ARCHIVÉE - Ottawa, le 5 novembre 2009

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Notes pour une allocution au Colloque scientifique sur la santé des communautés
de langue officielle en situation minoritaire organisé par Santé Canada


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Bonjour, good afternoon.

Il me fait plaisir de me retrouver parmi vous tous aujourd’hui afin de discuter de la question de la recherche en matière de santé des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Nous sommes confrontés à l’heure actuelle à une situation assez exceptionnelle en raison de la grippe AH1N1. Cela nous rappelle à quel point il est important que tous les Canadiens reçoivent un service en santé prompt et respectueux. Des situations de crise comme celles-ci ont souvent pour effet d’accentuer les défis qui existent déjà.

Des événements comme celui qui nous réunit aujourd’hui continueront d’être essentiels, car ils rassemblent des intervenants clés de domaines et de niveaux différents afin qu’ils puissent ensemble discuter et échanger les bonnes pratiques et les enjeux qu’ils ont en commun.

Je trouve que, par l’initiative de cet événement, Santé Canada fait preuve de leadership. De plus, l’engagement du gouvernement envers la situation de santé dans nos communautés en situation minoritaire est appuyé par la Feuille de route pour la dualité linguistique.

Bien sûr, pour que nos communautés soient bien desservies dans leur langue officielle, les subventions à elles seules ne suffisent pas. Le travail que vous faites à titre de chercheurs est primordial afin de cerner les besoins réels actuels et futurs de ces communautés. Vos recherches doivent également être reconnues comme des outils dans le processus d’élaboration de politiques et de programmes par les institutions fédérales.

D’ailleurs, la reconnaissance et l’appui de la recherche sur les communautés en situation minoritaire s’insèrent dans la partie VII de la Loi sur les langues officielles, qui vise à favoriser l’épanouissement et à appuyer le développement de ces communautés.

À l’heure actuelle, nous avons encore très peu de données concernant les communautés francophones à l’extérieur du Québec. Au Québec, le gouvernement provincial a reconnu l’importance d’accumuler des données sur ses populations anglophones et a fait des efforts en ce sens. Mais il reste du chemin à parcourir dans cette province également. Cependant, les communautés francophones à l’extérieur du Québec et les communautés anglophones au Québec doivent profiter de l’expérience de l’autre en raison des enjeux qu’ils partagent.

Bien sûr, le travail de recueil de données ne peut se faire sans la présence et la subvention de chercheurs comme vous.

Déjà, l’enquête postcensitaire effectuée à la suite du sondage de 2006 a fait ressortir des données assez frappantes :

Auprès des francophones à l’extérieur du Québec :

  • Six fois sur 10, le médecin a prodigué des services en anglais;
  • Dans leurs interventions auprès des infirmières, le service était en anglais dans 54 p. 100 des cas;
  • Dans les autres endroits fréquentés comme les hôpitaux, les cliniques et les centres de santé, les services étaient seulement offerts en français dans 33 p. 100 des cas.

Chez les anglophones au Québec :

  • Le médecin de famille a prodigué des services en anglais dans 72 p. 100 des cas;
  • L’infirmière les a servis en anglais dans 52 p. 100 des cas;
  • Et, dans les autres endroits fréquentés, les services étaient offerts en anglais dans seulement 51 p. 100 des cas.

Les membres des communautés anglophones en situation minoritaire au Québec reçoivent plus souvent des services dans leur langue, mais, selon moi, de telles données continuent d’être alarmantes. Non seulement elles font preuve du besoin d’agir de la part du gouvernement fédéral, mais aussi du besoin de mobilisation de la part des communautés. En ayant accès à de telles données, cela permet de mieux cibler les attentions des intervenants clés et de répondre aux besoins immédiats et à long terme plus efficacement.

Dans les mois et les années à venir, il sera important que la recherche portant sur les communautés en situation minoritaire bénéficie d’un financement équitable.

Afin de contrer la pénurie de chercheurs qui s’intéressent aux enjeux de ces communautés, il sera aussi important que les organismes qui accordent des subventions à la recherche investissent suffisamment dans des projets de recherche menés dans les universités francophones.

Afin d’y arriver, je vous encourage de renforcer vos partenariats existants entre les établissements postsecondaires, les chercheurs et les organismes de financement de la recherche en matière de langues officielles, les communautés et les institutions fédérales.

Afin d’élargir la communauté de recherche et en assurer la croissance, la collaboration demeurera également un élément clé. Nous devons nous éloigner de la recherche en silo. Une telle collaboration peut signifier un plus grand soutien financier, la mise en place d’une équipe de recherche, la possibilité de réseautage avec d’autres chercheurs, mais d’autant plus important, un plus grand nombre de recherches de qualité produites.

De son côté, le Commissariat appuie vos efforts de recherche et s’efforce d’étudier des questions qui n’ont pas été abordées par d’autres. Par exemple, depuis quelques années maintenant, nous travaillons en très étroite collaboration avec des communautés francophones et anglophones en situation minoritaire dans des régions différentes du pays afin d’en évaluer la vitalité et de fournir des outils à ces communautés en vue de prendre les démarches nécessaires pour améliorer la situation chez elles.

À ce jour, nous avons publié des études sur la vitalité des communautés francophones de Halifax, de Winnipeg et de Sudbury ainsi que des communautés anglophones de Québec, des Cantons de l’Est et de la Basse-Côte-Nord. L’an prochain, nous publierons la troisième étude, qui portera sur les communautés francophones de Vancouver, de Calgary et de Bellevue (en Saskatchewan).

Bien entendu, la poursuite de travaux de recherche est une étape indispensable, mais il faut également que les résultats soient diffusés. La transmission du savoir nécessite la vulgarisation des résultats de recherche, afin que les membres des communautés aussi bien que les décideurs de la fonction publique y aient accès et les utilisent.

J’ai des inquiétudes quant au nombre de jeunes chercheurs qui s’intéressent à nos communautés en situation minoritaire. De façon connexe, je m’inquiète du fait qu’il existe très peu d’occasions d’apprentissage dans nos établissements postsecondaires pour ces jeunes qui désirent poursuivre leurs études dans leur propre langue. Afin de les retenir au sein de nos communautés en situation minoritaire, ils doivent être en mesure de poursuivre leurs études dans leur langue. Cela les inciterait bien plus à demeurer dans leur communauté ou d’y revenir, et à appliquer les compétences qu’ils ont acquises.

À titre de bonne pratique, je souligne les efforts des Instituts de recherche en santé dans l’organisation de leur Institut d’été 2008 qui a connu un franc succès. Cet institut avait pour but non seulement de fournir à des jeunes chercheurs des renseignements utiles sur la recherche en santé des communautés en situation minoritaire, mais aussi de former ces derniers à la diffusion et à l’application de connaissances sur la santé et l’épanouissement des communautés.

Si le taux de participation et l’enthousiasme soulevé par cet Institut d’été en sont une indication, il est clair que la prochaine génération de chercheurs s’intéressera à ce type d’enjeu. Il sera donc important de continuer d’offrir de telles séances de formation, afin de continuer à les encourager, à les attirer et à les appuyer dans leur cheminement.

Conclusion

Pour conclure, nous devons tous travailler ensemble afin de recueillir des données en santé sur nos communautés en situation minoritaire et en faire la dissémination auprès des organismes et des institutions fédérales pour qu’elles aient un impact réel sur les politiques et les pratiques du pays.

De plus, nous devrons considérer un nouveau facteur dans nos recherches sur ces communautés, soit le volet de la diversité culturelle. De plus en plus, celle-ci aura une incidence sur les données ainsi que sur les besoins en santé.

Par exemple, la nouvelle définition des francophones en Ontario augmente la demande pour des services en français dans cette province. Cela démontre à quel point la démographie et la connaissance des besoins réels peut avoir un effet positif sur la vitalité des communautés. Il est important à ce moment de réviser nos critères (et c'est un travail de chercheur), afin de bien inclure toutes les populations francophones, quelles que soient leurs origines, et de veiller à ce que leurs besoins particuliers soient bien comblés.

Afin de bien rejoindre tous les membres de nos communautés, dont le visage évolue constamment, il sera d’autant plus important de nous assurer que nos efforts mènent à une meilleure capacité de communication.

Les langues officielles du Canada demeurent des valeurs qui s’insèrent dans notre identité à titre de nation. Et tous les Canadiens et Canadiennes doivent avoir accès à des services en santé de même qualité dans la langue officielle de leur choix.