ARCHIVÉE - Gatineau, le 7 mars 2008

AvertissementLa Norme sur la facilité d'emploi des sites Web remplace ce contenu. Cette page Web a été archivée parce que les Normes sur la normalisation des sites Internet 2.0 ont étés annulées.

Contenu archivé

L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.

Notes pour une allocution prononcée dans le cadre du lancement des
Rendez-vous de la Francophonie

 


 

Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Bonjour.

Quel plaisir de célébrer avec vous aujourd’hui la francophonie canadienne. C’est la première fois que je participe aux Rendez-vous de la Francophonie, mais j’ai l’intention d’en prendre l’habitude!

Le thème, « D'hier à demain, la Francophonie m'appartient », traduit merveilleusement l’idée que la culture se transmet de génération en génération.

Dans cette Grande Galerie, il me semble opportun de reconnaître, dans ce sens, nos populations autochtones. Les Premières nations, les Métis et les Inuit du Canada nous montrent, depuis des siècles, l’importance de transmettre non seulement notre langue, mais aussi notre culture.

Aujourd’hui, nos populations francophones et autochtones affrontent un défi commun : comment assurer la survie de leur langue et l’épanouissement de leur culture. Il y a quand même une différence : il est bouleversant de savoir que, selon le recensement de 2006, seulement un quart des autochtones dans l’ensemble du Canada utilisent la langue de leur peuple. En contraste, le nombre de Canadiens qui utilisent le français à la maison est à la hausse1.

Malgré les défis, les francophones et les autochtones de notre pays continuent à lutter pour assurer la rétention et l’épanouissement de leur langue et la transmission de leurs cultures aux générations futures. Cela mérite de se faire dans un esprit d’échange et de partage qui fera du Canada l’envie du monde entier.

En tant que Canadiens d’expression française, nous sommes ici rassemblés aujourd’hui parce que nous sommes fiers de notre patrimoine, de notre culture et de nos connaissances linguistiques, et que nous tenons à les préserver. Le moment est donc opportun pour affirmer nos droits et notre intérêt dans cette culture qu’est la nôtre et à exprimer notre désir de la partager.

Car le français appartient à tous les Canadiens. Certains d’entre vous ont pour langue maternelle le français. Pour d’autres, le français est une langue seconde. Vous avez pris le temps d’apprendre le français et de faire l’expérience de la culture francophone. Cela vous a permis de resserrer vos liens avec des collègues et avec des communautés partout au Canada, particulièrement ici, dans la région d’Ottawa-Gatineau.

La première fois que je faisais moi-même l’expérience de cette culture francophone, c’était en 1964. Jusque là, cette culture m’était plus ou moins inconnu. Une amie m’avait amené voir Gilles Vigneault à Hart House à l’Université de Toronto. Je n’avais rien compris à ses paroles – et je suis conscient maintenant que ceux qui peuvent répéter les mots de La danse à St-Dilon sont plutôt rares –, mais j’ai été profondément secoué. L’année suivante, je me lançais en archéologie au Fort Lennox, près de Montréal, moins par intérêt pour le métier que pour apprendre le français et connaître le Québec, déjà en pleine transformation.

Et me voici aujourd’hui commissaire aux langues officielles, vous adressant la parole dans ma langue seconde.

En tant que fonctionnaires, nous avons tous un rôle à jouer en matière de langues officielles. Il revient à chacun d’entre nous d’en faire la promotion au travail. Je parle souvent de l’importance du leadership dans ce domaine. Je vous le réitère aujourd’hui.

Selon la Loi sur les langues officielles, à titre de fonctionnaires fédéraux, nous sommes tenus de servir le public canadien et de communiquer avec nos employés et collègues dans la langue officielle de leur choix. Dans certains cas, nous avons aussi, bien sûr, le droit de travailler dans la langue officielle de notre choix.

Ces responsabilités sont clairement définies par la Loi, mais elles sont souvent oubliées, négligées. Un haut fonctionnaire m’a raconté un jour que l’un de ses collègues qui avait atteint le niveau C, soit le niveau de compétence linguistique le plus élevé requis des cadres, lui avait dit : « I just got my C level – now I’ll never have to speak French again! » Il s’agit là d’une occasion ratée d’exercer son leadership et de passer des paroles aux actes. 

Pour participer pleinement à la fonction publique, adhérer à ses valeurs et développer les compétences nécessaires pour y travailler, on doit envisager la maîtrise des deux langues officielles sous l’angle du leadership, du respect et de la communication. Il faut voir la maîtrise d’une langue seconde comme un geste d’accueil et d’ouverture vers autrui et non comme une affaire de règlements, de contraintes et d’examens.

Et ce travail doit se faire à tous les niveaux, pas seulement chez les employés responsables de la prestation de services au public, pas seulement chez les cadres.

Les fonctionnaires canadiens comptent parmi les employés les plus professionnels et les plus qualifiés du monde. Par contre, comme le montrent les données de mon premier rapport annuel, la valeur de la dualité linguistique n’est pas encore pleinement intégrée dans la fonction publique. Elle demeure un aspect essentiel du renouvellement de la fonction publique qui reste malheureusement encore trop peu exploitée.

Autrement dit, chaque fois qu’un citoyen a de la difficulté à obtenir des services dans la langue officielle de son choix, que l’on lui demande s’il désire s’adresser à quelqu’un qui connaît le dossier ou qui parle français, ou encore qu’il se fait servir par un fonctionnaire qui n’est pas à l’aise dans sa langue seconde, la perception s’accentue que les cadres supérieurs à Ottawa jugent que le français a une importance secondaire et qu’il manque de leadership à ce niveau de l’appareil gouvernemental.

Aujourd’hui, la population francophone du Canada a un nouveau visage et accueille de plus en plus d’immigrants. Nous devons reconnaître cette diversité ainsi que sa contribution à la francophonie canadienne.

Il est donc d’autant plus essentiel pour nous de bâtir des ponts entre nos communautés francophones afin d’assurer à tous un accès partout au pays aux mêmes avantages et ressources. Nous pourrons ainsi contribuer à la survie de nos communautés et à en favoriser l’épanouissement.

Conclusion

La francophonie canadienne d’aujourd’hui est une société pluraliste. Nous devons profiter de nos différences tout en reconnaissant ce que nous avons en commun.

Je pense surtout à nos jeunes qui jouissent d’une ouverture sur le monde moderne. Ils ont beaucoup plus d’options et d’occasions que n’en avaient leurs parents. Grâce à leurs efforts et à ceux de leurs parents, les prochaines générations seront encore mieux outillées pour assurer l’épanouissement de leurs communautés.

Je souligne fréquemment l’importance pour nos communautés de langue officielle d’apprendre à connaître non seulement la langue, mais aussi la culture de l’autre. Appliquons ce même principe au sein de la francophonie. En partageant une langue commune, nous pouvons nous rapprocher aux autres cultures du Canada et du monde, et en sortir immensément enrichis de l’expérience.

Merci.



1 Statistique Canada, Le Quotidien, 4 décembre 2007.