ARCHIVÉE - St. John’s, le 24 octobre 2008

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Notes pour une allocution à la réception du Forum communautaire
de la
Fédération francophone de Terre-Neuve-et-Labrador


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur le Président Custodio, chers amis,

C’est avec grand plaisir que je suis ici aujourd’hui, après une attente beaucoup trop longue. Merci de m’avoir invité de nouveau. L’année dernière, le brouillard avait mis fin à ma première tentative de venir vous rendre visite. Maintenant que j’ai passé deux bonnes journées à St. John’s, j’espère que, cette fois, le brouillard m’empêchera de quitter l’île.

Mes rencontres avec les chefs de file de la communauté francophone, certains responsables de l’enseignement du français langue seconde et les fonctionnaires ont été très intéressantes. C’est vrai que l’on ne fait pas les choses à moitié dans cette province. Cela donne le goût de rester plus longtemps pour en apprendre davantage.

Terre-Neuve est un lieu unique, tout comme le Labrador. Les Francophones qui y sont ont joué un rôle très spécial dans l’histoire de ces lieux, et ils continuent d’avoir un impact sur celle-ci. Je ressens la fierté qui existe au sein de la francophonie de la province, et avec raison. Je continue d’être ébloui par le fait qu’ici, comme ailleurs au pays, les Francophones vivant au sein d’une majorité anglophone ont une vision très généreuse et inclusive de leur communauté et de leur identité.

Cette conception se fonde sur une compréhension profonde et lucide de leur histoire et de leur identité. On y reconnaît volontiers le rôle qu’a joué, et que joue encore, chacun des groupes dans le cadre d’une société où les interrelations sont constantes. C’est très important. Cela permet d’aborder l’avenir de la même façon; de nourrir une vision axée sur la vitalité à long terme d’une communauté qui contribue sans cesse à l’ensemble de la société.

L’ouverture et l’inclusion sont toujours des signes de confiance en l’avenir chez une communauté. Cette confiance vous permet de rester vous-mêmes parmi les autres communautés francophones du Canada, dans un contexte où il y a de plus en plus d’uniformisation et de nivellement des cultures.

Une communauté confiante, c’est aussi celle qui n’a pas peur de participer. Elle participe pleinement au développement social, culturel, économique de son milieu. Elle a son mot à dire dans les grands débats de la province et du pays. Elle prend toute sa place et fait entendre sa voix – sur le plan politique, des arts, de l’économie, de l’avancement social. Ce faisant, elle gagne le respect des autres groupes de la société.

Dans ce contexte, je suis très heureux du grand nombre d’occasions où j’ai entendu le mot « partenariat » depuis que je suis ici : partenariats entre la communauté francophone et les autres communautés de la province, entre la communauté et les gouvernements fédéral et provincial, entre Memorial University et le milieu du français langue seconde. Tout cela me semble bien positif et mérite d’être encouragé, voire pris en exemple.

Ces partenariats sont très importants pour la communauté francophone d’ici, comme pour les Franco-Ontariens ou les Franco-Manitobains. Ce n’est pas une question de nombres. Tant que vous aurez quelque chose à offrir à titre de communauté, vous aurez toujours des occasions d’utiliser les points forts de chacun pour arriver à des buts communs.

L’exemple le plus frappant est peut-être celui des relations que vous avez avec l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, cette fenêtre unique en Amérique du Nord sur la francophonie européenne. Votre communauté agit comme pont avec ce petit bout de France au large des côtes canadiennes. Et vos échanges fréquents en matière d’éducation, de culture et de sports sont l’un des secrets les mieux gardés de cette partie du pays. Si vous êtes d’accord, j’aimerais utiliser cet exemple lorsque je rencontrerai des membres d’autres communautés francophones du Canada.

Ce n’est qu’un exemple des collaborations qui sont déjà en place. Il y en a beaucoup d’autres, dont certains sont appuyés par le gouvernement fédéral.

Évidemment, le gouvernement n’a pas à prendre une part active dans toutes les initiatives de collaboration. Il a tout de même la responsabilité d’appuyer le développement global des communautés de langue officielle. Cette responsabilité est exprimée dans la partie VII de la Loi sur les langues officielles.

Le Plan d’action pour les langues officielles de 2003 établissait à grands traits comment le gouvernement fédéral allait s’y prendre pour assumer ses responsabilités de partenariat avec les provinces, les territoires et les communautés. Cela a donné lieu à certains résultats intéressants, notamment dans les domaines de l’immigration, de l’accès à la justice et de la petite enfance.

Selon la Feuille de route vers la dualité linguistique, qui succède au Plan d’action, le gouvernement actuel s’engage à investir 1,1 milliard de dollars sur cinq ans. Cet investissement servirait à contribuer le plus possible au bilinguisme et au développement des communautés de langue officielle.

Plusieurs d’entre vous ont eu une réaction plutôt prudente à ce document. Moi aussi. Les objectifs ne sont pas complètement clairs, et plusieurs reposent sur la façon dont les sommes prévues sont utilisées par les différents ministères. C’est dans cet esprit que je vous encourage à travailler de près avec le gouvernement, pour vous assurer que ses mesures sont axées sur des résultats concrets, qui auront un impact réel sur votre communauté.

Nous pouvons y travailler ensemble, car mon rôle consiste en partie à voir à ce que les institutions fédérales respectent leurs obligations en matière de langues officielles.

Votre travail consiste à appuyer le développement de votre communauté, de toutes les façons possibles. Je vous appuierai en rappelant aux ministères fédéraux que c’est également leur travail. Pas seulement Patrimoine canadien, mais aussi Santé Canada, l’APÉCA, Justice Canada, la Garde côtière, etc. Je continuerai aussi de leur rappeler qu’ils doivent le faire en partenariat avec vous, ou du moins, qu’ils doivent vous consulter.

De votre côté, je vous demande un service en retour : lorsque vos projets fonctionnent, parlez-en à Gilbert Taylor, le représentant du Commissariat dans la région de l’Atlantique. Ça nous permettra de montrer au gouvernement à quel point c’est payant de travailler avec vous. Lorsque vous approchez des institutions fédérales et que ça ne fonctionne pas, informez-en aussi le bureau d’Ottawa du Commissariat. De cette façon, nous pourrons identifier les problèmes ou découvrir pourquoi vous n’êtes pas consultés.

Le potentiel de collaboration est considérable, car la francophonie de la province fait face à des défis importants, qui sont attribuables, entre autres, au fait que cette francophonie est divisée en trois communautés principales relativement isolées. Les communications quotidiennes difficiles entre ces communautés, le manque de services bien structurés et les besoins en animation culturelle ne sont que quelques-uns des défis à relever.

Bien sûr, il y a l’assimilation. On m’en parle beaucoup, mais les commentaires et les questions viennent surtout de gens qui ne la vivent pas. Des commentaires comme « les francophones hors Québec vont tous être assimilés dans 20 ans, c’est sûr. » Répéter cela dans une province où une présence francophone existe depuis 500 ans me laisse un peu perplexe.

En dehors des communautés francophones en situation minoritaire au Canada et des communautés anglophones au Québec, on comprend mal ce qu’est l’assimilation. On la présente souvent comme un rapport mathématique – un chiffre divisé par un autre qui donne un pourcentage, généralement assez impressionnant.

Évidemment, ce n’est pas ça l’assimilation. C’est personnel. C’est un enfant qui ne comprend pas sa grand-mère lorsqu’elle lui parle en français.

L’assimilation n’est pas non plus inévitable. Ou du moins, ce n’est pas inévitable si on donne aux gens la possibilité de faire un choix. On doit offrir à chacun l’accès à des espaces où ils peuvent vivre et fonctionner en français. L’école, la garderie et, lorsque possible, le milieu de travail.

Les espaces francophones, c’est aussi le bureau de poste et le guichet d’Air Canada, le centre d’emploi et la Garde côtière, du moins pour les bureaux qui doivent servir le public dans les deux langues. C’est là que j’interviens. Pour traiter les plaintes du public, mais aussi pour travailler avec les diverses institutions fédérales afin d’éviter des situations où le service pourrait ne pas être à la hauteur.

L’épanouissement de nos communautés linguistiques en situation minoritaire me tient à cœur. Je vous félicite du travail que vous faites au sein de vos communautés; il contribue à leur vitalité. Les communautés francophones de Terre-Neuve et du Labrador ont montré qu’elles peuvent faire preuve d’une vitalité remarquable, avec un minimum d’appui. Je pense que, dans l’avenir, vous allez tous nous surprendre.

Si vous me le permettez, j’aimerais maintenant utiliser le temps qu’il nous reste pour que vous me fassiez part de vos projets en cours, ou me donner l’occasion de répondre à vos questions.