ARCHIVÉE - Ottawa, le 3 octobre 2007

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Sur les traces de Champlain :
Développer le tourisme francophone en Ontario

Conférence sur le tourisme francophone en Ontario


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs, bonjour,

C’est un grand plaisir pour moi de participer à une rencontre qui réunit des gens de partout en Ontario, de L’Orignal à Moose Factory. On dirait que la saison de la chasse s’en vient…

Les noms de ces municipalités évoquent des atouts précieux de notre province. Le grand cervidé symbolise nos beaux espaces naturels. Le français et l’anglais servent ainsi à nommer tout un éventail de réalités qui fleurissent côte à côte. L’Ontario a un passé, un présent et un avenir aux couleurs francophones, anglophones et bilingues.

Moose Factory, un village près de la baie James fondé dans les années 1670, peu après la création de la Compagnie de la Baie d’Hudson, tire fierté d’être le premier établissement anglophone de l’Ontario. L’Orignal, à l’extrême sud-est de la province, est au cœur d’une région qui s’est peuplée de francophones au début du 19e siècle.

Entre ces deux communautés, il y a tout l’Ontario à découvrir, comme l’indique d’ailleurs la devise de la province « Tant à découvrir ». Mais de quel Ontario est-il question?

Par le passé, les touristes ont trop souvent cru que l’Ontario était une province anglophone. Pourtant, il y a belle lurette que des gens travaillent à faire connaître l’Ontario francophone; son histoire, ses attraits, sa diversité et ses communautés bien vivantes. Aussi, je suis heureux de constater que, depuis quelques années, les succès sont de plus en plus nombreux, et l’Ontario français de plus en plus visible.

À la fin des années 1960, l’ancien premier ministre du Québec, feu Daniel Johnson, exprime le souhait que le Québec soit aussi français que l’Ontario est anglais. Trente ans plus tard, Bernard Landry n’utilise pas les mêmes termes (il dit plutôt qu’il souhaite que le Québec soit aussi français que l’Argentine est espagnole), parce qu’il connaît les progrès que l’Ontario a accomplis pour reconnaître le français au même titre que l’anglais.

L’un des succès de l’Ontario est le Circuit Champlain, mis sur pied par Destination Nord. Le circuit, qui longe la route prise par Champlain en 1615, est la pierre angulaire du développement touristique de l’Ontario français.

On pourrait dire que Samuel de Champlain, explorateur et fondateur de Québec, a été le premier touriste francophone à se rendre en Ontario. Il est passé devant ce qui est maintenant L’Orignal en remontant la rivière des Outaouais en 1615. C’est lui qui a nommé la rivière Rideau et la chute des Chaudières. Il est passé par Mattawa, la rivière des Français, la baie Georgienne et la Huronie. Ainsi, son voyage est loin de s’être limité à la ville de Québec!

La journaliste Regina Nadelson a écrit que « la plupart des voyages trouvent leur intérêt dans l’anticipation qu’on en fait, ou le souvenir qu’on en garde ». La réalité, dit-elle, « se limite le plus souvent à la perte de ses bagages », ou dans le cas de Champlain, de son astrolabe.

Évidemment, l’Ontario a bien changé depuis le temps de Champlain, et le tourisme aussi.

Mais il reste qu’un touriste, c’est un visiteur qui est attiré, comme Champlain, par la découverte.

Dans mon cas, la découverte de la culture francophone, grâce à un projet d’archéologie au Québec auquel j’ai participé quand j’étais étudiant, a changé ma vie. Au fil des ans, la francophonie canadienne est devenue une passion; passion qui m’anime encore aujourd’hui.

Vous, Franco-Ontariens, avez le pouvoir de susciter l’intérêt et la passion. Vous en avez aussi le devoir. En effet, les communautés minoritaires sont condamnées à l’excellence. Mais vous nous avez prouvé à maintes reprises que vous savez vous retrousser les manches et relever des défis. D’ailleurs, la conférence qui s’ouvre aujourd’hui et l’envergure que prend le tourisme francophone montrent que vous avez déjà du succès. Toutes mes félicitations!

Bien sûr, l’Ontario ne possède pas les plages du Nouveau-Brunswick, ni les montagnes Rocheuses! Sans symbole qui frappe l’imagination, l’Ontario a la chance de s’inventer et de se réinventer à sa guise. C’est un avantage certain à ne pas négliger. Les attraits touristiques à saveur francophone mis sur pied ces dernières années présentent d’ailleurs une belle originalité. Par exemple, la foire gourmande Ô Délice et Agri-Tour allient plaisirs culinaires, terroir et francophonie. Sans tomber dans le folklorisme ou l’exotisme, les projets touristiques francophones célèbrent à la fois la différence et la particularité, la création et la tradition. Vous devez continuer dans cette voie en présentant une identité franco-ontarienne dont le passé est riche et l’avenir prometteur.

Les occasions à saisir sont nombreuses. À cet égard, sous peu, les francophones de l’Ontario attireront l’attention des Québécois lorsque le Canada marquera les 400 ans de la fondation de la ville de Québec par Samuel de Champlain. Vous leur rappellerez que Champlain est parvenu jusque chez vous en canot et qu’il a bien aimé son voyage. Et, par la même occasion, vous partagerez avec eux un secret bien gardé : il y a plus d’un demi-million de francophones en Ontario et plus d’un million trois cent mille personnes qui parlent le français. D’ailleurs, une enquête du Centre de recherche Décima, publiée en 2006, révèle que le marché québécois recèle un énorme potentiel pour l’industrie touristique ontarienne1.

En effet, le tourisme ontarien fait face à une difficulté particulière : il ne peut plus compter sur les touristes américains. Les effets combinés du 11 septembre, de la hausse du prix de l’essence et de la parité du dollar canadien avec la devise américaine ont provoqué une diminution du nombre de visiteurs américains. Au même moment, la force de notre dollar encourage les Canadiens à se diriger vers les États-Unis. Dans cette période difficile, l’Ontario doit se tourner vers le Québec. Et pour attirer les touristes québécois, il faut pouvoir les servir en français.

Paradoxalement, l’un des défis du tourisme francophone en Ontario provient du manque de demande de services en français. En effet, de nombreux voyageurs francophones et francophiles consomment les produits touristiques ontariens sans jamais demander de services en français. Le secteur des soins de santé est confronté au même défi. Il faut travailler à développer le réflexe des voyageurs d’employer le français. Pour ce faire, il est utile de rendre davantage visible le caractère bilingue ou francophone d’un service, comme vous le faites d’ailleurs dans votre guide touristique.  

Dans son guide de développement des produits touristiques, Destination Nord ajoute que pour attirer et satisfaire les touristes québécois francophones, les entreprises touristiques ontariennes doivent miser sur un bilinguisme intégral; celui des employés, de l’affichage, des menus, etc.

Je souscris entièrement à cette conclusion. Vous aussi, j’en suis convaincu! Non seulement un bilinguisme plus répandu attirera davantage de touristes francophones, mais il contribuera à un plus grand respect de la dualité linguistique de la province et du pays. Et, bien sûr, comme j’aime à le dire, il favorisera un dialogue à l’échelle nationale.

Comme nous sommes à Ottawa aujourd’hui, je ne peux passer sous silence les bons et les moins bons coups de la capitale fédérale. Les centres d’information et les grandes attractions touristiques de la capitale offrent un bel exemple d’offre active de service dans les deux langues officielles. Cependant, les touristes fréquentent aussi bien sûr les boutiques, les restaurants et les hôtels, qui font bien souvent piètre figure en ce qui a trait à l’offre active et même à l’accessibilité de services en français.

Dès mon entrée en fonction et dans mon premier rapport annuel, je rappelais que la capitale fédérale se devait de projeter « une image fidèle de la dualité linguistique canadienne » auprès de ses résidants et des visiteurs francophones qui s’y rendent chaque année. Je disais vouloir voir une amélioration continue des services en français à Ottawa. Il n’est plus acceptable en 2007 qu’un Québécois venu à Ottawa pour affaires et souhaitant se faire servir en français dans une aire de restauration se fasse répondre qu’à Ottawa « We speak English ». Les restaurateurs devraient se donner les moyens de recruter davantage de jeunes bilingues formés dans les écoles de la région, comme les hôteliers semblent arriver à le faire.

Les mentalités doivent aussi évoluer. Le français et l’anglais sont nos deux langues nationales. Elles appartiennent non pas à un groupe ou un autre, mais à tous les Canadiens. En ce sens, nous avons tous la responsabilité, en tant que francophiles ou francophones, d’exiger plus souvent d’être servis en français. Grâce aux efforts déployés partout en province, certaines régions en Ontario, dont celle d’Orillia, ont déjà noté une augmentation de la demande de services en français. Nous sommes dans la bonne voie.

Vous le savez, les succès du tourisme franco-ontarien dépendent à la fois des voyageurs, des travailleurs de ce secteur, des décideurs politiques et de la communauté franco-ontarienne. Et comme je peux le constater, vous arrivez de mieux en mieux à arrimer les différents points de vue au bénéfice du tourisme francophone. Le système de classification unique proposé par le RDÉE à l’ensemble du Canada est une magnifique avancée, et votre apport à ce projet est des plus pertinents. À l’échelle provinciale, Direction Ontario, en collaboration avec plusieurs associations, œuvre à l’établissement et à la promotion du tourisme francophone. Les concepts nés de cette collaboration sont des plus attrayants et efficaces, comme en témoignent les progrès réalisés grâce au Circuit Champlain : de plus en plus de publications et de sites Internet.

D’ailleurs, rien n’empêche le village de Moonbeam, qui depuis longtemps s’associe aux mythes touchant les ovnis, de se préparer à accueillir les voyageurs interplanétaires francophones! Peut-être que le village aurait plus de succès s’il avait de l’affichage bilingue.

Le rôle des artisans du tourisme en Ontario s’apparente au mien, qui consiste à promouvoir et protéger nos deux langues officielles. Car l’un des éléments importants pour le tourisme francophone constitue aussi un besoin essentiel de la communauté : la visibilité. Si on réussit à se mettre en valeur pour accueillir des visiteurs, on finit par mieux se valoriser et se respecter. 

Aujourd’hui, je suis avec vous davantage en tant que promoteur. Je suis venu soutenir vos efforts et reconnaître vos succès, qui sont d’un grand bénéfice pour l’ensemble du Canada. En démontrant votre intérêt pour le tourisme francophone, vous vous associez à la valeur première qui sous-tend la politique linguistique du Canada, soit le respect ; le respect des deux langues officielles, de la population unilingue et des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Le tourisme est un outil crucial de développement communautaire. Il touche la vitalité économique, culturelle et sociale d’une communauté. Ainsi, en misant sur le tourisme francophone, vous participez au développement global de la communauté franco-ontarienne, et par ricochet, des communautés de langue officielle de l’ensemble du pays. Dans mon travail, je suis toujours à la recherche d’exemples de leadership. Et bien, sachez que les progrès réalisés et en cours dans le domaine du tourisme sont la preuve que l’Ontario fourmille de leaders de la dualité linguistique.

Je note au passage qu’en tant que leaders vous pouvez participer à bâtir des ponts entre les institutions fédérales et l’industrie du tourisme en Ontario. Vous savez, en 2005, la Loi sur les langues officielles a été bonifiée. Toutes les institutions fédérales, pas seulement Patrimoine canadien, ont aujourd’hui le devoir de prendre des mesures positives pour concrétiser l’engagement du gouvernement en matière de promotion de la dualité linguistique et de développement des communautés. Il y a certainement des projets et partenariats qui pourraient être mis sur pied au profit du tourisme, de la communauté franco-ontarienne et de la dualité linguistique.

N’oublions pas que l’Ontario joue un rôle clé au sein de la fédération canadienne, et ce, dans plusieurs domaines. Par conséquent, lorsqu’il est question d’enraciner le bilinguisme au cœur de l’identité canadienne, les Franco-Ontariens ont un rôle de premier plan à assumer.

Je vous encourage à continuer de développer votre leadership, de même qu’à partager vos succès et bonnes pratiques. Toutes mes félicitations!

Je vous remercie.



1Bulletin de développement touristique francophone de l’Ontario, volume 15, été 2007, p.1.