ARCHIVÉE - Gatineau, le 17 novembre 2008

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L’industrie canadienne de la langue : une chance à saisir  

Notes pour une allocution à la
Foire de l’industrie canadienne de la langue 2008


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs,

Je suis ravi de participer à cette Foire de l’industrie de la langue qui réunit en un lieu la fine fleur des professionnels d’une industrie en plein essor.

À titre de commissaire aux langues officielles, c’est-à-dire d’ombudsman fédéral pour les droits linguistiques, la question des langues est pour ainsi dire mon pain quotidien. En fait, nous sommes des partenaires naturels. Nous livrons ensemble, chacun dans sa sphère, le même combat pour la valorisation du français et de l’anglais, et la défense de la diversité.

Introduction

L’industrie canadienne de la langue comprend plus de 2000 entreprises et compte environ 30 000 spécialistes. Le secteur de la traduction détient 6 p. cent du marché mondial et génère un chiffre d’affaires annuel de plus de 400 millions de dollars. Nos experts en formation linguistique répondent à environ 12 p. cent de la demande mondiale et réalisent des revenus de quelque 450 millions de dollars1.

En fait, c’est une industrie qui ne cesse de croître, bien que son potentiel économique demeure insuffisamment exploré. C’est pourquoi je me réjouis que le gouvernement fédéral se soit engagé à aider votre industrie à être davantage reconnue sur les marchés intérieur et internationaux. La Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne, dévoilée en juin 2008, constitue un pas dans la bonne direction, même s’il en faut bien d’autres avant d’arriver au but.

J’aimerais donc aujourd’hui vous dire quelques mots sur la demande pour les services linguistiques au sein de l’administration fédérale et sur les défis à relever. Je conclurai en parlant des perspectives d’avenir de votre industrie et de l’importance de miser sur le capital humain.

1. La demande pour les services linguistiques au sein de l’administration fédérale

La demande pour les services linguistiques dans les institutions fédérales ne cesse de croître. Cela s’explique entre autres par l’essor fulgurant de la prestation des services au moyen de systèmes automatisés, par la prolifération des contenus bilingues sur les sites fédéraux et par l’évolution rapide des besoins en matière de formation linguistique.

Évidemment, cette augmentation de la demande incite les institutions fédérales à mieux gérer les aspects linguistiques de leurs mandats respectifs et à travailler davantage en partenariat avec vous. On est donc en droit de s’attendre en particulier à ce que le Conseil national de recherches du Canada, l’École de la fonction publique et le Bureau de la traduction jouent un rôle très actif dans la réussite de l'industrie.

Par exemple, les plans et les priorités du Bureau de la traduction pour l’exercice financier en cours font état d’une pénurie alarmante de ressources langagières au Canada. Près du tiers des professionnels du Bureau seront admissibles à la retraite d’ici trois ans. L’âge moyen des traducteurs et des interprètes dans la fonction publique est de 50 ans. Il y a aussi une pénurie de professionnels spécialisés en langues autochtones et dans les langues étrangères dans les secteurs militaires, diplomatiques et du renseignement.

L’industrie a besoin de 1000 nouveaux professionnels de la langue tous les ans, mais moins de 300 nouveaux diplômés qualifiés sortent des universités chaque année. C’est le tonneau des Danaïdes. Il sera évidemment impossible de répondre à la demande sans un effort considérable de formation universitaire et de recrutement.

Puisque je parle du Bureau de la traduction, je m’en voudrais de ne pas souligner au passage une de ses belles réussites annoncée par le gouvernement dans la Feuille de route. D’ici peu, tous les Canadiens et Canadiennes auront accès gratuitement au Portail linguistique du gouvernement du Canada, qui réunit, en un seul site Web, une panoplie d’outils linguistiques, dont la base de données terminologiques TERMIUM®.

L’École de la fonction publique du Canada, pour sa part, joue un rôle important dans l’assurance de la qualité des services d’apprentissage offerts dans le secteur privé. Par exemple, elle a établi des partenariats avec neuf écoles privées et 12 collèges et universités pour accroître l’accès à des services linguistiques de haut niveau.

Il est également prévu que l’École accorde 2,5 millions de dollars au cours des cinq prochaines années pour élargir l'accès des produits d'apprentissage linguistique aux universités canadiennes. Un projet pilote est d’ailleurs en cours, et je surveillerai les progrès à ce chapitre.

Pour ce qui est de la formation linguistique des employés fédéraux, de nombreux fonctionnaires ont l’impression que le transfert de la formation à chaque ministère entraînera une réduction du financement consacré à la formation linguistique. Cet enseignement peut varier d’une école à l’autre, d’où l’importance d’avoir des normes de qualité en place. De plus, cela rend plus difficile l’établissement d’une vue d’ensemble de la situation. C’est une question préoccupante à laquelle le gouvernement se doit d’apporter une réponse. Il va sans dire que c’est un dossier que nous suivons de près.

2. Les métiers de la langue

En fait, l’industrie de la langue au Canada est encore un grand chantier; c’est une grande communauté en construction.

L’Évaluation formative de l’Initiative de l’industrie de la langue2, réalisée par Industrie Canada en 2006, notait que le succès de cette initiative repose sur sa capacité à surmonter quatre grands défis :

  • la fragmentation du secteur;
  • la pénurie des ressources humaines;
  • le manque de visibilité; et
  • les besoins en matière de recherches et de développement.

À ces défis s’ajoute, bien sûr, celui de mieux cerner l’impact économique futur de l’industrie. Comme tout nouveau chantier, l’industrie de la langue est un secteur dans lequel il faut continuer à investir en suivant un plan bien tracé.

Les 10 millions de dollars sur cinq ans consacrés, dans la Feuille de route, à la deuxième phase de cette initiative, ainsi que les 10 millions octroyés au Centre de recherche en technologies langagières, aideront votre industrie à relever ces défis.

Il est important dans ce contexte de reconnaître le leadership éclairé et le dynamisme de l’AILIA et du Centre. En collaboration étroite avec vous, ils veulent consolider la place de votre industrie parmi les chefs de file mondiaux.

Un des domaines les plus effervescents de votre industrie est celui de l’enseignement du français et de l’anglais comme langues secondes. Aujourd’hui :

  • près de deux millions d’élèves anglophones partout au pays apprennent le français alors que parallèlement un million de jeunes Québécois francophones apprennent l’anglais;
  • environ 300 000 de ces élèves anglophones sont inscrits dans des programmes d’immersion française; et
  • près du quart des jeunes âgés de 15 à 29 ans se déclarent bilingues.

Il reste cependant beaucoup à faire avant que le bilinguisme individuel atteigne un niveau acceptable. Les parents québécois continuent de manifester un fort désir de voir s’améliorer l’enseignement de l’anglais dans leurs écoles. À l’extérieur du Québec, à l’heure actuelle, seulement 47 p. cent des jeunes élèves anglophones apprennent le français comme langue seconde.

C’est pour cette raison que j’insiste constamment sur la nécessité d’assurer une plus grande continuité et cohérence dans l’enseignement de la langue seconde, et ce, de la maternelle jusqu’à l’intégration au marché du travail. À cet effet, les écoles de langue ont un rôle à jouer comme partenaires avec les autres établissements d’enseignement.

Selon un sondage réalisé pour Berlitz Canada, « les Canadiens bilingues et multilingues ont accès à un plus vaste choix de carrières, établissent des relations plus solides avec leurs collègues et leurs clients en plus de connaître des promotions et des hausses de salaire plus rapidement que leurs homologues unilingues3. »

En fait, dans son étude récente Do you speak English? Les avantages du bilinguisme au Canada4, l’avantage du bilinguisme s’étend également au revenu personnel. Selon le recensement de 2001, le revenu médian des personnes parlant le français et l’anglais était de près de 10 p. cent supérieur à celui des unilingues anglophones et de 40 p. cent supérieur à celui des unilingues francophones.

L’étude notait également les résultats d’une enquête effectuée par Compas Inc., selon laquelle 55 p. cent des 133 chefs d’entreprise canadiens sondés sont d’avis que les chercheurs d’emploi parlant couramment les deux langues ont plus de chances de trouver du travail que les unilingues.

Selon un autre sondage5 réalisé tout récemment pour Canadian Parents for French auprès d’environ 500 superviseurs d’employés bilingues à l’extérieur de la fonction publique et à l’extérieur du Québec, le bilinguisme demeure un atout important :

  • quatre superviseurs sur cinq estiment que leur personnel bilingue constitue un précieux atout pour leur entreprise;
  • les employés bilingues se trouvent autant dans les postes de débutants que dans ceux de niveau intermédiaire, et ils occupent 21 p. cent des postes de niveau supérieur;
  • sept sur dix superviseurs disent que même une capacité limitée de communiquer en français est un atout, et, fait très révélateur, près de la moitié des répondants disent qu’ils ont du mal à trouver des employés bilingues.

À Québec, je note l’exemple de la Société Québec multilingue qui reconnaît l’importance du bilinguisme et du plurilinguisme pour favoriser l’épanouissement des citoyens de la région et accroître la compétitivité des entreprises. Leur plan d’action pourra servir de modèle pour d’autres communautés.

Ces constats suggèrent non seulement qu’il faut intensifier nos efforts pour ce qui est de l’enseignement du français et de l’anglais comme langue seconde, mais qu’il existe peut-être parallèlement un marché inexploré pour la mise à niveau des connaissances en langue seconde de nombreux chercheurs d’emploi.

Notre ambition est de voir assurer partout au Canada l’accès, la qualité et la continuité de l’enseignement du français et de l’anglais comme langue seconde. De plus, nous souhaiterions que l’interculturalité soit davantage valorisée comme une composante de la didactique du français et de l’anglais comme langues secondes au moyen d’échanges, de stages et d’autres formes de contacts interlinguistiques.

Je note au passage que la Feuille de route comprend une mesure intéressante qui contribuera à rendre plus accessible la culture littéraire des deux communautés de langue officielle au Canada. Il s’agit du Programme national de traduction pour l’édition du livre. Celui-ci consacrera 5 millions de dollars sur cinq ans afin d’aider les éditeurs du Canada à traduire des œuvres d’auteurs canadiens.

L’AILIA, pour sa part, aura un rôle important à jouer dans le renouveau de l’apprentissage du français et de l’anglais comme langues secondes en assurant un marché mieux intégré et mieux ciblé. La réalisation d’un tel objectif suppose évidemment la création de nouveaux outils pédagogiques et, en particulier, des didacticiels interactifs plus performants.

Les bouleversements en cours en matière de technologies langagières font évidemment partie de la révolution en matière d’information. Et les professionnels de la langue, comme les professionnels des médias, des communications et de l’édition, doivent, pour réussir, s’adapter rapidement aux nouvelles exigences.

La technologie est responsable de la hausse des demandes et des défis que vous devez affronter, mais aussi des occasions qui vous sont offertes. Si les technologies langagières vous soulagent des tâches les plus fastidieuses, elles ne sont certainement pas sur le point de vous supplanter. Leur utilisation stratégique permet toutefois d’améliorer la qualité de vos produits et de vos services, et de mettre davantage en relief le travail réellement créateur du professionnel.

Dans ce contexte, je me dois de saluer les travaux de pionnier du Centre de recherches en technologies langagières dans le développement d’outils d’accroissement de la productivité applicables à la traduction, à la génération de contenu multilingue et à la formation linguistique. Nous avions d’ailleurs souligné dans notre dernier rapport annuel une belle initiative du Centre, à savoir le projet Transcheck-2, un vérificateur automatique de traduction qui cherche les erreurs de correspondance entre le texte source et sa traduction.

Puisqu’on annonce des innovations quasi quotidiennement, bien brave est celui qui saurait prédire ce que l’avenir nous réserve en matière de technologies langagières. Pour ma part, je suis encore en train de voir venir, sinon d’apprivoiser ou digérer Facebook, StumbleUpon, Wikio, Flickr, Twitter, Shozu, Utterz, Seesmic ainsi que les nombreuses autres trouvailles qui semblent surgir comme des pissenlits.

Et puis qui avait prévu que le iPhone de Apple pourrait être équipé, pour une somme modique, d’un logiciel de traduction en 22 langues? Verrons-nous demain de grands bonds en avant dans le langage artificiel, dans la reconnaissance vocale et la génération de la parole? Que mijotera Google dans 10 ans? À quand l’interprétation automatique par ordinateur? Bien sûr, je n’ai pas de réponses à ces questions anxiogènes. Mais l’important pour vous et pour nous, c’est d’être à la fine pointe de ces avancées et de s’assurer que l’industrie de la langue au Canada demeurera dans le peloton de tête.

3. Construire l’avenir

Certes, de plus en plus, la pleine maîtrise des technologies langagières sera nécessaire à votre réussite. Mais ce qui est plus important, c’est de pouvoir compter sur la présence en nombre suffisant de professionnels de la langue bien formés. La révolution de l’information trouve sa force et son essor dans la synergie entre le capital humain et la technologie.

J’ai évoqué auparavant la situation dramatique de la relève. Fort heureusement, dans le cadre de la Feuille de route, le Bureau de la traduction mettra sur pied un Programme de bourses pour la formation universitaire en traduction et en interprétation. Ce programme de 8 millions de dollars sur cinq ans répondra en partie à la pénurie.

Toutefois, comme le montre le rapport sur les ressources humaines dans votre industrie réalisé par la firme Vestimetra International pour l’AILIA6, les besoins sont considérables, tant pour des interprètes judiciaires agréés que pour des interprètes communautaires professionnels. Il y a également une grave pénurie d’enseignants et de professeurs de français et d’anglais. En particulier, le manque d'enseignants de français langue seconde, tant pour les cours de base que pour les cours d’immersion, ira en s’accentuant.

Ces pénuries contraignent malheureusement certains employeurs à embaucher des candidats insuffisamment formés ou qualifiés, ou encore à faire appel à l’immigration pour répondre à la demande. De plus, on n’a toujours pas défini avec précision les compétences minimales requises pour les enseignants.

Pour faire face à cette crise de ressourcement, il est urgent que les principaux acteurs fédéraux et les membres de l’AILIA travaillent de concert dans l’élaboration de solutions pratiques. Bien sûr, ce travail est déjà bien amorcé, mais il faudra sans doute forcer la cadence. Il importe également de poursuivre activement les initiatives en cours visant à garantir la qualité des services offerts par votre industrie.

À cet égard, je note avec satisfaction que l’Office des normes générales du Canada a publié récemment une nouvelle norme nationale sur les services de traduction7, projet auquel avait également participé l’AILIA. Celle-ci a été préparée dans l’optique d’une harmonisation avec la norme européenne en la matière, en tenant compte des spécificités canadiennes.

Il est également question de mettre en place des mécanismes d’évaluation de la conformité et de certification des fournisseurs de services de traduction. La publication de cette norme incitera sans doute bon nombre de fournisseurs de services de traduction à demander la certification des services qu’ils offrent. Ils disposeront ainsi d’un label de qualité sur un marché très concurrentiel.

Conclusion

Quand on prend un peu de recul, on se rend bien compte que l’industrie de la langue au Canada est en pleine mutation. Votre ambition, et la nôtre aussi, c’est de construire l’avenir plutôt que de le subir; c’est d’ériger cette industrie si importante pour la dualité linguistique sur des assises solides et durables. Cela exige, bien sûr, un engagement constant de la part du gouvernement fédéral et un degré de coopération élevé entre tous les intervenants.

Le Commissariat, je vous l’assure, ne manquera pas de rappeler au gouvernement l’importance d’agir. Le Canada est bien situé pour faire de notre industrie de la langue un leader mondial. C’est une chance à saisir; c’est un tournant stratégique à ne pas manquer.

Je ne saurais conclure sans vous dire deux mots sur l’admiration que j’éprouve pour le travail que vous accomplissez. Vos professions sont exigeantes et vos réalisations sont remarquables. Vous contribuez à la diffusion du savoir tout en étant des acteurs clés dans la progression vers l’égalité de statut du français et de l’anglais dans la société canadienne. Vous rendez les communications entre nos citoyens plus fécondes et vous facilitez nos échanges avec le monde.

Je vous félicite et je vous remercie d’être en quelque sorte les architectes de notre dialogue national.


1. www.ic.gc.ca/epic/site/lain-inla.nsf/fr/qs00023f.htmlSite du gouvernement

2. www.ic.gc.ca/epic/site/ae-ve.nsf/fr/01429f.htmlSite du gouvernement

3. http://files.epicus.ca/berlitztestsite/fr/pdf/BerlitzLangRelease-fr.pdf

4. http://www.ccl-cca.ca/CCL/Reports/LessonsInLearning/LinL20081016Bilingualism.htmSite externe

5. www.cpf.ca/fra/Communiques-de-presse/CP-Oct-16-08-2.htmlSite externe

6. http://carriere.jobboom.com/carrieres-avenir/actualites/2007/10/11/4568489.htmlSite externe. Pour ce qui est des enseignants du français langue seconde, voir aussi www.pch.gc.ca/progs/lo-ol/pubs/plan-2013/2_f.cfmSite du gouvernement.

7. www.tpsgc-pwgsc.gc.ca/cgsb/info/news/2008_10_08-f.htmlSite du gouvernement