ARCHIVÉE - Toronto, le 4 février 2009

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Notes pour une allocution dans le cadre du Programme de facilitation
de la transformation opérationnelle pour les nouveaux arrivants francophones
au sein des communautés en situation minoritaire en Ontario

Atelier 1 : Établir les bases et un langage commun


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs, bonjour.

C’est un grand plaisir pour moi d’être parmi vous aujourd’hui pour appuyer le lancement de ces ateliers organisés par Citoyenneté et Immigration Canada sur une question qui me tient à cœur en tant que commissaire aux langues officielles du Canada. En effet, 2009 marque le 40anniversaire de la Loi sur les langues officielles. C’est l’occasion de rappeler aux Canadiens et aux Canadiennes que reconnaître la valeur des deux langues officielles est un investissement dans l’avenir, d’un point de vue tant professionnel que personnel et culturel.

Depuis 1969, le Commissariat aux langues officielles collabore avec le gouvernement fédéral et d’autres intervenants pour contribuer au respect et au développement des objectifs de la Loi. Notre organisme travaille à susciter un leadership dans les domaines clés tels que la prestation des services dans les deux langues officielles, l’utilisation active des deux langues au sein de la fonction publique fédérale, le soutien aux communautés de langue officielle et la promotion de la dualité linguistique.

Je vous brosserai ce matin le tableau démographique qui sous-tend le défi à relever que nous aborderons aujourd’hui : la situation des nouveaux arrivants francophones en situation minoritaire en Ontario, et aussi l’envers de la médaille, son impact sur le maintien et la croissance des communautés minoritaires francophones de l’Ontario. Le portrait se complique lorsque nous examinons le nouveau visage de la francophonie et les défis qui en découlent. Par la suite, je vous parlerai du rôle du gouvernement fédéral en la matière, de l’importance de l’éducation et, pour conclure, de certaines particularités de la réponse ontarienne à ces défis.

1. Portrait démographique

La population anglophone du Canada compte énormément sur l’immigration, qui assure déjà 70 p. 100 de la croissance démographique du pays et qui continuera d’augmenter au cours des prochaines années. En ce moment, pour chaque immigrant de langue française, le Canada en compte presque dix de langue anglaise.

Cette disproportion s’accentue davantage dans les communautés francophones en situation minoritaire. La population anglophone de l’Ontario se compose d’un quart d’immigrants, mais cette proportion n’est que le seizième pour la population francophone. Pour maintenir leur vitalité, les communautés francophones doivent attirer et garder un pourcentage d’immigrants, pourcentage qui correspond au moins à leur poids démographique existant – 4,5 p. 100 de la population canadienne à l’extérieur du Québec : un défi de taille. Bien qu’il s’agisse de petits nombres d’immigrants, cet apport démographique est crucial à la survie de ces communautés, dans la mesure où les circonstances favorisent leur l’intégration à la majorité linguistique.

L’Ontario reçoit quand même le plus grand nombre d’immigrants « d’expression française » à l’extérieur du Québec. À noter la différence entre cette expression et celle de « langue maternelle ». Il s’agit d’une distinction importante à faire, puisque bon nombre des immigrants proviennent de pays où le français est utilisé, sans en être forcément la première langue. Souvent, ces derniers sont identifiés comme allophones, ce qui ne tient pas toujours compte de leur appartenance aux communautés francophones et ce qui peut nuire aux chances de les recruter dès leur arrivée.

Ces immigrants ont leur place dans la croissance démographique de nos communautés de langue officielle, et on doit les appuyer pour ne pas les perdre à l’assimilation au sein de la majorité. Il faut donc agir dès maintenant et s’atteler à la tâche de mieux identifier, sélectionner, accueillir et intégrer les immigrants d’expression française – et ce, tout en intégrant une dimension croissante de diversité. L’évolution démographique de l’Ontario exige que chaque communauté francophone participe au dialogue de la diversité croissante qui accompagne les nouveaux arrivants.

2. Nouveau visage de la francophonie et défis connexes

En Ontario, les nouveaux arrivants d’expression française constituent seulement 10 p. 100 des francophones, soit plus de 58 000 habitants. À Toronto, les minorités raciales francophones représentent 33 p. 100 de la population de langue française, tandis que, dans l’Est, elles n’en constituent que 9 p. 100 et, dans le Nord-Est, à peine 0,5 p. 100. C’est donc dire qu’au moins un francophone sur cinq fait partie d’une minorité visible – une tendance qui s’intensifie – tout en étant très différente d’une région, ou d’une municipalité à l’autre.

Une personne qui s’installe à Hearst, à Tecumseh ou à Hawkesbury vit sans doute une expérience très différente de celle d’une personne qui déménage à Toronto, où la communauté francophone est très diversifiée, mais aussi très dispersée et donc peu visible. Les francophones y ont donc tendance à s’intégrer à la communauté anglophone, où les services sont plus disponibles et mieux répartis sur le territoire.

Si Toronto reçoit plus d’immigrants que toute autre ville canadienne, la plupart des communautés francophones en situation minoritaire n’ont que peu d’expérience avec la diversité. Mais, de plus en plus, elles se dotent de structures d’accueil et d’intégration. Ces services sont jeunes et en voie de développement et de consolidation. Même les institutions de base, telles que les conseils scolaires, ont rarement plus de 15 ans.

Malgré ces progrès, les immigrants d’expression française font souvent face à un manque de services adéquats en français capables de répondre à leurs besoins. Les services gouvernementaux ne sont pas toujours disponibles en français et le niveau de qualité de ces services varie.

Il faut se rappeler que les nouveaux arrivants sont souvent déboussolés, coupés de leurs moyens et de leurs réseaux de soutien. Et ils ont des besoins très diversifiés. Un restaurateur belge n’a pas besoin du même type d’appui que quelqu’un qui vient de passer quatre ans dans un camp de réfugiés près de la frontière du Rwanda. Certains immigrants ont passé une période d’exil où ils ont dû adopter l’anglais.

Cependant, j’aime signaler des exemples de belles réussites, dont deux au Manitoba. Par exemple, un étudiant du Malawi étudie actuellement au Collège universitaire Saint-Boniface, cela étant pour lui l’occasion de renouer connaissance avec la langue française.

Aussi, la Société franco-manitobaine, dont le président Ibrahim Diallo est originaire du Sénégal, travaille étroitement avec le gouvernement provincial et CIC au Manitoba, en plus de participer à des missions à l’étranger.

La responsable de l’accueil francophone à la SFM, Bintou Sacko, comprend les besoins des nouveaux arrivants – elle est malienne. Elle leur offre un moyen de transport sécuritaire, notamment un autobus scolaire, qui prend leurs enfants au lieu d’accueil temporaire pour les intégrer à une école de langue française, même avant de connaître le quartier où la famille s’établira éventuellement. Ce service rassure la famille et démontre une volonté réelle d’accueillir les enfants dans le système scolaire francophone dès leur arrivée.

Bien sûr, on peut témoigner de belles réussites ici en Ontario également. Entre autres, je signale le nouveau service francophone d'accueil des nouveaux arrivants qui a été établi à Chatham-Kent tout récemment par l’Association canadienne-française de London-Sarnia. Il s’agira dorénavant d’un point de contact offrant des services d’établissement, mais aussi d’accompagnement et de rapprochement interculturel.

Au-delà des belles réussites, il en faut bien davantage pour réussir une vie au sein de la communauté. Au Commissariat, on a fait des études sur la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Et c’est clair que la vitalité dépend de beaucoup plus que des services gouvernementaux. Toute la famille doit participer aux organismes locaux, aux sports et aux loisirs, à la vie culturelle et artistique, au voisinage et à la vie économique et sociale.

3. Rôle du gouvernement fédéral

Si l’intégration doit se faire sur le terrain, c’est quand même le gouvernement fédéral qui est responsable des premiers pas. Dès le moment où les immigrants font leur demande auprès d’une ambassade ou d’un consulat du Canada, il faut identifier les candidats qui peuvent s’exprimer en français ou qui souhaiteraient le faire; les renseigner au sujet des possibilités de vivre en français en Ontario; appuyer leurs démarches auprès des organismes professionnels et des employeurs éventuels qui offrent un milieu francophone; et leur faciliter l’accès aux écoles de langue française.

Le gouvernement fédéral s’est engagé en 2001, pour la première fois, à favoriser le développement et l’épanouissement des communautés minoritaires de langue officielle dans le cadre de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés Loi qui a été modifiée par la suite en 2002 – et ensuite dans le cadre d’un plan d’action quinquennal 2003-2008 dont nous commençons à voir certains résultats.

Le Commissariat s’intéresse de près à cette question depuis longtemps, faisant de nombreuses recommandations au gouvernement fédéral : pour attirer et garder les immigrants; pour bien renseigner les immigrants sur les communautés minoritaires de langue officielle par tous les moyens, à l’étranger, notamment par un site Web; pour assurer la vérification à long terme; pour intégrer les représentants de ces communautés au processus de recrutement annuel; pour faire avancer le dossier de la reconnaissance des qualifications professionnelles obtenues à l’étranger, de sorte que les immigrants puissent exercer leur profession au Canada plus rapidement à la suite de leur arrivée.

Le dernier Plan d’action pour les langues officielles accordait un investissement de neuf millions de dollars, répartis sur cinq ans, pour le recrutement et l’intégration des immigrants d’expression française. De son côté, la Feuille de route accorde également des fonds pour l’immigration, mais peu de détails ont été donnés à cette fin. Par contre, nous savons que les communautés auraient aimé avoir un investissement plus important.

D’ailleurs, il faudra des sommes beaucoup plus considérables pour réussir la mise en œuvre du Plan stratégique pour l’immigration dans les communautés francophones. Les francophones eux-mêmes devront continuer de prendre part aux discussions sur la reconnaissance des compétences, comme c’est le cas dans le cadre du Consortium national de formation en santé, le renforcement des capacités linguistiques et le soutien au logement et à l’employabilité des nouveaux arrivants. Toutes ces questions concernent des membres de vos communautés, mais aussi les employeurs des secteurs public et privé.

4. Importance de l’éducation

Bien sûr, l’éducation demeure d’une importance primordiale dans le cadre de ce processus. Les 12 conseils scolaires francophones de l’Ontario permettent aux enfants de s’intégrer, dès leur arrivée, à la communauté francophone ontarienne et de l’apprivoiser. Nous savons que plus l’intégration des enfants en milieu scolaire se fait jeune, plus il y a de chances que cela donne un attachement permanent à la communauté francophone. Des études démontrent que les enfants de la communauté d’accueil n’éprouvent pas de difficulté particulière à intégrer les nouveaux arrivants. Il faut faire en sorte que ce terreau propice serve à l’intégration des adultes également, l’école servant de point de rencontre entre les adultes immigrants et ceux de la communauté d’accueil. Les écoles ont donc un rôle important à jouer dans l’intégration de la famille au sein de la communauté.

Conclusion

Je voudrais conclure en vous parlant de développements encourageants en Ontario. Il y a deux ans maintenant, mon ancien collègue, François Boileau, a été nommé commissaire aux services en français, avec le mandat de veiller à accorder aux francophones de la province un meilleur accès aux services auxquels ils ont droit dans le cadre de la Loi sur les services en français de l’Ontario. Nos organismes collaborent étroitement entre eux, et cela signifie que les nouveaux arrivants d’expression française jouiront d’un plus grand nombre d’outils pour assurer leur essor linguistique et leur intégration au sein de leur communauté d’accueil.

De plus, la création et le lancement de trois réseaux d’immigration francophone en Ontario – Centre-sud-ouest, Nord et Est – a réuni une foule de partenaires dynamiques.

Les municipalités peuvent contribuer à nos objectifs, surtout si nous faisons l’effort de les sensibiliser davantage. Le fait français est un atout et un moyen d’avancement social et économique qui n’est pas toujours compris et apprécié à sa juste valeur.

Les médias et les nouvelles technologies peuvent également contribuer au pouvoir d’attraction et de rétention des communautés minoritaires. Des outils, tels que le site Web du « guichet unique » de services aux immigrants au Manitoba, offrent un potentiel intéressant – à condition d’en connaître l’existence.

Je suis d’avis que l’Ontario français, et le Canada tout entier, ont tout à gagner des efforts conjoints de tous ces intervenants. Commençons, comme vous le faites ce matin, par établir les bases et un langage commun. C’est vous, réunis ici, qui demeurez le premier point de contact des nouveaux arrivants dès leur arrivée au Canada et même bien avant, dans certains cas. C’est à vous de faire preuve de leadership et de vous assurer que nos institutions accueillent les gens qui font appel à leurs services dans les deux langues officielles et répondent toujours à leurs demandes dans la langue de leur choix.

Parmi tant d’intervenants, la compréhension mutuelle et la découverte de la réalité sur le terrain de chacun sont les meilleurs moyens d’avancer dans nos objectifs communs : assurer un avenir dynamique et florissant aux communautés minoritaires francophones de l’Ontario et une expérience de qualité aux nouveaux arrivants. Je vous promets que le Commissariat fera tout en son pouvoir pour vous appuyer.

Que nous soyons des Canadiens et des Canadiennes de souche ou récents, nous nous devons ce beau cadeau de qualité de vie et d’avenir. Je vous remercie et vous souhaite d’excellentes délibérations.