ARCHIVÉE - Montréal, le 17 avril 2009

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Notes pour une allocution prononcée à l’occasion du lancement du
Réseau de recherche sur les communautés québécoises d’expression anglaise


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Il me fait très plaisir d’être ici et de participer au lancement de ce réseau de recherche d’une grande importance. Tandis que nous célébrons, cette année, le 40anniversaire de la Loi sur les langues officielles, il importe de réfléchir à tout ce que nous avons accompli au cours des quatre dernières décennies. Grâce à des initiatives comme celle‑ci, nous sommes conscients du travail qu’il reste à faire, mais aussi de l’énorme potentiel que représentent nos communautés.

L’idée d’un réseau de recherche axé spécialement sur les communautés québécoises d’expression anglaise ne date pas d’hier. La discussion concernant la nécessité d’approfondir la recherche à cet égard est en cours au sein de la communauté depuis quelque temps. Les Québécois de langue anglaise vivent une situation unique. Nous ne pouvons donc pas tenir pour acquis que les données découlant de recherches auprès d’autres communautés en situation minoritaire s’appliquent à eux. En 2006, lorsque ma prédécesseure, Dyane Adam, a lancé l’étude sur la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire intitulée Une vue plus claire, elle a déclaré : « Un institut de recherche devrait être en particulier dédié aux besoins de recherche sur les communautés [d’expression anglaise] du Québec, une institution qui encouragerait du même coup la mise en réseau des chercheurs. » Aujourd’hui, cet objectif a été atteint, et je vous en félicite.

Ce réseau de recherche comble un manque et se pointe à un moment opportun pour les communautés anglophones du Québec. Le sujet de la recherche est fascinant : il est question d’une communauté qui a vécu des changements profonds au cours des 50 dernières années et qui continue à en vivre.

Cela fait près de 30 ans que Sheila McLeod Arnopoulos et feu Dominique Clift faisaient paraître leur ouvrage The English Fact in Quebec. En 1980, la communauté traversait une période particulièrement éprouvante : le premier mandat du Parti Québécois, le projet de loi 101 et le référendum de 1980. Je n’ai pas à vous rappeler l’exode auquel nous avons assisté durant cette période.

Dans leur livre, Mme Arnopoulos et M. Clift observaient que, 20 ans plus tôt, la majorité des établissements communautaires anglophones s’autofinançaient, mais, à la suite de la Révolution tranquille, un grand nombre d’entre eux ont été pris en charge par le gouvernement du Québec1. Ils ont noté ce que représentait ce transfert de pouvoir et d’autorité pour la communauté d’expression anglaise :

[…] les institutions communautaires anglophones doivent justifier leur existence aux yeux de la population francophone, qui a le dernier mot en ce qui concerne la répartition des recettes fiscales. Elles doivent définir leur rôle de façon à ce qu’il soit valorisé dans l’ensemble de la province. Voilà une transformation radicale de la perception de la population de langue anglaise autonome et culturellement indépendante de Montréal. Le changement n’est pas accepté volontairement ni spontanément. Il demande une capacité d’interagir et de travailler avec les francophones d’une manière très différente, dépourvue de la condescendance qui régnait avant la Révolution tranquille2 [traduction].

Cette description – et cette recommandation – reflètent les progrès qu’ont réalisés les communautés de langue anglaise au cours des 30 dernières années ainsi que le chemin qu’il reste à parcourir. Dans une grande mesure, le rôle en question a été défini. Les perspectives ont évolué et l’accent a été mis sur l’initiative et la souplesse individuelle. D’un autre côté, l’influence politique de l’ensemble de la communauté a été réduite.

Trois ans après cela, Richard French, alors député de Westmount à l’Assemblée nationale, donnait une allocution dans laquelle il traitait de la situation culturelle unique des Québécois anglophones :

Il est temps de comprendre que l’Anglo-Québécois doit se définir en tant que Nord-Américain d’un autre type. Il doit accepter son statut d’étranger culturel au Québec, un statut unique, puisqu’il n’exige absolument aucune concession en ce qui a trait à sa propre pleine participation dans la culture dominante. Il doit accepter la pertinence, et même la nécessité, des questions existentielles, sans pour autant délaisser les conforts du Globe and Mail et du New York Times, d’ABC et de NBC3 [traduction].

Ensuite, se tournant vers le monde dans son ensemble, il conclut que cette mobilité culturelle ne se trouvait nulle part ailleurs – ni à Paris ni à New York ni à Florence.

Il y a 10 ans, soit 20 ans après la publication de l’ouvrage de Mme Arnopoulos et de M. Clift, Garth Stevenson rédigeait l’une des rares analyses universitaires de la communauté anglophone du Québec. Le titre de l’étude en disait long sur son propos : Community Besieged: The Anglophone Minority and the Politics of Quebec. Dans sa conclusion, M. Stevenson décrivait la perception des optimistes et des pessimistes en ce qui concerne l’avenir de la communauté.

Selon lui, les optimistes mettaient l’accent sur l’adaptabilité des jeunes Anglophones vivant dans une société d’expression francophone; la force et la valeur économique de la langue anglaise en Amérique du Nord; la réputation de McGill qui continue à se répandre à l’échelle internationale, et ce qu’il appelle « l’apparent déclin du nationalisme extrême et de la xénophobie au Québec » et « l’utilité d’une minorité bilingue pour un Québec qui souhaite participer pleinement à l’économie continentale4 [traduction] ».

De leur côté, les pessimistes mettaient l’accent sur le manque d’emplois pour les jeunes anglophones, l’exode de la jeune classe moyenne d’expression anglaise, la chute des inscriptions dans les écoles de langue anglaise, la pression subie par les immigrants d’adopter le français plutôt que l’anglais, et la perception que les Canadiens d’expression anglaise ne déménagent plus au Québec5.

M. Stevenson a joué de prudence dans sa prévision concernant lequel des deux groupes aurait raison à long terme.

Après avoir examiné soigneusement les points présentés par les deux groupes, il a conclu que les anglophones « qui sont restés semblent s’être adaptés assez bien au nouvel ordre6 [traduction] ».

Maintenant, près de 10 ans plus tard, je pense que nous pouvons déclarer que les optimistes avaient raison.

La Commission Bouchard‑Taylor conseillait aux Québécois de voir la langue anglaise comme une langue de dialogue et d’échange dans le monde, et non comme la langue des conquérants. La jeunesse québécoise anglophone a atteint un niveau de bilinguisme de loin supérieur à celui des générations précédentes – ou de la communauté par le passé.

Toutefois, comme l’a démontré l’anthropologue Martha Radice dans son ouvrage Feeling Comfortable? Les Anglo‑Montréalais et leur ville, des problèmes d’adaptation et d’acceptation persistent.

Les communautés d’expression anglaise font encore face à des défis : des défis liés aux soins de santé offerts ailleurs que sur l’Île de Montréal, des défis en matière de représentation politique, des défis en ce qui concerne l’acceptation.

Ce réseau dynamique sera un regroupement qui contribuera au progrès de la recherche dans ce domaine et dans les communautés québécoises d’expression anglaise. Le caractère évolutif de ces communautés rend le besoin d’un réseau de recherche encore plus pressant. Les communautés anglophones et leurs partenaires, tels que l’Université Concordia, doivent profiter pleinement de ce réseau et se tourner vers d’autres initiatives semblables. Ainsi, la recherche et les données qui en découlent mèneront à une meilleure compréhension de la communauté pour la majorité du Québec et pour le reste du Canada, qui ne comprend pas toujours les défis que doivent surmonter les anglophones en situation minoritaire.

Pour sa part, l’Université Concordia a continuellement démontré que l’engagement communautaire était pour elle une priorité. De plus, Concordia s’est réellement démarquée à titre d’institution chef de file de la communauté anglophone.

Je suis également ravi de constater l’établissement d’un partenariat avec l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques à Moncton. Je crois qu’il est important de jeter un plus grand nombre de ponts entre les chercheurs des communautés francophones et anglophones vivant en situation minoritaire.

Ensemble, vous continuerez d’assurer le dynamisme de votre communauté et, bien sûr, vous pourrez compter sur l’appui du Commissariat pour le faire.

Je vous souhaite beaucoup de succès dans le cadre du travail extrêmement intéressant que vous réaliserez sur ces questions si importantes.

Merci.



1. Sheila McLeod Arnopoulos et Dominique Clift, The English Fact in Quebec, Montréal, McGill‑Queen’s University Press, 1980, p. 200. 

2. Ibid., p. 201.

3. Being l’autre: The Existential Pleasures of the Anglo-Quebecer, présentation à l’occasion de la rentrée des classes, faculté de gestion, Université McGill, le 23 septembre 1983.

4. Garth Stevenson, Community Besieged: The Anglophone Minority and the Politics of Quebec, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 1999, p. 298.

5. Ibid., p. 298-299.

6. Ibid., p. 309.