Archivé - Perceptions des Canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique – Forum de discussion tenu à Halifax les 8 et 9 novembre 2011

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Sommaire

Soucieux de définir une vision de la dualité linguistique qui reflète plus fidèlement la réalité des Canadiens de toute origine, le Commissariat aux langues officielles s’est engagé à dialoguer avec des Canadiens de diverses origines pour mieux saisir leur compréhension des liens entre la dualité linguistique et la diversité culturelle. En 2005, le Commissariat a consulté plusieurs penseurs et leaders d’opinion s’étant penchés sur la question de l’intégration de ces deux concepts. Subséquemment, le Commissariat a tenu les deux premiers forums (Toronto, 2007; Vancouver, 2008) d’une série de quatre sur les perceptions des Canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique, auxquels ont été conviés des représentants de groupes ethnoculturels engagés au sein de leur communauté.

Les 8 et 9 novembre 2011, à Halifax, le Commissariat a tenu le troisième de ces forums de discussion afin de poursuivre le dialogue entamé avec des Canadiens de diverses origines établis dans la région de l’Atlantique. À la différence des deux premiers forums, celui d’Halifax comportait une deuxième journée. Le premier jour portait sur les perceptions des immigrants et nouveaux arrivants d’expression française qui se sont intégrés aux communautés francophones. Le deuxième portait sur les perceptions des Canadiens d’expression anglaise de diverses origines à l’égard de la dualité linguistique et des liens avec la diversité culturelle.

Il ressort de ces deux journées de discussion que les participants, sans exception, ont une profonde appréciation de la dualité linguistique comme valeur fondamentale du Canada et y souscrivent sans réserve. Pour eux, la dualité linguistique ne s’appuie pas sur des considérations historiques et juridiques, mais se situe au cœur de la diversité culturelle canadienne.

Les constats découlant du forum parlent haut et fort de la nécessité de mettre en place des actions bien concrètes pour la pleine intégration de ces deux valeurs canadiennes fondamentales que sont la dualité linguistique et la diversité culturelle. L’analyse des résultats du forum a permis de dégager des pistes d’action qui sont propres au Commissariat ainsi que d’autres qui relèvent d’autres instances gouvernementales et communautaires.

Comme première piste d’action, on note un grand besoin de rapprochement entre les deux communautés linguistiques. Les organismes chargés de la livraison de services aux nouveaux arrivants d’expression anglaise et ceux qui servent les nouveaux arrivants d’expression française auraient intérêt à collaborer davantage. Afin d’appuyer cette collaboration, le Commissariat pourrait davantage sensibiliser et promouvoir la dualité linguistique auprès de ces prestataires de services et des milieux ethnoculturels. Un recensement des bonnes pratiques en matière de dualité linguistique au sein des communautés ethnoculturelles pourrait aussi être utile à cette fin.

L’accès à de la formation linguistique dans les deux langues officielles pour les nouveaux arrivants, notamment d’âge adulte, doit être renforcé. À cet effet, il est recommandé d’évaluer la possibilité d’élargir ou d’améliorer les programmes existants afin d’encourager les nouveaux arrivants à apprendre les deux langues officielles. Il sera aussi important de promouvoir les programmes et outils existant que les Canadiens d’origines diverses peuvent utiliser pour apprendre l’autre langue officielle.

Enfin, il serait important de développer une trousse d’information pré-arrivée au Canada à l’intention des nouveaux arrivants intéressés à venir s’établir en Atlantique. Celle-ci présenterait un portrait plus juste de la spécificité linguistique de chaque province.

Contexte

En 2005, le Parlement du Canada a modifié la partie VII de la Loi sur les langues officielles et désormais, toutes les institutions fédérales ont l’obligation de prendre des mesures positives pour promouvoir la pleine reconnaissance et l’usage du français et de l’anglais dans la société canadienne. Depuis, le Commissariat aux langues officielles examine les moyens de promouvoir la dualité linguistique en tenant compte de la diversité culturelle canadienne.

Soucieux de définir une vision de la dualité linguistique qui reflète plus fidèlement la réalité des Canadiens de toute origine, le Commissariat s’est engagé à dialoguer avec des Canadiens de diverses origines pour mieux saisir leur compréhension des liens entre la dualité linguistique et la diversité culturelle. En 2005, le Commissariat a consulté plusieurs penseurs et leaders d’opinion s’étant penchés sur la question d’intégration de ces deux concepts. Subséquemment, le Commissariat a tenu les deux premiers forums (Toronto, 2007; Vancouver, 2008) d’une série de quatre sur les perceptions des Canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique, auxquels ont été conviés des représentants de groupes ethnoculturels engagés au sein de leur communauté.

Les 8 et 9 novembre 2011, à Halifax, le Commissariat a tenu le troisième de ces forums de discussion afin de poursuivre le dialogue entamé avec des Canadiens de diverses origines établis dans la région de l’Atlantique. À la différence des deux premiers forums, celui d’Halifax comportait une deuxième journée. Alors que le premier jour portait sur les perceptions qu’ont les immigrants et nouveaux arrivants d’expression française qui choisissent de s’intégrer aux communautés francophones dans l’Atlantique, le deuxième portait sur les perceptions qu’ont les Canadiens d’expression anglaise de diverses origines habitant les provinces de l’Atlantique à l’égard de la dualité linguistique et des liens qui existent entre la dualité linguistique et la diversité culturelle.

De plus, le Commissariat, en partenariat avec Citoyenneté et Immigration Canada, la Société Nationale de l’Acadie, l’Office de l’immigration de la Nouvelle-Écosse et l’Office des affaires acadiennes, ainsi que le Musée canadien de l’immigration du Quai 21, souhaitait donner l’occasion aux participants aux discussions sur l’immigration francophone de rencontrer et d’échanger avec les participants aux discussions sur la dualité linguistique et la diversité culturelle. Cette activité de réseautage s’est déroulée au Musée canadien de l’immigration du Quai 21, dans le port d’Halifax, à la fin de la première journée du forum.

Fondements

La dualité linguistique et la diversité culturelle était le thème commun aux deux jours de rencontre. Au volet francophone s’ajoutait le thème de l’immigration dans les communautés francophones et acadienne en situation minoritaire. Cette section présente les fondements sur lesquels ces thématiques ont été abordées dans le cadre de ce forum.

La dualité linguistique et la diversité culturelle

La dualité linguistique renvoie au fait que le Canada possède deux langues officielles qui ont un statut égal et qu’à chacune d’elle est associée une collectivité linguistique qui contribue, par son histoire et ses traits culturels, à faire du Canada le pays qu’il est. De plus, la notion de dualité linguistique met en relief les concepts de ponts entre les communautés, de partage et d’échanges entre francophones et anglophones, qu’ils soient en situation minoritaire ou majoritaire.

La Loi sur les langues officielles, qui est en vigueur depuis plus de 40 ans, ne s’applique qu’aux institutions fédérales; elle ne régit donc pas les gouvernements provinciaux et territoriaux ni les administrations municipales. Cependant, certaines provinces et certains territoires ont adopté des lois et des politiques pour protéger, dans leur sphère de compétence, le français et l’anglais. En Atlantique, le Nouveau-Brunswick est la seule province officiellement bilingue. La Loi sur les langues officielles fut adoptée en 1969 et refondue en 2002Footnote 1. De plus, le Nouveau-Brunswick a adopté la loi sur l’égalité des deux communautés linguistiques, connue sous le nom de la Loi 88Footnote 2. Pour leur part, la Nouvelle-ÉcosseFootnote 3 et l’Île-du-Prince-ÉdouardFootnote 4 disposent d’une Loi sur les services en français, et Terre-Neuve-et-Labrador possède un Bureau des services en français.

La diversité culturelle, quant à elle, est aussi au cœur de l’histoire du Canada. La diversité a toujours fait partie du pays : issu des croisements entre les cultures autochtones, françaises et anglaises, le tissu social s’est enrichi au fil des décennies grâce aux apports des Canadiens de diverses origines. Dans le cadre général de la dualité linguistique, le gouvernement fédéral adopte en 1971 une politique sur le multiculturalisme qui reconnaît l’égale valeur et la dignité de tous les groupes ethnoculturels. Cette politique mènera à l’adoption, en 1988, de la Loi sur le multiculturalisme canadienFootnote 5. Dans cette loi, le gouvernement fédéral reconnaît que la diversité de la population sur les plans de la race, de l’origine nationale, de l’origine ethnique, de la couleur et de la religion, constitue une caractéristique fondamentale de la société canadienne. On considère que la diversité canadienne permet de renforcer le pays, puisqu’elle permet de façonner une société ouverte qui valorise les différences et qui favorise le sentiment d’appartenance. Le Canada se distingue de bon nombre d’autres pays par son expérience en matière de diversité. Ses 33,5 millions d'habitantsFootnote 6 composent une mosaïque culturelle, ethnique et linguistique qui n’existe nulle part ailleurs et dont la diversité raciale, ethnique, linguistique et religieuse continue de s’accroître.

La dualité linguistique et la diversité culturelle constituent donc deux valeurs maîtresses de la société canadienne qui continuent d’interagir, de se compléter et surtout de transformer cette société canadienne. Sachant que le Canada va continuer à connaître d’importants changements sociodémographiques et que la part de Canadiens qui n’auront ni le français ni l’anglais comme langue maternelle continue d’augmenter, le Commissariat a reconnu l’importance de définir une vision de la dualité linguistique qui reflète plus fidèlement la réalité des Canadiens de toute origine.

C’est donc dans cette perspective, et en étant conscient de l’écart qui existe entre les aspirations en matière de dualité linguistique et la réalité, qui montre que la dualité linguistique est absente de la vie quotidienne de nombreux Canadiens, que le Commissariat a lancé cette série de forums afin de mieux comprendre les perceptions des Canadiens et des Canadiennes de diverses origines envers la dualité linguistique.

L’immigration dans les communautés francophones et acadienne en situation minoritaire

Le recensement de 2006 démontre que la population francophone du pays est en décroissance, notamment là où elle est minoritaire. Selon celui-ci : « 4,1 % de la population a le français comme langue maternelle à l'extérieur du Québec, proportion en baisse par rapport à celle observée en 2001 (4,4 %) ».Footnote 7 La région atlantique n’échappe pas à cette réalité.

Le poids démographique des francophones par rapport à la majorité linguistique anglophone varie également de manière importante à l’intérieur même des quatre provinces de l’Atlantique. Les Acadiens et francophones sont majoritaires dans certaines régions de ces provinces, mais demeurent toutefois minoritaires proportionnellement à l’ensemble de la population de chaque province. Jusqu’à récemment, ces communautés ont dû se refermer sur elles-mêmes pour assurer leur survie et le maintien de leur langue et de leur culture. Toutefois, de nouvelles réalités démographiques les interpellent maintenant à aller à l’encontre de ce réflexe historique et de s’ouvrir sur le monde, pour assurer leur survie.

Le portrait sociodémographique et linguistique de l’immigration francophone au Canada démontre qu’il existe d’importants écarts entre le pourcentage de personnes immigrantes d’expression française qui viennent s’établir au Canada comparativement à la proportion de la population francophone du pays, tout particulièrement en milieu minoritaire. Dans un tel contexte, l’immigration francophone représente un enjeu important sur le plan du maintien de l’équilibre linguistique et fait partie de la stratégie des communautés francophones et acadienne pour contrer la décroissance démographique.

Objectifs

Les principaux objectifs du forum d’Halifax étaient de consolider un réseau de partenaires pour les intervenants dans les dossiers de l’immigration francophone, de la dualité linguistique et de la diversité culturelle et d’utiliser l’information recueillie pour orienter les activités futures du Commissariat dans ces domaines.

Plus spécifiquement, les objectifs de la journée sur l’immigration francophone (8 novembre 2011) visaient à entamer la discussion avec de nouveaux arrivants en voie d’intégration ou déjà intégrés aux communautés francophones, sur la construction d’espaces francophones inclusifs et à mieux connaître les perceptions des participants sur les apports de la dualité linguistique canadienne.

Les objectifs spécifiques à la deuxième journée portant sur les perceptions qu’ont les Canadiens d’expression anglaise de diverses origines habitant les provinces de l’Atlantique (9 novembre 2011) étaient de mieux connaître les perceptions qu’ils ont de la dualité et de la diversité dans un contexte canadien et d’approfondir la compréhension du Commissariat des enjeux auxquels ils sont confrontés.

Participants et observateurs

Pour identifier les participants potentiels et assurer la meilleure représentation possible d’intervenants provenant des quatre provinces atlantiques, le Commissariat a fait appel aux groupes ethnoculturels, aux associations multiculturelles et aux organismes d’aide à l’accueil, l’établissement et l’intégration des nouveaux arrivants de ces provinces. La Société Nationale de l’Acadie a aussi été consultée à cet effet.

Ces personnes ont reçu une invitation pour participer au forum. Suivant leur inscription, ils ont reçu l’ordre du jour du forum ainsi qu’un document de réflexion propre au thème de la rencontre à laquelle ils étaient conviés pour leur permettre d’entamer la réflexion sur la dualité linguistique et la diversité culturelle. Ils ont également été invités à remplir et retourner un questionnaire pré-forum qui visait à identifier certaines caractéristiques des participants pour en dégager un profil général.

Les participants invités à la première journée de discussion (8 novembre 2011) représentaient des Canadiens de diverses origines d’expression française établis dans les quatre provinces de l’Atlantique. Ils ont été choisis en raison de leur intérêt à partager leurs expériences liées aux défis et aux occasions que représente l’intégration à une communauté linguistique en situation minoritaire, et à faire part de leurs perceptions de la dualité linguistique.

Des vingt-huit (28) participants au volet francophone, vingt-trois (23) ont rempli et retourné le questionnaire pré-forum. Ces informations ont permis de déterminer que tous sont nés à l’extérieur du Canada et qu’ils habitent dans ce pays depuis en moyenne 11 ans. La majorité des répondants sont d’origine européenne (10) ou africaine (10). Leur profil linguistique est très riche. En fait, dix-huit (18) ont dit être trilingues et onze (11) d’entre eux parlent quatre langues. Bien que seulement douze (12) répondants aient le français comme langue maternelle et un seul l’anglais, vingt-et-un (21) des vingt-trois (23) répondants parlent maintenant les deux langues officielles.

Les participants invités à la deuxième journée de discussion (9 novembre 2011) représentaient les Canadiens de diverses origines d’expression anglaise qui habitent les quatre provinces de l’Atlantique. Ils ont été choisis parmi les associations multiculturelles, les organismes d’aide à l’accueil, l’établissement et l’intégration des nouveaux arrivants, les médias qui représentent et s’intéressent aux groupes ethnoculturels et d’autres personnes concernées par le sujet.

Vingt-cinq (25) participants ont assisté au volet anglophone. Contrairement à la journée précédente, les personnes présentes n’étaient pas forcément issues de l’immigration. Le questionnaire pré-forum a révélé que quatorze (14) des répondants sont nés à l’étranger et sont venus de l’Asie ou du Moyen-Orient (7), de l’Afrique (4) ou de l’Europe (3) pour s’établir au Canada. Douze (12) répondants sont trilingues et six (6) sont quadrilingues. Il convient de noter que dix (10) d’entre eux parlent les deux langues officielles.

De plus, des représentants de groupes communautaires francophones et d’institutions fédérales et provinciales qui œuvrent dans le domaine de l’immigration ou de la diversité culturelle ont également été invités à titre d’observateurs pour la durée du forum. Le Commissariat jugeait qu’il était important de permettre à ces représentants d’entendre de vive voix les propos de ces Canadiens sur la dualité linguistique et la diversité culturelle et ainsi pouvoir tirer de ces discussions certaines pistes de réflexion et d’actions.

1. Programme

La première journée s’est déroulée principalement en français alors que la seconde s’est tenue principalement en anglais. Le programme de chaque journée était similaire et comportait des présentations, des ateliers de discussions ainsi que des sessions plénières. Le programme du forum est disponible à l’Annexe A.

1.1 Mot de bienvenue

En guise d’introduction au forum, le Commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, a souhaité la bienvenue aux participants et observateurs, puis offert sa perspective sur la dualité linguistique et la diversité culturelle. Le Commissaire a affirmé que, contrairement à ce que certains affirment, ces deux notions se complètent, se renforcent et constituent des valeurs fondamentales de la société canadienne.

Le tissu social du Canada, caractérisé depuis toujours par le métissage des cultures anglophone, francophone et autochtone, a été marqué par des épisodes de tension et de négociation, mais également par une compréhension et un dialogue continus. Je crois que c’est le respect des différences linguistiques et culturelles qui a rendu les Canadiens plus ouverts à la diversité au sein de la société canadienne. […]

La dualité linguistique et la diversité culturelle sont au cœur de l’histoire du Canada et constituent maintenant deux valeurs fondamentales de la société canadienne. Les Canadiens de diverses origines adoptent l’une des langues officielles et contribuent à faire vivre la dualité linguistique, ce qui permet aux gens de toutes les origines de participer pleinement à la société canadienne et de l’enrichir sur tous les plans.Footnote 8

1.2 Présentations spéciales

Afin de susciter les discussions en petits groupes, deux présentations spéciales ont été effectuées lors du forum. Dans le cadre du volet francophone, les participants ont visionné une vidéo sur la dualité linguistique réalisée par le Centre d’accueil et d’accompagnement francophone des immigrants du Sud-Est du Nouveau-Brunswick, en partenariat avec le Commissariat aux langues officielles et le Bureau du Commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick. La vidéo présentait sept jeunes immigrants et immigrantes qui se sont exprimés au sujet de la réalité linguistique qu’ils et elles vivent au Canada et au Nouveau-Brunswick. Pour visionner cette vidéo, visitez : http://caiimm.org.

Le deuxième jour, Henry Annan, un jeune étudiant, a fait une présentation sous le thème « La dualité linguistique et la diversité culturelle : expérience et vision d’un jeune engagé. » Ce dernier a partagé son expérience personnelle comme nouvel arrivant originaire du Ghana dans la région d’Halifax. Henry Annan parlait déjà anglais et a développé une réelle passion pour la langue française. Il a notamment fait part du fait qu’il avait saisi toutes les occasions pour apprendre la langue et connaître la culture francophone, entre autres, de par sa participation à des programmes d’immersion en Nouvelle-Écosse et au Québec, de par son rôle de jeune ambassadeur avec l’organisme Le français pour l’avenir et de par sa participation à des concours d’art oratoire.

1.3 Activité passerelle

Le Commissariat aux langues officielles a de plus voulu inclure au programme une activité qui permettrait aux participants des deux volets de se rencontrer et d’échanger sur les thèmes du forum. Une activité de réseautage a été organisée dans la soirée du 8 novembre au Musée canadien de l’immigration du Quai 21, sixième musée national et deuxième établi à l’extérieur de la région de la capitale nationale. Le conférencier invité à cette activité passerelle était Wayn Hamilton, directeur administratif de l’Office des affaires afro-néo-écossaises et ancien éducateur régional auprès de la Nova Scotia Black Educators Association. Engagé dans sa communauté, M. Hamilton a livré un témoignage portant sur l’importance de la dualité linguistique et la diversité culturelle tant sur le plan personnel qu’au sein de sa communauté.

2. Résumé des discussions

Pour chaque volet du forum, les participants ont été répartis en cinq groupes de discussion. Chaque groupe a participé à deux ateliers, animés par un modérateur et appuyés par un preneur de notes. Bien que les observateurs aient assisté aux ateliers, ils furent invités à prendre part aux discussions avec retenue. Cette section résume les discussions en ateliers et les échanges durant les séances plénières.

2.1 Volet « Canadiens de diverses origines d’expression française »

Tel qu’indiqué précédemment, cette journée s’intéressait au parcours et au vécu des immigrants d’expression française qui se sont établis en Atlantique.

Premier atelier – Immigrer dans une communauté francophone ou acadienne de l’Atlantique : défis, possibilités et rapports entretenus avec la communauté d’accueil

Dans le cadre de cet atelier, les participants ont été appelés à discuter de leurs rapports avec la communauté francophone ou acadienne d’accueil et à réfléchir à leur rôle dans l’espace francophone local, régional et national. Les discussions ont porté sur les sujets suivants :

Sens d’appartenance

Les participants ont souligné les grandes divergences qui existent d’une province à l’autre en Atlantique quant au fait français. Sauf dans le cas du Nouveau-Brunswick, les nouveaux arrivants d’expression française ont dit ne pas avoir su où trouver des services en français et comment prendre contact avec les communautés francophones et acadienne locales. Ils considèrent que ces dernières sont peu visibles. D’après les participants, cela a pour effet que le nouvel arrivant d’expression française s’intègre plutôt, au moins initialement, à la communauté majoritaire anglophone.

Une fois la communauté francophone repérée, ils ont dit avoir pu y développer un sens d’appartenance, notamment par l’entremise de plusieurs milieux, dont l’école – souvent perçue comme le premier point d’attache – le milieu de travail, les centres communautaires, le bénévolat et la famille.

Cependant, les nouveaux arrivants d’expression française ont dit se sentir souvent partagés entre le désir d’appartenir à une communauté francophone et le besoin de s’intégrer au marché du travail, qui nécessite la maîtrise de l’anglais. Tant que cette langue n’est pas maîtrisée, l’apprentissage de celle-ci devient une priorité.

Ce sentiment de loyauté partagée prend les nouveaux arrivants au dépourvu; en venant au Canada, ils ne s’attendaient pas à devoir choisir entre le français et l’anglais, mais croyaient plutôt profiter des deux langues et des deux cultures. Plusieurs participants se sont dits surpris par la réalité linguistique du pays. L’impression qu’ils avaient du Canada avant leur arrivée au pays était que tous les Canadiens parlaient le français et l’anglais couramment. Ils ne s’attendaient pas à se retrouver dans une dynamique majorité-minorité où deux communautés linguistiques évoluent en parallèle.

De plus, les participants considèrent que les communautés rurales sont parfois moins ouvertes aux nouveaux arrivants que celles des plus grands centres. Ils n’apprécient pas le fait de se faire souvent demander « D’où viens-tu? ». Cette question leur laisse sous-entendre qu’ils sont différents, qu’ils viennent d’ailleurs et qu’ils ne font pas partie de la communauté. Les différents accents français posent certaines difficultés de compréhension, ce qui rend parfois leur intégration en milieu de travail plus difficile.

En général, s’intégrer au marché du travail est une source de frustration. Ils considèrent que les employeurs placent une trop grande importance sur l’expérience canadienne sans tenir suffisamment compte des qualifications et de l’expérience professionnelle acquises dans d’autres pays.

Malgré les défis énumérés précédemment, plusieurs participants ont dit avoir choisi d’immigrer au Canada en raison de la qualité de vie, des espaces verts et du respect des droits humains. Sur ce plan, ils ne regrettent pas leur décision.

Valeurs

Selon les participants, les nouveaux arrivants d’expression française et les communautés francophones et acadienne de l’Atlantique partagent de nombreuses valeurs, notamment  l’importance de la famille, l’entraide, l’amour de la langue française, la simplicité, la curiosité et l’ouverture. Ils apprécient la place qu’occupe le bénévolat dans leur communauté d’adoption et le considèrent comme une valeur forte et positive.

Bien que la liberté individuelle soit une valeur canadienne fort appréciée, ils ne partagent pas nécessairement les valeurs individualistes propres à la société canadienne. Beaucoup disent avoir des valeurs plus collectivistes.

Les participants ont aussi noté le peu d’importance qu’on accorde au Canada au rôle et à la place des aînés au sein de la communauté et de la famille, contrairement à celui qu’ils occupent dans leurs pays d’origine. Ils déplorent que l’âge ne soit pas valorisé en Amérique du Nord et que les aînés soient souvent tenus à l’écart de la vie active.

Participation à la vie en français

La difficulté de pouvoir identifier la communauté francophone au sein des plus grands centres, comme Halifax et St. John’s, a été soulevée. C’est surtout par l’entremise de leurs activités de bénévolat ou de leur milieu de travail que les nouveaux arrivants participent et contribuent aux communautés francophones et acadiennes. Leur participation s’amorce et se poursuit par le biais d’activités sportives, culturelles et communautaires.

L’école est souvent très importante comme premier point de contact entre les nouveaux arrivants et les communautés francophones et acadiennes d’accueil. Les parents ont la chance de se côtoyer et de développer des liens. C’est aussi un bon endroit pour accéder à des informations sur les activités des organismes communautaires. Ainsi, d’après les participants, une intégration réussie des enfants à l’école contribue fortement au développement du sens d’appartenance chez les enfants et semble mener à une participation plus active de la part des parents.

Par contre, les participants ont noté que même si les communautés comptent sur l’immigration pour maintenir les écoles francophones dans les provinces atlantiques, les structures d’accueil et d’accompagnement des nouveaux élèves et de leur famille sont encore inadéquates. À titre d’exemple, certains parents originaires d’un pays francophone, mais ne parlant pas suffisamment le français pour aider leurs enfants avec les devoirs, disent qu’ils sont laissés à eux-mêmes. De façon générale, certains participants ont soulevé le fait que certaines écoles francophones n’offrent pas autant d’occasions que les écoles anglophones, par exemple en matière d’équipements. Aussi, les écoles francophones étant moins nombreuses, elles couvrent un territoire plus étendu, ce qui occasionne des trajets d’autobus plus longs pour les élèves qui fréquentent ces écoles.

Deuxième atelier – La dualité linguistique en interaction avec la diversité culturelle : perceptions, défis et avantages

Le deuxième atelier cherchait à identifier les occasions et défis qui se présentent aux nouveaux arrivants d’expression française du fait qu’ils se trouvent au carrefour de la dualité linguistique et de la diversité culturelle. Ils ont été invités à échanger sur la dualité linguistique et leur rapport particulier à celle-ci en tant que membres à la fois de la minorité linguistique au Canada et d’une minorité culturelle.

Rôle de la dualité linguistique dans votre milieu

L’écart qui existe entre les aspirations du Canada en matière de dualité linguistique et la réalité de celle-ci au quotidien est l’un des points qui a fait la quasi-unanimité. Une participante a cité en exemple la Nouvelle-Écosse, où la communauté francophone est enclavée et où le français est quasi inexistant à l’extérieur de ces enclaves. Il en est de même à Terre-Neuve-et-Labrador et à l’Île-du-Prince-Édouard, selon les participants de ces provinces. Le Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue et ayant la plus importante proportion de francophones, semble faire exception, malgré les variations entre les régions à forte concentration anglophone et celles à forte concentration francophone. La précarité des communautés francophones et acadienne, notamment en raison de leur faible poids démographique, est ressortie à plusieurs reprises dans les discussions.

Les participants ont exprimé le besoin de mieux comprendre ce que l’on entend par dualité linguistique et bilinguisme, car ils considèrent ces concepts assez flous et croient qu’il y a plusieurs interprétations. Certains rattachent la dualité linguistique à une question de droits ou de services dans l’une ou l’autre langue, tandis que d’autres l’associent à une question de reconnaissance et de valorisation des deux cultures. Cependant, tous reconnaissent que la dualité linguistique est un atout important en Atlantique et que celui-ci est important dans le contexte de mondialisation actuel.

Participation à la dualité linguistique

Plusieurs thèmes soulevés dans le cadre du premier atelier ont été repris ici, c'est-à-dire le défi de vivre pleinement en français en Atlantique, le besoin de maîtriser l’anglais pour des raisons économiques et le sentiment d’une loyauté partagée entre les deux communautés ou cultures prédominantes.

Les participants ont exprimé clairement leur appui envers la dualité linguistique et leur adoption de cette valeur canadienne comme la leur. Ils ont apporté plusieurs suggestions afin d’en faire une plus grande réalité dans la vie de tous, anglophones, francophones, nouveaux arrivants et autres. Pour ce faire, ils ont souligné l’importance de valoriser le français auprès des anglophones et de leur donner plus d’occasions d’apprendre le français et d’interagir avec les francophones en français. L’importance pour les nouveaux arrivants d’avoir accès à des cours de langues de leur choix, indépendamment de leur langue maternelle, et d’avoir la possibilité d’apprendre les deux langues plutôt que de devoir choisir entre elles, est aussi ressortie à plusieurs reprises.

Pour eux, le statut égalitaire des deux langues est acquis. Bien qu’ils apprécient l’histoire du Canada et qu’ils soient conscients des conflits qui l’ont marquée, ils veulent en faire abstraction et partir sur un réel pied d’égalité avec le français et l’anglais.

En même temps, ils reconnaissent la prédominance de l’anglais et le statut minoritaire du français en Atlantique. Tout comme les Acadiens d’origine, ils craignent d’être assimilés par la culture anglaise à cause de leur milieu de travail, le manque de ressources en français et la prédominance de la culture populaire nord-américaine anglophone qui est souvent privilégiée par leurs enfants.

Dualité linguistique et diversité culturelle

Certains participants, bien que parlant français, disent ne pas avoir le même rapport avec la langue française que les Acadiens et les francophones pour qui le français fait partie de l’héritage culturel. Pour ces participants, le français est une langue qui leur a été imposée ou encore qu’ils ont choisi d’apprendre. Cependant, ils estiment que le fait d’appartenir à une minorité ethnique ou culturelle les rend plus sensibles aux enjeux de la dualité linguistique et au respect des droits des francophones en milieu minoritaire.

D’autre part, certains participants estiment que la force de la dynamique français-anglais en Atlantique laisse peu de place pour d’autres cultures et que la région atlantique est davantage dans une mouvance biculturelle que multiculturelle. Selon ceux-ci, la dualité linguistique ne devrait pas aller à l’encontre de la diversité culturelle. La dualité linguistique devrait faire partie intégrante de la diversité culturelle.

Les participants ont tenu à préciser la nécessité de protéger et de renforcer le français afin d’éviter que l’afflux des nouveaux arrivants ne mine le poids linguistique des francophones.

2.2 Volet « Canadiens de diverses origines d’expression anglaise »

La deuxième journée de discussion rassemblait des représentants de groupes ethnoculturels, d’associations multiculturelles ou d’organismes offrant des services aux nouveaux arrivants. Contrairement à la journée précédente, les participants n’étaient pas nécessairement des immigrants au Canada. Plusieurs étaient d’origine canadienne.

Premier atelier – La société canadienne en évolution : valeurs et perceptions de la diversité culturelle

Au cours du premier atelier, les participants ont pu échanger sur leur compréhension des valeurs fondamentales de la société canadienne et discuter du sens du terme « diversité culturelle ».

Les valeurs fondamentales de la société canadienne

Tout comme les participants de la première journée, ceux-ci ont reconnu les mêmes valeurs et caractéristiques positives du Canada, à savoir : l’importance de la famille, de l’entraide et du bénévolat, ainsi que l’ouverture à la diversité et à la tolérance. À celles-ci est venue s’ajouter la reconnaissance du Canada comme un État de droit où l’importance des droits humains et des libertés individuelles est fortement enracinée. Pour eux, le Canada est une véritable démocratie où il est possible de s’épanouir et de contribuer à sa juste valeur, indépendamment de la classe sociale à laquelle on appartient, son origine ethnique ou ses affiliations familiales. L’accès universel à l’éducation et aux services de santé a aussi été mentionné à plusieurs reprises comme étant une autre caractéristique fondamentale du Canada.

Diversité culturelle

Comparativement à d’autres pays, le Canada a toujours été un pays reconnu pour sa tolérance et son ouverture. Les participants voient une évolution positive dans la société canadienne quant à l’ouverture, à la place accordée aux différentes cultures et à l’intégration de gens de diverses origines. Ils voient également une évolution sur le plan de l’identité canadienne. Selon eux, autrefois les Canadiens percevaient leur pays comme essentiellement biculturel. Aujourd'hui, bien que l’héritage français et anglais reste central à cette identité, les Canadiens semblent percevoir leur pays comme étant davantage multiculturel et reconnaissent l’apport des autres groupes ethnoculturels du pays.

Grâce aux activités à caractère multiculturel, les gens ont davantage l’occasion de découvrir d’autres cultures. Cependant, certains participants considèrent que ces échanges restent à un niveau plutôt superficiel et que les occasions de rapprochement interculturel au quotidien sont plutôt rares.

Même pour les Canadiens de diverses origines vivant au Canada depuis longtemps ou pour les membres des minorités visibles qui sont nés au Canada, il peut être difficile de se sentir citoyen à part entière. Le fait de se faire demander régulièrement « D’où viens-tu ? », même si cette question semble inoffensive et refléte un intérêt à mieux connaître l’autre, elle renforce néanmoins le sentiment chez les Canadiens de diverses origines de ne pas appartenir pleinement à la communauté et de ne pas être de « vrais » Canadiens. Le phénomène « CFA (Come from Away) », qui signifie « venant d’ailleurs », est encore présent dans les communautés. Selon les participants, il serait plus prononcé dans des communautés rurales de l’Atlantique et davantage à Terre-Neuve-et-Labrador et à l’Île-du-Prince-Édouard, provinces insulaires qui jusqu’à récemment ont connu une population relativement homogène sur le plan culturel.

Enfin, les participants nés à l’étranger ont aussi exprimé de la frustration quant à leur intégration au marché du travail. L’importance d’avoir de l’expérience professionnelle canadienne semble occuper une place trop importante quand un employeur potentiel évalue une candidature par rapport aux autres qualifications du candidat immigrant. Certains vont même jusqu’à dire que ce critère sert de prétexte pour ne pas embaucher les nouveaux arrivants.

Deuxième atelier – L’interaction de la dualité linguistique et de la diversité culturelle : Des pistes d’action pour un meilleur arrimage

Ce deuxième atelier a mis l’accent sur la dualité linguistique et la façon dont elle interagit avec la diversité culturelle. Les participants ont été encouragés à partager leurs expériences personnelles avec la dualité linguistique et la diversité culturelle et à suggérer des pistes d’action pour l’avenir.

Place de la dualité linguistique

Les participants ont reconnu la dualité linguistique comme étant une valeur fondamentale de la société canadienne. Toutefois, au quotidien, la dualité linguistique est peu présente, sinon inexistante. On note des différences entre le Nouveau-Brunswick et les autres provinces de l’Atlantique. Par son statut de province officiellement bilingue, le Nouveau-Brunswick se démarque des autres provinces atlantiques car tous les services gouvernementaux sont disponibles dans les deux langues. Cependant, même dans cette province, il est commun de vivre presque uniquement en anglais, avec très peu d’interaction avec les communautés francophones et acadienne.

Manifestation de la dualité linguistique

Le manque d’interaction entre les communautés linguistiques et le manque d’occasions d’apprendre le français semblent être une grande source de frustration pour les participants canadiens de diverses origines d’expression anglaise, qu’ils soient originaires du pays ou immigrants. Avant d’arriver au Canada, nombre d’entre eux croyaient que tous les Canadiens maîtrisaient le français et l’anglais et que les deux langues et les deux cultures bénéficiaient d’un statut égal. Depuis leur arrivée au Canada atlantique, ils constatent avec regret que tel n’est pas le cas.

L’importance de la dualité linguistique et le désir de bien maîtriser les deux langues officielles sont ressortis des discussions à maintes reprises. Les participants ont dit déplorer le fait que les services d’accueil et d’intégration du pays ne favorisent pas l’apprentissage des deux langues officielles. Les programmes d’apprentissage des langues destinés aux nouveaux arrivants leur demandent de choisir l’une des deux langues officielles. Ils déplorent aussi le manque de ressources permettant aux nouveaux arrivants d’apprendre ou de perfectionner les deux langues officielles. Présentement, les nouveaux arrivants choisissent plus fréquemment d’apprendre l’anglais afin d’accroître leurs chances d’intégrer le marché du travail.

Certains participants qui ont réussi à identifier une communauté francophone ou acadienne au sein de la plus grande communauté anglophone trouvent quand-même difficile de s’en rapprocher s’ils ne maîtrisent pas le français. Ils estiment qu’il y a un manque d’ouverture de la part des francophones, même lorsqu’ils démontrent un intérêt sincère pour cette culture et le désir de la connaître et de participer à ses manifestations culturelles.

Dualité linguistique et diversité culturelle

Dans l’ensemble, les participants estiment que la dualité linguistique et la diversité culturelle sont complémentaires et que la maîtrise des deux langues officielles est un atout. Par contre, ils déplorent que la responsabilité d’apprendre les deux langues revienne à l’individu. Pour les enfants des nouveaux arrivants anglophones, l’accès aux programmes d’immersion en français n’est pas uniforme d’une province à l’autre. Ils doivent donc se satisfaire des cours de français offerts dans les écoles anglophones. Ceci limite les occasions de pratiquer le français à l’extérieur de ces cours. En plus, pour certains parents, l’apprentissage du français comme langue seconde entre en conflit avec la préservation de leur langue maternelle ou d’origine et la transmission de celle-ci à leurs enfants. Ils ont l’impression que la dualité linguistique mène à une hiérarchie des langues et des cultures.

Par ailleurs, quelques parents immigrants présents se sont dits frustrés par le fait que leurs enfants, qui parlent le français, n’ont droit à une éducation en français parce que le français n’est pas leur langue maternelle ni celle de l’un ou l’autre de leurs parents. Ces parents acceptent mal de ne pouvoir choisir eux-mêmes la langue dans laquelle leurs enfants seront éduqués.

Pistes d’action

Suite à ces deux jours de discussion, il est possible de dégager certaines pistes d’action. La première vise à augmenter les ressources consacrées aux langues officielles ainsi que l’accès à la formation linguistique. Par exemple, l’élargissement des programmes linguistiques de Citoyenneté et Immigration Canada pour fournir un accès à la formation dans la deuxième langue officielle serait un atout selon les participants. Ces derniers considèrent que le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux de la région atlantique doivent jouer un rôle de leadership sur ce plan, tant du côté des exigences en matière de dualité linguistique dans les écoles qu’en matière d’immigration.

Pour ce faire, ils ne croient pas nécessaire de réinventer la roue en créant un nouveau plan d’action. Un participant a suggéré de s’appuyer sur la recherche suivante qui a été effectuée en 2004 pour le compte de Patrimoine canadien, PLAN DEUX MILLE TREIZE (2013) Stratégies pour une approche nationale de l’enseignement d’une langue seconde,Footnote 9qui offre déjà un excellent plan d’action pour améliorer le niveau de bilinguisme dans le pays et renforcer la dualité linguistique.

Les participants croient que l’apprentissage du français doit être obligatoire dans le curriculum scolaire anglophone, tout comme les mathématiques et l’histoire. Les ressources doivent aussi être allouées pour permettre l’acquisition du français et de l’anglais aux nouveaux arrivants, plutôt que de les obliger à choisir entre les deux. A leur avis, un meilleur accès à l’éducation en français, pour tous dans l’ensemble de la région atlantique, doit être assuré et des cours de langues secondes doivent être offerts et accessibles aux adultes qui souhaitent s’en prévaloir.

De plus, selon les participants, le Commissariat aux langues officielles doit jouer un rôle clé auprès des communautés multiculturelles afin de donner suite au forum d’Halifax. Il doit promouvoir la dualité linguistique dans ces communautés et outiller les communautés ethnoculturelles afin qu’elles y contribuent et la renforcent.

3. Analyse

Il ressort que tous les participants à ce forum ont une profonde appréciation de la dualité linguistique comme valeur fondamentale du Canada et y souscrivent sans réserve. Pour eux, la dualité linguistique ne s’appuie pas sur des considérations historiques et juridiques mais se situe au cœur de la diversité culturelle canadienne.

Les participants nous ont permis de mieux connaître la perception que des étrangers peuvent avoir du Canada, soit un pays où les droits humains et les libertés individuelles sont fortement enracinées et où la qualité de vie est excellente et accessible à tous. Bien qu’ils soient surpris, voire même déçus par la dichotomie majorité-minorité et par le fait que les deux communautés linguistiques vivent souvent en parallèle, ils conservent une opinion positive du Canada.

Quant à la dualité linguistique, les participants ont à plusieurs reprises déploré le fait que la langue française a, en quelque sorte, un statut secondaire dans la région atlantique. Ils attribuent ce phénomène au manque d’ouverture de la population en général et au manque de visibilité des communautés francophones et acadienne à l’extérieur des cercles francophones.

Les participants au volet « Canadiens de diverses origines d’expression française » ont toutefois fait des constats distincts de ceux émis le lendemain. Ces constats sont les suivants :

  • Sauf au Nouveau-Brunswick, la population et les institutions francophones sont peu visibles pour les nouveaux arrivants. Cela s’explique en partie par un manque d’information au sujet de celles-ci tant au niveau pré-départ qu’à l’arrivée des nouveaux arrivants au Canada atlantique.
     
  • Considérant le manque de ressources pour l’apprentissage des deux langues officielles, les nouveaux arrivants sentent l’obligation de choisir l’anglais pour pouvoir s’intégrer au marché du travail.
     
  • Il est parfois difficile pour les nouveaux arrivants d’expression française de s’intégrer à la communauté francophone et acadienne locale sans activement militer pour la cause francophone.

Cette section présente des constats spécifiques émis par les participants au volet « Canadiens de diverses origines d’expression anglaise ».

  • La communauté francophone est perçue comme étant renfermée sur elle-même et les anglophones de diverses origines ne se sentent pas les bienvenus à participer à leurs manifestations sociales et culturelles.
     
  • Pour les allophones, la priorité est d’apprendre l’anglais pour des raisons économiques. Ensuite vient la volonté de préserver leur langue d’origine pour des raisons culturelles et familiales. Cette réalité explique pourquoi l’apprentissage du français n’est pas nécessairement prioritaire.4.0

4. Recommandations

Les constats découlant du forum parlent haut et fort de la nécessité de mettre en place des actions concrètes pour la pleine intégration de ces deux valeurs canadiennes fondamentales que sont la dualité linguistique et la diversité culturelle. L’analyse des discussions du forum permet de dégager des recommandations propres au Commissariat ainsi que des recommandations qui relèvent d’autres instances gouvernementales et communautaires.

Recommandation 1 :

La première recommandation touche le grand besoin de rapprochement entre les deux communautés linguistiques. À titre d’exemple, les organismes chargés de la livraison de services aux nouveaux arrivants d’expression anglaise et ceux qui servent les nouveaux arrivants d’expression française auraient intérêt à collaborer davantage.

Afin d’appuyer cette démarche, le Commissariat pourrait davantage sensibiliser et promouvoir la dualité linguistique auprès de ces prestataires de services et des milieux ethnoculturels. A cette fin, un recensement des bonnes pratiques en matière de dualité linguistique au sein des communautés ethnoculturelles pourrait aussi être utile.

Recommandation 2 :

L’accès à la formation linguistique dans les deux langues officielles pour les nouveaux arrivants, notamment d’âge adulte, doit être renforcé. À cet effet, les participants recommandent aux instances qui en sont responsables d’évaluer la possibilité d’élargir ou d’améliorer les programmes existants afin d’encourager les nouveaux arrivants à apprendre les deux langues officielles. Il serait aussi important de promouvoir les programmes et outils déjà en place dont peuvent se prévaloir les Canadiens d‘origines diverses pour pouvoir apprendre l’autre langue officielle.

Recommandation 3 :

La dernière recommandation vise l’information véhiculée avant l’arrivée en sol canadien et plus particulièrement en Atlantique. Il serait important de développer une trousse d’information à l’intention des nouveaux arrivants qui présente un portrait plus juste de la spécificité linguistique de chaque province.

5. Évaluation du forum

Vingt-cinq participants ont répondu au formulaire d’évaluation qui leur a été envoyé après le forum. L’évaluation visait à fournir une mesure de la performance quant à l’organisation de l’activité, l’atteinte des objectifs, ainsi que la production d’impacts à court terme. Le forum s’inscrivait sous deux axes ou priorités du Commissariat: promouvoir, auprès des deux collectivités de langue officielle, la valeur de la dualité linguistique comme un des facteurs clés de l’identité canadienne et, à plus long terme, appuyer les communautés de langue officielle en situation minoritaire afin de favoriser leur développement et leur épanouissement. Les participants étaient d’avis que le forum a rempli ses objectifs. Le forum leur a permis de partager leurs expériences et perceptions à l’égard de la dualité linguistique, de la diversité culturelle, et de l’intégration de la diversité culturelle au sein des communautés de langue officielle. Il leur a permis de mieux comprendre les réalités et les perceptions de personnes de diverses origines à l’égard de la dualité linguistique et de la diversité culturelle, a contribué à les sensibiliser à l’importance et la valeur de la dualité linguistique et du bilinguisme et leur a permis de mieux connaître le rôle du Commissariat.

Pour ce qui est des impacts à court terme, les répondants ont indiqué que leur présence au forum les a amené à réfléchir et à parler de la dualité linguistique et de la diversité culturelle dans leur milieu personnel, professionnel ou communautaire. Les répondants ont indiqué que le forum les a amené à: « en discuter et à en faire profiter les personnes de leur entourage », « en discuter avec des amis, en famille, au travail… », « en informer des collègues », et « en parler à du personnel ». Bien que moins de répondants ont indiqué que leur présence au forum les a mené à poser des actions relativement à la dualité linguistique et à la diversité culturelle, certains ont indiqué prévoir des actions comme « créer une liste de services disponibles dans diverses langues, produire du matériel dans plusieurs langues », « intégrer la diversité linguistique et culturelle à des projets scolaires ».

Conclusion

Le Commissariat aux langues officielles a la responsabilité de protéger les droits linguistiques et de faire la promotion du français et de l’anglais dans la société canadienne. Reconnaissant que le Canada est un pays de plus en plus diversifié sur le plan de l’ethnicité et de la culture, le Commissariat a souhaité s’informer sur les perceptions et les défis que rencontrent les Canadiens de diverses origines. Durant ce troisième forum d’une série de quatre, les Canadiens d’origines diverses de l’Atlantique ont eu l’occasion de partager leurs expériences et leurs compréhension de la dualité linguistique au Canada. Cette série de forums, dont celui d’Halifax, permettra au commissaire aux langues officielles de mieux orienter ses recommandations à l’intention du gouvernement fédéral en vue de favoriser l’épanouissement des communautés linguistiques en situation minoritaire. Les discussions auxquelles ils ont pris part portaient sur l’avenir du Canada en tant que pays multiculturel, où le dialogue national se déroule dans les deux langues officielles.

Comme le disait Sir Wilfrid Laurier en 1905 : « Nous accueillerons toutes les nations du monde. […] Nous aurons un pays dans lequel chacun d’entre nous se souviendra d’où il vient. Nous chérirons toujours nos origines, mais nous prendrons notre place dans le présent, et nos enfants prendront leur place dans l’avenir, et tous deviendront Canadiens. »Footnote 10 Voilà ce que souhaitent les Canadiens d’origines diverses.

Annexe A – Programme

Volet « Canadiens de diverses origines d’expression française »

Le 8 novembre 2011 – Ordre du jour

Heure Activité Détails
10 h Inscription et café  
10 h 30 Mot de bienvenue et tour de table Animatrice : Pauline Roy, Diversis Inc.
11 h 10 Mise en contexte Graham Fraser, commissaire aux langues officielles
De Toronto à Halifax : la démarche du Commissariat aux langues officielles

Johanne Lapointe, directrice, Politiques et Recherche, Commissariat aux langues officielles
Résultats obtenus à l’aide du questionnaire préparatoire et thèmes de discussion
11 h 30 Atelier 1 Immigrer dans une communauté francophone ou acadienne de l’Atlantique : défis, possibilités et rapports entretenus avec la communauté d’accueil (en sous-groupes)
12 h 30 Dîner  
13 h 30 Présentation Espaces francophones et dualité linguistique : expérience et vision de jeunes engagés
14 h Atelier 2 La dualité linguistique en interaction avec la diversité culturelle : perceptions, défis et avantages (en sous-groupes)
15 h Pause santé  
15 h 15 Plénière Partage des faits saillants des ateliers et réflexion sur les pistes d’action
16 h 15 Prochaines étapes


Mot de la fin
Johanne Lapointe, directrice, Politiques et Recherche, Commissariat aux langues officielles

Graham Fraser, commissaire aux langues officielles.
16 h 30 Fin du volet  

Volet « Canadiens de diverses origines d’expression anglaise »

Le 9 novembre 2011 – Ordre du jour

Heure Activité Détails
8 h 30 Inscription et déjeuner  
9 h Mot de bienvenue et tour de table Animatrice : Pauline Roy, Diversis Inc.
9 h 45 Mise en contexte Graham Fraser, commissaire aux langues officielles
La dualité linguistique et la diversité culturelle d’hier à aujourd’hui

Johanne Lapointe, directrice, Politiques et Recherche, Commissariat aux langues officielles
Résultats obtenus à l’aide du questionnaire préparatoire et thèmes de discussion
10 h 15 Pause santé  
10 h 30 Atelier 1 La société canadienne en évolution : valeurs et perceptions de la diversité culturelle (en sous-groupes)
11 h 45 Dîner  
12 h 45 Plénière Partage des faits saillants des discussions du premier atelier
13 h 30 Présentation La dualité linguistique et la diversité culturelle : expérience et vision d’un jeune engagé
13 h 45 Atelier 2 L’interaction de la dualité linguistique et la diversité culturelle : Des pistes d’action pour un meilleur arrimage (en sous-groupes)
14 h 45 Pause santé  
15 h Plénière Graham Fraser, commissaire aux langues officielles (introduction à la plénière)

Partage des faits saillants des discussions du deuxième atelier
16 h 10 Prochaines étapes et mot de la fin Johanne Lapointe, directrice, Politiques et Recherche, Commissariat aux langues officielles
16 h  Fin du forum  
 

Footnotes

Footnote 1

Loi sur les langues officielles (L.N.-B. 2002, ch. O-0.5)

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Footnote 2

Loi reconnaissant l’égalité des deux communautés linguistiques officielles au Nouveau-Brunswick (L.R.N.-B. 2011, ch. 198)

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Footnote 3

Loi sur les services en français. 2004, c. 26, art. 1.

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Footnote 4

French Language Services Act, chapitre F-15.1

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Footnote 5

Loi sur le multiculturalisme canadien (projet de loi C-93)

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Footnote 6

Statistique Canada, La population canadienne en 2011 : effectifs et croissance démographique, http://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2011/as-sa/98-310-x/98-310-x2011001-fra.cfm.

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Footnote 7

Statistique Canada, Recensement de 2006 : Le portrait linguistique en évolution, Recensement de 2006 : résultats.

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Footnote 8

Commissariat aux langues officielles, Notes pour une allocution au Forum de discussion sur les perceptions des Canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique – Séance à l’intention des Canadiens d’expression anglaise de diverses origines, Halifax, le 9 novembre 2011.

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Footnote 9

http://publications.gc.ca/pub?id=295123&sl=0

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Footnote 10

Commissariat aux langues officielles, Perceptions des Canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique – Forum de discussion tenu à Toronto le 26 octobre 2007, Annexe 3 : Notes d’allocution de la très honorable Adrienne Clarkson.

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Date de modification :
2018-09-13