ARCHIVÉE - Chapitre 3 Promouvoir l’apprentissage de nos deux langues officielles : À la recherche d’un véritable continuum linguistique

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1.0 Le bilinguisme : Des années 1960 à aujourd’hui

Dans le premier livre de leur rapport, les membres de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme avançaient qu’« un pays bilingue n’est pas un pays dont tous les habitants doivent nécessairement parler deux langues; c’est un pays dont les principales institutions, tant publiques que privées, doivent dispenser leurs services dans les deux langues, à des citoyens qui peuvent fort bien, dans l’immense majorité, être unilingues1 ».

Les membres de la Commission étaient bien conscients des avantages associés à la connaissance du français et de l’anglais par les Canadiens. Après avoir rappelé que la maîtrise d’une langue seconde « donne accès à une culture différente » et peut aider une personne à trouver un bon emploi, ils soulignaient l’importance pour certaines personnes d’être bilingues pour la bonne marche du pays. « Une institution, une province, un pays bilingues, écrivaient-ils, ne sauraient fonctionner efficacement que s’il existe un nombre suffisant d’individus bilingues pour assurer les rapports entre les deux groupes linguistiques2

Le Canada comptait un nombre substantiel de citoyens bilingues au moment où les membres de la Commission ont rédigé leur rapport. Ainsi, en 1961, plus de 2,2 millions de Canadiens, soit environ 12 p. 100 de la population, affirmaient parler les deux langues officielles. Aujourd’hui, ce nombre s’établit à 5,4 millions, soit 17 p. 100 de la population.

Cependant, à l’époque, les communautés de langue maternelle française et anglaise du Canada étaient loin d’être aussi bilingues l’une que l’autre. Ainsi, en 1961, la majorité francophone du Québec et les communautés francophones à l’extérieur du Québec comptaient 70 p. 100 des personnes bilingues du pays, même si elles représentaient seulement 28 p. 100 de la population totale3 .

À la lumière de ces statistiques, on peut aisément conclure qu’avant l’entrée en vigueur de la Loi sur les langues officielles, la responsabilité du bilinguisme appartenait principalement aux francophones. Même au Québec, ceux-ci devaient souvent maîtriser l’anglais pour gagner leur vie, communiquer avec des commerçants ou faire affaire avec le gouvernement fédéral.

La situation s’est améliorée et, au fil des ans, la dualité linguistique est devenue une valeur canadienne. Cependant, il importe que le gouvernement fédéral et ses différents partenaires intensifient leurs efforts pour augmenter la proportion de Canadiens bilingues et particulièrement celle des anglophones capables d’utiliser le français. Parmi ces partenaires, on compte l’ensemble des acteurs concernés par la question de l’apprentissage du français ou de l’anglais langue seconde et, au premier chef, les gouvernements provinciaux et territoriaux, les employeurs, les universités et les associations vouées à la promotion du bilinguisme comme l’Association canadienne des professeurs de langue seconde, Canadian Parents for French, l’Association canadienne des professeurs d’immersion, la Société éducative de visites et d’échanges au Canada (SEVEC), l’association Le français pour l’avenir et la Société pour la promotion de l’enseignement de l’anglais, langue seconde, au Québec.

En effet, la maîtrise accrue du français et de l’anglais aidera la population canadienne à relever de nombreux défis, notamment ceux auxquels elle est actuellement confrontée sur le plan économique.

2.0 Le bilinguisme : Un puissant avantage

On ne réalise que maintenant à quel point le régime linguistique instauré au Canada il y a 40 ans a contribué à préparer le pays à faire face aux défis du XXIe siècle.

Ainsi, dans les années 1960, la mondialisation était déjà bien entamée, et ce phénomène a continué de prendre de l’ampleur au cours des dernières décennies en raison de facteurs comme la réduction des barrières tarifaires, la mobilité accrue de la population et l’apparition de nouveaux outils de communication comme Internet.

De même, la proportion de la main-d’œuvre qui travaille dans le domaine du service à la clientèle, génère des connaissances scientifiques, produit des analyses ou réalise d’autres tâches exigeant l’utilisation efficace de la langue parlée ou écrite s’est accrue considérablement depuis l’adoption de la Loi sur les langues officielles.

Ces phénomènes font en sorte qu’il n’a jamais été aussi important et aussi enrichissant pour les Canadiens de bien maîtriser leur première langue officielle et d’améliorer leur connaissance de leur seconde langue.

Ainsi, dans un monde où voyager est maintenant si facile, l’Albertain anglophone qui maîtrise aussi le français peut non seulement explorer avec facilité le Québec ou la France, mais aussi découvrir le rayonnement de sa langue seconde dans des pays comme l’Allemagne ou l’Espagne, où elle est considérée, avec l’anglais, comme l’une des deux langues étrangères à apprendre en priorité pour réussir sur le plan professionnel4 .

De même, l’hôtelier bilingue d’Ottawa ou de Toronto peut cibler adéquatement la clientèle francophone, notamment celle du Québec5 . Selon une étude récente, les touristes francophones « se sentent mal compris culturellement et linguistiquement par les Ontariens6 » et font de la possibilité d’obtenir des services en français « un facteur décisif dans leur choix de destination touristique7 ».

Le Terre-Neuvien bilingue, lui, peut s’informer ou se divertir en lisant The Telegram ou les romans de Robertson Davies. Il peut aussi accéder à une autre perspective de l’actualité et du monde en consultant la version électronique du Courrier International ou les œuvres originales de Jacques Poulin.

Quant au consultant en gestion francophone qui maîtrise aussi l’anglais, non seulement est-il apte à conseiller les entreprises de sa région, mais il peut, dès leur sortie, consulter les ouvrages des experts en gestion les plus en vue de la planète et profiter des nombreuses possibilités d’emploi et de contrat en Amérique du Nord et même à l’échelle internationale.

Comme ces exemples le démontrent, connaître les deux langues officielles du Canada rapporte, tant sur le plan personnel que professionnel.

Cela explique que, de plus en plus, les employeurs canadiens recherchent des candidats capables d’utiliser les deux langues officielles au niveau requis. Une étude publiée en 2008 par Canadian Parents for French démontre qu’à l’extérieur du Québec et de la fonction publique fédérale, 81 p. 100 des superviseurs de travailleurs bilingues considèrent que ces derniers « sont des atouts précieux8 » pour l’organisation qui les emploie.

Dans ce contexte, on comprend que, parmi les entreprises consultées par Ipsos Reid pour Canadian Parents for French, 49 p. 100 des répondants appelés à participer aux processus de dotation considèrent le bilinguisme du postulant comme un critère d’évaluation important. « Un répondant sur cinq (21 p. 100) prévoit que son besoin d’employés bilingues augmentera, et seulement 5 p. 100 que ce besoin diminuera.9 »

Le bilinguisme est aussi très souvent recherché dans les entreprises du Québec. Les résultats d’une enquête menée pour le compte de Québec multilingue, un comité de la Chambre de commerce de Québec, démontrent que 40 p. 100 des entreprises de la ville emploient des personnes qui ont besoin de maîtriser une langue seconde au travail, l’anglais dans la grande majorité des cas10 .

L’importance du bilinguisme sur le plan professionnel explique le fait qu’au Canada, les travailleurs capables d’utiliser le français et l’anglais sont souvent avantagés dans la recherche d’emploi (par exemple, 53 p. 100 des finissants des programmes d’immersion de la Saskatchewan estiment que leur connaissance du français les a aidés à se trouver un emploi11). En outre, leurs revenus d’emploi sont souvent plus élevés que ceux de leurs collègues unilingues12 .

Cela dit, le bilinguisme n’est pas seulement un outil de développement personnel ou économique : il constitue l’un des fondements de l’identité canadienne et compte parmi les facteurs qui contribuent au prestige du Canada à l’étranger. Il représente aussi l’une des clés du bon fonctionnement du pays, une condition essentielle à la poursuite d’un dialogue fructueux entre francophones et anglophones.

Ainsi, le gouvernement canadien ne pourra jouer son rôle qu’à la condition que ses employés francophones et anglophones soient en mesure de collaborer efficacement. C’est pourquoi une bonne proportion des milliers de diplômés qui se joindront chaque année aux rangs de la fonction publique fédérale dans le cadre du renouvellement de celle-ci devront être bilingues.

Par ailleurs, l’UNESCO a avancé que « l’apprentissage intensif et transdisciplinaire d’au moins une troisième langue vivante [...] devrait constituer l’éventail normal des connaissances linguistiques pratiques au XXIe siècle13 ». Aussi, l’Union européenne a établi qu’à long terme, chacun de ses citoyens devra maîtriser sa langue maternelle ainsi que deux autres langues14 .

En renforçant la dualité linguistique et en encourageant le multilinguisme des Canadiens, le Canada pourra à son tour aider ces derniers à se démarquer au pays et partout dans le monde, où la diversité linguistique revêt de plus en plus d’importance.

3.0 La vision du bilinguisme au Canada

À la lumière de ce qui précède, la vision canadienne en matière de bilinguisme devrait comporter l’objectif suivant :

Tout Canadien est en mesure d’accéder, dans sa communauté, aux ressources dont il a besoin pour apprendre à utiliser efficacement le français ou l’anglais comme langue seconde.

Cela signifie que :

  • Les parents et leurs enfants sont sensibilisés à l’importance de maîtriser une langue seconde.

  • Pendant tout son cheminement préscolaire et scolaire, tout jeune Canadien a accès à des programmes de qualité pour apprendre une langue seconde.

  • Tout élève a la possibilité de poursuivre l’apprentissage de sa langue seconde dans un établissement postsecondaire de sa province, et est même incité à le faire.

  • Les enseignants et les professeurs de ce jeune Canadien peuvent exploiter le dynamisme des communautés de langue officielle du pays et le potentiel de ressources existantes, comme les technologies de l’information, pour l’aider à pratiquer sa nouvelle langue et à explorer les cultures qui s’y rattachent.

  • Tout au long de ses études, ce jeune Canadien a l’occasion de pratiquer et de perfectionner sa langue seconde au sein de l’autre communauté linguistique.

  • À la fin de ses études, tout Canadien peut acquérir ou solidifier les connaissances en français ou en anglais langue seconde nécessaires à son intégration sur le plan social et professionnel.

4.0 Les obstacles au bilinguisme

Il existe encore plusieurs obstacles qui font en sorte que cette vision du bilinguisme est loin d’être atteinte. Le gouvernement fédéral investit depuis de nombreuses années des sommes considérables pour renforcer la capacité des Canadiens à utiliser le français et l’anglais.

Ces eff orts ont donné des résultats probants. En effet, comme le montre l’encadré intitulé « Le bilinguisme des Canadiens », les non-francophones du Canada – en particulier les anglophones du Québec – sont plus nombreux à être bilingues qu’ils ne l’ont jamais été.

Cependant, de nombreux obstacles devront être éliminés pour réduire de façon marquée et durable l’écart entre le nombre de francophones et d’anglophones capables d’utiliser les deux langues officielles.

4.1 Des problèmes de perception limitent la demande d’inscription aux programmes de formation en langue seconde

Des problèmes de perception expliquent le fait que la demande d’inscription aux programmes de formation en langue seconde soit plus faible qu’elle pourrait l’être. Ainsi, une proportion élevée de parents non francophones qui inscrivent leurs enfants au programme régulier en anglais croit que l’immersion en français constitue un projet expérimental, alors qu’en réalité, il s’agit d’une méthode éprouvée15 . D’autres parents croient, à tort, que les cours de langue seconde nuisent à la maîtrise de la langue première de leur enfant16 .

Des problèmes de perception existent aussi chez les jeunes. Au Canada anglais, les jeunes anglophones hésitent parfois à apprendre le français parce qu’ils perçoivent les cours de français comme difficiles ou parce qu’ils « n’y voient pas toujours l’intérêt17 ». Au Québec, les participants à une table ronde organisée en 2008 par Industrie Canada relevaient que « la motivation de la majorité des cégépiens [de la ville de Québec] à apprendre l’anglais est faible18 » parce que cette langue leur paraît peu utile.

En intensifiant les activités de communication et de promotion, le gouvernement fédéral et ses partenaires aideront à contrer les perceptions erronées. Ils pourront aussi renforcer le désir des jeunes d’apprendre l’autre langue officielle et celui des parents de les inscrire à des programmes linguistiques avancés.

« Au Canada, je pense que c’est vraiment important le bilinguisme, surtout pour l’unité du pays. Le bilinguisme, c’est peut-être la chose qui va nous aider à nous rassembler, puis à mieux [...] comprendre nos différences culturelles19 . »

– Un élève francophone s’exprimant dans une vidéo tournée par la Société éducative de visites et d’échanges au Canada (SEVEC)

 

Le bilinguisme des canadiens20

Lors du dernier recensement, plus de 17 p. 100 de la population canadienne, c’est-à-dire 5,4 millions de personnes, s’estimaient capable de soutenir une conversation en français et en anglais, ce qui représente 5 p. 100 de plus qu’en 1961. Plus précisément, 42,4 p. 100 des personnes de langue maternelle française affirment maîtriser le français et l’anglais, par rapport à seulement 7,4 p. 100 des Canadiens de langue maternelle anglaise.

C’est au Québec que la proportion de personnes bilingues est la plus forte au Canada : plus du tiers des francophones (36 p. 100) et des deux tiers des anglophones (69 p. 100) de cette province affirment connaître le français et l’anglais. Chez les anglophones de 18 à 34 ans, ce pourcentage s’élève à près de 80 p. 100. En fait, depuis 40 ans, aucune communauté canadienne n’a autant accru sa maîtrise d’une deuxième langue officielle que les communautés anglo-québécoises.

4.2 Trop d’élèves n’ont pas la possibilité d’apprendre efficacement l’autre langue officielle

« Les jeunes ont [...] l’impression que leur apprentissage d’une langue seconde n’est pas toujours facilité par leur école, leur communauté ou leur famille [...]. Cet apprentissage leur demande tellement d’engagement et d’efforts qu’ils ne sont pas surpris de voir un nombre important de leurs amis abandonner [...]21

– Une des principales conclusions de la Société éducative de visites et d’échanges au Canada à la suite de ses forums intitulés Vivre et apprendre dans un pays bilingue

Tous les élèves du Québec, tant ceux des réseaux scolaires francophones qu’anglophones, ont aujourd’hui accès à des cours de langue seconde à l’école. Cet apprentissage débute dès la première année du primaire22 et se poursuit au secondaire. Si certaines difficultés devront être surmontées pour assurer la qualité de l’enseignement de la langue seconde dans les écoles québécoises, des cours, au moins, sont disponibles partout au Québec.

En comparaison, seulement 47 p. 100 des jeunes Canadiens anglophones apprennent actuellement le français à la maternelle, à l’école primaire ou à l’école secondaire, que ce soit dans le cadre de programmes d’immersion française, de français intensif ou de français de base. En eff et, tout indique qu’au Canada, « différentes pratiques limitent l’inscription et la participation continue aux programmes de français langue seconde aux niveaux primaire et secondaire23 », souligne Canadian Parents for French.

Généralement, quoique 66 p. 100 de la croissance démographique soit attribuable à l’immigration, quelques provinces canadiennes en font encore trop peu pour que les allophones aient un accès équitable aux programmes d’immersion française et soit encouragés à y participer.

Ainsi, de nombreux parents de Colombie-Britannique doivent participer à des tirages au sort pour inscrire leurs enfants à un programme d’immersion française, car, dans certains districts scolaires de cette province, l’offre de cours d’immer sion en français ne suit pas la demande : elle la limite plutôt. Pareille loterie serait impensable dans le cas de parents qui souhaiteraient que leurs enfants puissent suivre des cours avancés de mathé matiques, par exemple.

En Ontario, plus de la moitié des élèves du primaire inscrits à des programmes d’immersion française ont recours au transport scolaire pour se rendre à l’école. Malheureusement, certains conseils scolaires n’offrent pas ce service aux élèves en immersion au niveau secondaire, avec pour conséquence que, dans les régions rurales et du nord de la province, de nombreux parents, notamment ceux qui sont moins privilégiés, doivent se résoudre à inscrire leurs enfants dans les programmes réguliers24 .

Le recrutement d’enseignants constitue un autre obstacle à l’offre de cours de français ou d’anglais langue seconde de qualité. Par exemple, certaines commissions scolaires francophones du Québec ont de la difficulté à recruter les enseignants brevetés dont elles ont besoin pour offrir le nouveau programme d’anglais langue seconde que le ministère de l’Éducation du Québec a mis en place au premier cycle du primaire25 . La pénurie d’enseignants « qualifiés, engagés et intéressants26 » est perçue comme un « problème sérieux27 » par les jeunes qui, selon les conclusions des Forums régionaux sur le bilinguisme tenus par la Société éducative de visites et d’échanges au Canada (SEVEC), « [aimeraient] avoir des professeurs de français francophones (et des professeurs d’anglais anglophones)28 ».

Certaines écoles du pays ont entrepris de pallier ce problème et celui de la disponibilité de ressources pédagogiques clés en recourant aux technologies de l’information. « Certains cours de français, à Terre-Neuve par exemple, ne sont disponibles qu’en ligne, rapporte la Société éducative de visites et d’échanges au Canada. La communication instantanée peut favoriser l’apprentissage en mettant des jeunes en contact et en leur permettant de pratiquer l’écrit par courriel ou par un logiciel de clavardage. Pour certaines bibliothèques scolaires possédant un répertoire limité de [ressources] dans d’autres langues29 . »

 

Intéresser les jeunes à l’apprentissage d’une langue seconde

Certaines écoles n’hésitent pas à adopter de nouvelles pratiques afin de stimuler et de soutenir l’intérêt des jeunes pour l’apprentissage d’une langue seconde. Par exemple, l’École St. Avila, au Manitoba, fait une grande place aux arts dans son programme d’immersion en français. Des artistes, des musiciens, des acteurs et des conteurs francophones sont invités en classe pour travailler avec les élèves et les aider à exploiter leur potentiel artistique. L’école secondaire albertaine William Aberhart a, quant à elle, conçu différents outils, comme le site Web www.immersionenaction.ca et le Passeport francophile, lesquels donnent aux élèves en immersion le goût de continuer d’explorer la culture francophone après les cours.

 

Quand la majorité anglophone se mobilise en faveur du bilinguisme

En 2007, le ministre de l’Éducation du Nouveau-Brunswick, Kelly Lamrock, a demandé aux commissaires Jim Croll et Patricia Lee de revoir les méthodes d’enseignement du français langue seconde dans cette province, afin de favoriser le taux de réussite scolaire des élèves. Les commissaires ont déposé leur rapport définitif en février 2008.

Ce rapport comprenait 18 recommandations, dont celle d’abolir les programmes d’immersion précoce. Cette proposition a provoqué un tollé. Avec le soutien de la section provinciale de Canadian Parents for French, la communauté anglophone du Nouveau-Brunswick s’est levée en bloc pour défendre les programmes existants, que ce soit par la voie des journaux, d’Internet ou des tribunaux.

Pour se conformer à une décision de la Cour du Banc de la Reine du Nouveau-Brunswick, le ministre Lamrock a tenu de nouvelles consultations à partir de l’été 2008. À l’issue de ces dernières, il a finalement décidé d’offrir aux élèves intéressés la possibilité de s’inscrire au programme d’immersion française en troisième année. Les autres élèves commenceront à apprendre le français à partir de la troisième année, et un programme intensif sera offert en cinquième année.

Les acteurs publics devront évidemment collaborer à la mise en place de solutions technologiques sem blables dans certaines communautés anglophones et francophones du pays. Cependant, le gouvernement fédéral, les provinces et territoires ainsi que leurs partenaires devront surtout veiller à éliminer les différents obstacles qui limitent actuellement l’offre de programmes d’apprentissage en langue seconde au pays.

4.3 trop peu de cours en langue seconde sont offerts aux étudiants de niveau postsecondaire

En 2008, le commissaire a demandé à la société Ipsos Reid de dresser une liste des mesures adoptées par les établissements d’enseignement postsecondaire de l’ensemble du Canada pour favoriser l’apprentissage du français langue seconde, et de répertorier celles que les universités du Québec mettent en œuvre pour soutenir la maîtrise de l’anglais comme langue seconde. Parmi les 96 établissements invités à participer à l’enquête, 84 ont accepté.

« Comme plusieurs Canadiens, j’ai commencé à apprendre le français à l’école primaire. Aussi, les chansons et les histoires en français font partie de mon enfance, même si je ne me souviens pas exactement des débuts. De la 10e année à la 12e année, dans le cadre d’un programme de baccalauréat international, j’ai suivi des cours de français avancé qui visaient à me rendre bilingue en deux ans. […] Malheureusement, j’ai cessé mon apprentis sage du français après mes études secondaires et, c’est aujourd’hui que j’en aurais besoin, 17 ans plus tard. Il s’agit d’un de mes grands regrets. L’idée d’apprendre le français me hante tellement que je pense même parler français dans mes rêves30 . »

– Alden E. Habacon, gestionnaire des initiatives en matière de diversité au réseau de télévision de la CBC

Selon ce sondage, la majorité des établissements d’enseignement postsecondaire canadiens permettent actuellement à leurs étudiants d’apprendre le français ou l’anglais langue seconde ou de perfectionner leurs connaissances linguistiques.

Fait à noter, l’offre de cours de langues en lien avec une spécialité donnée (par exemple « French for Law » à l’Université Western Ontario) est beaucoup plus limitée. Seulement 22 p. 100 des établissements anglophones et 50 p. 100 des établissements francophones sondés donnent aux étudiants la possibilité de prendre dans leur langue seconde certains des cours offerts dans leurs champs de spécialisation (par exemple la biologie, la science politique ou le journalisme). De plus, force est de constater que l’offre de cours dispensés en français ou en anglais langue seconde est généralement très limitée.

Il est encourageant de constater que les étudiants qui ont appris le français ou l’anglais langue seconde au primaire ou au secondaire peuvent habituelle ment suivre des cours de perfectionnement en langue seconde au niveau postsecondaire. Cependant, il serait important que le gouvernement fédéral et ses partenaires encouragent les établissements d’enseignement postsecondaire à suivre l’exemple des universités ou des facultés qui offrent à leur clientèle la possibilité de recevoir une partie de sa formation dans sa langue seconde. Voici quelques exemples d’établissements d’enseignement postsecondaire qui sont passé à l’action :

  • Au Québec, HEC Montréal et l’Université McGill ont lancé en 2007 un programme conjoint de MBA à l’intention des gestion naires expérimentés, dont les cours sont donnés selon une formule bilingue. « Les candidats doivent comprendre les deux langues, mais peuvent participer aux échanges, rédiger les travaux et faire les examens dans la langue de leur choix31 . »

  • Depuis 2006, l’Université d’Ottawa offre aux étudiants anglophones et allophones inscrits en criminologie, en histoire, en sciences infirmières ou dans une cinquantaine d’autres disciplines de premier cycle la possibilité de participer à son nouveau Régime d’immersion en français. Pour réussir leur parcours, les participants doivent suivre plusieurs cours de leur programme en français et peuvent compter sur l’appui personnalisé de professeurs de langues et d’étudiants qui agissent comme mentors. L’Université d’Ottawa souhaite qu’en 2010-2011, quelque 1 100 étudiants soient inscrits au Régime d’immersion en français32 , et elle est en bonne voie d’atteindre son objectif.

  • En Colombie-Britannique, l’Université Simon Fraser offre un programme en administration publique et services communautaires dont la langue d’enseignement est surtout le français. Ce programme comprend une majeure en science politique et une mineure prolongée en français. Les étudiants doivent suivre certains cours en français et faire un trimestre dans une université francophone. Conçu et administré par le Bureau des affaires francophones et francophiles de l’établissement, « ce programme permet aux élèves du programme d’immersion française et du programme francophone de la Colombie-Britannique de poursuivre leurs études en français au niveau universitaire, et ce, dans leur propre province33 ».
4.4 Trop peu d’établissements d’enseignement postsecondaire soulignent haut et fort à leurs étudiants l’importance du bilinguisme

Selon une étude, que le Commissariat prévoit publier en 2009, seule une poignée d’établissements d’enseignement postsecondaire exige actuellement des étudiants qu’ils connaissent l’autre langue officielle au moment de s’inscrire à un programme d’études ou d’obtenir leur diplôme.

En 2009, la maîtrise tout au moins partielle du français ou de l’anglais langue seconde constitue une nécessité pour la majorité des étudiants canadiens, peu importe la discipline qu’ils choisissent. En adoptant des politiques linguistiques, les établissements d’enseignement postsecondaire enverraient un signal fort en faveur du bilinguisme aux niveaux primaire et secondaire.

L’application de ces politiques linguistiques gagnerait à reposer sur l’utilisation d’un cadre commun de référence pour les langues, comme celui dont le Conseil des ministres de l’Éducation (Canada) a entrepris l’examen en 2006 et que l’Association canadienne des professeurs de langue seconde a commencé à promouvoir. Grâce à cet instrument normalisé basé sur un modèle européen, les établissements scolaires et d’enseignement postsecondaire canadiens mesureraient les compétences en langue seconde de leurs postulants et diplômés de la même façon, soit à l’aide d’indicateurs précis et objectifs.

 

Les communautés de langue officielle : Un potentiel sous-exploité

Les membres des communautés francopho nes hors Québec comptent parmi les Canadiens les plus bilingues au pays (84 p. 100 d’entre eux parlent français et anglais34 ). Pourtant, les employeurs qui requièrent du personnel capable de s’exprimer dans les deux langues officielles négligent souvent d’exploiter le potentiel de cette main-d’œuvre pour satisfaire leurs besoins linguistiques.

Cette situation a amené le Comité sénatorial des langues officielles à recommander au transporteur Air Canada qu’il continue d’encourager les jeunes Canadiens à poursuivre leur apprentissage d’une langue seconde, qu’il établisse « des partenariats avec les grou pes communautaires et les établissements d’enseignement en milieu minoritaire » et qu’il organise des campagnes de recrute ment à l’extérieur des grands centres urbains, comme dans l’Est et le Nord de l’Ontario ou dans la Péninsule acadienne du Nouveau-Brunswick35 .

De façon similaire, dans le rapport Vancouver 2010, une occasion en or : Viser un modèle canadien de la dualité linguistique dans le sport international, le commissaire aux langues officielles recommandait que le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2010 « établisse sans tarder une stratégie ciblée pour solliciter des candidatures de bénévoles bilingues en faisant appel, entre autres, à l’ensemble du réseau de la francophonie et des associations faisant la promotion de l’apprentissage du français comme langue seconde36 ».

Évidemment, le comportement des employeurs pourrait fortement influer sur les mesures prises par les établissements scolaires et d’enseignement postsecondaire pour soutenir le renforcement des compétences linguistiques de leurs élèves. Par exemple, en réitérant avec force que la fonction publique recherche des candidats tout aussi compétents dans leur seconde, le gouvernement du Canada transmettrait un message dont les effets se feraient sentir du sommet à la base de chaque réseau scolaire provincial et territorial.

4.5 Trop peu de liens existent entre les élèves et les communautés de langue officielle

On peut déplorer que les enseignants des programmes de français langue seconde cherchent relativement peu à tirer avantage de la présence, partout au Canada, de com munautés de langue officielle dynamiques. Comme l’a révélé le rapport Vivre et apprendre dans un Canada bilingue de la Société éducative de visites et d’échanges au Canada (SEVEC), les élèves de ces programmes « ont appris avec stupéfaction, à travers le réseautage du forum, que souvent il y avait des organisations et des centres francophones dans leur [milieu]37 ».

En ce qui concerne l’enseignement postsecondaire, les travaux du Commissariat montrent qu’une minorité d’établissements anglophones du pays veillent à ce que leurs étudiants renforcent leurs compétences en français langue seconde en prenant part aux activités organisées par les communautés de langue officielle. Par exemple, en Saskat chewan, l’Université de Regina entretient des liens étroits et réguliers avec la communauté fransaskoise. Toutefois, seulement 7 établis sements sur 84 cherchent à mettre leurs étudiants en contact avec les francophones du Canada ou de l’étranger au moyen de conférences audio ou vidéo.

Les communautés francophones du Canada sont dynamiques et ont beaucoup à offrir aux personnes désireuses d’apprendre le français. De même, comme le rappelait l’éditorialiste André Pratte, les Québécois francophones gagneraient à mieux connaître les contributions des communautés anglophones à l’édification de la société québécoise38 . Par conséquent, le gouvernement fédéral et ses partenaires devraient continuer de soutenir les relations entre chacune des majorités linguistiques du pays et les communautés de langue officielle.

4.6 Les élèves manquent d’occasions d’échanges linguistiques au Canada

Les échanges linguistiques peuvent avoir des effets remarquables sur le développement des compé tences linguistiques des participants. Par exemple, 93 p. 100 des jeunes de 12 à 17 ans qui ont déjà participé à ce type d’échange dans le cadre des programmes gérés par la SEVEC estiment que cette expérience leur a permis de devenir plus confiants dans leur capacité d’utiliser leur deuxième langue officielle39 . De plus, une forte majorité des jeunes participants aux échanges linguistiques organisés par la SEVEC esti ment que leur expérience a renforcé leur sentiment d’appartenance au Canada40 .

Malheureusement, parmi les millions d’élèves cana diens des niveaux primaire et secondaire, seulement quelques milliers ont eu la chance de participer en 2007-2008 à un échange bilingue organisé par la SEVEC ou à d’autres programmes comme Explore, géré par le Conseil des ministres de l’Éducation (Canada), et Emplois d’été Échanges étudiants, gérés par le YMCA41 .

 

Les bourses d’immersion de la Fondation Molson

En 2008, le commissaire aux langues officielles a participé à la remise des bourses d’immersion de la Fondation Molson. Celle-ci offre chaque année 5 000 dollars à cinq Canadiens de langue maternelle anglaise provenant de l’extérieur du Québec afin de leur permettre de pour suivre leurs études de premier cycle en français à l’Université Laval.

Les bourses d’immersion française de la Fondation Molson ont été créées en 2005 grâce à un don de 500 000 dollars de cet organisme. Selon Andrew T. Molson, vice-président de la Fondation Molson et diplômé de l’Université Laval, elles serviront à favoriser la découverte de la langue française et de la culture québécoise pour « des générations à venir42 ».

Par ailleurs, une majorité d’établissements d’enseignement postsecondaire offrent à leur clientèle la possibilité de participer à des échanges susceptibles de favoriser une amélioration de ses compétences en français ou en anglais langue seconde. Cependant, les établissements anglophones concluent généralement des ententes avec des établissements étrangers plutôt qu’avec des établissements canadiens. En outre, peu d’établissements canadiens ont signé des ententes de partenariat spécifiquement conçues à des fins linguistiques.

De plus, des obstacles financiers entravent la capacité de certains établissements d’envoyer leurs étudiants à l’étranger. Ainsi, comme le fait remarquer le directeur d’un cégep francophone, « les échanges avec les provinces canadiennes sont une voie prometteuse d’amélioration du bilinguisme des étudiants, mais il faut du temps et de l’argent à un établissement pour les organiser43 ».

Le gouvernement fédéral et ses partenaires devraient soutenir les efforts de la SEVEC et des autres organismes qui organisent des échanges linguistiques destinés aux jeunes du primaire et du secondaire. Ils devraient aussi aider les établissements d’enseignement postsecondaire à offrir plus d’occasions à leurs étudiants de participer à des échanges dans la province ou ailleurs au Canada.

4.7 Trop peu de canadiens ont l’occasion d’acquérir des connaissances en langue seconde à l’extérieur du système scolaire

Pour différentes raisons, peu de Canadiens ont pu apprendre les deux langues officielles du pays alors qu’ils étaient aux études. Par conséquent, il serait important de s’assurer que tous les Canadiens ont de nombreuses possibilités d’apprendre le français ou l’anglais langue seconde, ou d’en parfaire la maîtrise, à l’extérieur du système scolaire.

Or, ce n’est pas toujours le cas. D’ailleurs, bien que de nombreuses organisations trouvent important que leurs employés maîtrisent les deux langues officielles, peu d’entre elles leur donnent la possibilité de perfectionner leurs compétences linguistiques. Ainsi, 46 p. 100 des superviseurs de l’extérieur du Québec estiment qu’il est difficile de trouver des employés bilingues44 , mais seulement 14 p. 100 des entreprises accordent à leur personnel du temps pour suivre des cours de langues, et seulement 5 p. 100 d’entre elles offrent des cours de français à l’interne45 .

Pour s’assurer que les Canadiens peuvent apprendre le français ou l’anglais langue seconde une fois leurs études terminées, le gouvernement fédéral et ses partenaires gagneront à continuer d’appuyer vigoureusement les organismes de l’industrie de la langue (représentés par l’Association des industries de la langue – Language Industry Association [AILIA]) qui se spécialisent dans la création de services et d’outils de formation linguistique de plus en plus performants.

Le gouvernement canadien et ses partenaires devraient aussi continuer de favoriser la conception d’instruments normalisés qui, comme le fait le cadre commun de référence pour les langues pour le Canada, permettront aux entreprises et aux organismes publics d’évaluer correctement les compétences en français ou en anglais langue seconde de leur personnel. Ils devraient enfin sensibiliser les organisations canadiennes à l’importance de la formation linguistique et veiller à soutenir les entreprises et les organismes désireux de mieux former leurs employés sur le plan linguistique.

5.0 Le gouvernement fédéral : Un acteur incontournable

Au cours des prochaines années, il sera important que la société canadienne prennent des mesures pour favoriser une hausse notable du nombre de personnes pouvant s’exprimer dans les deux langues officielles.

Le soutien fédéral à cet égard sera déterminant, comme le reconnaissent d’ailleurs les Canadiens : 70 p. 100 de la population du pays croit en effet que le gouvernement fédéral a un rôle important à jouer dans la promotion de l’usage du français au Canada46 .

À l’automne 2008, la nomination de James Moore, un diplômé du programme d’immersion française de la Colombie-Britannique, comme ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles, témoigne fortement du fait que la dualité linguistique n’est pas une question qui touche seulement les communautés de langue officielle, et que l’apprentissage de la langue seconde par les anglophones est une valeur importante. « Je veux que tous les élèves aient les mêmes opportunités que moi et mes deux sœurs avons eu d’étudier en français47 », disait récemment le ministre.

Cependant, le message envoyé par le gouvernement du Canada en adoptant la Feuille de route pour la dualité linguistique 2008-2013, son plan pour les langues officielles, paraît, à première vue du moins, moins visionnaire en ce qui a trait à l’apprentissage d’une langue seconde par les Canadiens.

Il faut toutefois se réjouir que la Feuille de route 2008- 2013 prévoie une augmentation du budget consacré à l’enseignement de langue seconde et de l’aide consentie aux industries de la langue (lesquelles englobent le secteur de la formation linguistique48 ). Cependant, il est regrettable que le gouvernement fédéral n’y ait pas inclus d’objectif précis pour accroître le bilinguisme, alors que le Plan d’action pour les langues officielles soulignait l’intention du gouvernement fédéral de faire passer la proportion de jeunes Canadiens bilingues âgés de 15 à 19 ans de 24 p. 100 en 2001 à 50 p. 100 en 2013.

L’absence de rappel de cette cible ambitieuse dans la Feuille de route 2008-2013 signifie-t-elle l’abandon définitif de tout objectif précis en matière de bilinguisme ? Il faut espérer que non, car, dans un contexte de gestion et de responsabilisation axées sur les résultats, cela pourrait entraîner le désengagement des ministères fédéraux, des provinces et des territoires à ce chapitre.

Le gouvernement canadien mettra en œuvre la Feuille de route 2008-2013 au cours des prochains mois. Il faut espérer que les mesures prises par les institutions fédérales, en collaboration avec leurs différents partenaires, permettront de commencer à résoudre les problèmes qui nuisent actuellement à l’augmentation du nombre de personnes pouvant s’exprimer dans les deux langues officielles.

6.0 Conclusion : Les enjeux linguistiques sont des enjeux économiques

En 40 ans, le Canada a fait des progrès marqués en matière de bilinguisme individuel. À l’heure actuelle, plus de cinq millions de Canadiens (17 p. 100 )49 et près de 500 000 (23 p. 100)50 jeunes de 15 à 19 ans affirment qu’ils peuvent converser en français et en anglais.

Cela dit, différents obstacles se dressent toujours devant une partie des Canadiens qui gagnerait à apprendre le français ou l’anglais langue seconde ou qui souhaiterait le faire. Cette situation doit être corrigée.

En effet, alors que le Canada affronte une crise économique et financière majeure qui touche toute la planète, il importe d’insister sur le fait que les enjeux économiques et linguistiques, contrairement à ce que certains pensent, sont liés.

En fait, pour se convaincre de ce lien et pour conclure que les enjeux linguistiques préoccupent de plus en plus les pays industrialisés, il suffit de se fonder sur les travaux de l’Organisation de coopération et de développement économiques et de Statistique Canada portant sur le lien entre la littératie et la productivité, ou encore sur les statistiques qui révèlent que, faute de disposer de compétences linguistiques suffisantes, les PME européennes subissent des pertes de l’ordre de 100 milliards d’euros par an51 .

Par conséquent, tout recul du gouvernement fédéral quant à ses engagements en matière de dualité linguistique ou tout ralentissement de la mise en œuvre des programmes d’appui à l’apprentissage du français ou de l’anglais langue seconde des provinces et territoires risqueraient d’avoir des répercussions importantes sur l’économie du pays. Il pourrait en fait s’agir d’une erreur grave que nous mettrions sans doute des années à corriger52 .

L’attitude des Canadiens face à l’apprentissage du français ou de l’anglais langue seconde n’a jamais été aussi favorable. Une forte majorité de francophones considèrent qu’il est important de connaître l’anglais, et, selon un sondage réalisé par Angus Reid, 71 p. 100 des anglophones de 18 à 34 ans croient que les Canadiens de langue anglaise devraient au moins connaître un peu de français53 .

Le gouvernement fédéral et ses partenaires devraient tabler sur cet appui solide et intensifier de façon cohérente leur soutien à la mise en place d’un véritable continuum en matière d’apprentissage des langues officielles partout au Canada.

Recommandation

5e recommandation
Le commissaire recommande au ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles de :

  • mettre en œuvre, sans tarder, les engagements annoncés dans la Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne 2008-2013 : agir pour l’avenir pour soutenir l’apprentissage de la deuxième langue officielle ;

  • élaborer, d’ici au 31 mars 2010, des mécanismes de concertation appropriés, réunissant tous les partenaires engagés dans l’apprentissage du français ou de l’anglais langue seconde au Canada ;

  • de rendre compte, d’ici à la fin de l’exercice 2010-2011, de ces mesures et des résultats qu’elles ont permis d’atteindre.

Notes

1. André Laurendeau et A. Davidson Dunton (coprésidents), Rapport de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, « Livre I : Introduction générale – Les langues officielles », Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1967, p. XVIII.

2. Ibid., p. XIX.

3. Ibid., p. 40.

4. Commission européenne, Les Européens et leurs langues, édition spéciale de l’EurobaromètreSite externe, Bruxelles, 2006, p. 32, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

5. « Mis à part les visites des résidents de l’Ontario, relèvent les auteurs du rapport, le marché québécois est présentement le principal marché canadien pour l’Ontario et constitue 69,7 p. cent de la clientèle touristique canadienne à l’extérieur de l’Ontario. » – Direction Ontario, Pistes de solution sur l’avenir du tourisme en Ontario : perspectives communautaires et francophones, 2008, p. 11.

6. Ibid., p. 10.

7. Ibid., p. 11.

8. Canadian Parents for French, Enquête auprès des superviseurs d’employés bilinguesSite externe, Ottawa, 2008a, p. 17, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

9. Ibid., p. 2.

10. Écho Sondage, La langue seconde dans les entreprises de la MRC de Portneuf et de la ville de Québec, étude réalisée pour le comité Québec multilingue, Québec, 2007, p. 15.

11. Conseil canadien sur l’apprentissage, « Do you speak English? Les avantages du bilinguisme au Canada », Carnet du savoirSite externe, Ottawa, 16 octobre 2008, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

12. Voir Ibid. ainsi que Éric Forgues, Maurice Beaudin et Nicolas Béland, L’évolution des disparités de revenu entre les francophones et les anglophones du Nouveau-Brunswick de 1970 à 2000Site externe, Moncton, Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, octobre 2006, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

13. UNESCO, Mise en œuvre d’une politique linguistique mondiale fondée sur le plurilinguismeSite externe, 2000, article 12 iii, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

14. Conseil de l’Union européenne, « Council Conclusions on the European Indicator of Language Competence », Official Journal of the European UnionSite externe, 25 juillet 2006, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

15. Conseil canadien sur l’apprentissage, L’enquête de 2007 sur les attitudes des Canadiens à l’égard de l’apprentissageSite externe, Ottawa, 2007, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

16. Canadian Parents for French, L’État de l’enseignement du français langue seconde au Canada de l’an 2008Site externe, Ottawa, 2008b, p. 15, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

17. Société éducative de visites et d’échanges au Canada (SEVEC), Vivre et apprendre dans un Canada bilingueSite externe, résumé des conclusions des Forums régionaux des jeunes, Ottawa, 2008, p. 7, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

18. Fosburys Experts-Conseils, Compte rendu de quatre tables rondes tenues dans la région de Québec pour discuter des questions de multilinguisme, rapport remis à Industrie Canada, Mont-Royal, 2008, p. 7.

19. Société éducative de visites et d’échanges au Canada (SEVEC), Vivre et apprendre dans un pays bilingue : Les jeunes discutent du bilinguismeSite externe, vidéo de témoignages de participants aux forums régionaux pour les jeunes, intitulés Vivre et apprendre dans un pays bilingue, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

20. Statistique Canada, Le portrait linguistique en évolution – Recensement de 2006 : BilinguismeSite du gouvernement, Ottawa, 2007, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

21. SEVEC, op. cit., 2008, p. 5.

22. C’est depuis 2006 que les jeunes élèves du réseau scolaire francophone du Québec apprennent l’anglais à l’école à partir de la première année.

23. Canadian Parents for French, op. cit., 2008b, p. 4.

24. Ibid., p. 27.

25. Voir notamment Mélanie Adam, « Plus de 60 enseignants sans permis à la CSA – Les qualifications dans les écoles : une denrée rare ? », Le Trait d’UnionSite externe, 16 octobre 2008, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

26. SEVEC, op.cit., 2008, p.13

27. Ibid., p.13.

28. Ibid., p.13.

29. La SEVEC rapporte que la bibliothèque d’Iqaluit n’a « que des romans Harlequin à proposer aux étudiants qui veulent lire en français » – SEVEC, op. cit., p. 13.

30. Participant au Forum de discussion sur les perceptions des Canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique, tenu le 24 novembre 2008, au Morris J. Wosk Centre for Dialogue de la Simon Fraser University, à Vancouver.

31. HEC Montréal, EMBA McGill – HEC MontréalSite externe, Montréal, 5 février 2009, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

32. Université d’Ottawa, Régime d’immersion en françaisSite externe, Ottawa, 23 avril 2008, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

33. Université Simon Fraser, « Avantages », Programme en administration publique et services communautairesSite externe, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

34. Statistique Canada, Le portrait linguistique en évolution, Recensement de 2006 : BilinguismeSite du gouvernement, Ottawa, 2007, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

35. Comité sénatorial permanent des langues officielles, Le bilinguisme du personnel d’Air Canada : un défi à relever, des actions à privilégierSite du gouvernement, Ottawa, 2008, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

36. Commissariat aux langues officielles, Vancouver 2010, une occasion en or – Viser un modèle canadien de la dualité linguistique dans le sport international, Ottawa, 2008, p. 24, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

37. SEVEC, op. cit., p. 6.

38. André Pratte, « A History of the Conquest », La Presse, 7 février 2007, p. A20.

39. Impact Consulting, Rapport sur les échanges éducatifs présenté au Conseil d’administrationSite externe, Ottawa, 2006, p. 11, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

40. Ibid., p. 11.

41. YMCA, Emplois d’été – Échanges étudiantsSite externe, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

42. Université Laval, « Don de 500 000 $ de la Fondation Molson », Au fil des événementsSite externe, Québec, 29 septembre 2005, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

43. Fosburys Experts-Conseils, op. cit., p. 7.

44. Canadian Parents for French, op. cit., 2008a, p. 18.

45. Ibid., p. 21.

46. Bernard Lord, Rapport sur les consultations du gouvernement du Canada sur la dualité linguistique et les langues officiellesSite du gouvernement, Ottawa, 2008, p. 5, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

47. Tiré d’une entrevue réalisée en décembre 2008 par la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario avec le ministre MooreSite externe, version en ligne consultée le 31 mars 2009.

48. À ce chapitre, on peut notamment féliciter le gouvernement canadien d’avoir accordé 2,5 millions de dollars à l’École de la fonction publique du Canada pour l’aider à élargir l’accès de ses produits d’apprentissage linguistique aux universités canadiennes.

49. Commissariat aux langues officielles, Rapport annuel 2007-2008, Ottawa, 2008, p.81.

50. Statistique Canada, Recensement 2006, produit no. 97-555-XCB200605 au catalogue de Statistique Canada.

51. National Centre for Languages, Incidences du manque de compétences linguistiques des entreprises sur l’économie européenne (ELAN), Londres, 2006, p. 5, version en ligne  consultée le 31 mars 2009.

52. À ce sujet, mentionnons que les effets néfastes de la fermeture, dans les années 1990, du Collège militaire royal de Saint-Jean persistent, malgré les efforts réalisés pour relancer cette institution.

53. Angus Reid, English-Speaking Canadians Lack Solid French Skills, But Value BilingualismSite externe, Toronto, 2007, p. 7, version en ligne consultée le 31 mars 2009.



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