ARCHIVÉE - Ottawa, le 14 octobre 2009

AvertissementLa Norme sur la facilité d'emploi des sites Web remplace ce contenu. Cette page Web a été archivée parce que les Normes sur la normalisation des sites Internet 2.0 ont étés annulées.

Contenu archivé

L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.

Notes pour une allocution aux anciens de l’École nationale d’administration


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Bonjour à tous.

Je tiens d’abord à remercier M. Drago de l’invitation pour la discussion de ce soir.

Étant des anciens de l’ÉNA, vous êtes sans doute en grand nombre des employés d’un ordre de gouvernement (fédéral, provincial ou municipal), ici, dans la région ou ailleurs. Ceux d‘entre vous qui travaillent dans d’autres secteurs ont probablement des relations d’affaires avec le gouvernement.

Cela me laisse croire que la majorité d’entre vous ont déjà été touchés par les politiques en matière de langues officielles de ces gouvernements.

Pour cette discussion, on m’a demandé de toucher aux thèmes inclus dans mon dernier ouvrage, Sorry, I Don’t Speak French.

L’année 2005 marquait le 40e anniversaire du rapport préliminaire de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, où on annonçait que le Canada passait par la plus grande crise de son histoire. Après 40 ans, je voulais faire un bilan. Certaines dates me viennent à l’esprit :

  • 1962-1963, l’année critique;
  • 1966, l’engagement de Pearson;
  • 1967, la définition de Trudeau.

Tout cela s’est produit avant la loi de 1969. À cette époque, la loi produit un paradoxe : le bilinguisme officiel existe pour protéger les communautés et servir les unilingues. Le but est de rendre les institutions bilingues, pas les individus.

En ce 40e anniversaire de la Loi sur les langues officielles et à moins de quatre mois des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver, plusieurs sujets me sautent aux yeux également. En septembre, nous avons célébré l’anniversaire de la Loi avec de nombreux événements, y compris le lancement d’une exposition à Bibliothèque et Archives Canada.

Cette exposition, intitulée Déjà vu : 40 ans de langue et de rire en caricatures politiques, illustre avec humour et mordant les événements marquants et les débats politiques enflammés qui ont façonné notre relation avec les langues officielles depuis l’adoption de la Loi. Celle-ci sera montrée jusqu’à la fin décembre et je vous invite à vous y rendre. Elle vous rappellera sans doute des souvenirs, certains meilleurs que d’autres, du cheminement que nous avons fait ensemble.

En 1968, tandis que les parlementaires débattaient du projet de loi C-120, qui allait devenir la Loi sur les langues officielles, plusieurs questions surgissaient dans l’ensemble du pays. Parce que l’élaboration de ce projet de loi n’avait pas été rendue publique, la propagation de rumeurs et de peurs atteignait une ampleur inégalée1. Les Canadiens, aussi bien que les médias qui leur mettaient le feu aux poudres, semblaient croire que cette nouvelle loi allait obliger tous les Canadiens, et tous les fonctionnaires, d’être bilingues. Pire encore, on croyait que les anglophones subiraient une discrimination inconcevable dans leur quête d’emploi auprès du gouvernement fédéral.

Quarante ans plus tard, ces mythes continuent de paraître dans les médias lorsque des questions surgissent concernant l’importance d’avoir deux langues officielles. Et nous travaillons très fort à continuer de les faire tomber.

Vous le savez peut-être; l’objectif de la Loi n’a jamais été de rendre tous les Canadiens bilingues. Ce serait bien, mais ce n’est pas une exigence. L’objectif était plutôt d’assurer que tous les francophones unilingues aient droit aux mêmes services de qualité que les anglophones unilingues.

Pour y arriver, il était donc nécessaire que la fonction publique prenne des mesures pour assurer que ses employés, qui doivent servir le public canadien, soient en mesure de le faire dans la langue officielle du choix de chacun. Bien sûr, ce n’est pas le cas partout. Ces services sont assurés dans les régions désignées bilingues, selon la demande qui y existe. Ils sont également assurés pour l’ensemble de la population dans des endroits comme les aéroports principaux desservant le public voyageur.

Ici, à Ottawa, 65 p. 100 des postes sont désignés bilingues. Par contre, dans l’Ouest, ce ne sont que 5 p. 100 des postes qui le sont. Dans l’ensemble, la majorité des postes au sein de la fonction publique demeurent des postes unilingues anglophones, donc les anglophones ne font pas preuve de discrimination.

Quant aux francophones au sein de la fonction publique, dans cette région en particulier, ils sont très bien représentés, particulièrement ceux qui se trouvent dans des postes désignés bilingues. Ce niveau élevé de francophones bilingues fait la preuve de la grande capacité des francophones à devenir bilingues (ce n’est en rien surprenant, surtout à Ottawa-Gatineau), mais aussi du manque d’anglophones bilingues dans ce groupe.

Quelle en est la cause? Eh bien, depuis près de 30 ans maintenant, les jeunes anglophones ont accès, pratiquement partout au pays, à des programmes d’immersion et de français langue seconde. On aurait donc tendance à croire qu’ils seraient aussi qualifiés que leurs homologues francophones pour accéder à la fonction publique et y travailler dans les deux langues officielles.

Cependant, nous savons qu’il y a une rupture dans le cheminement d’apprentissage pour un grand nombre de ces jeunes, lorsqu’ils accèdent aux études postsecondaires. Les universités continuent, pour la majorité, d’ignorer le besoin de fournir à leurs étudiants tous les outils nécessaires pour leur carrière. Et ces outils doivent inclure les compétences linguistiques, surtout dans le cadre de programmes d’administration publique, où un grand nombre de finissants aspireront à la fonction publique.

Je publierai une étude à cet effet à la fin du mois, mais les constats sont moins que rassurants. J’espère que nos universités canadiennes suivront l’exemple d’établissements comme le Collège Glendon, l’Université d’Ottawa, l’Université McGill et l’Université Simon Fraser à Vancouver, afin de fournir à tous nos étudiants, anglophones et francophones, les programmes et les cours nécessaires afin qu’ils poursuivent leurs études dans leur langue seconde.

En Colombie-Britannique, les jeunes issus de programmes comme celui de Simon Fraser viendront appuyer les efforts actuellement mis en place pour les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver qui auront lieu dans quelques mois à peine.

Selon une étude que j’ai publiée l’an dernier, et son suivi publié en septembre, le Comité organisateur et les institutions fédérales impliquées continuent de peiner à assurer un service égal aux athlètes, participants et visiteurs aux Jeux. Cela me surprend. Près de 300 000 personnes ont une connaissance du français dans cette province. Il s’agit là d’un bassin appréciable d’employés et de bénévoles potentiels.

Depuis que je travaille sur ce dossier, j’ai constaté qu’il existait des idées fausses par rapport à ces jeux, particulièrement dans l’Ouest canadien. Ces jeux sont bien les Jeux du Canada, et non de la Colombie-Britannique. En raison de cela, ils doivent être représentatifs de tous les Canadiens, francophones et anglophones. De plus, le français et l’anglais sont les langues officielles du Comité international olympique.

En respectant ce statut de langues officielles à tous les niveaux, le Canada pourra maintenir sa réputation dans le monde entier quant au respect de ses deux grandes communautés linguistiques. D’autres pays comme la Belgique et la Suisse vivent avec des populations représentant les langues officielles du pays, mais la séparation territoriale rigide ne pourrait s’appliquer au Canada, où des communautés de langue officielle en situation minoritaire continuent de s’épanouir partout au pays. La Finlande est probablement l’exemple le plus semblable à celui du Canada. Comme la Finlande, le modèle canadien est un modèle d’équilibre, de souplesse et de tolérance linguistique.

Cependant, je crois qu’il nous reste certains défis à surmonter avant que ce modèle puisse réellement être intégré. En particulier, et j’aborde ce thème au chapitre sept de mon livre, je crois qu’il y a du chemin à faire à Ottawa, capitale nationale du Canada.

En 1970, la Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme a publié son cinquième rapport sur la capitale fédérale. Ce rapport indiquait clairement que la capitale devait être le symbole du pays. Selon les commissaires, elle devrait illustrer, de la meilleure façon possible, les valeurs d’un pays dans son ensemble, son mode de vie, sa richesse et sa diversité culturelles, son visage social et ses aspirations futures. Une capitale doit servir de lieu de rencontre où des personnes parlant différentes langues et provenant de différentes régions du Canada peuvent, d’une manière très générale, vivre et travailler ensemble2.

Ottawa a beaucoup changé depuis. Mais ce changement s’est surtout effectué derrière les portes closes des édifices gouvernementaux et jusqu’à un certain point dans les services aux citoyens qui y habitent. À l'échelle provinciale, il est possible d’obtenir ses services en français. À l'échelle municipale, l’offre de services dans les deux langues varie.

Au-delà des services, il reste qu’un déséquilibre existe à Ottawa. Dès que l’on s’éloigne des bureaux gouvernementaux pour entrer dans la vie quotidienne, on remarque très rapidement que le français a rarement sa place.

Pour des Canadiens visitant leur capitale, l’impression reste celle d’une ville d’expression anglaise. L’affichage est majoritairement unilingue, les menus sont rarement traduits et on peine à se faire servir en français. Pour ceux qui le tentent, ils ressortent souvent avec un malaise.

Pour les touristes francophones du Québec et de la francophonie internationale, ils ont un choc en arrivant à Ottawa. Sachant que le Canada est un pays bilingue et qu’ils se rendent dans sa capitale, il est difficile de comprendre pourquoi presque tout se passe en anglais. Reprenant un autre passage du rapport de la Commission Laurendeau-Dunton qui continue de s’appliquer près de 40 ans plus tard, ni un résidant francophone ni un visiteur ne peuvent s’y sentir « chez eux »; « une fraction importante de la population canadienne se sent étrangère dans la capitale fédérale3 ».

Bien que le bilinguisme à Ottawa ne relève pas directement de la Loi sur les langues officielles, c’est un sujet qui me tient à cœur et que je continuerai d’étudier de près à titre de commissaire aux langues officielles.

Conclusion

Après trois ans comme commissaire, je fais les constatations suivantes :

  • La vitalité des communautés est plus forte que j’aurais pu imaginer.
  • Il y a plus d’alliés au sein de la fonction publique que je pensais.
  • Il y a néanmoins un écart entre la réalité et l’idéal.
  • En contraste avec le drapeau, le système de santé, le système métrique et d’autres innovations des dernières décennies, le bilinguisme officiel ne fait pas encore partie de notre perception de l’identité canadienne.

Pour conclure, je tiens à souligner qu’à titre d’anciens d’un programme d’administration publique, vous êtes aujourd’hui nos leaders à tous les ordres de gouvernement, fédéral, provincial et municipal. C’est donc à vous de servir de modèles et de donner l’exemple à vos employés afin qu’ils reconnaissent l’importance de la dualité linguistique au Canada et particulièrement dans notre région.

Je peux maintenant répondre à vos questions.



1. Ce point est soulevé durant les débats de la Chambre des communes par Robert Stanfield, le 17 octobre 1969, 1485.

2. Voir le Rapport de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Livre 5 : La capitale fédérale, Imprimeur de la Reine pour le Canada, Ottawa, 1970, p. 3.

3. Rapport de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Livre 5 : La capitale fédérale, Imprimeur de la Reine pour le Canada, Ottawa, 1970, p. 5-6.