ARCHIVÉE - Québec, le 13 novembre 2008

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Notes pour une allocution au Congrès annuel de la Société pour la promotion de l’enseignement de l’anglais, langue seconde, au Québec (SPEAQ)


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Madame Schink, Mesdames et Messieurs, bonsoir.

Je suis particulièrement content d’être parmi vous ce soir. Au cours des deux dernières années, plusieurs de mes allocutions ont été prononcées dans des communautés de langue officielle en situation minoritaire, mais la présente soirée revêt un caractère différent. Certains d’entre font partie de la communauté anglophone du Québec, et d’autres, de la majorité francophone. Ensemble, le travail que vous accomplissez ici est très important. 

La Loi sur les langues officielles célébrera son 40e anniversaire l’an prochain. Pendant ces quatre décennies, nos politiques linguistiques fédérales et provinciales ont fait beaucoup de chemin.

Aux termes de la Loi, les Canadiens francophones et anglophones en situation minoritaire qui habitent des régions désignées peuvent maintenant travailler et obtenir des services du gouvernement fédéral dans la langue officielle de leur choix. Mais ces aspects ne sont que des éléments de base de la Loi. En raison de cette dernière, le gouvernement fédéral a également l’obligation de promouvoir le bilinguisme, de soutenir l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire et d’y contribuer.

La Loi n’a jamais eu pour objectif que chaque Canadien et Canadienne soit bilingue. Cependant, nombreux sont ceux qui ont travaillé fort pour devenir bilingues, soit par esprit de découverte, par fierté ou pour répondre à une exigence professionnelle.

Ici, au Québec, la situation ainsi que les besoins sont bien différents que dans le reste du Canada. Même si des mesures essentielles ont aidé la langue française à faire sa place dans la société québécoise, la nouvelle réalité a également entraîné un sentiment de malaise à l’égard du bilinguisme.

Le Québec français a toujours eu une relation d’amour et de haine avec la langue anglaise, et je suis certain qu’il vous arrive d’être pris entre deux émotions en conflit. Paradoxalement, le succès de la Charte de la langue française a pu dissiper une certaine tension et une certaine amertume liées aux débats sur la langue au Québec. Cela vous permet de présenter la langue anglaise, non comme un fardeau ou une obligation, mais comme un pont, une porte ouverte – sur la communauté anglophone en situation minoritaire, sur le reste du Canada et, surtout, sur le monde.

Selon Statistique Canada, le taux de bilinguisme au Québec est d’environ 40 p. cent, beaucoup plus que dans toutes les autres provinces, à l’exception du Nouveau‑Brunswick. Cependant, le taux de bilinguisme des Québécois de langue anglaise est deux fois plus élevé que celui des Québécois de langue française1.

Dans le cadre du contexte économique, qui devient de plus en plus axé sur les connaissances, la maîtrise de plusieurs langues deviendra essentielle dans de nombreux domaines. Cet argument a également été avancé l’an dernier par André Pratte de La Presse2. Par ailleurs, M. Pratte a souligné que les Québécois pourraient être plus à l’aise à l’égard de l’apprentissage de l’anglais si les contributions des anglophones en situation minoritaire au développement de la société québécoise étaient enseignées à l’école.

L’anglais continue d’être perçue comme une langue internationale. Elle permet de partager et de communiquer avec des gens de plusieurs pays dans le monde. Déjà, au Québec, certains établissements post-secondaires reconnaissent l’importance de cette langue en offrant des programmes d’anglais langue seconde, tel qu’est le cas à McGill. HEC Montréal va même plus loin en offrant un programme trilingue (français, anglais, espagnol) en administration des affaires, dont la première cohorte a obtenu son diplôme cet été. Si nous voulons rattraper les nombreux pays européens, où une grande partie des citoyens ont une connaissance d’au moins trois langues, de tels programmes devront être offerts de façon plus globale.

Le ministère de l’Éducation, qui reconnaît ces enjeux ainsi que le besoin que représente l’apprentissage linguistique, a indiqué dans son plus récent plan stratégique que l’apprentissage d’une deuxième langue, voire d’une troisième langue, est inévitable pour l’avenir d’une société ouverte comme celle du Québec3. Au cours des trois dernières années, le temps consacré à l’enseignement de l’anglais a augmenté d’une heure et demie par semaine, et on a mis en place des programmes d’anglais langue seconde au premier cycle du primaire. Il est évidemment trop tôt pour déterminer si cette récente initiative aura une incidence importante.

Cependant, l’augmentation du nombre d’heures de cours n’est pas suffisante pour régler le problème. Nous devons aller au-delà de cette initiative pour nous assurer que nos élèves auront l’occasion d’apprendre et de mettre en pratique leur deuxième ou leur troisième langue.

On compte environ un million de Québécois anglophones. Les communautés anglophones sont présentes dans la plupart des régions du Québec, notamment aux Îles de la Madeleine, à Gaspé, dans les Cantons de l'Est, à Québec, dans la Basse-Côte-Nord et à Rouyn-Noranda. Ces communautés actives et dynamiques peuvent vous être très utiles dans le cadre de votre travail, et je vous encourage à conclure des partenariats avec elles pour vos diverses initiatives.

Après tout, les communautés anglophones du Québec comptent d’importantes ressources culturelles, artistiques et historiques, qui peuvent aider vos élèves à mieux comprendre la langue qu’ils apprennent. Ces ressources peuvent également permettre à vos élèves de mettre en pratique ce qu’ils ont appris, d'éliminer les stéréotypes et de nouer des liens entre les deux communautés de langue officielle.

L’apprentissage d’une autre langue dans une salle de classe peut parfois sembler un défi de taille. Cependant, un changement de décor peut être utile. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne ma propre expérience d’apprentissage d’une autre langue. Ce n’est que lorsque je suis venu au Québec dans le cadre d’un projet d’été pendant ma première année d’université que j’ai vraiment progressé dans mon apprentissage du français. En un été, je suis passé de l’étudiant médiocre que j’étais à une personne capable de parler et de comprendre la langue.

Évidemment, maîtriser une langue, ce n’est pas comme faire de la bicyclette. C’est une habileté qui peut se perdre avec le temps. Si l’on ne met pas en pratique une langue, on peut en perdre la maîtrise.

Je vous encourage donc à cibler les ressources dont vous avez besoin pour fournir diverses occasions d’apprentissage à vos élèves. Travaillez à améliorer les discussions entre les écoles, les communautés, les organisations et les gouvernements afin d’obtenir le soutien nécessaire pour continuer à faire votre travail important. Continuez à faire montre d’innovation dans votre approche à l’égard de l’apprentissage d’une langue seconde.

Bien entendu, pour que les programmes d’anglais langue seconde demeurent pertinents, les élèves doivent comprendre les avantages d’y participer. Même si bon nombre de jeunes sont enthousiastes à l’idée d’apprendre l’anglais, ils ne vont pas toujours plus loin que l’apprentissage de base de cette langue. C’est une tendance qui, je l’espère, se renversera.

D’abord et avant tout, les élèves doivent comprendre que l’anglais comme langue seconde va au-delà de l’école secondaire ou du cégep. Il faut établir un continuum dans le processus d’apprentissage, et la plupart des universités de la province offrent des programmes et des cours d’anglais langue seconde. En tant qu’enseignants, vous êtes très bien placés pour veiller à ce que vos élèves soient conscients de ces possibilités.

Après leurs études postsecondaires, vos élèves auront l’embarras du choix. Dans les marchés du travail, que ce soit à l’échelle provinciale, nationale ou mondiale, la demande de candidats bilingues et plurilingues est très élevée et excède parfois l’offre. Les personnes qui maîtrisent plus d’une langue auront un avantage sur les autres. Selon le recensement de 2006, 2,8 millions de Canadiens utilisent plus d’une langue au travail4, et ce nombre va croissant.

La maîtrise d’autres langues peut également aider à combattre l’isolement et la distance qui nous séparent les uns des autres. Cela est également vrai pour les francophones du Québec qui souhaitent mieux communiquer avec leurs homologues anglophones, tout comme c’est le cas pour les personnes qui souhaitent simplement voyager ou travailler ailleurs au pays ou à l’étranger.

Conclusion

Les enseignants des programmes d’anglais langue seconde du Québec sont, selon moi, des ambassadeurs de la dualité linguistique. En raison de vos efforts, vos élèves ont tous les aspects de la société canadienne et du monde à leur portée. Je vous encourage à être continuellement à l’affût de nouvelles occasions de rendre votre enseignement pertinent et intéressant, par l’entremise de partenariats avec vos homologues anglophones, avec votre communauté, avec les organisations locales et avec tous les ordres de gouvernement.

Le Commissariat peut également vous être une ressource dans votre travail. Je vous encourage à prendre quelques instants pour visiter notre kiosque et parler avec Charles Taker des outils d’apprentissage que nous avons conçus pour vous aider.

Merci.


1. Statistique Canada, Le portrait linguistique en évolution, Recensement de 2006 : Faits saillants, http://www12.statcan.ca/francais/census06/analysis/language/highlights.cfmSite du gouvernement.

2. André Pratte, « A History of the Conquest », La Presse, 7 février 2007, p. A20.

3. Ministère de l’Éducation du Québec, Plan stratégique du ministère de l’Éducation du Québec, 2005, p. 9. Voir l’adresse suivante : www.mels.gouv.qc.ca/sections/publications/publications/BSM/PlanStrat05-08_.pdfSite externe.  

4. Statistique Canada, L’utilisation des langues en milieu de travail au Canada, Recensement de 2006 : Canada, http://www12.statcan.ca/english/census06/analysis/langwork/increase.cfmSite du gouvernement.