue au Canada. Il y a toujours eu cette critique simpliste qui présume que la politique linguistique du Canada a pour objectif de faire de tous des gens bilingues : tout le monde n’est pas bilingue, alors la politique est un échec. Toutefois, si l’on conçoit que la politique a pour but de faire en sorte que les gouvernements puissent servir les citoyens dans la langue de leur choix, de sorte que ceux-ci n’aient pas à être bilingues, la politique devient plus pragmatique et plus réalisable. En outre, elle garantit le droit d’une personne de communiquer avec le gouvernement fédéral dans la langue officielle de son choix, tout en protégeant et en défendant les communautés linguistiques minoritaires par la prise de mesures positives à leur égard. Il s’agit d’une politique qui protège à la fois les droits individuels et les droits collectifs.

En août 1967, dans un commentaire où il s’opposait à deux paragraphes d’une ébauche du premier volume du rapport, Scott a explicitement énoncé sa position selon laquelle la langue constitue un droit de la personne. Il s’agit d’une défense éloquente tant de la langue en tant que droit que de la minorité anglophone.

« Le droit de s’exprimer dans sa langue dans toutes ses relations personnelles et privées est un droit de la personne. Il est aussi inhérent à l’Homme que la liberté d’expression ou de conscience. Il commence entre la mère et l’enfant et se poursuit dans les contacts avec des groupes sociaux plus étendus. Il n’est pas accordé par l’État ni par les constitutions. Les lois peuvent protéger ce droit et prévoir les conditions dans lesquelles il peut raisonnablement être exercé, en particulier dans les relations avec les autorités gouvernementales. » [traduction]

Il poursuivait en rejetant l’idée d’établir plus de deux langues officielles afin de souligner l’importance de l’anglais au Québec et de la communauté anglophone – qui comptait 800 000 membres à cette époque et qui était la plus importante communauté de langue minoritaire au Canada – et de rappeler l’importance de la constitution de 1867.

« Leurs relations avec le français – un bon exemple de partenariat égalitaire – ont évolué pendant plus de 200 ans et constituent un modèle pouvant servir d’important moteur de changement dans d’autres provinces qui ont tardé à accorder des droits semblables aux francophones quand cela est justifié, fût-ce par leur minorité francophone beaucoup moins nombreuse, a-t-il écrit. Le développement économique du Québec entraîne des problèmes difficiles à résoudre pour la majorité francophone, dont nous parlerons dans un autre volume et auxquels il faudra trouver des solutions. Je ne dis pas qu’il faut maintenir le statu quo linguistique au Québec; loin de là. Toutefois, l’article 133 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique constitue non pas un obstacle, mais une grande aide; il permet un partenariat égalitaire à l’intérieur du Québec et s’appuie sur les droits de la personne que même l’indépendance du Québec ne saurait remettre en cause26. » [traduction]

Pendant les discussions à l’automne 1967, Frank Scott s’est retrouvé en situation minoritaire : il était, comme il le dit, « la seule voix qui s’élevait en faveur d’un Québec bilingue » [traduction]. Il finit par se dissocier des recommandations du volume 4, parce que, expliquait-il, en recommandant que la langue de travail au Québec soit le français la Commission allait à l’encontre de son propre rejet antérieur d’une solution territoriale à la question linguistique.

Le dernier commentaire qu’a formulé Scott ne cachait pas son pessimisme : il s’agit d’un document de dix pages, en format ministre, non daté et dont le titre émouvant était « The End of the Affair ». On suppose, d’après l’information qu’il contient, qu’il date de 1970, avant la crise d’octobre. Scott y mentionne que le travail de la Commission était terminé, mais pas la crise au Québec, et il formule une mise en garde : les recommandations de la Commission ne sauraient régler tous les problèmes liés à l’unité nationale.

« Je vais clore mon propos sur une note personnelle, écrivait-il. Je suis à la fois stupéfait et effrayé de voir le Québec abandonner un si grand nombre de ses valeurs et de ses vertus séculaires pour adopter, avec empressement, le système capitaliste nord-américain. J’ai appris à mépriser et à rejeter les valeurs de ce système dans les années 1930. J’espérais que la tradition catholique, qui met l’accent sur les obligations sociales, atténuerait quelque peu la valeur protestante prédominante qu’est la libre entreprise. »

Il est émouvant de constater que ses propos accusaient son âge : il voyait nostalgiquement, à 70 ans, des « valeurs et des vertus », alors qu’à 33 ans, il avait dénoncé l’Église, qui avait interprété la Crise de 1929 comme étant « une sorte de punition infligée par Dieu aux personnes cupides27 ».

Ensuite est survenue la crise d’octobre, en 1970 : les enlèvements de James Cross et de Pierre Laporte par le Front de libération du Québec, l’invocation de la Loi sur les mesures de guerre et le meurtre de Laporte.

Contrairement à un grand nombre de progressistes et de défenseurs des libertés civiles – y compris son épouse Marian – Scott a appuyé l’imposition de la Loi sur les mesures de guerre, affirmant que la démocratie devait se protéger et que cette loi était le seul instrument susceptible de restaurer l’ordre. De nouveau, il était hanté par les émeutes de 1918.

« J’ai entendu le bruit des mitrailleuses dans les rues de Québec pendant les émeutes suscitées par  la conscription. J’ai alors été témoin, pour la première fois, d’une crise qui a entraîné des effusions de sang, une crise qui a laissé des blessures profondes et permanentes dans le corps politique. » [traduction] Scott avait aussi vu des étudiants interrompre des réunions publiques des délégués du gouvernement républicain de l’Espagne en 1936, puis avait été témoin de deux émeutes en 1969, de deux enlèvements en 1970 et d’une situation qui, selon lui, « contribuait à l’érosion du gouvernement civil ».

« Un traitement choc était nécessaire pour rétablir l’équilibre. Il a été donné et il a fonctionné. Il n’y a eu qu’un décès, et celui-ci n’a pas été causé par les forces de l’ordre28. » [traduction]

Un autre incident a causé une scission irréparable entre Scott et des écrivains et poètes francophones, des nationalistes qui avaient été ses amis.

L’adoption par le gouvernement Bourassa, en 1974, du projet de loi 22 établissant le français comme la langue officielle du Québec, a poussé Scott à se porter à la défense de la minorité anglophone. Après avoir décortiqué le projet de loi, il a déclaré que ses clauses étaient « trompeuses », « clairement inconstitutionnelles », « discriminatoires », « non démocratiques », « coercitives et oppressives ». Dans une note en marge du texte, il avait écrit : « Les contrats de construction de McGill doivent être rédigés en français. » Et dans une autre : « La minorité n’a pas le droit d’être servie dans sa langue par Hydro-Québec29! » [traduction] Il maintenait, comme il l’avait toujours fait, que, pour toutes les activités du gouvernement fédéral, l’anglais et le français étaient les langues officielles du Québec.

Après avoir énuméré les éléments du projet de loi qui étaient inconstitutionnels, non démocratiques et coercitifs, Scott a déclaré au Montreal Star : « Donc, quand il est écrit dans le projet de loi que le français est LA langue officielle, cela porte à croire que c’est la seule langue officielle, et cela est tout à fait faux30. » [traduction]

L’entrevue, bien que passionnée et détaillée, a eu peu de répercussions : le 31 juillet 1974, le projet de loi a été adopté pour devenir la Loi sur la langue officielle du Québec.

Scott s’est joint à une équipe de juristes qui a contesté la constitutionnalité de la loi au nom de la Commission des écoles protestantes du Grand Montréal, mais l’appel concernant le rejet initial par la Cour d'appel du Québec a été rejeté.

Quelques mois plus tard, en janvier 1977, il laissait libre cours à sa rage et à sa frustration face à la situation linguistique au Québec dans une lettre envoyée à son vieil ami et collègue de la CCF, George Cadbury. Il était outré : « Il serait difficile de trouver une foule plus bête et plus effrayée que la minorité anglophone du Québec. Les entrepreneurs n’agiront pas; ils se conformeront ou s’installeront ailleurs et laisseront derrière un effectif réduit qui recevra des directives par ordinateur depuis Toronto. L’Université McGill est paralysée par la peur; son argent, même les sommes importantes qui proviennent d’Ottawa, passent par le gouvernement du Québec. Les seuls qui sont prêts à se battre activement sont les petites commissions scolaires protestantes et les Italiens. Nous ne méritons pas de survivre, car nous n’avons pas la volonté collective de vivre31. » [traduction]

Cependant, au moment où l’affaire aboutit devant la Cour d'appel, la Loi sur la langue officielle du Québec n’existait plus. Le Parti Québécois, élu en 1976, avait en 1977 remplacé la Loi sur la langue officielle par la loi 101, qui est devenue la Charte de la langue française, encore plus rigoureuse.

Les pires craintes de Scott au sujet de l’unilinguisme du Québec étaient devenues réalité. Ses amis ont remarqué son amertume. Pendant une discussion sur le projet de loi 22, il a dit à Eugene Forsey : « Vous savez, pendant des années, j'ai parlé français dès que l'occasion se présentait. Maintenant, que je sois damné si je parle français32. » [traduction]

Il était aussi devenu amer parce que Trudeau, malgré la grande insistance de son ancien mentor, n’avait pas utilisé le droit d’intervention du gouvernement fédéral pour invalider la loi linguistique du Québec.

L’une de mes dernières rencontres avec Frank Scott a eu lieu à l’automne 1978. Il venait de gagner le Prix du Gouverneur général pour son œuvre Essays on the Constitution. Même s’il était très fier de l’honneur qui lui était conféré, le débat linguistique et constitutionnel le déprimait.

Tandis que nous marchions vers la porte de sortie, il m’a dit sur un ton sardonique qu’il était en train de relire Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain, de Gibbon.

Quatre ans plus tard, quand la Constitution a été rapatriée, assortie d’une charte des droits et libertés, Scott était en proie à un mélange de fierté et de déception. La veille, à une réception donnée en l’honneur des boursiers de la fondation Rhodes, anciens et nouveaux, Pierre Trudeau avait littéralement pleuré de joie quand il a présenté Frank Scott à la Reine, en déclarant : « Je lui suis redevable de tout ce que j’ai appris au sujet de la Constitution33. »

Scott était très fier de cette reconnaissance, mais il demeurait  amer parce que Trudeau n’en avait pas fait davantage. Il allait souvent raconter cette histoire, ajoutant avec grandiloquence et l’air contrit : « Il n’en a pas appris suffisamment! » [traduction]. En outre, il était contrarié, voire excédé, selon une de ses lettres, par le fait qu’aucun nom canadien-anglais ne figurait parmi les signataires de la Charte.

Deux ans et demi plus tard, Frank Scott est décédé, en janvier 1985.

Vers la fin, il s’était demandé si sa vie avait été un échec et s’il n’aurait pas fait mieux de se consacrer à  la poésie plutôt qu’à la politique34.

Il est vrai que sa vision du Québec et du Canada n’a pas survécu. La réglementation linguistique du Canada est caractérisée par une asymétrie remarquable, le Québec étant unilingue francophone; le Nouveau-Brunswick, officiellement bilingue; le territoire du Nunavut, officiellement trilingue, et les autres provinces ayant un vaste éventail de politiques relatives aux communautés de langue minoritaire, tantôt importantes, tantôt presque inexistantes. Il s’agit d’une réglementation qui s’appuie sur une série de compromis. Et Scott exécrait les compromis, en particulier sur des questions qu’il jugeait fondamentales : les droits des communautés linguistiques en situation minoritaire et les pouvoirs du gouvernement fédéral.

Au cours des années suivantes, la Cour suprême a corrigé certains des éléments de la réglementation du Québec relative à la langue qui enrageaient Frank Scott. Le jugement Blaikie, par exemple, a rétabli l’obligation de promulguer les lois de la province en français et en anglais, et de produire la réglementation dans les deux langues. Il a de plus préciser le droit des « personnes » de s’exprimer en français ou en anglais devant les tribunaux. Puis en 1988, trois ans après le décès de Scott, la Cour suprême, par sa décision dans l’affaire Ford, a déterminé que, s’il était permis au Québec d’insister que toute affiche soit en français, il était inconstitutionnel d’interdire l’usage de toute autre langue.

Depuis la publication de la biographie de Frank Scott par Sandra Djwa, il y a 22 ans, des épithètes négatives ont circulé à son sujet. Certains auteurs l’ont décrit comme étant « paternaliste et condescendant […], victorien et aristocratique35 », « un poète-gentleman cultivé, généreux, bien intentionné, mais légèrement déphasé par rapport à la communauté à laquelle il voulait s’intégrer36 » et un « tyran national réformateur et poète37 ». [traduction]

Cependant, près de 25 ans après sa mort, il est aussi plus facile de voir l’ampleur de ses réalisations. Même si elle n’a pas été aussi importante qu’il l’aurait espéré, son influence sur Pierre Trudeau, de même que sur plusieurs générations d’avocats et de juristes, a été énorme. Il a apporté une contribution substantielle à la Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme. Ses réflexions ont inspiré les débats qui sont à l’origine de la Charte des droits et libertés. La clarté de sa définition des droits linguistiques comme partie intégrante des droits de la personne a jeté les fondements d’une jurisprudence sur la langue. Et son insistance sur la primauté du droit a été un présage du rôle essentiel que les tribunaux ont joué dans la définition des droits linguistiques38. La décision novatrice de la Cour suprême sur la séparation du Québec, par sa définition des droits des minorités comme l’un des éléments centraux de la démocratie canadienne, s’appuie sur les fondements qu’il a contribué à définir. Frank Scott a clairement établi, avant que les tribunaux n’incluent le principe dans la loi et la jurisprudence, que les droits linguistiques sont des droits de la personne.

« Si les droits de la personne, disait-il si éloquemment, et les relations harmonieuses entre les cultures sont des manifestations de la beauté, alors l’État est une œuvre d’art qui, à jamais, restera inachevée39. » [traduction]

Et la communauté anglophone, avec laquelle Scott a eu une relation particulièrement étroite et compliquée, a survécu et s’est transformée, et est plus bilingue qu’elle ne l’a jamais été. Aujourd’hui, 45 ans après qu’il ait lancé cette boutade, 900 000 membres de la communauté anglophone peuvent dire, en français, comme Scott l’a fait : « J’y suis, j’y reste. »

Merci.



1. Allen Mills, « Of Charters and Justice: The Social Thought of F. R. Scott, 1930–1985 », Journal of Canadian Studies, printemps 1997, vol. 32, no 1, p. 44.

2. Scott, Frank R. Essays on the Constitution: Aspects of Canadian Law and Politics, Toronto, University of Toronto Press, 1977, p. ix.

3. A d’abord été publié dans Events and Signals, Toronto, Ryerson Press, 1954.

4. Essays on the Constitution, p. vii-viii.

5. Essays on the Constitution, p. viii.

6. “The Fascist Province” dans Canadian Forum, avril 1934; repris dans J. L. Granatstein et Peter Stevens (éd.), Forum: Canadian Life and Letters, 1920-70, Toronto, University of Toronto Press, 1972, p. 120. (Publié sous le pseudonyme J.E. Keith.)

7. Cité par Donald Creighton dans John A. Macdonald: The Young Politician, Toronto, The Macmillan Company of Canada Limited, 1952.

8. « French Canadian Nationalism », dans Canadian Forum, mars 1936; repris dans J. L. Granatstein et Peter Stevens (éd.), Forum: Canadian Life and Letters, 1920-70, Toronto, University of Toronto Press, 1972, et dans Michiel Horn (éd.), A New Endeavour, Toronto, University of Toronto Press, 1986.

9. Lettre de Frank Scott à François-Albert Angers, 21 octobre 1939; citée par Michael Oliver, « F.R. Scott: Quebecker », dans On F.R. Scott: Essays on his Contribution to Law, Literature and Politics, Sandra Djwa et R. St.J. MacDonald (éd.), Montréal, McGill-Queen’s University Press, 1983, p. 171.

10. David Lewis et F. R. Scott, Make This Your Canada: A Review of CCF History and Policy, Toronto, Central Canada Publishing Company, 1943, p. 106.

11. « Canada, Québec et le bilinguisme », dans Queen’s Quarterly, 54, 1947, p.1-7; Essays on the Constitution, p. 197.

12. Op. cit., p. 198.

13. Op. cit., p. 201.

14. « Dominion Jurisdiction over Human Rights and Fundamental Freedoms », Canadian Bar Review, 27, 1949; dans Essays on the Constitution, p. 221.

15. Cité par Patricia Godbout dans « Les échanges littéraires à Montréal durant les années 1950 », Échanges culturels entre les deux solitudes, sous la direction de Marie-Andrée Beaudet, Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, 1999, p. 85.

16. Voir « Le Canada anglais de Jacques Ferron (1960-1970) », dans Susan Margaret Murray, Formes, fonctions et représentations, thèse de doctorat, Queen’s University, mai 2009, chapitres 7 à 9; Sandra Djwa. The Politics of the Imagination: A Life of F.R. Scott, Toronto, McClelland and Stewart, 1987, pp. 418-423; Godbout, op. cit. p. 86 et 87.

17. La version de Pierre Trudeau citée par Sandra Djwa, F. R. Scott : Une vie, p. 579.

18. Guy Laforest, « L’accord du lac Meech : la recherche d’un compromis entre André Laurendeau et F.R. Scott », dans Trudeau et la fin d’un rêve canadien, Sillery, Septentrion, 1992.

19. F. R. Scott Journal, p. 149; dix-huitième rencontre de tous les membres de la Commission à Ottawa, 2 et 3 juillet 1964.

20. Le Devoir, 3 juin 1968.

21. F. R. Scott Journal, 3 novembre 1964, p. 158; F. R. Scott Papers, Bibliothèque et Archives Canada, MG30 D211, vol. 109, fichier 1.

22. La phrase « J’y suis, j’y reste » est la célèbre réplique qu’a prononcée le général français Patrice de Mac-Mahon durant la guerre de Crimée, au cours de la bataille de Malakoff, à Sébastopol, après qu’on lui a conseillé de battre en retraite. Elle a aussi servi de titre à une pièce de théâtre française, qui a été portée au grand écran. Le film était à l'affiche à Paris lorsque Scott y a fait un séjour en 1954.

23. F. R. Scott, A View of Canada, 11 août 1965, p. 1.

24. A View of Canada, p. 7 et 8.

25. F. R. Scott Journal, 19 novembre 1966, p. 344 à 346.

26. Le texte se termine par l’indication « End August 1967 », mais fait partie d’un document intitulé Additional remarks by F.R. Scott, 28 septembre 1967, dans lequel il s’oppose aux paragraphes 453 et 454 d’une ébauche du chapitre VII, vol. 1.

27. « The Fascist Province », dans Forum, op. cit. p. 120.

28. Bulletin ACPU / CAUT Bulletin, vol. 2, no 4, mai 1971, Colloque sur la Loi sur les mesures de guerre.

29. Exemplaire du projet de loi 22, annoté par Scott, dans la boîte 104 de ses documents, dossier 18.

30. « Prof. Frank Scott speaks out: Bill 22 couldn’t stand constitutional scrutiny”, dans The Montreal Star, 17 juin 1974, p. D 1-2.

31. Lettre datée du 7 janvier 1977, citée par Sandra Djwa dans « Nothing by Halves: F.R. Scott », Revue d’études canadiennes, hiver 1999-2000.

32. Sandra Djwa, F. R. Scott : Une vie, p. 587.

33. Cité dans Graham Fraser, Sorry, I Don’t Speak French, Boréal, 2006, p. 83.

34. Sandra Djwa, The Politics of the Imagination, p. 436 et 437.

35. Patricia Godbout, Traduction littéraire et sociabilité interculturelle au Canada (1950-1960), Les Presses de l’Université d’Ottawa, 2004, p. 108.

36. Sherry Simon, Traverser Montréal. Une histoire culturelle par la traduction, Montréal, Fides, p. 49.

37. Peter Dale Scott, Coming to Jakarta: A Poem About Terror, Toronto, McClelland and Stewart, 1988, p. 84.

38. Voir Valérie Lapointe-Gagnon, « Jeter un pont entre les deux solitudes. Le rôle de Frank R. Scott », dans Légiférer en matière linguistique, sous la direction de Marcel Martel et Martin Pâquet, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2008, p. 53 et 54.

39. « Preface », Essays on the Constitution, p. ix.