ARCHIVÉE - Moncton, le 6 novembre 2008

AvertissementLa Norme sur la facilité d'emploi des sites Web remplace ce contenu. Cette page Web a été archivée parce que les Normes sur la normalisation des sites Internet 2.0 ont étés annulées.

Contenu archivé

L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.

Notes pour une allocution au Symposium de l’Atlantique
de l’Association des enseignantes et des enseignants francophones
du Nouveau-Brunswick


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur Larocque, Monsieur Doucet, Mesdames et Messieurs,

J’ai le plaisir d’être avec vous aujourd’hui dans le cadre de ce symposium. Comme Monsieur Doucet, je vous dis bravo. Je suis toujours très heureux de constater la vitalité qui existe au sein de nos communautés linguistiques en situation minoritaire au pays. Comme province, le Nouveau-Brunswick continue d’être un chef de file dans la protection et l’épanouissement des deux communautés linguistiques qui la composent. Et en Atlantique, je constate une évolution considérable quant aux droits linguistiques, sujet que j’aborderai demain dans le cadre du Colloque sur les droits linguistiques de la Faculté de droit de l’Université de Moncton.

Cette région possède des défis en matière d’éducation en français qui lui sont propres. Des événements comme ce symposium sont essentiels afin d’en arriver à des solutions. Ce travail est nécessaire et je vous félicite de cette initiative.

Pour ma part, j’aimerais aborder deux grands enjeux, soit ceux de l’exode et de l’analphabétisme, en plus de discuter des solutions potentielles qui existent pour renverser les tendances que vous affrontez actuellement.

1. Défis

a. Exode

Présentement, les provinces de l’Atlantique partagent un défi commun : celui de l’exode. Et cet exode peut se manifester de plusieurs façons. En premier lieu, il peut s’agir d’un exode vers une autre région de la province. Au Nouveau-Brunswick, par exemple, les francophones quittent les régions du Nord, pour se rendre dans le Sud, principalement vers Moncton et Dieppe, où la population francophone est plus concentrée. À l’Île-du-Prince-Édouard, ils quittent la région Évangéline pour se rendre dans le grand centre de Charlottetown, où les occasions d’emploi sont plus nombreuses. En Nouvelle-Écosse, les francophones quittent l’île du Cap-Breton et les régions du Sud, favorisant plutôt Halifax.

En plus de cet exode régional, les communautés francophones de l’Atlantique doivent affronter le défi de l’exode vers les autres provinces, un enjeu qui s’applique à chacune des provinces de la région.

Peu importe la destination, l’effet est le même : l’exode réduit – parfois considérablement – le nombre d’élèves qui apprennent le français dans la région qu’ils quittent. Pour des régions moins peuplées, cela peut vouloir dire la fermeture d’une école. Pour d’autres, cela représente la perte de la relève francophone.

Il s’agit, selon moi, de l’un des plus grands enjeux auxquels font face vos provinces à l’heure actuelle quant à l’enseignement du français. Bien que cet enjeu dépende de plusieurs facteurs comme les occasions d’emploi, le coût de la vie et la disponibilité de services, l’accès à l’apprentissage en français constitue une mesure incitative pour demeurer dans la région.

b. Analphabétisme

Mais ce n’est pas le seul grand enjeu que vous affrontez ensemble. L’Atlantique connaît un taux très élevé d’analphabétisme parmi ses élèves francophones. Au Nouveau-Brunswick en particulier, 48 p. cent des jeunes de 16 à 24 ans n’atteignent pas le niveau 3 de littératie, le minimum requis pour bien fonctionner dans la société canadienne. Ce taux augmente à 66 p. cent pour l’ensemble de la population francophone de la province et est considérablement plus élevé que chez les anglophones de la province. Quant aux autres provinces de l’Atlantique, il est fort probable que les données sont semblables.

Ces résultats sont alarmants. La situation est grave. Ces chiffres indiquent qu’une grande portion de notre future relève francophone n’est présentement pas en mesure de lire, de comprendre ni d’utiliser des documents écrits dans sa vie quotidienne. Cela pourrait empêcher le développement sain de vos communautés. Avec la télévision et les dvds, les jeunes peuvent imaginer qu’ils puissent éviter la lecture. Mais c’est une erreur sérieuse – Internet rend la lecture et l’écriture plus importants que jamais.

Un mot sur le défi d’attirer les ayants droit. Même au Nouveau-Brunswick, où quatre enfants francophones sur cinq sont à l’école de langue française, il reste du travail à faire. Il ne faut pas l’oublier – le droit à l’éducation minoritaire est un droit qui disparaît.

Vous êtes condamnés à l’excellence. Vous n’avez pas le choix. Dans une société où l’éducation représente la porte du succès, il faut offrir aux élèves une éducation de qualité. Car aucun parent n’acceptera la médiocrité d’éducation comme principe, aussi important soit-il.

Et si le taux d’analphabétisme est si élevé chez les jeunes, c’est en partie dû au fait qu’il y a une absence d’appui à la lecture de la part des parents. Ça rend davantage plus difficile votre tâche comme enseignants, mais davantage plus important, aussi.

Cet enjeu a été discuté les 19 et 20 septembre dernier dans le cadre du Forum de l’Atlantique sur l’alphabétisation francophone. Et le message était clair : plus de fonds sont nécessaires pour s’attaquer au problème.

Déjà, les participants s’étaient entendus qu’un plan d’action serait élaboré pour l’ensemble des provinces de l’Atlantique. Ce plan permettrait d’avoir une stratégie commune parmi les provinces, en plus de permettre à la communauté, les intervenants et les apprenants de se rapprocher.

Je crois que c’est un très bon départ. La première étape est de reconnaître le problème et de comprendre la situation, ce qui a été accompli grâce au Forum.

À titre d’enseignants, je vous encourage vivement à participer à ce processus et à partager vos connaissances et votre expertise en la matière.

De mon côté, je suivrai de près les prochaines étapes. Il pourrait s’agir d’un modèle potentiel pour les autres communautés francophones du pays.

2. Solutions potentielles

J’ai abordé brièvement deux grands enjeux, soit ceux de l’exode et de l’analphabétisme. Bien qu’ils se distinguent très clairement, ils partagent toutefois certaines solutions.

Selon moi, la construction identitaire francophone demeure le moyen le plus efficace de contrer ces tendances. Lorsque les individus formant une communauté ressentent un attachement à la culture, la communauté s’épanouit et demeure plus solide.

Bien sûr, cette construction identitaire ne se fait pas toujours facilement. Je remarque qu’il s’agit d’un thème qui sera abordé cet après-midi et demain dans le cadre de deux des ateliers offerts. À titre d’enseignants, je vous encourage à continuer votre travail dans ce domaine. Bien que l’école ne soit pas l’unique lieu d’acquisition de l’identité francophone, elle y joue un rôle d’avant-plan.

Vous êtes les modèles de vos élèves. C’est vers vous qu’ils se tournent, en plus de leurs parents et familles, pour comprendre d’où ils viennent et pour connaître cette communauté à laquelle ils appartiennent.

Il est aussi important que cette construction identitaire se fasse dès la petite enfance. Et je reconnais que les fonds accordés à ce groupe continuent d’être insuffisants. Pourtant, la petite enfance fait partie du continuum éducatif, car c’est à ce stade très délicat que l’enfant commencera son apprentissage, non seulement de la langue, mais aussi de la culture. En démarrant les initiatives d’apprentissage dès cette première étape, les enfants auront déjà des connaissances solides à leur arrivée au primaire, ce qui pourrait venir aider la situation en matière d’analphabétisme dans les années qui suivront.

La construction identitaire n’appartient toutefois pas seulement à l’école. Il s’agit aussi d’un projet collectif entre l’école, la communauté et la famille. Dans la région de l’Atlantique, les exemples de ce type de partenariats sont nombreux. Je note, entre autres, les Jeux de l’Acadie, qui rassemblent des participants des écoles de toutes les provinces de l’Atlantique et contribuent à renforcer la fierté francophone – et acadienne – des jeunes. Et cette initiative existe depuis déjà 29 ans – ce que je considère déjà une réussite considérable. J’étais aussi heureux d’apprendre que ces jeux ont eu lieu à Halifax cette année, permettant ainsi à d’autres communautés francophones de l’Atlantique de rayonner.

Ce n’est qu’un exemple de pratiques exemplaires, mais cela démontre que les communautés francophones de l’Atlantique sont engagées envers leur épanouissement.

Récemment, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a créé la Commission sur l’école francophone. Quelle belle initiative! En accordant l’occasion à tous les francophones de la province de participer aux consultations, la Commission pourra mieux cerner les besoins des diverses communautés francophones. Elle pourra aussi trouver plus facilement la façon de relever les défis propres à l’éducation francophone dans la province.

Cette initiative pourra également servir de modèle aux autres communautés francophones du Canada, faisant de l’Atlantique un chef de file à plusieurs égards en matière d’épanouissement de ses communautés francophones.

En plus de ce type d’initiative provinciale, je m’attends également à un plus grand appui du gouvernement fédéral. La Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne confirme la bonification du financement pour l’éducation francophone. Mais contrairement au Plan d’action de 2003, elle ne comporte aucun objectif portant sur le recrutement des ayants droit ou sur l’éducation en milieu minoritaire de façon générale. J’invite le gouvernement fédéral à faire part aux communautés de langue officielle des détails de son engagement, puisque nos communautés sont nombreuses à dépendre des fonds accordés par celui-ci pour appuyer diverses mesures de développement et d’épanouissement.

Conclusion

À titre d’enseignants, je vous encourage à mettre de la pression pour obtenir les outils nécessaires pour développer des curriculums gagnants. En ayant les outils nécessaires, vous pourrez également concentrer vos énergies sur la transmission de la culture, qui demeure essentielle pour la construction identitaire chez les jeunes.

Je reconnais que l’enseignement du français au sein des communautés en situation minoritaire demeure un défi en raison des nombreux obstacles et influences de l’extérieur. Je vous félicite de votre persévérance et de votre engagement envers ce travail si important.

Il y a deux semaines, j’ai eu l’occasion de visiter le Centre scolaire des Grands-Vents à St. John’s, à Terre-Neuve, et de parler à des enseignants de l’élémentaire et du secondaire. Ces enseignants m’ont impressionné avec leur enthousiasme et leur attitude positive envers les défis importants dans cette communauté de langue officielle en situation minoritaire.

Je tiens à vous souligner que le Commissariat demeure un partenaire important dans votre travail. Mon représentant dans la région de l’Atlantique, Gilbert Taylor, est à l’écoute de vos défis – mais aussi de vos réussites. N’hésitez pas à communiquer avec lui ainsi qu’avec le bureau d’Ottawa pour discuter avec nous des défis que vous avez à relever et des initiatives qui sont en place dans vos communautés.

Merci.