ARCHIVÉE - Ottawa, le 13 novembre 2009

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Notes pour une allocution à la Conférence sur le leadership d’Affaires étrangères et Commerce international Canada


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Bonjour,

Merci de m’avoir invité. C’est pour moi un honneur particulier que de m’adresser à vous, parce que j’ai un faible pour les Affaires étrangères. C’est l’un des derniers sujets sur lesquels j’ai écrit en tant que journaliste avant de devenir commissaire aux langues officielles il y a trois ans. Mon frère John a occupé un poste pendant 36 ans au ministère qui s’appelait alors Affaires extérieures. Et mon épouse, qui était au Bureau du Conseil privé, a été affectée aux Affaires étrangères pour travailler à l’ambassade du Canada à Washington.

La dualité linguistique est l’une des façons dont le Canada se distingue sur la scène internationale. Cela est particulièrement frappant cette année, alors que nous célébrons le 40e anniversaire de la Loi sur les langues officielles et que nous nous préparons à mettre notre pays en valeur dans le cadre des Jeux olympiques d’hiver de 2010.

La dualité linguistique est une composante essentielle de l’identité canadienne.

Et vous représentez le visage du Canada à l’étranger. Donc, si la Loi est importante pour le gouvernement fédéral, elle est essentielle pour votre ministère. Vous êtes le premier contact avec le Canada à travers le monde : pour ceux qui viennent à nos ambassades, qui cherchent des visas, qui assistent à des événements sociaux canadiens.

Il y a de nombreux pays dans le monde où deux langues, ou même plusieurs langues, jouent un rôle important. Cependant, peu d’entre eux ont fait de la dualité linguistique un élément essentiel de leur identité nationale et l’ont intégrée dans leur gouvernement démocratique et leur fonction publique. Même si, souvent, nous n’atteignons pas le but visé, la volonté de poursuivre nos idéaux collectifs demeure.

Je suis convaincu que l’ouverture de la population canadienne à l’égard de la diversité découle en grande partie de son acceptation de la dualité linguistique. Nous avons fait nôtre le principe selon lequel une nation doit traiter de la même façon ses deux communautés linguistiques, même si l’une d’elles est beaucoup plus importante que l’autre sur le plan démographique. Bien sûr, nous avons connu notre part de difficultés, mais notre expérience avec les deux langues officielles nous donne une grande crédibilité dans le débat mondial sur la diversité.

J’ai l’impression que vous comprenez bien tout cela. Nos études et nos interventions au fil des ans nous ont appris que votre organisation sait comment tirer parti de la dualité linguistique du Canada pour renforcer les relations internationales de notre pays.

De concert avec d’autres ministères, le MAECI s’est servi de notre image et de notre réputation de pays bilingue pour ouvrir des portes et conférer une valeur ajoutée aux intérêts mondiaux du Canada. Des exemples viennent immédiatement à l’esprit, notamment la participation active du Canada à la Francophonie et au Commonwealth et nos efforts au sein de l’UNESCO pour soutenir la diversité culturelle. De plus, bon nombre des missions du Canada à l’étranger sont très sensibles aux effets bénéfiques de l’image bilingue du Canada pour attirer l’attention au quotidien. Mais nos études montrent que ces efforts positifs continuent de souffrir de l’absence d’une orientation stratégique qui permettrait de maximiser le potentiel de la dualité linguistique du Canada sur la scène mondiale. La bonne volonté ne manque pas parmi vous. C’est sur la question de la direction et du leadership qu’il faut se pencher.

Permettez-moi de parler brièvement du leadership et de la langue de travail. La décision qui a été prise il y a deux décennies de consacrer par une loi le droit des employés à travailler dans la langue de leur choix était une mesure remarquablement radicale.

Pensez-y un peu. Presque tous les autres éléments du lieu de travail sont déterminés par d’autres. Par la haute direction du ministère, par le Conseil du Trésor, par Travaux publics ou par les conventions collectives. Voici un élément essentiel du travail où ce n’est ni l’employeur ni le gestionnaire ni le superviseur qui choisit, mais bien l’employé.

En effet, c’est un geste tellement radical que plusieurs hésitent à l’utiliser. Si une langue est omniprésente, le fait d’utiliser l’autre langue devient un geste excentrique de dissidence.

C’est là que le leadership prend toute son importance. Le critère pour atteindre le niveau C en interaction orale n’est pas lié à la langue comme telle mais au leadership : c’est la capacité d’expliquer un cas en détail, de persuader, de motiver et de conseiller. Par exemple, si un directeur n’utilise pas les deux langues dans les réunions, les personnes qui relèvent de lui hésiteront à le faire. La maîtrise des deux langues officielles est une compétence essentielle en leadership lorsque les employés ont le droit de travailler dans la langue de leur choix.

J’ai eu la chance de constater à plusieurs reprises que le choix d’apprendre les deux langues officielles du Canada nous ouvre des portes partout dans le monde. Dire que le français et l’anglais sont deux grandes langues internationales est un cliché, mais c’est vrai. C’est aussi un tremplin vers les autres langues du monde.

S’il est naturel que l’on apprenne d’abord l’autre langue officielle du pays, de nombreux Canadiens utilisent cette fondation pour découvrir une troisième et même une quatrième langue.

Per quanto mi concerne, il francese mi ha aperto le porte all'italiano. Ma il bilinguismo risulta utile anche nel caso in cui si voglia apprendere una lingua non simile alle nostre due lingue nazionali.1

J’ai accompagné Équipe Canada lors d’un voyage en Chine voici plusieurs années. Pour servir comme interprètes, l’ambassade canadienne avait recruté de nombreux Canadiens qui avaient appris le cantonais ou le mandarin. Je me suis rapidement rendu compte qu’ils parlaient aussi le français et l’anglais, qu’ils avaient appris avant d’entreprendre l’étude des langues chinoises.

La valeur cardinale qui sous-tend notre engagement à l’égard de la dualité linguistique est le respect – le respect pour nos deux langues et ceux qui les parlent, et le respect pour la langue en tant qu’élément de notre identité nationale. Cette valeur établit également un climat propice au respect des traditions linguistiques des autres pays. L’été dernier, j’assistais à une réunion de l’Association du Barreau canadien à Dublin et, lors des cérémonies d’ouverture, tous les représentants irlandais se sont exprimés en partie en anglais et en partie en irlandais. Le président de l’Association du Barreau canadien a prononcé son allocution en anglais et en français – mais il y avait aussi un paragraphe en irlandais. Je l’ai félicité après la cérémonie, et il m’a dit qu’il avait trouvé un professeur à son université qui l’avait aidé à rédiger le paragraphe et à travailler la prononciation. C’était difficile, mais pour lui c’était une question de respect envers le bilinguisme officiel de l’Irlande.

Cela dit, la dualité linguistique commence avec la prestation de services de première ligne dans les deux langues officielles. Je ne m’attends pas à ce que tous ceux qui travaillent dans une ambassade du Canada à l’étranger parlent anglais et français. Je crois savoir que les ambassades ont pour habitude d’embaucher au moins une partie des employés de soutien sur place. Dans de nombreux pays, être bilingue, c’est le plus souvent parler anglais et la langue locale. Il est peu probable que ceux qui, en plus de leur langue maternelle, parlent l’anglais et le français soient intéressés à travailler comme réceptionnistes ou gardiens de sécurité.

Cependant, votre responsabilité est de vous assurer que les services offerts dans les ambassades sont toujours disponibles dans les deux langues officielles du Canada – y compris dans les moments de crise où les visiteurs canadiens ont le plus besoin de votre aide.

Je vous encourage à continuer de chercher des moyens de poursuivre votre travail en ne perdant pas de vue cette obligation. Vous avez déjà démontré que votre organisation a la volonté et les moyens de réussir. Les rares plaintes que nous adresse le public sont traitées diligemment, ce qui est toujours bon signe.

La dualité linguistique canadienne ne se limite pas au service dans les deux langues. Chaque institution fédérale se doit d’intégrer les langues officielles dans l’élaboration de ses programmes et politiques. Dans le passé, votre organisation a ainsi collaboré à plusieurs belles initiatives, notamment dans le domaine de la culture.

Les orientations gouvernementales sont en constante évolution. Des occasions doivent être conçues, appuyées d’une stratégie véritablement globale au niveau des langues officielles dans votre organisation2. À tout le moins, les célébrations du 1er juillet dans nos ambassades sont une occasion de rappeler l’engagement de notre pays à l’égard de ses deux langues. J’ai dit à plusieurs reprises qu’un événement canadien n’est d’envergure nationale ou internationale que s’il donne une place aux deux langues officielles du pays. Pour moi, cela vaut aussi pour les événements organisés à l’étranger par les institutions fédérales. Il s’agit d’une excellente façon de rappeler notre engagement à l’égard de notre modèle particulier de dualité linguistique.

Avec cette approche en tête, il ne faudra pas s’étonner que les attentes à l’égard du Canada soient très élevées en ce qui a trait au bilinguisme des Jeux olympiques de 2010 à Vancouver. Les Jeux constituent un événement d’envergure internationale et une occasion unique pour mettre en valeur la dualité linguistique comme valeur fondamentale du Canada. C’est également une occasion pour reconnaître la contribution de nos communautés de langue officielle en situation minoritaire à cette fin. Les attentes de la francophonie internationale à l’égard du Canada sont élevées. Comme le souligne M. Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre français et Grand Témoin de la Francophonie aux Jeux de Pékin : « Le Canada étant officiellement un pays bilingue, personne ne comprendrait que le français y soit en retrait. »

J’ajouterais qu’un échec – qu’on espère fortement ne se produira pas – serait d‘autant plus incompréhensible étant donné que nous célébrons le 40e anniversaire de sa Loi sur les langues officielles. En effet, depuis 1969, la Loi exprime de façon concrète autant que symbolique le respect de l’égalité du français et de l’anglais dans les institutions fédérales. C’est une occasion en or de réaffirmer cet engagement, auprès du monde entier.

Merci de m’avoir invité.

J’aimerais prendre le temps qu’il nous reste ensemble pour répondre à vos questions.



1. Pour ma part, le français m’a conduit vers l’Italien, mais le bilinguisme est utile même lorsque l’on s’attaque à une langue qui n’est pas apparentée à nos deux langues nationales.

2. L’absence d’une stratégie globale avait été notée dans le rapport de suivi de 2007.