ARCHIVÉE - Ottawa, le 10 septembre 2009

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Notes pour une allocution dans le cadre de l’Assemblée générale annuelle
de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Chers amis,

Nous n’avons pas souvent l’occasion de fêter les 40 ans d’un jalon important de notre vie collective. Il est donc tout à fait indiqué d’avoir prévu plusieurs événements fort intéressants au cours de cette semaine du 40e anniversaire de la Loi sur les langues officielles, question de revoir ensemble où nous en sommes dans notre cheminement vers un Canada idéal sur le plan linguistique.

Dans cet esprit, le Commissariat a collaboré à l’organisation du colloque sur la Loi de l’Association d’études canadiennes, tenu hier et aujourd’hui. J’espère que vous avez profité de l’occasion pour visiter notre exposition de caricatures sur les politiques linguistiques du pays depuis 40 ans, présenté à Bibliothèque et Archives Canada. Ces caricatures portent à la fois à sourire et à réfléchir, et elles suscitent nombre de réactions différentes. Pour plusieurs d’entre vous, les dessins ont peut-être une saveur aigre-douce, car ils rappellent les objectifs que les Canadiens s’étaient fixés à l’origine : ce que le pays aurait pu être et devrait être en 2009. Le projet reste aujourd’hui inachevé.

Néanmoins, ces caricatures auront certainement permis de constater à quel point les choses ont évolué depuis 1969. Comme on se plaît à rappeler en Acadie, nous ne sommes plus à l’époque du maire Jones!

La capitale du pays a elle aussi changé. À l’époque où l’on débattait le projet de loi sur les langues officielles au Parlement, un jeune francophone arrivant à Ottawa n’aurait trouvé ni accueil ni voies d’épanouissement à la mesure de ses ambitions, loin de là. Même si la ville d’Ottawa comptait une forte minorité francophone, la mairie avait tout de même interdit la signalisation en français. Au sein du gouvernement fédéral, les francophones, peu visibles aux postes de pouvoir, étaient pourtant surreprésentés dans les postes de soutien de la fonction publique et dans le secteur des services. Malgré la présence d’un premier ministre et de deux collègues très importants au Cabinet – qu’on appelait les « trois colombes », soit Trudeau, Marchand et Pelletier – il y avait encore très peu de sous-ministres et de hauts fonctionnaires francophones.

Depuis 40 ans, le Canada s’est en partie réconcilié avec la portion francophone de son identité. Aujourd’hui, on y parle plus de 150 langues, dont certaines très anciennes et précédant les origines mêmes du pays. Mais c’est aussi un pays dont le caractère bilingue et bijuridique est dérivé de la loi et d’un large consensus politique, social et institutionnel. Il va de soi qu’une personne aspirant à un poste de haute direction dans la fonction publique fédérale, ou à un rang politique supérieur, se doit d’être prête à communiquer directement avec les citoyens dans leur langue officielle. Pour les dirigeants du secteur privé, si ce n’est pas une nécessité absolue, le bilinguisme constitue certainement un atout important. Le fait que la demande pour les études en immersion française dépasse toujours les 300 000 places offertes démontre bien que les parents canadiens comprennent que l’avenir des personnes bilingues est prometteur et souhaitent que leurs enfants puissent en faire partie.

La plupart des citoyens savent aussi qu’ils peuvent communiquer avec leur gouvernement et recevoir les services publics dans la langue officielle de leur choix. Évidemment, vous savez aussi qu’en réalité, il existe un certain nombre de failles dans ce système. D’ailleurs, les 382 plaintes reçues l’année dernière concernant le service au public témoignent de ces lacunes.

Pour la FCFA, qui veille avec dévouement et acharnement depuis 1975 au respect des droits des populations francophones et acadienne du Canada, le chemin parcouru est considérable, et il faut en être fier. Toutefois, comme vous, je reconnais qu’il y a encore beaucoup de pain sur la planche avant de pouvoir dire que tout va pour le mieux.

Vous êtes bien au fait de notre bilan annuel des échecs et des lacunes – mais aussi des bonnes pratiques – des institutions assujetties à la Loi sur les langues officielles. Les accrocs sont toujours plus nombreux et plus sérieux que l’on souhaiterait, et, la plupart du temps, aux dépens des francophones. On constate donc un plafonnement, qui suit le progrès relativement rapide des premières décennies. Vous êtes nombreux à m'avoir dit qu'une réflexion profonde sur la politique des langues officielles est nécessaire pour briser le plateau actuel et pour aborder certains problèmes qui perdurent depuis 40 ans. Il est difficile d’affirmer le contraire. Le pays a changé; la relation entre le gouvernement et les citoyens aussi. J'espère que ce 40e anniversaire de la Loi sera l'occasion pour tous les acteurs concernés d'oser, d'innover et d'aller plus loin.

Quand j’ai été nommé commissaire, j’ai dit que je comptais utiliser tous les outils à ma disposition. Par exemple, il faut parfois intervenir devant les tribunaux, comme dans l’affaire DesRochers. Ce jugement majeur récent a clairement souligné au gouvernement qu’il devait davantage impliquer les communautés de langue officielle dans l’élaboration et la livraison de programmes et de services. Il sert maintenant d’outil pour les communautés ainsi que d’avis pour les institutions; dorénavant, celles-ci devront veiller à la mise en œuvre de leurs obligations linguistiques et mobiliser davantage les communautés de langue officielle. On a beaucoup répété que l’affaire DesRochers est une victoire pour les francophones du pays. Je pense aussi que c’est une indication que l’interaction entre les tribunaux, les citoyens et les parlementaires commence à générer une vision plus juste des obligations du gouvernement fédéral à l’égard des communautés de langue officielle et de la nature de ces communautés.

De tels jugements sont importants pour ramener à la lumière les enjeux linguistiques au Canada. Il n’est pas facile de toujours revendiquer nos droits, et certains se lassent de toujours se battre. On entame parfois le cercle vicieux de ne plus exercer les droits si chèrement acquis, une dure réalité pour les communautés en situation minoritaire. C’est pourquoi je reconnais fièrement les efforts de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario pour sa campagne Dis « Services en français »!, qui illustre bien une façon d’encourager les francophones d’Ottawa, de Sudbury et de Toronto à recourir aux services auxquels ils ont accès. Mais de tels efforts ne s’observent pas seulement dans ces villes. Moncton, Winnipeg et la région de l’Est ontarien ont aussi fait des pas de géant pour augmenter l’offre de services en français, ce qui est fort bien. Il s’agit d’une tendance qui, je l’espère, continuera de prendre de l’ampleur dans les années à venir dans toutes les régions du pays où habitent les francophones.

Je m’inquiète par contre de constater que les jeunes francophones choisissent très souvent de poursuivre leurs études universitaires en anglais. Je ne pense pas que cela résulte d’un attachement moindre à la communauté francophone ou acadienne que celui de la génération précédente, mais bien davantage parce que les occasions d’apprentissage en français dans les universités canadiennes sont trop limitées. On ne peut que se réjouir de voir les jeunes entreprendre des études supérieures dans des domaines où ils font preuve de talent et de motivation. On peut cependant regretter qu’il ne leur soit pas possible de toujours le faire en français. Le Canada comprend 18 institutions post-secondaires francophones (14 au Québec, quatre dans le reste du pays) et six institutions bilingues. Cependant, celles-ci ne sont pas réparties équitablement dans tout le pays. Souvent, nos jeunes ne sont pas en mesure de se rendre à l’autre bout de leur province ou du pays pour étudier dans leur domaine de choix dans leur langue.

Malgré les défis que affrontons toujours 40 ans plus tard, les Canadiens sont plus nombreux à appuyer notre politique linguistique. Le paysage s’enrichit aussi de nouveaux arrivants, qui se joignent à nos communautés francophones – certains francophones provenant d’ailleurs, d’autres maîtrisant le français comme langue seconde. Ces apports par l’immigration à nos communautés en situation minoritaire sont essentiels pour leur avenir économique, social et culturel.

Le pays qu’il nous reste à bâtir résulte d’un acte d’imagination et du cœur; il est un édifice dont la générosité et la compréhension sont à la base. Il ne s’agit pas d’exiger que tous soient bilingues, mais plutôt de créer un espace où tous sont inclus et respectés. Je suis solidaire avec vous dans la démarche constante envers cet idéal que nous partageons.

Merci.