Archivé - Forum de discussion sur les perceptions des canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique - Montréal

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1.0 Sommaire

Le Commissariat aux langues officielles a organisé à Montréal, les 21 et 22 novembre 2012, un forum de discussion sur les perceptions des Canadiens et des Canadiennes de diverses origines à l’égard de la dualité linguistique et de la diversité culturelle. Ce forum a réuni près de 60 leaders de divers groupes ethnoculturels et des représentants d’organisations multiculturelles des communautés francophones et anglophones, dans le cadre de deux séances d’une journée (un jour dans chaque langue officielle), ainsi que des invités spéciaux et des employés des bureaux de Montréal, de Moncton et d’Ottawa du Commissariat. Ces réunions avaient pour but de mieux comprendre les questions et les points de vue des Canadiens de diverses origines.

Le programme du forum de discussion s’inspirait de la situation particulière du Québec, étant donné que c’est la seule province du Canada où le français est la langue officielle de la majorité et où les Canadiens de langue anglaise sont minoritaires. On a demandé aux participants de discuter de leurs points de vue durant deux ateliers et deux assemblées plénières portant sur les thèmes suivants :

Le forum commençait chaque jour par un survol historique de la dualité linguistique et de la diversité culturelle au Canada, présenté par le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser. Plus tard, Jillian Tanoja (première journée en anglais) et Aly Ndiaye (seconde journée en français) ont relaté leurs expériences et leur vision de la dualité linguistique et de la diversité culturelle en qualité de jeunes engagés au sein de leur communauté respective. Un événement passerelle entre les deux séances a eu lieu en soirée, le 21 novembre 2012, au Monument National, ce qui a permis aux participants francophones et anglophones de se rencontrer et de prendre contact.

Intégration à la société canadienne

Durant les séances du matin, on a remis aux participants une liste de questions destinées à encadrer les discussions sur leurs expériences d’intégration à la société canadienne sur les plans de la langue, des possibilités et des défis, ainsi que sur les aspects qui facilitent l’intégration.

En général, les participants disaient que la langue avait constitué un aspect important de l’intégration à la société canadienne, mais également que l’accent et une maîtrise incomplète du français ou de l’anglais avaient dans bien des cas été un obstacle à l’obtention d’un emploi de catégorie professionnelle. Certains participants estimaient qu’il s’agissait d’un prétexte pour refuser d’embaucher des membres des communautés culturelles, surtout des minorités visibles. Ceux qui habitaient à l’extérieur de la région métropolitaine de Montréal avaient également trouvé la transition plus difficile, en raison du manque de soutien communautaire et de programmes.

On a demandé aux participants de se pencher sur les possibilités et les défis auxquels ils ont fait face, de même que les nouveaux arrivants. Ils ont mentionné que la connaissance de plusieurs langues, y compris le français et l’anglais, était un atout qui mène à un plus grand nombre de débouchés que s’ils ne parlaient qu’une langue officielle. Ils ont toutefois fait remarquer que le bilinguisme à lui seul ne suffit pas nécessairement à assurer une intégration réussie à la société ou au marché du travail.

Les participants ont précisé que les défis variaient selon les générations et que la langue n’était généralement pas perçue comme un obstacle. Toutefois, le racisme et les stéréotypes ont été désignés à maintes reprises à titre de défis, surtout par ceux qui n’étaient pas de descendance européenne occidentale. Les participants francophones et anglophones ont exprimé des frustrations parce que les politiques gouvernementales peuvent être un obstacle, mentionnant notamment le manque de soutien à l’apprentissage du français et de l’anglais à l’extérieur de l’école, ainsi que les restrictions, pour les anglophones, quant à l’accès aux écoles anglaises. Un autre défi digne de mention était la reconnaissance des attestations d’études et des titres de compétences professionnelles et une expérience de travail au Canada.

Enfin, les participants ont souligné que l’éducation était l’élément le plus important pour faciliter l’intégration. Ils ont désigné non seulement la formation linguistique, mais également l’éducation interculturelle de tous les résidants du Québec, étant donné le changement rapide de la composition démographique de la province, plus particulièrement de celle de Montréal. Ils ont également signalé que les services d’immigration ne préparent pas suffisamment les nouveaux arrivants avant leur arrivée au pays : une meilleure préparation faciliterait l’intégration.

Perspectives sur la diversité culturelle

Durant les séances de l’après-midi, on a remis aux participants une deuxième liste de questions pour encadrer les discussions sur leur compréhension de la diversité culturelle, sur le rôle qu’elle joue dans la vie de tous les jours et sur l’influence que la langue et la culture ont sur l’intégration à la société canadienne. Au cours du dernier segment, les participants se sont penchés sur les aspects complémentaires et contradictoires de la dualité linguistique et de la diversité culturelle.

La description et la signification de la diversité culturelle, pour les participants, ont été exprimées à l’aide de plusieurs mots, notamment la fierté, la curiosité, l’acceptation (des différences culturelles), l’inclusion, la richesse, le respect, la coexistence, le partage, l’ouverture et l’éloge (des différentes cultures). Ils ont fait remarquer que la diversité culturelle ne correspond pas du tout à l’assimilation et ils ont exprimé des préoccupations liées au concept d’« interculturalisme » qui est perçu comme un aspect de l’assimilation plutôt que de l’intégration dans le contexte québécois.

Pour tous les participants, l’expérience du passage d’une langue officielle à l’autre ainsi qu’à leur langue maternelle—entre eux, avec les membres de la famille et avec le grand public—était exprimée comme un exemple principal de la façon dont la diversité culturelle joue un rôle dans leur vie quotidienne. Pour la plupart des participants, la capacité de communiquer dans de nombreuses langues, y compris le français et l’anglais, était perçue comme un atout social et professionnel qui facilitait leur intégration à la société canadienne.

En ce qui a trait à la dualité linguistique au Québec, les participants étaient généralement d’accord pour dire qu’il y a un paradoxe : il faut être bilingue, c’est-à-dire parler les deux langues officielles, mais cela ne suffit pas à assurer une intégration complète à la société québécoise. Selon les participants, l’intégration dépasse la question de la langue. Ils ont évoqué le besoin d’une dépolitisation des langues officielles et de la culture en raison de l’effet de polarisation de toutes les origines linguistiques et culturelles sur les Canadiens.

Enfin, les participants se sont demandé si la diversité culturelle et la dualité linguistique sont complémentaires ou contradictoires. La plupart des participants estimaient qu’elles étaient complémentaires, car les nouveaux immigrants vivent souvent dans les deux communautés linguistiques et parlent les deux langues. Ils ont toutefois observé des points contradictoires, surtout lorsque les jeunes sentent qu’ils doivent choisir la communauté à laquelle ils appartiennent et que les parents les incitent à parler la langue maternelle de la famille, sans compter la pression sociétale quant à l’emploi des langues officielles. Ils mettent donc en doute leur place dans la société. Ils se demandent : « De quel groupe faisons-nous partie? »

Suggestions

Au cours de leurs discussions, les participants ont formulé les suggestions suivantes pour améliorer l’intégration dans un contexte de dualité linguistique et de diversité culturelle :

  • Les personnes immigrant au Canada profiteraient grandement d’une meilleure préparation avant leur arrivée;
  • Le Canada doit aborder le problème des nouveaux arrivants qui ne sont pas capables de trouver un emploi adéquat malgré leurs attestations d’études, leurs titres de compétences professionnelles et leur capacité de parler deux langues ou plus;
  • Les avantages potentiels de l’intégration se manifesteraient de manière plus efficiente et efficace si des programmes d’appui plus cohérents et ciblés étaient en place pour les nouveaux arrivants, particulièrement en ce qui concerne l’établissement, l’emploi et l’enseignement des langues;
  • Un dialogue de grande envergure sur la dualité linguistique et la diversité culturelle est nécessaire.

2.0 Contexte

2.1 Objectifs du forum

Le Commissariat a tenu à Montréal, les 21 et 22 novembre 2012, un forum sur les perceptions des Canadiens et des Canadiennes de diverses origines à l’égard de la dualité linguistique. L’événement était le quatrième et dernier d’une suite d’événements analogues ayant eu lieu un peu partout au pays (à Toronto en 2007, à Vancouver en 2008 et à Halifax en 2011). Le forum de Montréal avait pour but de mieux connaître les perceptions des Canadiens de diverses origines, dont la première langue officielle est le français ou l’anglais, se rapportant à la dualité linguistique et à la diversité culturelle au Canada. Le forum de Montréal visait à combler les lacunes quant aux connaissances du Commissariat sur la perspective unique du Québec sur la dualité linguistique et la diversité culturelle. En octobre 2005, le Commissariat a tenu des discussions avec des spécialistes et des dirigeants politiques sur les avantages de rehausser l’importance de la dualité linguistique et de la diversité culturelle dans le développement du Canada. À la suite de ces discussions, un ensemble de recommandations ont été faites au Commissariat, notamment la consultation des représentants des communautés ethnoculturelles. Le forum de Montréal était le dernier d’une série d’événements semblables qui ont eu lieu dans l’ensemble du pays et qui donnaient suite à cette recommandation.

2.2 Méthodologie

Le format du forum de Montréal était semblable à celui de l’événement de deux jours organisé à Halifax en 2011, au cours duquel les séances d’une journée de discussions portaient sur les perceptions des anglophones (communauté de langue officielle en situation minoritaire au Québec) et les séances de l’autre journée portaient sur les perceptions des francophones (communauté de langue officielle en situation minoritaire au Canada) sur la dualité linguistique et la diversité culturelle.

Le Commissariat a envoyé aux participants un court document d’information traitant des éléments essentiels de la dualité linguistique et de la diversité culturelle, afin de les préparer aux séances de discussion. Le programme (voir l’annexe A) respectait rigoureusement ce document d’information quant au contenu et aux questions qui ont servi à encadrer les discussions durant le forum. On a demandé aux participants de communiquer leurs points de vue sur la dualité linguistique et la diversité culturelle à l’aide de présentations, en assemblée plénière et au sein de groupes de discussion. On a séparé les participants en six groupes de travail établis au préalable. Les discussions portaient sur deux thèmes principaux : l’intégration à la société canadienne et les perspectives sur la diversité culturelle.

2.3 Profils des participants

Au total, 52 personnes ont participé au forum : 26 à la séance en anglais et 26 à la séance en français. Ils provenaient principalement de la région métropolitaine de Montréal et il y avait notamment des leaders de groupes ethnoculturels, des représentants d’organisations multiculturelles qui offrent des services d’intégration aux Néo-Canadiens et d’autres personnes intéressées. Le Commissariat avait aussi invité plusieurs employés de ses bureaux de Montréal, de Moncton et d’Ottawa qui faisaient office de facilitateurs et d’animateurs des ateliers. Ils avaient également l’occasion d’écouter les idées et les points de vue des participants de première bouche. Un court questionnaire rempli avant le forum, qui portait sur les profils des participants, a révélé ce qui suit.

Parmi les participants anglophones :

  • 77 p. 100 étaient nés à l’extérieur du Canada;
  • 38 p. 100 avaient l’anglais comme langue maternelle;
  • 12 p. 100 avaient le français comme langue maternelle;
  • 85 p. 100 disaient être bilingues et parler les deux langues officielles du Canada;
  • 17 pays d’origine étaient représentés : Algérie, Argentine, Arménie, Australie, Canada, Chine, Grande-Bretagne, Grenade, Inde, Italie, Jamaïque, Pakistan, Philippines, Rwanda, Sri Lanka, Tanzanie et Vietnam;
  • 23 langues étaient parlées : amharique (éthiopien), anglais, arabe, arménien, bengali, espagnol, français, grec, hébreu, hindi, italien, kinyarwanda, mandarin, portugais, punjabi, russe, swahili, tagalog, tamoul, telugu, turc, urdu et vietnamien;
  • la plupart des participants parlaient au moins deux langues, et certains jusqu’à cinq langues..

Parmi les participants francophones :

  • 92 % were born outside Canada;
  • 19 p. 100 avaient le français comme langue maternelle
  • 69 p. 100 disaient être bilingues et parler les deux langues officielles du Canada;
  • 18 pays d’origine étaient représentés : Algérie, Arménie, Burundi, Canada, Chili, Chine, Colombie, Côte d’Ivoire, Djibouti, France, Iran, Liban, Maroc, Maurice, Mexique, Nicaragua et Russie;
  • 18 langues étaient parlées : amharique, anglais, arabe, arménien, créole, dari, espagnol, farsi, français, grec, italien, kiroundi, lingala, mandarin, oromo, russe, somali et turc;
  • la plupart des participants parlaient au moins deux langues, et certains jusqu’à cinq langues.

2.4 Présentation du rapport

Le rapport est divisé en trois parties. La première partie contient des renseignements généraux sur le forum, par exemple sur le cadre de discussion, ainsi que des résumés des présentations effectuées à l’intention des participants. Il y a notamment eu trois présentations de Graham Fraser, commissaire aux langues officielles (mot d’ouverture et mot de la fin, de même qu’une présentation durant l’événement passerelle de la soirée entre les séances en anglais et en français du forum), un aperçu de la dualité linguistique et de la diversité culturelle au Canada et des exposés faits par Jillian Tanoja et Aly Ndiaye sur leurs expériences en qualité de jeunes engagés envers la dualité linguistique et la diversité culturelle et leur vision de ces deux aspects.

La deuxième partie du rapport décrit les discussions et les résultats des ateliers qui portaient sur deux thèmes : intégration à la société canadienne et perspectives sur la diversité culturelle. Grâce à ces discussions, le Commissariat a pu entendre les récits des gens sur la dualité linguistique au sein des communautés ethnoculturelles francophones et anglophones.

La troisième partie du rapport résume les principaux points du forum. Il comprend en outre les résultats de l’évaluation effectuée à l’aide d’un questionnaire remis aux participants après le forum. Cette information sur les expériences des participants fournit au Commissariat des idées sur la façon d’améliorer le format et le contenu des prochaines consultations sur le même sujet.

3.0 Cadre des discussions

Les quatre forums de discussion axaient les conversations des participants sur la dualité linguistique et la diversité culturelle, mais le format de chaque forum différait quelque peu des autres pour convenir au public et au lieu. Par exemple, on a adapté des aspects comme le survol historique, l’immigration, les relations communautaires, le renforcement des liens et les possibilités et les défis propres à tous ces éléments. À Montréal, les discussions portaient sur deux questions essentielles : les défis et les possibilités qui se présentent aux membres des communautés ethnoculturelles qui s’intègrent à la société canadienne et leurs perspectives sur la dualité linguistique.

3.1 S’intégrer à la société canadienne

Comme dans d’autres régions du monde, les nouveaux arrivants au Canada font face à des défis comme l’entrée sur le marché de l’emploi, l’obtention de la reconnaissance des diplômes internationaux ou l’expérience du choc culturel, l’isolement, les préjugés et la discrimination. Toutefois, l’immigration au Canada offre également la possibilité de prendre part au développement linguistique et culturel d’une communauté. Les nouveaux arrivants ont besoin de certains outils pour jouer pleinement leur rôle dans la dualité linguistique (apprentissage de l’autre langue officielle, réception de services gouvernementaux fédéraux dans la langue officielle de leur choix, etc.) et participer ainsi à tous les aspects de la vie communautaire. Parce que les immigrants de deuxième génération (et des générations subséquentes) ont fait leurs études au Canada, parlent au moins une des langues officielles et connaissent mieux les coutumes du milieu de travail, ils peuvent avoir moins de difficultés que les nouveaux arrivants. Cependant, leur expérience est néanmoins importante.

Chaque matin, durant le forum, les participants discutaient en petits groupes de leur intégration à la société canadienne, puis ils faisaient rapport à ce sujet en assemblée plénière. En partageant leurs perceptions et de leurs expériences d’adaptation à cet environnement linguistique particulier, ils étaient encouragés à réfléchir aux défis et aux occasions que présente la dualité linguistique. Les discussions étaient encadrées à l’aide des questions ci-dessous :

  • Comment décririez-vous votre expérience d’intégration à la société canadienne? La langue a t elle joué un rôle?
  • D’après votre expérience de Canadiens de diverses origines, quelles ont été les possibilités?
  • D’après votre expérience de Canadiens de diverses origines, quels ont été les défis?
  • Compte tenu de ces défis, qu’est-ce qui aurait pu faciliter votre intégration?

3.2 Perspectives sur la diversité culturelle

En s’intégrant à des communautés canadiennes, les nouveaux arrivants de diverses origines se trouvent dans une position particulière en ce qui a trait à la dualité linguistique du Canada. Ils peuvent tirer avantage du bilinguisme tout en contribuant à la vitalité (gouvernance communautaire, immigration, santé et accès aux services gouvernementaux) de leur nouvel environnement linguistique. Cette situation unique, au carrefour de la dualité linguistique et de la diversité culturelle, comporte également certains défis.

Chaque après-midi, durant le forum, les participants étaient invités à discuter en petits groupes de leurs perceptions de la diversité culturelle et à se pencher sur la relation qui existe entre la dualité linguistique et la diversité culturelle dans le contexte de leur propre expérience d’intégration à la société canadienne. Les discussions étaient encadrées par les questions ci-dessous :

  • Que signifie pour vous la diversité culturelle?
  • Quel rôle joue la diversité culturelle dans votre vie quotidienne (dans votre communauté, dans votre ville, etc.)?
  • D’après votre expérience, de quelle façon la langue et la culture ont-elles influencé votre intégration à la société canadienne?
  • Quels sont les aspects complémentaires ou contradictoires de la dualité linguistique et de la diversité culturelle?

4.0 Programme du forum

4.1 Mot d’ouverture – Compréhension du contexte Graham Fraser, commissaire aux langues officielles

« La dualité linguistique et la diversité culturelle d’hier à aujourd’hui »

Le commissaire a présenté un survol de la dualité linguistique et de la diversité culturelle à titre d’éléments centraux de l’histoire du Canada, éléments qui constituent désormais deux valeurs fondamentales de la société canadienne. Cela est particulièrement important dans le contexte de Montréal comme lieu de créativité culturelle, d’innovation et de dialogue constant sur les liens entre la diversité culturelle et la dualité linguistique au Canada. Montréal est une ville multiculturelle vivante qui est devenue un centre international grâce à toute une série de phénomènes culturels, tant sur les scènes musicale et cinématographique indépendantes que dans les industries créatives de haute technologie.

De plus, le Québec est la seule province du Canada où le français est la langue officielle de la majorité et où les anglophones canadiens sont minoritaires. Le commissaire a fait remarquer que cette situation peut être déroutante, en raison des messages contradictoires du gouvernement fédéral qui font la promotion de la dualité linguistique et ceux du gouvernement du Québec qui soulignent l’importance d’employer principalement le français. Montréal présente le plus haut taux de bilinguisme au pays, selon le recensement de 2011, avec plus de la moitié de la population qui se dit capable de tenir une conversation en français et en anglais. Le recensement a en outre révélé que le groupe linguistique de la province qui croît le plus rapidement est celui des Québécois qui parlent français et une autre langue qui n’est pas l’anglais : ce groupe est passé de 3,8 p. 100 de la population en 2006 à 5 p. 100 en 2011. En somme, même si le français est la langue courante et officielle au Québec, les deux langues y ont leur place et toutes deux font partie du patrimoine commun des Québécois.

Le commissaire a avancé que la diversité culturelle et la dualité linguistique sont deux valeurs canadiennes clés qui se complètent. Il a constaté que la diversité culturelle du Canada découle directement de la croissance constante de sa population diversifiée au cours des dernières décennies. Les Canadiens de diverses origines adoptent une langue officielle, ou même les deux, ce qui améliore la vitalité de la dualité linguistique, en plus de permettre aux gens de toutes origines de participer entièrement à la société canadienne. Ceci sera particulièrement important, car durant les prochaines décennies, la société canadienne continuera à subir des changements sociodémographiques significatifs. On estime que d’ici 2031, plus du quart de la population sera née ailleurs qu’au Canada, ce qui fera baisser la proportion de Canadiens et de Canadiennes dont la langue maternelle est le français ou l’anglais.

4.2 Présentations spéciales

La dualité linguistique et la diversité culturelle : expérience et vision d’un jeune engagé

Jillian Tanoja est conseillère en arts et en culture aux Youth Employment Services (YES) de Montréal. Elle a pris la parole à la séance en anglais du forum de discussion de deux jours.

Jillian est une immigrante de deuxième génération, née et élevée dans le quartier Notre Dame de Grâce de Montréal. Elle a décrit son expérience, grandissant en qualité de Canadienne d’origine philippine qui apprend et fait siennes deux langues officielles et qui tente de trouver sa place dans une communauté montréalaise diversifiée. Elle a parlé des défis liés à la recherche d’une harmonie entre deux contextes culturels, le premier déterminé par les racines de ses parents immigrants et le second par sa propre culture qui s’est développée lorsqu’elle a grandi en parlant français et anglais dans un quartier bilingue de Montréal.

Lorsqu’elle était enfant, elle n’avait aucune idée de ce qu’était l’origine ethnique jusqu’au moment de fréquenter l’école où elle a constaté que les autres enfants du programme d’immersion en français ne savaient rien des Philippines ou de ses origines. Ils se demandaient : « Qu’est-ce qu’elle est? » À l’adolescence, elle était aux prises avec le fait d’être Philippine, Canadienne et Québécoise habitant dans une ville bilingue. Pour régler ce problème et mieux s’approprier l’identité canadienne, elle a décidé qu’elle n’avait aucun attachement au pays d’origine de ses parents. C’est seulement lorsqu’elle a entrepris ses études postsecondaires qu’elle a ressenti le fort désir de se pencher de nouveau sur ces questions. Jillian s’est aperçue qu’elle était Philippine et Canadienne et qu’elle avait besoin d’en savoir plus sur sa culture. Elle a donc fait un baccalauréat ès arts en études communautaires et ethniques à l’Université Concordia, ce qui l’a aidée à mieux comprendre de quelle façon les Canadiens se définissent dans un contexte d’origines culturelles diverses.

Jillian a décrit plusieurs expériences personnelles qui l’ont aidée à façonner sa conception de la dualité linguistique et de la diversité culturelle, par exemple : l’appartenance à une église qui comprenait des membres de 35 pays différents et le fait d’entendre les nombreuses langues parlées chaque jour dans le métro de Montréal. Elle a aussi parlé du programme d’échange auquel elle a participé en Saskatchewan. Elle a remarqué jusqu’à quel point les jeunes veulent d’apprendre l’autre langue officielle et que cela donne un bon exemple aux nouveaux arrivants au pays. Elle a expliqué comment ses racines « anglo-montréalaises » l’avaient incitée à chercher une voie professionnelle en travaillant avec des entrepreneurs et des artistes qui souhaitent demeurer dans la ville, en mettant à contribution son certificat de bilinguisme du programme d’études secondaires et ses expériences culturelles. Elle a fait remarquer que les immigrants ont souvent de la difficulté à comprendre le cadre de travail canadien et que les chercheurs d’emplois n’ont pas toujours confiance en eux. Elle peut donc les aider à acquérir les compétences dont ils ont besoin, notamment le français, pour accéder au milieu de travail.

Jillian a conclu en disant qu’il peut être très intimidant de suivre le rythme dans une autre langue, mais que ces sortes de défis nous rendent plus forts. La dynamique des deux langues officielles fait de Montréal une ville unique et le français est devenu pour cette raison une partie de sa propre culture. Être Canadien ne signifie pas qu’il faut correspondre à la définition traditionnelle du Canadien. Elle s’est plutôt rendu compte qu’en raison des liens entre ses natures philippine, québécoise et canadienne, ces relations peuvent être fluides.

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Le périple culturel de Jillian a commencé lorsque sa mère et son père ont déménagé des Philippines à Montréal : ils ne parlaient alors à peu près pas le français ou l’anglais. Google n’existait pas à cette époque pour les aider à en savoir plus sur le multiculturalisme au Canada. Son père a parrainé ses trois jeunes frères et ils ont tous habité la même maison. Ainsi, Jillian a grandi au sein d’une famille philippine très unie; un milieu qui était assez étranger à ses amis. Ils lui demandaient : « Pourquoi est-ce que tu ne t’adresses jamais à ton frère en utilisant son prénom? » ou « Pourquoi mangez-vous un porc rôti à Noël au lieu d’une dinde? »

La dualité linguistique et la diversité culturelle : expérience et vision d’un jeune engagé

Aly Ndiaye est un artiste hip-hop et un membre fondateur du groupe Limoilou Starz, ainsi qu’un conférencier sur le multiculturalisme au Québec. Il a parlé à la séance en français du forum de discussion de deux jours.

Aly Ndiaye, alias Webster, est né dans le quartier Limoilou de Québec. Son père est originaire du Sénégal et sa mère est Québécoise. Il dit avoir toujours été fier de ses origines comme « SénéQuébécois pure laine ». Durant leur jeunesse, sa sœur et lui étaient les seuls enfants de race noire de leur école. À l’adolescence, il cherchait des modèles. Mais même parmi les rares modèles qu’il a trouvés, il se demandait : « Qu’est-ce qu’ils avaient à dire à un petit gars de Limoilou? » Cette question l’a mené aux deux grandes passions qui meublent sa vie : écrire et faire de la musique rap en français sans oublier le rôle historique des personnes de race noire au Québec et au Canada.

Il a parlé de sa découverte de la musique rap américaine et de l’attrait qu’exerçait sur lui cette image de « mecs de la rue ». En cours de route, il a appris à faire du rap en anglais, car il n’y avait pas de musique rap en français, puis il a produit trois albums dans lesquels il s’est réinventé sur une période de neuf ans afin de concevoir de la musique rap qui s’adresserait non seulement à un public français, mais aussi à un public québécois francophone. Il a mentionné l’importance de comprendre la langue de la communauté dans laquelle on vit, quelle qu’elle soit, et de ne pas laisser la langue se politiser. Il a passé du temps à retravailler son art afin de devenir plus réceptif, ce qui est tout un défi, étant donné que le style lyrique du rap des Afro-Américains urbains ne se transpose pas facilement en français. « Je devais revenir à la case départ et apprendre à chanter de nouveau, à bouger mes lèvres (en français) », dit-il. Mais il sentait qu’il pouvait mieux écrire en français et livrer des propos plus profonds, car c’était plus près de ce qu’il avait appris dans sa jeunesse.

Outre son périple musical, Aly visait aussi à découvrir ses antécédents culturels. Il a dit que les gens lui demandent toujours d’où il vient, présumant qu’il est étranger, malgré le fait qu’il est né et qu’il a été élevé juste au bas de la rue, à Limoilou. À l’instar de nombreuses personnes de race noire qui font partie de l’histoire du Canada, il est ici depuis le début. Il a rappelé que Matthieu Da Costa était un navigateur et un interprète de race noire du début du XVIIe siècle, qu’il a servi à bord du navire d’exploration du fleuve Saint-Laurent de Samuel de Champlain et qu’en 1858 le premier gouverneur de la Colombie-Britannique, James Douglas, était un Noir. Dans sa quête de modèles de comportement de race noire, Aly était intrigué par le fait que les récits des « personnes ordinaires » sont une caractéristique récente de l’histoire. Auparavant, on ne parlait que des événements importants, notamment les guerres.

Aly croit que le passage de l’anglais au français, pour exprimer sa créativité musicale, s’est avéré positif, alors que l’apprentissage de l’anglais a facilité ses voyages. Il a choisi de se laisser inspirer par la réalité de ses propres antécédents culturels plutôt que de simplement jouer la victime. De cette façon, depuis 2009, il a voyagé un peu partout en Amérique du Nord, donnant des ateliers à des jeunes comme à des aînés, sur la façon d’écrire du hip-hop en français.

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Le surnom d’Aly Ndiaye, Webster, lui a été donné à l’école secondaire, où il lisait sans arrêt et fouillait dans le dictionnaire portant le même nom afin d’apprendre la signification des mots.

4.3 Événement passerelle

Une activité de réseautage a eu lieu en soirée, le 21 novembre 2012, au Monument National, afin que les participants aux séances en anglais et en français du forum aient l’occasion de se rencontrer et de discuter. Ouvert en 1893 par l’Association Saint-Jean-Baptiste de Montréal (l’actuelle Société Saint-Jean-Baptiste), le Monument National se trouve à une intersection historique entre les quartiers francophones (à l’est) et les secteurs anglophones (à l’ouest). Son architecture audacieuse et ses dimensions imposantes en font le premier « monument » glorifiant la nation canadienne française, d’où son nom de « Monument National ». Il a une longue histoire d’innovation théâtrale, mettant en vedette des artistes et des performances tant en français qu’en anglais.

Graham Fraser, commissaire aux langues officielles, a accueilli les participants. Il a mentionné que l’événement passerelle relevait du mandat du Commissariat quant à la promotion de la dualité linguistique et du bilinguisme au Canada. Après avoir donné des renseignements sur les forums de discussion qui ont eu lieu depuis 2007, il a rappelé que la dualité linguistique met en évidence les concepts de partage et de dialogue entre les anglophones et les francophones : un exercice visant à établir un lien entre « les deux solitudes » qui demande du temps et des efforts. Il a souligné que cette soirée permettait d’amorcer des discussions avec les autres participants qui ont des antécédents culturels linguistiques différents, mais qui souhaitent tous édifier ensemble la société canadienne.

Le commissaire a examiné les tendances importantes qui ont une incidence sur le paysage linguistique du Canada, notamment le soutien du bilinguisme canadien par la vaste majorité des Canadiens dont la première langue n’est ni le français ni l’anglais, ce qui confirme l’importance incontestable et croissante de la dualité linguistique du Canada. Il a conclu en montrant que les deux langues officielles du pays permettent aux citoyens de communiquer entre eux en tant que Canadiens et, à un moment où les enjeux linguistiques refont surface dans le paysage politique canadien, il est crucial de souligner que l’avenir de la dualité linguistique est tributaire de la capacité des institutions canadiennes de promouvoir un environnement linguistique dans lequel les gens ne sont pas divisés en deux solitudes et où le français et l’anglais ont tous deux leur place dans chaque région du Canada.

Invité spécial

Le commissaire a ensuite demandé à l’invité spécial de la soirée, Josh Freed, de s’adresser aux participants à l’activité de réseautage. Josh Freed est un journaliste, un auteur et un humoriste de Montréal qui est connu pour sa chronique hebdomadaire dans le quotidien montréalais The Gazette. En 1997 et en 2002, il a reçu le prix du meilleur chroniqueur canadien dans le cadre du Concours canadien de journalisme et plusieurs de ses chroniques ont également remporté le prix Leacock de l’humour. En plus de rédiger ses chroniques, Josh est un réalisateur de films documentaires primés, qui l’ont emmené en Mongolie, en Russie et même au pôle Nord. Il est également l’auteur de nombreux livres à succès, notamment Vive Le Québec Freed et The Anglo Guide to Survival inQuébec. Un recueil de ses plus récentes chroniques, He Who Laughs, Lasts, a été publié la veille de l’événement.

Josh a parlé des dichotomies propres aux anglophones vivant au Québec, de sa lutte pour parler français avec, au plus, un léger accent anglais et de ses racines de Juif montréalais.

5.0 Ateliers

Durant les journées en français et en anglais du forum, les participants se sont réunis en ateliers afin de discuter en petits groupes (cinq fois par jour) de questions touchant la dualité linguistique et la diversité culturelle. Ainsi, toutes les personnes présentes ont pu participer pleinement au dialogue. Ensuite, chaque groupe a présenté un rapport sommaire en assemblée plénière.

5.1 Ateliers du matin – Intégration à la société canadienne

Synthèse des discussions dans le cadre des séances en français et en anglais
a. Comment décririez-vous votre expérience d’intégration à la société canadienne? La langue a t-elle joué un rôle?

En général, les participants ont dit que la langue avait été un aspect important de l’intégration à la société canadienne, mais l’ampleur de cette importance variait et il s’agissait sans doute du seul point commun, car les expériences individuelles des participants étaient très diversifiées. Certains participants ont également signalé que leurs commentaires reflétaient leur intégration au Québec plutôt qu’à la société canadienne, car la réalité est différente dans la province en raison de la prédominance du français.

À leur arrivée au pays, certains participants n’avaient qu’une connaissance minime ou très élémentaire de l’une ou l’autre des langues officielles et ont eu plus de difficulté à s’intégrer. Ceux qui arrivaient avec la capacité de s’exprimer dans les deux langues officielles avaient plus d’aisance à participer à la vie de tous les jours. Un certain nombre de participants francophones estimaient que leur accent leur avait nui dans leurs essais d’intégration (même si leur langue maternelle était le français), tout comme leur incapacité de parler anglais, car, selon eux, la connaissance de l’anglais était souvent exigée pour être embauchés comme professionnels et ils pensaient que cette raison était en fait un prétexte pour refuser un emploi à des membres des communautés culturelles, particulièrement des minorités visibles.

L’incapacité de s’intégrer était perçue comme une possibilité potentiellement perdue, car ceux qui n’arrivent pas à s’intégrer partent souvent pour des raisons sociales et économiques, surtout s’ils ne peuvent dénicher un emploi à titre de première étape de l’intégration.

Des différences se manifestaient entre les personnes plus âgées et les jeunes, particulièrement chez les anglophones qui sont arrivés au Québec avant l’adoption de la loi 101 et ceux qui y sont arrivés ou qui y ont grandi par la suite. Cette différence fondée sur l’âge se reflétait également sur leurs points de vue sur leurs antécédents culturels. En effet, les jeunes participants étaient plus susceptibles d’exprimer une fierté renouvelée envers leur patrimoine culturel. Les communautés anglophones de Montréal étaient censées mieux accueillir les différents antécédents culturels, et elles avaient ainsi tendance à attirer des communautés culturelles en vue d’un engagement social et de débouchés économiques.

Ceux qui se sont établis à l’extérieur de la région métropolitaine de Montréal ont trouvé la transition plus difficile. Ils ont dit qu’il y avait peu de soutien offert aux communautés culturelles sur le plan de l’apprentissage du français ou de l’anglais dans les régions et que les anciens stéréotypes persistaient au sujet des personnes de différentes origines ethniques (p. ex. que les Chinois ne travaillent que dans les restaurants). En raison de la piètre conjoncture économique des derniers temps, les nouveaux arrivants ont eu de la difficulté à dénicher des emplois dans les régions et donc de s’intégrer pleinement.

b. D’après votre expérience de Canadien venu d’ailleurs, quelles étaient les possibilités?

« Les immigrants viennent ici afin d’offrir à leurs enfants le cadeau des deux langues officielles. »

Les participants se sont penchés sur une vaste gamme de possibilités qui, selon eux, étaient à la disposition des nouveaux arrivants ou dont ils s’étaient eux-mêmes prévalus. Mentionnons notamment que la connaissance de plusieurs langues, y compris le français et l’anglais, ouvre bien plus de portes que la connaissance d’une seule langue officielle. Précisons toutefois que même si le bilinguisme est perçu comme un atout, il ne suffit pas, à lui seul, à garantir l’intégration réussie à la société ou au marché du travail.

« Dans le pays où je suis né, je n’avais pas le choix. Mais le pays que j’ai adopté a été mon choix. »

Certains participants se sont reportés à leur communauté culturelle qui présentait une possibilité d’emploi et de soutien social. D’autres ont évoqué l’importance des structures de soutien destinées aux nouveaux arrivants, afin qu’ils profitent des occasions d’intégration par le biais de ces communautés hybrides. Montréal est une ville très cosmopolite et les participants croyaient qu’elle offre de nombreuses possibilités sociales et économiques, surtout parce que la diversité culturelle crée « un terrain neutre » sur lequel les aînés et les jeunes peuvent se développer.

c. D’après votre expérience de Canadien venu d’ailleurs, quels étaient les défis?

Les défis variaient d’une génération à l’autre, même si la langue n’était en général pas perçue comme un obstacle. Toutefois, le racisme, les stéréotypes, la méfiance, la xénophobie et l’intolérance ont été désignés à maintes reprises comme des défis par les participants, surtout par ceux qui n’étaient pas de descendance européenne occidentale. Certains participants estimaient que même après de nombreuses années passées au Québec, les nouveaux arrivants sont placés dans des catégories ou étiquetés. Ils ne sentaient pas qu’ils étaient entièrement vus comme des Québécois par la communauté linguistique majoritaire. Certains pensaient que ce type de distinction était fait en raison de leur nom, leur culture, leur religion ou leur accent et non uniquement à cause de la langue. D’autres participants ont mentionné qu’ils n’aimaient pas le terme « allophone », car il s’agit d’une catégorisation qui suscitait chez les immigrants un sentiment de citoyen de seconde classe, même après avoir vécu durant des années au Québec.

Un autre défi notable se rapportait à l’emploi, particulièrement à la reconnaissance des attestations d’études et des titres de compétences professionnelles et à l’expérience de travail au Canada. Les participants ont signalé un manque de transparence et des renseignements insuffisants à cet égard, surtout avant leur arrivée au pays. Cela aggrave une situation déjà difficile dans laquelle les immigrants s’efforcent aussi de composer avec une nouvelle langue et de comprendre le fonctionnement du milieu de travail au Canada.

Ils ont fait remarquer que les communautés minoritaires risquent de s’isoler et donc d’avoir de la difficulté à s’intégrer à la population majoritaire. En outre, certains nouveaux arrivants ont des traditions familiales très ancrées, notamment le rôle de patriarche joué par l’homme. Cela peut influer sur la dynamique familiale, ce qui nuit davantage au processus d’intégration.

Pour les anglophones, la restriction imposée à l’enseignement en anglais suscite une grande préoccupation (loi 101). Des écoles anglaises ferment leurs portes, car elles n’ont pas assez d’élèves, tandis que les enfants des nouveaux arrivants anglophones, qui proviennent des Caraïbes par exemple, ont de la difficulté à apprendre le français à l’école et leurs parents ne peuvent pas les aider.

Les participants francophones et anglophones ont dit être contrariés par les politiques gouvernementales qui sont souvent conçues et appliquées de manière inadéquate. Ils ont évoqué le manque de soutien pour l’apprentissage du français et de l’anglais à l’extérieur de l’école, ainsi que l’insuffisance de représentation politique provenant de leurs communautés pour influencer les politiques.

d. Compte tenu de ces défis, qu’est-ce qui aurait pu faciliter votre intégration?

Les participants ont dit que l’éducation est la principale façon de faciliter l’intégration. Ils ont souligné l’importance non seulement de la formation linguistique, mais également de l’enseignement multiculturel pour tous les résidants du Québec, qu’ils fassent partie d’un groupe minoritaire ou non, en raison de la composition démographique qui connaît une évolution rapide dans la province, plus particulièrement à Montréal. Les participants qui habitaient des communautés régionales, où la population majoritaire connaît sans doute moins les Canadiens de diverses origines, ont indiqué que les possibilités d’enseignement linguistique et multiculturel sont particulièrement importantes. De telles initiatives seraient une façon d’améliorer les communications et de trouver des moyens pratiques de faire en sorte que les communautés majoritaire et minoritaire collaborent. Les participants ont mentionné à plusieurs reprises la nécessité d’un dialogue plus important, tant officiel qu’informel, entre les membres de la communauté majoritaire et des personnes de diverses origines.

La différence entre les attentes des immigrants avant leur arrivée au Canada et la réalité observée à l’arrivée a souvent été désignée à titre de défi. Certains participants se sont sentis mal informés, d’autres déçus et d’autres encore non préparés à composer avec les enjeux politiques et linguistiques du Québec. De nombreux participants estimaient que les nouveaux arrivants ne sont pas suffisamment préparés par les services d’immigration et les autres services à ces questions et aux réalités du marché du travail. Si on pouvait faire plus dans ces domaines, le processus d’intégration serait facilité.

Le défi de l’intégration à travers la ligne de partage des communautés

Un des participants a décrit comment les communautés africaines sont semblables à des noix de coco : une coquille extérieure rigide qui est difficile à percer, mais un caractère affectueux à l’intérieur. En qualité d’immigrants, ils perçoivent leur nouveau domicile comme une pêche : douce à l’extérieur, ce qui représente tout ce qui est offert pour faciliter l’intégration, mais une fois les immigrants établis et après avoir goûté à la pêche, ils constatent qu’il y a un noyau dur à l’intérieur, ce qui rend l’intégration difficile et complique la tâche de ceux qui veulent se faire des amis. Sommes-nous des noix de coco ou des pêches?

La langue est le passeport vers l’intégration sociale, culturelle et économique. Plus nous retardons l’entrée sur le marché du travail, plus l’intégration est reportée et plus elle est difficile à réaliser.

L’immigration au Québec est différente de l’immigration dans une autre province : au Québec, vous devez apprendre deux langues, le français à titre d’obligation sociale et l’anglais pour l’avancement professionnel.

5.2 Ateliers de l’après-midi – perspectives sur la diversité culturelle

Synthèse des discussions dans le cadre des séances en français et en anglais

a. Après cet échange, et en tenant compte de votre expérience d’intégration à la société canadienne, que veut dire pour vous la diversité culturelle?

Les jeunes ne posent pas les mêmes questions; ils vivent déjà avec la dualité linguistique. Ils ne voient tout simplement pas de contradiction entre les deux.

Les participants ont employé une gamme de mots, notamment la fierté, la curiosité, l’acceptation (des différences culturelles), l’inclusion, la richesse, le respect, la coexistence, le partage, l’ouverture et l’éloge (des différentes cultures) pour décrire la diversité culturelle et lui donner une signification. Ils ont dit que la diversité culturelle était à l’opposé de l’assimilation.

Les discussions ont également porté sur la politique et les politiques du Québec, notamment la loi 101, qui selon de nombreux participants limite leurs choix en matière d’éducation et d’emplois.

Plusieurs immigrants croient que parler français leur garantira un emploi une fois arrivés au pays. La maîtrise de la langue facilite l’intégration, mais cela ne suffit pas. Les immigrants ont besoin d’une préparation avant d’immigrer. Une recherche préparatoire est nécessaire avant de déménager ici.

b. Quel rôle joue la diversité culturelle dans votre vie de tous les jours (dans votre communauté, dans votre ville, etc.)?

Certains participants anglophones ont cité l’exemple de leur église comme une preuve éclatante de la diversité culturelle, en raison de la riche mosaïque de représentation culturelle au sein des assemblées de fidèles. Pour tous les participants, être témoins de leur propre expérience, de celle de leurs familles et même de celle du public qui passent d’une langue officielle à l’autre et à leurs langues maternelles constitue un excellent exemple de la façon dont la diversité culturelle fait partie de leur vie quotidienne. Le fait que la plupart des participants maintenaient toujours de solides liens avec des membres de leurs communautés culturelles, sur le plan professionnel ou social, rappelle sans cesse le rôle important de la diversité culturelle.

c. En se fondant sur votre expérience, de quelle façon la langue et la culture ont-elles influencé votre intégration à la société canadienne?

Pour la plupart des participants, la capacité de communiquer dans de nombreuses langues, y compris le français et l’anglais, était un atout social et professionnel qui facilitait leur intégration à la société canadienne. La majorité des participants convenaient que la capacité de parler leur langue maternelle permettait de combler le fossé intergénérationnel entre les jeunes et leurs aînés. Ils estimaient en outre qu’il importe d’apprendre plus d’une langue. La plupart des membres des communautés ethnoculturelles parlent en général plus d’une langue avant leur arrivée au Canada.

Les participants ont exprimé des inquiétudes au sujet du concept d’« interculturalisme » qui, au Québec, est perçu comme un aspect de l’assimilation plutôt que de l’intégration. Ils préféraient mettre l’accent sur le multiculturalisme, car il incite les citoyens à préserver leur patrimoine et leur langue maternelle. Le maintien de ceux-ci n’est pas vu comme un obstacle à l’intégration au Québec et à la société canadienne. Les participants ont dit croire que les immigrants peuvent avoir plusieurs identités, par exemple musulman, Égyptien et Canadien tout à la fois.

Une participante a raconté que sa fille pouvait parler sa langue maternelle (l’italien) pour communiquer avec ses clients plus âgés à la pharmacie où elle travaillait. Les clients préfèrent se faire servir par elle et ils choisissent même de ne traiter qu’avec elle parce qu’elle parle italien.

d. Quels sont les aspects complémentaires ou contradictoires de la dualité linguistique et de la diversité culturelle?

Les participants ont en général convenu qu’il y a un paradoxe concernant la dualité linguistique au Québec : le besoin de parler les deux langues officielles, d’être bilingue, est important, mais il ne suffit pas à une intégration complète à la société québécoise. L’intégration dépasse la question de la langue; des participants ont suggéré de dépolitiser les langues officielles et la culture; les éléments politiques de ces questions ne font que polariser les Canadiens et les Canadiennes de toutes les origines linguistiques et culturelles.

Certains participants ont affirmé qu’au Québec, on accorde trop d’importance à la question de la langue, à cause du lien intrinsèque entre la langue et la culture. Certain participants ont remarqué une réticence sous-jacente à l’égard des nouveaux arrivants et des personnes de diverses origines. Ainsi, les membres de différentes communautés culturelles estiment que même après avoir vécu plusieurs années au Québec, ils ne sont pas perçus comme étant pleinement Québécois. Les participants ont fait remarquer que même les immigrants francophones hautement qualifiés, par exemple ceux qui proviennent des pays du Maghreb et des autres pays africains, ont de la difficulté à dénicher un emploi. Certains pensent qu’au Canada, la conversation sur la langue empêche de s’attaquer aux véritables problèmes du racisme, du profilage racial et du sous-emploi des minorités visibles, surtout des Noirs et des Arabes. La langue, ont-ils dit, devient une excuse commode pour ignorer les préjugés sociaux.

L’histoire enseignée au Canada met trop l’accent sur les Français et les Anglais, notamment les événements entourant l’Acte de l’Amérique du Nord britannique et son résultat. Les participants ont demandé à quel moment nous commencerons à parler de tous les immigrants qui sont arrivés au pays par la suite et qui ont contribué à la construction de ce pays. Tous les enfants devraient sentir qu’ils font partie de l’histoire canadienne. Toutefois, il y a peu de liens entre ce qui est enseigné dans les écoles et ce que les enfants observent autour d’eux.

La diversité culturelle et la dualité linguistique peuvent être complémentaires. Les nouveaux immigrants vivent souvent dans les deux communautés linguistiques et parlent les deux langues. Cette situation peut toutefois être contradictoire, lorsque les jeunes prennent conscience qu’ils doivent choisir à quelle communauté ils appartiennent. Des intérêts opposés sont en jeu pour ce qui est de la langue, car les parents veulent que leurs enfants parlent aussi la langue maternelle de la famille. Les jeunes se posent alors des questions sur leur place dans la société : de quel groupe faisons-nous partie?

5.3 Suggestions

Les participants au forum de discussion n’étaient pas nécessairement invités à formuler des recommandations pour ce rapport. Ils ont, malgré tout, fait certaines suggestions durant les discussions, en vue de la prise de mesures qui, selon eux, amélioreraient l’intégration à la société canadienne dans un contexte de dualité linguistique et de diversité culturelle. Les suggestions consignées durant l’atelier et les assemblées plénières ont été réunies sous forme de sommaire destiné au rapport.

a. Préparation

L’intégration des immigrants au Canada serait bien plus facile s’ils recevaient une meilleure préparation avant leur arrivée.

  • Cette préparation est en partie la responsabilité des immigrants qui doivent s’assurer que leurs attentes sont réalistes avant de quitter leur pays d’origine. Mais c’est également la responsabilité des gouvernements et des organismes qui recrutent des immigrants et traitent leurs dossiers de veiller à ce que l’information qu’ils communiquent ne néglige pas plusieurs des éléments qui s’avéreraient utiles pour faciliter l’intégration des nouveaux arrivants au Canada. Des participants ont suggéré d’offrir cette information dans d’autres langues, de même qu’en français et en anglais, de sorte qu’elle soit facilement accessible.
b. Reconnaissance

Le Canada doit aborder le problème du sous-emploi des nouveaux arrivants, même s’ils sont en mesure de parler deux langues ou plus et malgré leurs attestations d’études et leurs titres de compétences professionnelles.

  • Ce point a été mentionné durant le forum de discussion à titre d’enjeu chronique pour les communautés culturelles, surtout pour les minorités visibles, et il est perçu comme un obstacle important à l’intégration dans son ensemble. Il nie également l’existence d’une bonne partie de la contribution que les nouveaux arrivants qui parlent une ou les deux langues officielles peuvent apporter au progrès de la dualité linguistique au Canada.
c. Appui

Les avantages potentiels de l’intégration se concrétiseraient de manière plus efficiente et plus efficace si des programmes d’appui plus cohérents et ciblés étaient en place pour les nouveaux arrivants, particulièrement en ce qui concerne l’établissement, l’emploi et la langue d’instruction.

  • Sans programmes de soutien, les nouveaux arrivants ont tendance à se retirer dans leur communauté culturelle. Bien que ces programmes fournissent une mesure de soutien, ils retardent souvent l’intégration et la dualité linguistique, et leur nuisent parfois.
  • L’établissement dans des régions situées à l’extérieur de Montréal ne progressera pas sans soutien additionnel, surtout en raison des longues distances entre la ville et plusieurs communautés régionales, et du plus faible niveau d’interaction entre la population majoritaire et les personnes de diverses origines.
  • Ceux et celles qui occupent des postes au gouvernement ou dans les institutions qui interagissent avec les nouveaux arrivants devraient recevoir une formation en communication interculturelle et en diversité.
  • Les anglophones ont besoin de programmes de soutien permanents afin d’apprendre le français et les francophones ont besoin de programmes semblables pour apprendre l’anglais.
d. Dialogue

Une vaste conversation est nécessaire, au sein de la société, au sujet de la dualité linguistique et de la diversité culturelle. On doit donc prévoir des forums convenables afin que les gens prennent part au dialogue. Le but premier du dialogue consisterait à sensibiliser les gens à la dualité linguistique et à la diversité culturelle. Certains des enjeux clés sont les suivants :

  • La question de l’identité et comment il est possible d’être Canadien et Québécois et de préserver des liens avec le patrimoine culturel d’un autre pays. Cet aspect revêt une importance particulière pour la deuxième génération des familles d’immigrants qui sont souvent déchirées entre deux langues et deux cultures.
  • La dépolitisation de la langue afin que les personnes de diverses origines puissent adopter la dualité linguistique sans sentir qu’elles ont à choisir un camp dans un débat entre des communautés linguistiques, lequel a des accents historiques.
  • Les discussions portant uniquement sur la langue ne suffisent pas pour régler les nombreuses questions entourant l’intégration des personnes de diverses origines. Le dialogue doit aussi porter sur la race, l’origine ethnique et la discrimination ainsi que sur des mesures destinées à améliorer les communications interculturelles et à accroître les niveaux de connaissance, la compréhension et la confiance.

6.0 Conclusion

Les participants ont eu le plaisir de discuter de la dualité linguistique et de la diversité culturelle. Bon nombre d’entre eux ont exprimé le besoin de poursuivre le dialogue et ils souhaitent avoir d’autres occasions d’aborder ces sujets à une plus grande échelle.

En résumé, les participants ont dit que la capacité de parler l’une des langues officielles ou les deux, ainsi que leur langue maternelle, était un aspect important de l’intégration à la société canadienne : un atout social et professionnel qui facilitait leur intégration.

Toutefois, l’intégration va au-delà de la question de la langue, car le bilinguisme seul n’est pas nécessairement suffisant pour assurer une intégration sociale ou économique réussie. Ils ont indiqué qu’outre la langue, le racisme et les stéréotypes étaient des problèmes auxquels on doit s’attaquer. Au sujet du Québec, ils ont exprimé des préoccupations quant au concept d’« interculturalisme », qui est perçu comme un aspect de l’assimilation plutôt que de l’intégration, et aux questions touchant la langue et la culture qui devraient être dépolitisées.

Les participants perçoivent un manque de soutien gouvernemental pour les nouveaux arrivants, lequel va de l’insuffisance de la préparation avant l’arrivée au Canada, au peu de soutien offert aux personnes qui s’établissent dans des régions à l’extérieur de Montréal et au manque de soutien pour l’apprentissage du français et de l’anglais à l’extérieur des écoles. Un autre défi digne de mention a trait au sous emploi, car les attestations d’études et les titres de compétences professionnelles des immigrants ne sont pas reconnus d’emblée au Canada.

L’éducation a été citée comme le moyen le plus important de faciliter l’intégration. Les participants ont mentionné l’importance non seulement de la formation linguistique, mais également de l’éducation interculturelle pour tous les résidants du Québec, étant donné le changement rapide de la composition démographique de la province, plus particulièrement de celle de Montréal. Selon les participants, une vaste conversation doit avoir lieu, à tous les niveaux de la société, au sujet de la dualité linguistique et de la diversité culturelle.

6.1 Mot de la fin

Graham Fraser, commissaire aux langues officielles

Le commissaire a remercié les participants de leurs efforts et de leur participation au forum de discussion, en soulignant leur franchise et leur engagement.

Il a fait remarquer que, d’une part, les participants avaient manifesté un sentiment d’optimisme au sujet de la dualité linguistique et de la diversité culturelle, et il a félicité l’auteur de l’analogie des pêches et des noix de coco pour sa grande perspicacité sur le fonctionnement des diverses cultures, parce que les différences culturelles dépassent les différents types de repas.

Il a également signalé, d’autre part, l’important sentiment de contrariété exprimé par les participants envers le Québec et la façon dont la province accueille et traite les nouveaux arrivants. Il considère que cette frustration doit être abordée avec une certaine perspective.

Le commissaire a décrit le Québec comme une société ayant une expérience plus courte et plus récente de l’accueil d’autres. Il a rappelé que durant la majeure partie de son histoire, le Québec tentait de survivre et que le français n’était pas la langue publique, mais plutôt la langue d’un groupe ethnique. Ainsi, les 35 années de changement qui ont suivi la première élection du Parti Québécois et l’adoption de la loi 101 ne représentent qu’une courte période de la vie d’une société. Le français est devenu la langue publique du Québec seulement au cours des années 1970, tandis que les autres régions de l’Amérique du Nord avaient intégré des langues et des cultures depuis plus de 200 ans. « Nous oublions à quel point il peut être difficile d’accueillir et d’intégrer des nouveaux arrivants », a-t-il précisé.

Le commissaire a poursuivi en relatant différentes anecdotes sur ses propres expériences d’interaction et d’intégration à la société québécoise à l’époque où se déroulait la Révolution tranquille. Il a conclu en affirmant que les non-francophones ont été perçus comme une menace durant 400 ans. Nous devons reconnaître que le changement se produit lentement, mais qu’il se produit. Enfin, il a exprimé l’espoir que la langue devienne un terrain d’entente qui dépasse la question de la race.

7.0 Evaluation

Contexte

La présente section contient un résumé des réponses à un sondage réalisé auprès des participants après le forum de Montréal, sur les perceptions des Canadiens et des Canadiennes de diverses origines sur la dualité linguistique et la diversité culturelle. Le résumé comporte les réponses quantitatives et qualitatives des participants sur l’expérience générale vécue dans le cadre du forum.

Objectif du forum

Le but du Commissariat consistait à mieux comprendre les perceptions qu’ont les Canadiens de diverses origines de la dualité linguistique et de la diversité culturelle.

Taux de réponse
  • 26participants (50 p. 100) ont assisté à la séance en anglais le 21 novembre 2012 et 26 participants (50 p. 100) ont assisté à la séance en français le 22 novembre 2012.
  • Des 52 participants qui ont pris part au forum, 34 (65,4 p. 100) ont remis un questionnaire rempli. Parmi ceux-ci, 29 questionnaires (55,8 p. 100) ont été analysés et 5 (9,6 p. 100) ont été rejetés, car ils étaient incomplets.
  • 17 participants (50 p. 100) à la séance en anglais et 17 (50 p. 100) à la séance en français ont rempli partiellement ou entièrement le questionnaire d’évaluation.
Facteurs méthodologiques

Le questionnaire à remplir après avoir participé au forum se trouvait en ligne du 11 janvier 2013 au 25 janvier 2013. Un rappel a été envoyé aux participants le 18 janvier 2013.

Dans le questionnaire, on demandait aux participants de répondre à des affirmations qui portaient sur l’organisation du forum, les objectifs et le contenu en fonction de l’échelle de cotation numérique suivante à quatre niveaux :

  • fortement en accord (4); quelque peu en accord (3); quelque peu en désaccord (2); fortement en désaccord (1);
  • très élevé (4); quelque peu élevé (3); quelque peu faible (2); très faible (1).

Les deux réponses les plus élevées (4 et 3) étaient considérées comme positives. On a aussi demandé aux participants de répondre à plusieurs questions en employant Oui/Non et à deux questions ouvertes.

Constatations générales

Objectifs du forum
  • Presque tous les participants (28/29 ou 97 p. 100) qui ont rempli le questionnaire ont convenu que les discussions en groupe étaient productives.
  • Tous les participants (100 p. 100) qui ont rempli le questionnaire ont convenu qu’ils avaient pu exprimer leurs idées librement dans le cadre des ateliers du forum.
  • Tous les participants (100 p. 100) qui ont rempli le questionnaire ont convenu qu’ils avaient eu l’occasion de communiquer leur expérience et leur perception de la dualité linguistique.
  • Tous les participants (100 p. 100) qui ont rempli le questionnaire ont convenu qu’ils avaient eu l’occasion de communiquer leur expérience et leur perception de la diversité culturelle.
  • Tous les participants (100 p. 100) qui ont rempli le questionnaire ont convenu qu’ils avaient eu l’occasion de communiquer leur expérience et leur perception de l’intégration de la diversité culturelle dans les communautés de langue officielle.
Organisation du forum
  • Tous les participants (100 p. 100) qui ont rempli le questionnaire ont convenu que les installations du forum étaient adéquates.
  • Presque tous les participants (28/29 ou 97 p. 100) qui ont rempli le questionnaire ont convenu que le document de discussion avait facilité leur participation au forum.
Résultats supplémentaires
  • Presque tous les participants (27/29 ou 93 p. 100) qui ont rempli le questionnaire ont convenu que le forum les avait aidés à mieux cerner la réalité et les perceptions des gens d’origines diverses au sujet de la dualité linguistique et de la diversité culturelle.
  • Presque tous les participants (27/29 ou 93 p. 100) qui ont rempli le questionnaire ont convenu que le forum les avait aidés à mieux cerner l’importance et la valeur de la dualité linguistique et du bilinguisme.
  • Presque tous les participants (28/29 ou 97 p. 100) qui ont rempli le questionnaire ont convenu que le forum les avait aidés à mieux comprendre le rôle du Commissariat.
  • La grande majorité des participants (26/29 ou 90 p. 100) ont parlé de la dualité linguistique et de la diversité culturelle dans leurs activités personnelles, professionnelles ou communautaires après leur participation au forum.
  • Presque tous les participants (28/29 ou 97 p. 100) qui ont rempli le questionnaire ont indiqué qu’ils songeaient davantage à la dualité linguistique et à la diversité culturelle après leur participation au forum.
  • Tous les participants (100 p. 100) qui ont rempli le questionnaire souhaitent participer à des événements semblables à l’avenir.

Constatations qualitatives

Le questionnaire administré après le forum contenait deux questions ouvertes. Les réponses complètes se trouvent à l’annexe E.

Commentaires sur l’organisation du forum
  • La vaste majorité des commentaires étaient positifs.
  • Un participant a indiqué que « parfois on entendait les propos des autres groupes » et qu’il estimait « que les groupes étaient assis trop près les uns des autres ».
Commentaires généraux sur le forum et l’événement passerelle
  • La vaste majorité des commentaires étaient positifs.
  • Un participant a indiqué que, durant l’événement passerelle, l’anglais était utilisé plus souvent que le français. Étant donné la nature de l’événement, le participant aurait préféré un meilleur équilibre entre les deux langues officielles.

8.0 Annexes

Annexe A : Ordre du jour

Forum de discussion sur les perceptions des canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique

Hôtel Novotel, salle Alsace-Lorraine
Montréal (Québec)
Le 21 novembre 2012


Volet « Canadiens de diverses origines d’expression anglaise »
Heure Activité  
9 h Inscription et café  
9 h 30 Mot de bienvenue et présentation des concepts clés Animateurs : Eva Ludvig et Charles Taker
9 h 50 Mise en contexte Graham Fraser, commissaire aux langues officielles 
La dualité linguistique et la diversité culturelle d’hier à aujourd’hui
10 h 10 Pause  
10 h 25 Atelier 1 langues officielles du point de vue de la diversité culturelle : opportunités et défis
11 h 25 Plénière Partage des faits saillants de l’atelier
12 h Dîner  
13 h Présentation La dualité linguistique et la diversité culturelle : expérience et vision d’un jeune engagé – Jillian Tanoja
13 h 30 Atelier 2 L’interaction de la dualité linguistique et de la diversité culturelle : Des pistes d’action pour une meilleure cohésion (en sous-groupes)
14 h 30 Pause  
14 h 45 Plénière et Synthèse Partage des faits saillants des ateliers et réflexion sur les pistes d’action
15 h 30 Prochaines étapes Carsten Quell, Directeur, Politiques et recherche, Commissariat aux langues officielles
15 h 45 Mot de la fin Graham Fraser, commissaire aux langues officielles
16 h Fin de la journée  
Forum de discussion sur les perceptions des canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique

Hôtel Novotel, salle Alsace-Lorraine
Montréal (Québec)
Le 22 novembre 2012


Volet « Canadiens de diverses origines d’expression française »
Heure Activité  
9 h Inscription et café  
9 h 30 Mot de bienvenue et présentation des concepts clés Animateurs : Eva Ludvig et Charles Taker
9 h 50 Mise en contexte Graham Fraser, commissaire aux langues officielles 
La dualité linguistique et la diversité culturelle d’hier à aujourd’hui
10 h 10 Pause  
10 h 25 Atelier 1 langues officielles du point de vue de la diversité culturelle : opportunités et défis
11 h 25 Plénière Highlights of workshop discussions
12 h Dîner  
13 h Présentation La dualité linguistique and cultural diversity: Experience and vision of an engaged youth – Aly Ndiaye
13 h 30 Atelier 2 L’interaction de la dualité linguistique et de la diversité culturelle : Des pistes d’action pour une meilleure cohésion (en sous-groupes)
14 h 30 Pause  
14 h 45 Plénière et Synthèse Partage des faits saillants des ateliers et réflexion sur les pistes d’action
15 h 30 Prochaines étapes Carsten Quell, Directeur, Politiques et recherche, Commissariat aux langues officielles
15 h 45 Mot de la fin Graham Fraser, commissaire aux langues officielles
16 h Fin de la journée  

Annexe B : Mot d’ouverture

Graham Fraser
Commissaire aux langues officielles

Montréal (Québec)
22 novembre 2012

Notes pour une allocution à prononcer au Forum de discussion sur les perceptions des Canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique

Annexe C : Document de discussion – Séance en anglais, 21 novembre 2013

Forum de discussion sur les perceptions des Canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique

« La cohabitation de deux grandes communautés culturelles – de même que les frictions entre elles – ont donné naissance à une solide main-d’œuvre bilingue ainsi qu’à des institutions culturelles uniques. Le Centaur, le Blue Metropolis et la Quebec Writers’ Federation constituent des atouts culturels pour l’ensemble des Québécois. Après tout, est ce que Montréal serait la même sans ses bagels et la viande fumée de la Charcuterie Schwartz? »

Graham Fraser, Allocution prononcée lors de l’assemblée générale annuelle du Quebec Community Groups Network, le 1er juin 2007

Introduction

La dualité linguistique et la diversité culturelle sont des traits structurants de la société canadienne. Ces traits – chacun à leur façon et par leur interaction – ont contribué à façonner l’évolution du Canada depuis le début. De nos jours, la dualité linguistique et la diversité culturelle constituent des valeurs et des symboles importants de la société canadienne, lesquels jouent un rôle dans la manière dont les Canadiens se perçoivent et dont ils sont perçus partout dans le monde. Bien que la dualité linguistique ne soit pas toujours perceptible partout au pays, la majorité des Canadiens appuient le bilinguismeNote de bas de page1.

L’importance du rôle de la dualité linguistique et de la diversité culturelle dans la société canadienne et le fait que, depuis plusieurs années déjà, la société canadienne fasse face à des changements sociodémographiques qui, dans une certaine mesure, demeureront bien présents à l’avenir, ont incité le Commissariat aux langues officielles à organiser un forum de discussion où des Canadiens et des Canadiennes de diverses origines pourront exprimer leurs perceptions envers la dualité linguistique. Ce forum de discussion, qui aura lieu à Montréal les 21 et 22 novembre 2012, est la continuation des forums tenus à Toronto (2007), à Vancouver (2008) et à Halifax (2011). Fort du succès des trois premiers forums, le Commissariat a décidé de poursuivre cette initiative au Québec. Le forum de Montréal comportera deux volets : un sur l’expérience de Canadiens de diverses origines d’expression anglaise qui se sont établis au Québec (le 21 novembre 2012), et l’autre, sur l’expérience de Canadiens de diverses origines d’expression française qui se sont établis au Québec (le 22 novembre 2012).

Le présent document de réflexion a pour but de fournir aux participants de la journée du 21 novembre l’information nécessaire pour se préparer au forum de discussion. De cette façon, les participants auront la chance d’amorcer leur réflexion avant la rencontre pour ainsi prendre pleinement part aux discussions.

Les participants invités à ce volet du forum de discussion sont représentatifs des Canadiens de diverses origines d’expression anglaise qui se sont établis au Québec. Ils ont été choisis parmi des organisations multiculturelles, des organisations d’aide à l’accueil, à l’établissement et à l’intégration des nouveaux arrivants ainsi que d’autres personnes concernées par le sujet. Les participants ont aussi été sélectionnés en raison de leur participation active et de leur engagement dans la société canadienne.

La dualité linguistique

La dualité linguistique renvoie au fait que le Canada a deux langues officielles qui ont un statut égal. Chacune d’elle est associée à une collectivité qui, par son histoire et ses traits culturels, contribue à faire du Canada le pays que nous connaissons aujourd’hui. La notion de dualité linguistique met également en relief les concepts d’établissement de ponts entre les communautés, et de discussion et d’échange entre anglophones et francophones. Pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire (à savoir les communautés dont la langue officielle n’est pas celle de la majorité dans leur province), la dualité linguistique est une occasion de créer leurs propres espaces institutionnels et culturels, tout en se positionnant pour rencontrer la majorité linguistique et interagir avec elle.

Comme toutes les valeurs fondamentales de la société canadienne, la dualité linguistique évolue et se transforme à mesure que le Canada subit d’importants changements sociodémographiques. Aujourd’hui, les communautés anglophones et francophones du Canada se composent de plus en plus de Canadiens et de Canadiennes de diverses origines. La compréhension que nous avons de la dualité linguistique et le sens que nous lui donnons sont donc appelés à changer en conséquence.

La Loi sur les langues officielles, en vigueur depuis plus de 40 ans, garantit et protège la dualité linguistique. La Loi ne s’applique qu’aux institutions fédérales; elle ne régit donc pas les gouvernements provinciaux et territoriaux, ni les administrations municipales. Cependant, certaines provinces et certains territoires ont adopté des lois et des politiques pour protéger, dans leur sphère de compétence, l’anglais, le français ou des langues autochtones. Par exemple, le Nouveau-Brunswick est la seule province officiellement bilingue; la Nouvelle Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard disposent d’une Loi sur les services en français; et Terre-Neuve-et-Labrador possède un Bureau des services en français. Le Québec a, quant à lui, l’Office québécois de la langue française et la Charte de la langue française.

La Loi sur les langues officielles du Canada comporte les trois objectifs suivants :

  • assurer le respect de l’anglais et du français, leur égalité de statut et l’égalité de droits et privilèges quant à leur usage dans les institutions fédérales;
  • appuyer le développement des communautés anglophones et francophones en situation minoritaire (les anglophones au Québec et les francophones à l’extérieur du Québec);
  • favoriser l’égalité de statut et d’usage de l’anglais et du français au sein de la société canadienne.

En juillet 1969, le gouvernement fédéral a adopté la Loi sur les langues officielles à la suite des travaux de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. Cette Commission s’était entre autres penchée sur le statut de l’anglais et du français au pays, mais aussi sur la diversité croissante de la société canadienne. Dans son rapport, elle recommandait la mise en œuvre de mesures garantissant l’égalité de statut de l’anglais et du français au Canada. La Commission recommandait aussi d’accroître les efforts visant à reconnaître la contribution et le patrimoine des autres communautés culturelles.

En 1988, le gouvernement modifiait la Loi sur les langues officielles afin de tenir compte de la Charte canadienne des droits et libertés adoptée en 1982. La Charte garantit les droits linguistiques des Canadiens et des Canadiennes, notamment le droit de recevoir les services du gouvernement fédéral dans la langue officielle de leur choix. La modification de 1988 a élargi la portée de la Loi en précisant les droits des citoyens et les obligations des institutions fédérales en matière de langue de service. Elle reconnaît aussi le droit des Canadiens d’expression anglaise et d’expression française à l’égalité des chances d’emploi au sein de la fonction publique fédérale et stipule que le gouvernement fédéral a la responsabilité de favoriser l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire et d’en appuyer le développementNote de bas de page2.

Les communautés de langue officielle en situation minoritaire

L’expression « communautés de langue officielle en situation minoritaire » désigne généralement les francophones vivant à l’extérieur du Québec et les Canadiens de langue anglaise habitant au Québec.

Au Québec, l’anglais est la première langue officielle parlée par 1,058,250 locuteurs ou environ 13,5 p. 100 de la population de la province (Statistique Canada, 2011)Note de bas de page3. Aujourd’hui, le développement et la vitalité de la communauté minoritaire anglophone du Québec, deux concepts établis dans laLoi, ne se définissent plus uniquement en termes quantitatifs. Le développement et la vitalité des communautés ont pris un sens plus large, car ils comprennent des éléments comme la gouvernance communautaire, la capacité de vivre sa vie comme anglophone, l’immigration, la santé et l’accès aux services gouvernementaux.

Immigration

De plus en plus, l’immigration constitue le moteur de la croissance démographique du Canada et de sa vitalité économique, sociale et culturelle. Cela s’applique tout particulièrement au Québec, car c’est la province qui se classe au deuxième rang au chapitre de l’accueil du nombre d’immigrants. Au fil des ans, la croissance de cette immigration a pris une telle ampleur que les immigrants représentaient, en 2006, 11,5 p. 100 de la population du Québec (Statistique Canada, 2006)Note de bas de page4.

En ce qui a trait au renouvellement de la population, l’immigration a eu des effets marquants sur la réalité québécoise. En 1971, l’indice synthétique de fécondité est tombé en deçà de deux enfants par femme. Depuis, il oscille entre 1,4 et 1,7 enfant par femme. Cela signifie qu’au cours des dernières années, la population du Québec ne s’est pas renouvelée grâce aux naissances. Par conséquent, l’immigration, à défaut d’être suffisante, reste un atout important pour le maintien de l’équilibre démographique. En outre, dans un avenir pas si lointain, les naissances ne suffiront plus à combler les besoins de la province en ce qui touche la main-d’œuvre, si bien que l’immigration deviendra indispensableNote de bas de page5.

Aucun signe ne laisse supposer un ralentissement de cette tendance. Au Canada, entre les recensements de 2001 et de 2006, la population née à l’étranger a augmenté de 13,6 p. 100. Il s’agit d’un résultat quatre fois plus élevé que la croissance du nombre de Canadiens de naissance (3,3 p. 100). Par conséquent, de 2001 à 2006, l’immigration au Canada représentait plus des deux tiers (69,3 p. 100) de la croissance de sa population. Au cours de la même période, la population de Montréal née à l’étranger – troisième au Canada à ce chapitre – a augmenté de 19 p. 100, soit neuf fois le taux de croissance du nombre de Canadiens de naissance vivant dans cette même ville (2,1 p. 100)Note de bas de page6.

Au Québec, depuis le recensement de 1991, le nombre d’immigrants parlant le français est supérieur à celui des immigrants parlant l’anglaisNote de bas de page7. Cette tendance, soit l’augmentation du nombre d’immigrants francophones, s’accompagne d’un changement dans la composition de la population immigrante du Québec. Au début du XXe siècle, les immigrants au Québec provenaient principalement d’Europe, plus particulièrement d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande. Toutefois, depuis les années 1970, l’immigration au Québec s’est diversifiée, avec des nouveaux arrivants provenant de plus de 100 communautés culturellesNote de bas de page8. Les allophones au Québec forment maintenant le groupe le plus multilingue du CanadaNote de bas de page9.

En raison de ces changements, la dualité linguistique continuera aussi à évoluer. Toutefois, pour qu’elle en tire avantage, il faudra que tous les Canadiens d’expression anglaise et française, peu importe leur origine et s’ils vivent dans un contexte linguistique minoritaire ou majoritaire, aient accès aux outils leur permettant de jouer pleinement leur rôle dans la dualité linguistique (apprentissage de l’autre langue officielle, réception de services gouvernementaux fédéraux dans la langue officielle de leur choix, etc.).

Le Canada d’aujourd’hui : Carrefour de la dualité linguistique et de la diversité culturelle

La dualité linguistique est profondément enracinée dans 400 ans d’histoire du Canada. Ces années ont parfois été marquées par des relations tendues et des épisodes de négociations ardues, mais force est de constater que le dialogue a traversé l’histoire. En fait, d’un point de vue linguistique, le Canada est le résultat d’une série de rencontres qui ont mené à la reconnaissance de ce double héritage. Les Pères de la Confédération lui ont d’ailleurs fait une place explicite dans la Loi constitutionnelle, en reconnaissant le droit d’utiliser l’anglais et le français au Parlement du Canada.

C’est peut-être cette notion d’ouverture et de respect des différences entre anglophones et francophones qui a favorisé la diversité au sein de la société canadienne. Or, comme dans le cas des relations entre anglophones et francophones – lesquelles n’ont pas toujours été sans difficulté – cette tolérance et cette ouverture bien canadiennes ont dû être cultivées. Au fil des décennies, grâce au leadership de certaines personnes et de certains groupes, le Canada a revu quelques lois et adopté divers outils juridiques et politiques afin d’éliminer les sources de discrimination.

La dualité linguistique est un élément clé de l’histoire du Canada, tout comme la diversité culturelle. La diversité a toujours fait partie du pays. Issu du croisement des cultures autochtone, française et anglaise, le tissu social s’est enrichi, au fil des décennies, grâce aux apports des Canadiens de diverses origines.

La contribution unique des Autochtones à la diversité culturelle au Canada et au Québec ne fera pas l’objet de discussions lors de ce forum, étant donné que la question des langues autochtones n’est pas traitée dans la Loi sur les langues officielles et que, par conséquent, cette question déborde le mandat du commissaire.

« La reconnaissance et le respect de la diversité sont au cœur de l’histoire politique du Canada, et les débats contemporains au sujet du multiculturalisme ne sont que la continuation d’une conversation qui a été entamée il y a longtemps au pays. » [traduction]

Keith Banting, Thomas J. Courchene et F. Leslie Seidle, Belonging? Diversity, Reconnaissance and Shared Citizenship in Canada, Institute for Research on Public Policy, Montréal, 2007.

De nos jours, la dualité linguistique et la diversité culturelle constituent deux valeurs maîtresses de la société canadienne qui continuent d’interagir et de se compléter. D’une part, les Canadiens de diverses origines adoptent les langues officielles et contribuent à faire vivre la dualité linguistique. D’autre part, la dualité linguistique permet aux gens de diverses origines, dont les nouveaux Canadiens, de pleinement participer à la société canadienne et de l’enrichir sur tous les plans.

Au cours des prochaines décennies, la société canadienne continuera de connaître d’importants changements sociodémographiques. En guise d’exemple, les récentes projections de Statistique Canada montrent qu’en 2031, de 25 à 28 p.100 de la population sera née à l’étrangerNote de bas de page10. On peut donc s’attendre à ce que la part de Canadiens qui n’auront ni l’anglais ni le français comme langue maternelle continuera d’augmenter.

Pourquoi un forum de discussion?

Le Commissariat a organisé une série de forums en 2007. Ils étaient conçus pour poursuivre et approfondir le dialogue entamé avec des Canadiens de divers horizons ethnoculturels quelques années auparavant. Pour le Commissariat, il s’agissait aussi d’une occasion de mieux comprendre ce que la dualité linguistique représente pour les Canadiens de diverses origines et de voir comment, selon eux, cette valeur prend sa place dans le contexte de la diversité culturelle. C’est dans le but de poursuivre ce dialogue que le Commissariat a décidé d’avoir une journée de discussion consacrée aux Canadiens anglais d’origines diverses établis au Québec.

Comme dans les autres régions du pays, les nouveaux arrivants qui choisissent de s’établir au Québec font face à de nombreux défis comme l’entrée sur le marché de l’emploi, l’obtention de la reconnaissance des titres de compétences internationaux ou le choc culturel, l’isolement, les préjugés et la discrimination. En outre, ils se trouvent dans la situation particulière qui consiste à être une minorité culturelle au sein d’une minorité linguistique.

D’un point de vue historique, les communautés anglophones du Québec ont joué un rôle important dans la province, particulièrement dans les secteurs financiers et des affaires. Bien que la langue officielle du Québec soit le français, les locuteurs anglophones et francophones vivant dans certaines régions se voient parfois obligés de parler français pour s’intégrer dans la province ou bien d’utiliser l’anglais pour s’intégrer au marché du travail. En réalité, il est possible que peu après leur arrivée les nouveaux arrivants se rendent compte que le français n’est pas la seule langue de travail, particulièrement à MontréalNote de bas de page11.

Nous croyons que la tenue de ce forum de discussion est un événement important, compte tenu de la persistance de ces défis. Étant donné que les Canadiens de diverses origines constituent un des principaux groupes concernés, il leur est possible de jouer un rôle de premier plan dans le dialogue par une réflexion sur les liens entre ces deux caractéristiques structurantes de la société canadienne et les défis auxquels ils font face.

En somme, le Commissariat consacre un volet du forum de discussion aux Canadiens de diverses origines pour une raison bien précise : mieux comprendre leur situation dans le contexte des dynamiques linguistiques régionale et nationale. Plus particulièrement, ce volet permettra aux membres anglophones de ce groupes de partager leurs expériences et leurs perceptions.

Le Commissariat souhaite recueillir de ce forum l’information qui lui permettra de promouvoir plus efficacement la dualité linguistique dans la société canadienne et de mieux veiller à la vitalité et au développement des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Annexe D : Document de discussion – Séance en français, 22 novembre 2013

Forum de discussion sur les perceptions des Canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique
Volet « Canadiens de diverses origines d’expression française »

« Si l’on vous dit qu’il existe une différence entre le multiculturalisme et le fait d’avoir deux langues officielles, ne vous y méprenez pas; ils proviennent tous deux de la diversité. Si nous n’arrivons pas à respecter notre diversité mutuelle, notre capacité de vivre dans une certaine harmonie à l’échelle mondiale sera compromise. » [traduction]

David Crombie, à l’époque où il était secrétaire d’État. Allocution prononcée devant l’Association canadienne d’éducation (Alberta, 1987).

Introduction

La dualité linguistique et la diversité culturelle sont des traits structurants de la société canadienne. Ces traits – chacun à leur façon et par leur interaction – ont contribué à façonner l’évolution du Canada depuis le début. De nos jours, la dualité linguistique et la diversité culturelle constituent des valeurs et des symboles importants de la société canadienne, lesquels jouent un rôle dans la manière dont les Canadiens se perçoivent et dont ils sont perçus partout dans le monde. Bien que la dualité linguistique ne soit pas toujours perceptible partout au pays, la majorité des Canadiens appuient le bilinguismeNote de bas de page12.

L’importance du rôle de la dualité linguistique et de la diversité culturelle dans la société canadienne et le fait que, depuis plusieurs années déjà, la société canadienne fasse face à des changements sociodémographiques qui, dans une certaine mesure, demeureront bien présents à l’avenir, ont incité le Commissariat aux langues officielles à organiser un forum de discussion où des Canadiens et des Canadiennes de diverses origines pourront exprimer leurs perceptions envers la dualité linguistique. Ce forum de discussion, qui aura lieu à Montréal les 21 et 22 novembre 2012, est la continuation des forums tenus à Toronto (2007), à Vancouver (2008) et à Halifax (2011). Fort du succès des trois premiers forums, le Commissariat a décidé de poursuivre cette initiative au Québec. Le forum de Montréal comportera deux volets : un sur l’expérience de Canadiens de diverses origines d’expression anglaise qui se sont établis au Québec (le 21 novembre 2012), et l’autre, sur l’expérience de Canadiens de diverses origines d’expression française qui se sont établis au Québec (le 22 novembre 2012).

Le présent document de réflexion a pour but de fournir aux participants de la journée du 22 novembre l’information nécessaire pour se préparer au forum de discussion. De cette façon, les participants auront la chance d’amorcer leur réflexion avant la rencontre pour ainsi prendre pleinement part aux discussions.

Les participants invités à ce volet du forum de discussion sont représentatifs des Canadiens de diverses origines d’expression française qui se sont établis au Québec. Ils ont été sélectionnés en raison de leur intérêt à faire part de leurs expériences et à discuter des rapports qu’ils entretiennent avec la communauté francophone, de leur participation à cette communauté et de leurs perceptions de la dualité linguistique.

La dualité linguistique

La dualité linguistique renvoie au fait que le Canada a deux langues officielles qui ont un statut égal. Chacune d’elle est associée à une collectivité qui, par son histoire et ses traits culturels, contribue à faire du Canada le pays que nous connaissons aujourd’hui. La notion de dualité linguistique met également en relief les concepts d’établissement de ponts entre les communautés, et de discussion et d’échange entre francophones et anglophones, qu’ils fassent partie de la minorité ou de la majorité.

Comme toutes les valeurs fondamentales de la société canadienne, la dualité linguistique évolue et se transforme à mesure que le Canada subit d’importants changements sociodémographiques. Aujourd’hui, les communautés francophones et anglophones du Canada se composent de plus en plus de Canadiens et de Canadiennes de diverses origines. La compréhension que nous avons de la dualité linguistique et le sens que nous lui donnons sont donc appelés à changer en conséquence.

La Loi sur les langues officielles, en vigueur depuis plus de 40 ans, garantit et protège la dualité linguistique. La Loi ne s’applique qu’aux institutions fédérales; elle ne régit donc pas les gouvernements provinciaux et territoriaux, ni les administrations municipales. Cependant, certaines provinces et certains territoires ont adopté des lois et des politiques pour protéger, dans leur sphère de compétence, le français, l’anglais ou des langues autochtones. Par exemple, le Nouveau-Brunswick est la seule province officiellement bilingue; la Nouvelle Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard disposent d’une Loi sur les services en français; et Terre-Neuve-et-Labrador possède un Bureau des services en français. Le Québec a, quant à lui, l’Office québécois de la langue française et la Charte de la langue française.

La Loi sur les langues officielles du Canada comporte les trois objectifs suivants :

  • assurer le respect du français et de l’anglais, leur égalité de statut et l’égalité de droits et privilèges quant à leur usage dans les institutions fédérales;
  • appuyer le développement des communautés francophones et anglophones en situation minoritaire (les francophones à l’extérieur du Québec et les anglophones au Québec);
  • favoriser l’égalité de statut et d’usage du français et de l’anglais au sein de la société canadienne.

En juillet 1969, le gouvernement fédéral a adopté la Loi sur les langues officielles à la suite des travaux de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. Cette Commission s’était entre autres penchée sur le statut du français et de l’anglais au pays, mais aussi sur la diversité croissante de la société canadienne. Dans son rapport, elle recommandait la mise en œuvre de mesures garantissant l’égalité de statut du français et de l’anglais au Canada. La Commission recommandait aussi d’accroître les efforts visant à reconnaître la contribution et le patrimoine des autres communautés culturelles.

En 1988, le gouvernement modifiait la Loi sur les langues officielles afin de tenir compte de laCharte canadienne des droits et libertés adoptée en 1982. La Charte garantit les droits linguistiques des Canadiens et des Canadiennes, notamment le droit de recevoir les services du gouvernement fédéral dans la langue officielle de leur choix. La modification de 1988 a élargi la portée de la Loi en précisant les droits des citoyens et les obligations des institutions fédérales en matière de langue de service. Elle reconnaît aussi le droit des Canadiens d’expression française et d’expression anglaise à l’égalité des chances d’emploi au sein de la fonction publique fédérale et stipule que le gouvernement fédéral a la responsabilité de favoriser l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire et d’en appuyer le développementNote de bas de page13.

Le multiculturalisme

Dans la foulée des travaux de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, le Canada s’est officiellement ouvert au multiculturalisme en 1971 lorsqu’il a adopté une politique reconnaissant l’égale valeur et la dignité de tous les groupes ethnoculturels. Puis, la Charte canadienne des droits et libertés (1982) et la Loi sur le multiculturalisme canadien (1988) ont précisé la portée de cette politique. Dans cette Loi, le gouvernement du Canada reconnaît que la diversité de la population (sur les plans de la race, de l’origine nationale ou ethnique, de la couleur et de la religion) constitue une caractéristique fondamentale de la société canadienne.

De plus, par cette Loi, le gouvernement s’est engagé à respecter la politique canadienne du multiculturalisme qui est destinée à préserver et à valoriser le patrimoine multiculturel des Canadiens et des Canadiennes, tout en assurant la participation entière et équitable de toutes les personnes et de toutes les collectivités aux divers aspects de la vie au Canada. Cette Loi stipule aussi que le gouvernement fédéral fera la promotion du multiculturalisme, compte tenu de ses engagements à l’égard des langues officielles. Cette Loi est devenue depuis lors un pilier de la politique canadienne sur l’immigration.

L'immigration

De plus en plus, l’immigration constitue le moteur de la croissance démographique du Canada et de sa vitalité économique, sociale et culturelle. Cela s’applique tout particulièrement au Québec, car c’est la province qui se classe au deuxième rang au chapitre de l’accueil du nombre d’immigrants. Au fil des ans, la croissance de cette immigration a pris une telle ampleur que les immigrants représentaient, en 2006, 11,5 p. 100 de la population du Québec (Statistique Canada, 2006)Note de bas de page14.

En ce qui a trait au renouvellement de la population, l’immigration a eu des effets marquants sur la réalité québécoise. En 1971, l’indice synthétique de fécondité est tombé en deçà de deux enfants par femme. Depuis, il oscille entre 1,4 et 1,7 enfant par femme. Cela signifie qu’au cours des dernières années, la population du Québec ne s’est pas renouvelée grâce aux naissances. Par conséquent, l’immigration, à défaut d’être suffisante, reste un atout important pour le maintien de l’équilibre démographique. En outre, dans un avenir pas si lointain, les naissances ne suffiront plus à combler les besoins de la province en ce qui touche la main-d’œuvre, si bien que l’immigration deviendra indispensableNote de bas de page15.

Aucun signe ne laisse supposer un ralentissement de cette tendance. Au Canada, entre les recensements de 2001 et de 2006, la population née à l’étranger a augmenté de 13,6 p. 100. Il s’agit d’un résultat quatre fois plus élevé que la croissance du nombre de Canadiens de naissance (3,3 p. 100). Par conséquent, de 2001 à 2006, l’immigration au Canada représentait plus des deux tiers (69,3 p. 100) de la croissance de sa population. Au cours de la même période, la population de Montréal née à l’étranger – troisième au Canada à ce chapitre – a augmenté de 19 p. 100, soit neuf fois le taux de croissance du nombre de Canadiens de naissance vivant dans cette même ville (2,1 p. 100)Note de bas de page16.

Au Québec, depuis le recensement de 1991, le nombre d’immigrants parlant le français est supérieur à celui des immigrants parlant l’anglaisNote de bas de page17. Cette tendance, soit l’augmentation du nombre d’immigrants francophones, s’accompagne d’un changement dans la composition de la population immigrante du Québec. Au début du XXe siècle, les immigrants au Québec provenaient principalement d’Europe, plus particulièrement d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande. Toutefois, depuis les années 1970, l’immigration au Québec s’est diversifiée, avec des nouveaux arrivants provenant de plus de 100 communautés culturellesNote de bas de page18. Les allophones au Québec forment maintenant le groupe le plus multilingue du CanadaNote de bas de page19.

En raison de ces changements, la dualité linguistique continuera aussi à évoluer. Toutefois, pour qu’elle en tire avantage, il faudra que tous les Canadiens d’expression française et anglaise, peu importe leur origine et s’ils vivent dans un contexte linguistique minoritaire ou majoritaire, aient accès aux outils leur permettant de jouer pleinement leur rôle dans la dualité linguistique (apprentissage de l’autre langue officielle, réception de services gouvernementaux fédéraux dans la langue officielle de leur choix, etc.).

Le Canada d’aujourd’hui : Carrefour de la dualité linguistique et de la diversité culturelle

La dualité linguistique est profondément enracinée dans 400 ans d’histoire du Canada. Ces années ont parfois été marquées par des relations tendues et des épisodes de négociations ardues, mais force est de constater que le dialogue a traversé l’histoire. En fait, d’un point de vue linguistique, le Canada est le résultat d’une série de rencontres qui ont mené à la reconnaissance de ce double héritage. Les Pères de la Confédération lui ont d’ailleurs fait une place explicite dans la Loi constitutionnelle, en reconnaissant le droit d’utiliser le français et l’anglais au Parlement du Canada.

C’est peut-être cette notion d’ouverture et de respect des différences entre francophones et anglophones qui a favorisé la diversité au sein de la société canadienne. Or, comme dans le cas des relations entre francophones et anglophones – lesquelles n’ont pas toujours été sans difficultés – cette tolérance et cette ouverture bien canadiennes ont dû être cultivées. Au fil des décennies, grâce au leadership de certaines personnes et de certains groupes, le Canada a revu quelques lois et adopté divers outils juridiques et politiques afin d’éliminer les sources de discrimination.

La dualité linguistique est un élément clé de l’histoire du Canada, tout comme la diversité culturelle. La diversité a toujours fait partie du pays. Issu du croisement des cultures autochtone, française et anglaise, le tissu social s’est enrichi, au fil des décennies, grâce aux apports des Canadiens de diverses origines.

La contribution unique des Autochtones à la diversité culturelle au Canada et au Québec ne fera pas l’objet de discussions lors de ce forum, étant donné que la question des langues autochtones n’est pas traitée dans la Loi sur les langues officielles et que, par conséquent, cette question déborde le mandat du commissaire.

« La reconnaissance et le respect de la diversité sont au cœur de l’histoire politique du Canada, et les débats contemporains au sujet du multiculturalisme ne sont que la continuation d’une conversation qui a cours depuis longtemps au pays. » [traduction]

Keith Banting, Thomas J. Courchene et F. Leslie Seidle, Belonging? Diversity, Reconnaissance and Shared Citizenship in Canada, Institute for Research on Public Policy, Montréal, 2007.

De nos jours, la dualité linguistique et la diversité culturelle constituent deux valeurs maîtresses de la société canadienne qui continuent d’interagir et de se compléter. D’une part, les Canadiens de diverses origines adoptent les langues officielles et contribuent à la vitalité de la dualité linguistique. D’autre part, la dualité linguistique permet aux gens de diverses origines, dont les nouveaux Canadiens, de participer pleinement à la société canadienne et de l’enrichir sur tous les plans.

Au cours des prochaines décennies, la société canadienne continuera de connaître d’importants changements sociodémographiques. En guise d’exemple, les récentes projections de Statistique Canada montrent qu’en 2031, de 25 à 28 p. 100 de la population sera née à l’étrangerNote de bas de page20. On peut donc s’attendre à ce que la part de Canadiens qui n’auront ni le français ni l’anglais comme langue maternelle continuera d’augmenter.

Pourquoi tenir un forum de discussion?

Les politiques du Canada sur la dualité linguistique et le multiculturalisme contribuent non seulement à renforcer la cohésion sociale, mais aussi à nous définir comme Canadiens. Cependant, en pratique, il reste certains obstacles à surmonter afin que nous tirions pleinement profit de la nature complémentaire de ces politiques et que nous assurions leur mise en œuvre intégrale. L’un de ces obstacles est l’écart entre les aspirations en matière de dualité linguistique, dont font état nos lois et le discours politique, et la réalité qui montre que la dualité linguistique est absente de la vie quotidienne de nombreux Canadiens.

C’est dans cette optique que le Commissariat tient un forum de discussion sur la question. Plus précisément, le principal objectif de la séance du 22 novembre est de mieux comprendre les perceptions des Canadiens d’expression française de diverses origines habitant au Québec, et ce, à l’égard de la dualité linguistique et des liens qui existent entre la dualité linguistique et la diversité culturelle.

L’immigration est extrêmement importante, car l’arrivée de nouveaux arrivants d’expression française est un gage de vitalité démographique, linguistique, économique et culturelle. Pour les régions francophones « traditionnelles », l’arrivée d’immigrants francophones ayant diverses origines ethnoculturelles est synonyme de changement et d’enrichissement.

Comme dans les autres régions du pays, les nouveaux arrivants qui choisissent de s’établir au Québec font face à de nombreux défis comme l’entrée sur le marché de l’emploi, l’obtention de la reconnaissance des titres de compétences internationaux ou le choc culturel, l’isolement, les préjugés et la discrimination.

D’un point de vue historique, les communautés anglophones du Québec ont joué un rôle important dans la province, particulièrement dans les secteurs financiers et des affaires. Bien que la langue officielle du Québec soit le français, les locuteurs francophones et anglophones vivant dans certaines régions se voient parfois obligés de parler français pour s’intégrer dans la province ou bien d’utiliser l’anglais pour s’intégrer au marché du travail. En réalité, il est possible que peu après leur arrivée les nouveaux arrivants se rendent compte que le français n’est pas la seule langue de travail, particulièrement à MontréalNote de bas de page21.

En somme, le Commissariat consacre un volet du forum de discussion aux Canadiens de diverses origines pour une raison bien précise : mieux comprendre leur situation dans le contexte des dynamiques linguistiques régionale et nationale. Plus particulièrement, ce volet permettra aux membres francophones de ce groupe de partager leurs expériences et leurs perceptions.

Le Commissariat souhaite recueillir de ce forum l’information qui lui permettra de promouvoir plus efficacement la dualité linguistique dans la société canadienne.

Annexe E : Réponses quantitatives et qualitatives détaillées de l’évaluation

[1] Question : À quel volet du Forum avez-vous participé?
Réponse Pourcentage Décompte
Volet « Canadiens de diverses origines d'expression anglaise », le 21 novembre 2012 50 % 17
Volet « Canadiens de diverses origines d'expression française », le 22 novembre 2012 50 % 17
Total des réponses   34
[2] Question : Dans quelle mesure êtes-vous en accord avec les énoncés suivants?
  Fortement en accord Plutôt en accord Plutôt en désaccord Fortement en désaccord Total des réponses
Les documents de discussions ont facilité ma participation au Forum. 14 (48 %) 14 (48 %) 1 (3 %) 0 (0 %) 29
Les installations du Forum étaient appropriées pour l'événement. 24 (83 %) 5 (17 %) 0 (0 %) 0 (0 %) 29
Les discussions en groupe lors du Forum étaient productives. 21 (72 %) 7 (24 %) 1 (3 %) 0 (0 %) 29
J'ai pu exprimer mes idées librement lors des ateliers du Forum. 26 (90 %) 3 (10 %) 0 (0 %) 0 (0 %) 29
[3] Question : Si vous avez des commentaires au sujet de l'organisation du Forum, veuillez les inscrire ci-dessous.
  1. Quelles pourraient être les contributions des « nouveaux immigrants » pour qu’ils puissent contribuer au développement du Canada et se sentir valorisés et utiles.
  2. All good. I felt I could have been a bit more prepared, but maybe that’s my own fault. I felt the size of the room was a little too cramped.
  3. We were sometimes overhearing the other groups—too close to each other.
  4. No comments
  5. Félicitations, bonne organisation.
  6. Tout en reconnaissant les coûts associés à un tel évènement, le dossier aurait mérité davantage de temps de discussions, d’échanges et du temps de construction de consensus.
  7. Rien à signaler.
  8. It was organized very well, giving room to all participants to express their views.
  9. Le forum a été excellent et bien organisé, agréable à participer.
  10. The organization was excellent, and it provided a fantastic platform for networking.
[4] Question : Dans quelle mesure êtes-vous en accord avec les énoncés suivants?
  Fortement en accord Plutôt en accord Plutôt en désaccord Fortement en désaccord Total des réponses
Le Forum m’a permis de partager mes expériences et perceptions à l’égard de la dualité linguistique. 25 (86 %) 4 (14 %) 0 (0 %) 0 (0 %) 29
Le Forum m’a permis de partager mes expériences et perceptions à l’égard de la diversité culturelle. 20 (69 %) 9 (31 %) 0 (0 %) 0 (0 %) 29
Le Forum m’a permis de partager mes expériences et perceptions à l’égard de l’intégration de la diversité culturelle au sein des communautés de langue officielle. 16 (55 %) 12 (41 %) 1 (3 %) 0 (0 %) 29
Le Forum m’a permis de mieux comprendre les réalités et les perceptions de personnes de diverses origines à l’égard de la dualité linguistique et de la diversité culturelle. 16 (55 %) 11 (38 %) 2 (7 %) 0 (0 %) 29
Le Forum a contribué à me sensibiliser à l’importance et la valeur de la dualité linguistique et du bilinguisme. 16 (55 %) 12 (41 %) 2 (7 %) 0 (0 %) 29
Le Forum m'a permis de mieux connaître le rôle du Commissariat aux langues officielles du Canada. 18 (62 %) 10 (34 %) 1 (3 %) 0 (0 %) 29
[5] Question : Votre participation au Forum vous a-t-elle amené à :
  Oui Non Total des réponses
Parler de la dualité linguistique et de la diversité culturelle dans votre milieu personnel, professionnel ou communautaire? 26 (90 %) 3 (10 %) 29
Réfléchir davantage à la dualité linguistique et à la diversité culturelle? 27 (93 %) 2 (7 %) 29
[6] Question : Veuillez indiquer votre niveau de compréhension de la dualité linguistique et des communautés de langue officielle au Canada :
  Très élevé Plutôt élevé Plutôt faible Très faible Total des réponses
Avant votre participation au Forum 7 (24 %) 15 (52 %) 7 (24 %) 0 (0 %) 29
Depuis votre participation au Forum 14 (48 %) 15 (52 %) 0 (0 %) 0 (0 %) 29
[7] Question : Avez-vous assisté à l’événement passerelle le 21 novembre en soirée?
Réponse Pourcentage Décompte
Oui 24 % 7
Non 76 % 22
Total des réponses   29
[8] Question : Si vous avez répondu « oui » à la question 7, votre présence à l'événement passerelle vous a-t-elle permis de créer ou renforcer les liens avec :
  Oui Non Total des réponses
Des participants au Forum 8 (100 %) 0 (0 %) 8
Des facilitateurs au Forum 7 (88 %) 1 (12 %) 8
D'autres personnes que vous avez rencontrées à l'événement 6 (86 %) 1 (14 %) 7
[9] Question : Seriez-vous intéressé à participer à des événements similaires à l'avenir?
Réponse Pourcentage Décompte
Oui 100 % 29
Non 0 % 0
Total des réponses   29
[10] Question : Si vous avez d'autres commentaires au sujet du Forum ou de l'événement passerelle, veuillez les noter ci-dessous.
  1. Bonne initiative.
  2. Thank you very much for such a great opportunity to discuss the issue of cultural diversity. As a social integration counsellor helping new immigrants and doing my masters in social work related to the topic of multiculturalism/interculturalism, it was an important event for me. Thanks again.
  3. I think more of these events should be held with different people and leaders of the communities in order to get a broader perspective on the subject. I thoroughly enjoyed my participation.
  4. Je suggère de créer une plateforme pour permettre aux immigrants de pouvoir avoir une occasion de s’exprimer leurs aspirations et ce qu’ils voudraient apporter au Canada (leur pays de choix).
  5. I really enjoyed the forum. I felt we skimmed the surface. I would have loved to explore some topics further. It was great meeting participants, though I felt I didn’t make enough of the networking opportunity. I wish I had gone to the evening event. I felt too shy before the day so had made other plans and regret that decision of mine. Looking forward to hearing the outcome of all your work.
  6. I think it was an enriching experience. I did know about the realities and importance of linguistic duality and cultural diversity even before I attended the forum. I think it is so essential for all Canadians. Thank you once again.
  7. Vous pouvez considérer la possibilité d’organiser une session plus courte d’une demi-journée.
  8. No comments.
  9. Lors de l’évènement passerelle, j’ai constaté que l’on parlait plus l’anglais que le français. Selon moi même au niveau de l’office des langues, l’on privilégie plus l’anglais. Puisqu’on parle de bilinguisme, on devrait avoir un réel équilibre entre ces deux langues. Surtout que le forum s’est tenu au Québec, l’on gagnerait à faire comprendre que ces deux langues sont égales. J’ai bien compris la préoccupation de l’office, et bien compris son importance mais j’ai été un peu déçu sur cet aspect.
  10. WE NEED MORE SESSIONS LIKE THIS.

Total de 10 réponses ou 10 %

Footnotes

Footnote 1

Sondage réalisé par Environics Focus Canada/Canadian Opinion Research Archive, Queen’s University/Décima 2006 à la demande du Commissariat aux langues officielles : 72 p. 100 des répondants étaient en faveur du bilinguisme pour l’ensemble du Canada et 26 p. 100 contre. Mis à part le Québec, c’est dans les provinces de l’Atlantique que l’appui au bilinguisme est le plus élevé (77 p. 100).

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Footnote 2

L’expression « communautés de langue officielle en situation minoritaire » désigne généralement les anglophones habitant au Québec et les francophones vivant à l’extérieur du Québec.

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Footnote 3

Après répartition des réponses multiples (également réparties entre les langues déclarées).

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Footnote 4

Michel Pagé et Patricia Lamarre, L’intégration linguistique des immigrants au Québec, IRPP, no 3, février 2010.

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Footnote 5

Ibid.

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Footnote 6

Statistique Canada, Immigration au Canada : un portrait de la population née à l’étranger, recensement de 2006.

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Footnote 7

Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles du Québec, Fiche synthèse sur l’immigration et la diversité ethnoculturelle au Québec,le 27 mars 2012.

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Footnote 8

Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles du Québec, Survol historique, le 6 octobre 2010.

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Footnote 9

Patricia Lamarre, Le multilinguisme des jeunes allophones québécois : ressources sociétale et défi éducatif, Colloque Panaméricain, Industries culturelles et dialogues des civilisations dans les Amériques, Montréal,22 au 24 avril 2002.

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Footnote 10

Le recensement de 2006 a révélé que 19,8 p. 100 de la population canadienne est née à l’étranger.

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Footnote 11

Michel Pagé et Patricia Lamarre, L’intégration linguistique des immigrants au Québec, IRPP, no 3, février 2010.

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Footnote 12

Sondage réalisé par Environics Focus Canada/Canadian Opinion Research Archive, Queen’s University/Décima 2006 à la demande du Commissariat aux langues officielles : 72 p. 100 des répondants étaient en faveur du bilinguisme pour l’ensemble du Canada et 26 p. 100 contre. Mis à part le Québec, c’est dans les provinces de l’Atlantique que l’appui au bilinguisme est le plus élevé (77 p. 100).

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Footnote 13

L’expression « communautés de langue officielle en situation minoritaire » désigne généralement les francophones vivant à l’extérieur du Québec et les anglophones habitant au Québec.

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Footnote 14

Michel Pagé et Patricia Lamarre, L’intégration linguistique des immigrants au Québec, IRPP, no 3, février 2010.

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Footnote 15

Ibid.

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Footnote 16

Statistique Canada, Immigration au Canada : un portrait de la population née à l’étranger, recensement de 2006.

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Footnote 17

Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles du Québec, Fiche synthèse sur l’immigration et la diversité ethnoculturelle au Québec, le 27 mars 2012.

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Footnote 18

Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles du Québec, Aperçu historique, le 6 octobre 2010.

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Footnote 19

Patricia Lamarre, Le multilinguisme des jeunes allophones québécois : ressources sociétale et défi éducatif, Colloque Panaméricain, Industries culturelles et dialogues des civilisations dans les Amériques, Montréal, 22 au 24 avril 2002.

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Footnote 20

Le recensement de 2006 a révélé que 19,8 p. 100 de la population canadienne est née à l’étranger.

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Footnote 21

Michel Pagé et Patricia Lamarre, L’intégration linguistique des immigrants au Québec, IRPP, no 3, février 2010.

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Date de modification :
2018-09-13