ARCHIVÉE - Ottawa, le 11 septembre 2009

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Notes pour une allocution à l’Assemblée générale annuelle
du Quebec Community Groups Network


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Je vous remercie de votre invitation. C’est pour moi une occasion spéciale et un privilège de pouvoir m’adresser à une communauté qui illustre les idéaux de la Loi sur les langues officielles.

À l’époque où la Loi fut adoptée, en 1969, les Canadiens et Canadiennes cherchaient à raffermir leur engagement vis à vis l’ouverture envers les autres et le respect mutuel, la dualité linguistique et la diversité, ainsi que les ponts à jeter entre les communautés d’expression anglaise et française. Forte de l’appui de tous les partis à la Chambre des communes, la Loi avait une certaine valeur symbolique qui allait bien au-delà de ses objectifs administratifs.

Lorsque la Loi a été adoptée, la communauté d’expression anglaise du Québec commençait à prendre forme, de bien des façons. Cet anniversaire est donc également le vôtre.

Les années 1960 et 1970 ont été difficiles pour les Québécois d’expression anglaise. La communauté d’expression anglaise était vue, et l’est parfois encore, à tort, comme un obstacle à une société en quête d’un nouveau statut. Au fil des ans, vous avez été nombreux à voir des membres de votre famille aller s’installer ailleurs dans notre vaste pays, à Toronto, Calgary ou Vancouver. La plupart d’entre vous avez cependant choisi de rester et d’autres sont venus se joindre à vous, attirés par la force linguistique et culturelle sans pareille de vos collectivités. La manière dont les communautés anglophones ont su d’adapter au nouveau climat social et s’y épanouir est, à mon avis, l’une des grandes réussites canadiennes qui méritent d’être mieux connues.

Santé

Il y a 40 ans, vos hôpitaux étaient des piliers vitaux et essentiels de votre communauté, grâce à leurs campagnes de financement annuelles lucratives. À cette époque, il était possible de naître, grandir et mourir dans sa langue maternelle. Aujourd’hui, cela est devenu pratiquement impossible pour les Québécois d’expression anglaise, à moins de vivre à Montréal. D’autres institutions ont néanmoins été transformées afin de répondre aux besoins changeants de votre communauté et à ceux de la population vieillissante. Il est évident que vos collectivités ont besoin de services de santé particuliers et que ces derniers ne peuvent être vraiment efficaces que s’ils sont prodigués dans la langue du patient.

Le Centre universitaire de santé McGill à Montréal est un excellent exemple d’une institution qui a évolué au même rythme que la collectivité qu’elle dessert. Le projet de réaménagement en cours témoigne de l’engagement de cette institution envers la communauté d’expression anglaise et la société québécoise en général. Il illustre également la contribution indéfectible des Québécois d’expression anglaise à la province.

Quant à l’hôpital de Sherbrooke, il ne constitue peut‑être plus un pilier de la communauté d’expression anglaise des Cantons de l’Est, mais grâce à votre ouverture d’esprit et à votre vision, il a été transformé en un pilier pour l’ensemble des Québécois, et son expertise – en anglais et en français – est maintenant appliquée dans l’ensemble du Canada. Cet hôpital est devenu l’Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke, une institution bilingue financée par le gouvernement du Québec.

Éducation

Malgré les difficultés rencontrées par votre communauté, vous avez accepté, avec grâce et respect, l’évolution de votre société. Vous vous êtes adaptés aux changements sociaux qui ont transformé votre milieu. Vous réussissez à trouver votre place au sein de cette nouvelle société. Et vous continuez à être des participants actifs et engagés dans vos collectivités respectives.

Depuis quelques années, votre population a cessé de décliner et pourrait même être en voie de se stabiliser.

Depuis une vingtaine d’années, vous vous êtes efforcés de faire une place aux jeunes au sein de vos collectivités, grandes ou petites, tant en milieu urbain qu’en région éloignée. Dans la société très urbanisée d’aujourd’hui, certains jeunes choisissent fièrement de revenir élever leurs enfants dans leur ville natale. Et d’autres y reviennent pour redécouvrir leurs racines, tout en donnant un nouveau souffle de vie et une nouvelle énergie à leur collectivité ainsi qu’une nouvelle gaieté aux célébrations familiales.

Vos commissions scolaires sont parmi les plus novatrices du Canada. Dans les années 1960, vous avez été parmi les premiers à adopter les programmes d’immersion et aujourd’hui vous êtes également les premiers à miser sur les nouvelles technologies pour changer la société et réduire les distances qui séparent certaines de vos familles.

Vos commissions scolaires ont acquis une expertise en matière d’enseignement bilingue et offrent à leurs élèves un niveau d’enseignement de la langue seconde supérieur à celui que l’on exige. Il n’est donc pas étonnant que la communauté anglophone du Québec affiche fièrement un taux de bilinguisme très élevé.

L’école élémentaire de Sutton, dans les Cantons de l’Est, l’école polyvalente de Bonaventure, en Gaspésie, et l’actuel projet‑pilote Option Études à Châteauguay, ne sont que quelques exemples de partenariat fructueux entre les communautés francophones et anglophones.

Vous avez rapidement reconnu l’importance de l’apprentissage du français. Au sein de vos familles, la jeune génération est aujourd’hui plus bilingue que la précédente, et vous ainsi que vos enfants devenez des chefs de file au sein de la société québécoise et canadienne. Votre aptitude à parler la langue de votre voisin n’est pas seulement le résultat d’une nécessité économique, mais aussi une marque d’ouverture et de respect.

Engagement communautaire

La dualité linguistique et la diversité au sein de vos propres collectivités vous permettent d’ériger de multiples ponts au Québec et dans le reste du Canada. À preuve, les partenariats scolaires que je viens de mentionner.

Il y a quelques semaines, je suis allé en Gaspésie où j’ai été très impressionné par l’énergie, l’imagination et l’esprit de collaboration dont font preuve les communautés d’expression française et anglaise, ainsi que la communauté autochtone pour régler les problèmes auxquels cette région est confrontée.

Vous cherchez sans cesse des moyens d’affirmer votre appartenance au Québec. Metropolis bleu – le festival littéraire international bilingue de Montréal – est une extraordinaire expression de cette volonté chez les Québécois d’expression anglaise dans le domaine des arts et de la culture. En avril dernier, j’ai eu le grand plaisir de décerner le premier Prix d’excellence pour la promotion de la dualité linguistique à Linda Leith, présidente et directrice artistique de la Fondation Metropolis bleu.

Votre communauté ne représente nullement un obstacle à la protection et la promotion du français au Canada. Bien au contraire. Feu Gérald Godin a reconnu ce fait, il y a 25 ans, dans un rapport déposé à l’Assemblée nationale. Et cette réalité commence à être admise, bien qu’elle soit parfois assombrie par la rhétorique partisane extrémiste et les manchettes sensationnalistes des médias.

Conclusion

Pour de nombreux Canadiens, les Québécois d’expression anglaise sont des modèles d’ouverture et de respect; la diversité de vos communautés, notamment dans la région de Montréal, en est la preuve la plus évidente. De plus, lorsque les Québécois francophones ont exprimé leur inquiétude pour l’avenir de leur langue et ont adopté la Charte de la langue française et les autres qui l’ont précédée au cours des années 1960 et 1970, vous avez été sensibles à leurs préoccupations. Et vous avez réagi comme le ferait un voisin, un ami ou un proche. Vous avez appris leur langue et vous l’utilisez en public.

Vous ne cessez pas de défendre et de promouvoir votre langue et votre culture, tout en aidant vos voisins à défendre et à promouvoir les leurs.

Vos enfants sont en mesure de naître, vivre et grandir dans les deux langues officielles du Canada.

Ce n’était pourtant pas l’objectif final de la Loi sur les langues officielles, mais c’est de toute évidence l’un de ses résultats très positifs. Les Québécois d’expression anglaise, à l’instar de bon nombre de leurs compatriotes francophones vivant dans des communautés de langue officielle en situation minoritaire, deviennent nos chefs de file dans toutes les sphères de la vie. C’est parce que vous pouvez communiquer entre vous et que vous comprenez vos concitoyens canadiens.

Je vous encourage à continuer à jeter ces ponts, parce que nous savons qu’il reste encore des difficultés à surmonter et des fossés à combler. À titre de leaders de la communauté d’expression anglaise, vous devez continuer à défendre et à promouvoir votre patrimoine et la vitalité de vos communautés. Continuez à promouvoir leur importance et leur caractère essentiel, notamment dans le milieu des soins de santé.

Promouvoir votre patrimoine et votre communauté veut dire vous engager encore davantage auprès de la communauté francophone, renforcer les liens qui vous unissent à celle‑ci et mieux vous y intégrer. Vous devez redoubler d’efforts pour sensibiliser les francophones à votre présence, votre histoire, vos contributions, votre connaissance du français et vos besoins.

En fin de compte, la Loi sur les langues officielles exprime les idéaux des Canadiens. Il nous reste du chemin à parcourir pour les atteindre. Bien que vous ne recevez pas toujours la reconnaissance que vous méritez, votre communauté sert de modèle dans cette bataille.

Je vous encourage donc à poursuivre votre excellent travail et je vous félicite pour vos réussites. Je vous souhaite la meilleure des chances face aux défis qui vous attendent.

Vous pouvez toujours compter sur mon soutien.

Merci.