ARCHIVÉE - Gatineau, le 2 mai 2007

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Notes pour une allocution au colloque

Terminologie : approches transdisciplinaires

 


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames les Présidentes, Monsieur le Doyen,

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de me joindre à vous ce soir et d’honorer le travail que vous faites. Comme spécialistes de la langue et, en particulier, en tant que terminologues, vous êtes de ceux qui font évoluer la langue et qui contribuent à la transformer. Ainsi, la langue demeure le reflet d’une culture et d’une société en constante évolution.

Que votre colloque en français sur la terminologie ait lieu au Canada me semble tout à fait approprié. De dire que le Canada est un pays bilingue est presque devenu un cliché, mais il me semble utile de rappeler certains faits sur lesquels s’appuie la dualité linguistique. Je le fais pour ceux d’entre vous qui arrivent de l’étranger, mais aussi pour mes concitoyens qui seraient peu au fait des statistiques et de certains événements.

Pour commencer, il faut savoir que le français est la langue maternelle de vingt-trois pour cent des Canadiens, y compris de quatre Québécois sur cinq. Le Canada compte d’ailleurs plus de francophones1 que la Belgique et la Suisse réunies2.

Environ 4 millions de francophones unilingues vivent au Québec, l’unique province canadienne où la majorité est francophone. Une population importante d’anglophones y habite néanmoins, puisque l’anglais est la langue de choix de quelque 900 000 personnes dans la province.

Environ un million de francophones vit à l’extérieur du Québec. Les trois quarts d’entre eux demeurent en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Les francophones constituent le tiers de la population du Nouveau-Brunswick, tandis qu’ailleurs au pays, ils représentent moins de 5 % de la population. Ainsi, la région de la capitale nationale est l’un des endroits importants au pays où le français et l’anglais sont en contact quotidien, mais il n’est pas le seul.

Par ailleurs, il existe aussi au Canada plus de 50 langues autochtones. Les trois langues autochtones parlées par le plus de locuteurs sont le cri (80 000 personnes), l’inuktitut (30 000 personnes) et l’ojibwa (23 500 personnes). Dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, plusieurs des langues autochtones ont un statut officiel équivalant à celui de l’anglais et du français.

Le Canada est un pays d’immigrants. Aujourd’hui, près d’un Canadien sur cinq est né hors du Canada et une personne sur six n’a ni l’anglais ni le français comme langue maternelle. Toutefois, neuf Canadiens sur dix parlent l’anglais ou le français à la maison.

Après avoir pris acte de ces réalités, le gouvernement canadien a adopté en 1969 la Loi sur les langues officielles, qui a par la suite été modifiée en 1988, puis en 2005. Entre autres, cette loi : 

  • Proclame que le français et l’anglais ont un statut égal au sein de toutes les institutions fédérales;
  • Crée le poste de commissaire aux langues officielles, ombudsman tenu à la neutralité politique, chargé d’être la « conscience active » des Canadiens en matière de langues officielles;
  • Permet l’usage du français ou de l’anglais dans les tribunaux fédéraux et lors des procès au criminel;
  • Donne le droit aux citoyens de recevoir tous les services ou les services principaux du gouvernement fédéral dans la langue officielle de leur choix, selon une échelle progressive de 5 p. 100 fondée sur la population relative et absolue de la minorité locale. Il y a également des exigences particulières en ce qui a trait aux voyageurs, à la santé et à la sécurité;
  • Permet aux employés du gouvernement fédéral de travailler dans la langue officielle de leur choix dans les régions désignées;
  • Garantit la participation équitable des Canadiens francophones et anglophones au sein des institutions fédérales;
  • Enfin, elle souligne l’engagement du gouvernement fédéral à faire la promotion de la dualité linguistique et à appuyer le développement des communautés de langue officielle.

Ce sont là des objectifs ambitieux et quarante ans plus tard, le gouvernement fédéral remplit encore ses promesses bien imparfaitement. Néanmoins, l’adoption de la Loi a forcé le gouvernement, les établissements d’enseignement et les entreprises à trouver des moyens novateurs de relever une gamme de nouveaux défis liés à la langue.

On pense notamment aux programmes d’immersion française, créés en 1965, auxquels sont inscrits aujourd’hui 300 000 élèves du pays. Citons aussi ce qu’on appelle les « industries de la langue », domaine où le Canada s’affirme maintenant comme chef de file mondial grâce à plusieurs grandes réalisations.

Mentionnons également le Bureau de la traduction3 du gouvernement fédéral, qui compte quelque 1 750 employés, dont 1 150 traducteurs, interprètes et terminologues répartis dans tout le pays. Le Bureau offre une gamme complète de produits et de services linguistiques : l’interprétation, la traduction et des services multilingues. La plupart d’entre vous connaissent probablement la banque terminologique TERMIUM4, qui contient 3,5 millions de fiches terminologiques et linguistiques.

Je m’en voudrais de ne pas souligner le travail remarquable de l’Office québécois de la langue française5 dans le domaine de la recherche sur la langue et de la terminologie.

Bien sûr, il y a le nouveau Centre de recherche en technologies langagières. Les recherches du Centre tireront profit, entre autres, des activités de traitement des langues entreprises par l’Institut de technologie de l’information du Conseil national de recherches du Canada6.

Selon une enquête récente de Statistique Canada publiée en mars 2006, l’industrie canadienne de la langue est composée de plus de 600 entreprises privées, qui encaissent des recettes de plus de 400 millions de dollars par année. Tout laisse présager que cette industrie continuera son essor.

Comme Canadiens, nous sommes très conscients de l’importance, au chapitre des échanges commerciaux, des avantages économiques dont jouit une société qui possède deux langues officielles au rayonnement international. Comme société bilingue et multiculturelle, nous comprenons aussi que nous ne pourrons être justes envers tous si nous n’arrivons pas à instaurer l’équité et le respect entre nos deux grands groupes linguistiques.

Nous vivons dans une société démocratique, officiellement bilingue, qui s’est engagée à accorder à tous les mêmes droits et des chances égales. La politique linguistique du Canada s’inscrit dans cet esprit de respect : le respect du public qui a droit d’être servi dans la langue officielle de son choix dans certains bureaux fédéraux, le respect des employés qui ont le droit de travailler dans leur langue ainsi que le respect des deux communautés linguistiques du pays qui contribuent à la prospérité du Canada.

C’est une partie importante du message que je tente de transmettre aux Canadiens et aux Canadiennes. C’est aussi un idéal qui a pris une grande place dans notre histoire et qui continuera à porter ses fruits à l’avenir.

Je vous remercie.  



1 Les termes « francophones » et « anglophones » renvoient aux individus ayant pour langue maternelle l’une ou l’autre des deux langues officielles du Canada, et ce, peu importe leur origine ethnique. 

2 Il y a environ 6,7 millions de francophones au Canada; 4,2 millions en Belgique et 1,3 million en Suisse.

3 www.translationbureau.gc.ca/index.php?lang=francais&cont=001Site du gouvernement

4 www.termium.gc.caSite du gouvernement

5 www.oqlf.gouv.qc.caSite externe

6 www.iit-iti.nrc-cnrc.gc.caSite du gouvernement