Archivé - Notes pour une allocution aux employés du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada sur l'importance de la Journée de la dualité linguistique

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Ottawa (Ontario), le 13 septembre 2013
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Bonjour à toutes et à tous.

C'est pour moi un immense plaisir de me trouver ici aujourd'hui au Secrétariat du Conseil du Trésor. Je suis très reconnaissant que vous m'ayez invité, pour discuter de l'importance de la dualité linguistique au sein de la fonction publique fédérale et vous faire connaître mon opinion sur l'importance du leadership et de la collaboration, puisque ces deux caractéristiques concernent nos langues officielles.

Je suis également heureux de vous entretenir brièvement de mon propre parcours de l'apprentissage de ma seconde langue officielle.

Mais tout d'abord, j'aimerais vous parler de la dualité linguistique. C'est un sujet qui me tient énormément à cœur, et qui, je l'espère, est également important pour vous. On y accorde beaucoup d'attention à cette période de l'année, car nous soulignons la Journée de la dualité linguistique le deuxième jeudi de septembre. C'était hier. En fait, il y a maintenant cinq ans que le gouvernement du Canada a décidé de marquer cette occasion spéciale.

Je devrais aussi mentionner que la Journée de la dualité linguistique coïncide cette année avec la publication d'une toute nouvelle étude qu'a réalisée le Commissariat. Celle-ci porte sur la formation linguistique au sein de la fonction publique fédérale. Cet après-midi, j'aimerais prendre un peu de mon temps pour vous faire part de quelques-unes de nos constatations et de nos recommandations.

En bref, la dualité linguistique fait partie de notre identité commune. Cette double identité appartient à tous les Canadiens et même à ceux qui ne parlent pas les deux langues.

Ni le français ni l'anglais ne sont des langues étrangères. Elles sont des langues canadiennes. Nos deux langues appartiennent à tous les Canadiens, peu importe leurs origines linguistiques, ou qu'ils soient bilingues ou unilingues.

Aujourd'hui, au Canada, il y a plus de sept millions de personnes dont la première langue est le français, et plus de 25 millions qui parlent l'anglais. Environ 17 p. 100 des Canadiens sont bilingues. Rendre tous les Canadiens bilingues n'est ni une réalité ni un objectif de la Loi sur les langues officielles.

La dualité linguistique est une valeur. C'est un atout et non un fardeau. La dualité linguistique fait partie intégrante de la fonction publique fédérale et constitue un moyen pour chaque employé de contribuer au meilleur de ses capacités.

Dans la fonction publique fédérale, la représentation des langues officielles n'a pratiquement pas changé depuis les 25 dernières années. Près du tiers des fonctionnaires, y compris les employés à temps plein et les cadres supérieurs, indiquent que le français est leur première langue officielleNote de bas de page 1.

Le tiers des bureaux et des points de service sont tenus d'offrir des services bilingues, et 40 p. 100 des postes exigent de connaître les deux langues officiellesNote de bas de page 2.

En tant que leaders actuels et futurs, vous avez un rôle essentiel à jouer en soulignant l'importance de la dualité linguistique dans l'ensemble de la fonction publique. Vous devez faire en sorte qu'elle fasse partie de vos pratiques dans le milieu de travail en l'intégrant en tant que valeur fondamentale. Tout le monde a un rôle de leadership à jouer au Conseil du Trésor lorsqu'il est question de dualité linguistique. Elle doit occuper une grande partie de l'ADN de chaque personne.

Vous savez, je suis toujours ravi de voir nos élus faire preuve de leadership en utilisant les deux langues officielles à la Chambre des communes. Je sais, par exemple, que le président du Conseil du Trésor prend ses responsabilités de leader au sérieux à cet égard. Ce simple geste peut en inciter d'autres sur la Colline du Parlement, au Conseil du Trésor et dans l'ensemble de la fonction publique à envisager la dualité linguistique dans l'exercice de leur fonction.

Peu importe le poste que vous occupez, que vous supervisiez des employés ou que vous fournissiez un service au secrétaire, ou peut-être même au président du Conseil du Trésor, vous aurez l'occasion de faire preuve de leadership en respectant la dualité linguistique.

Ce leadership doit d'abord être démontré dans les plus hauts échelons des institutions fédérales. Je ne crois pas que les leaders du gouvernement réalisent à quel point leur attitude envers la dualité linguistique peut influencer leur culture organisationnelle.

Cela dit, le respect de la dualité linguistique ne se limite pas seulement à la notion du leadership. Faire un effort conscient et concerté pour parler français ou anglais dans le milieu de travail peut aider à améliorer la collaboration entre les collègues au sein des équipes de travail et dans toutes les institutions fédérales – on pourrait tout aussi bien dire, dans l'ensemble de la fonction publique.

En tant qu'employés travaillant au Conseil du Trésor, soit un organisme central qui communique avec l'ensemble des services gouvernementaux, vous êtes bien placés pour faire preuve de leadership et pour améliorer la collaboration, et ce, simplement en intégrant la dualité linguistique dans vos échanges avec les autres institutions fédérales.

Comme plusieurs d'entre vous, je n'ai pas toujours parlé ma seconde langue officielle. En fait, à l'été 1965, j'ai commencé à apprendre le français alors que j'étais un jeune étudiant visitant Québec pour la première fois. Je me souviens qu'un collègue de classe parfaitement bilingue m'a confié que je me comportais différemment lorsque je m'exprimais en français. « Bien sûr que je suis différent! », lui ai-je répondu. « Je suis stupide, je m'exprime mal et je n'ai aucun sens de l'humour! ».

À mon entrée en fonction il y a sept ans, je n'étais pas certain de la qualité de mon français. Ma dernière formation officielle remontait à près de 30 ans… et il s'agissait d'un cours du soir pour adultes. Je n'avais jamais passé d'examen.

Mon chef de cabinet a d'abord fait peu de cas de mes inquiétudes, puis il m'a proposé d'embaucher un cadre à la retraite du Commissariat aux langues officielles, qui avait renoué avec sa première passion : l'enseignement des langues. Mais au lieu de nous concentrer sur l'apprentissage de la langue, nous avons consacré toutes nos séances à étudier la version française de la Loi sur les langues officielles, disposition par disposition…

Peu de temps après être devenu commissaire, j'ai rencontré des cadres supérieurs de l'évaluation de la langue seconde et je leur ai demandé quelles étaient les conditions requises pour obtenir un « C ». On m'a dit que pour obtenir un « C » en interaction orale, le candidat devait être capable d'expliquer un point en détail, de convaincre un interlocuteur et de conseiller un collègue débutant.

J'ai réfléchi à cette réponse et j'ai compris que ces critères n'ont rien de linguistique. Ce sont des critères de leadership. Et si nos leaders n'incarnent pas ces valeurs, c'est comme si elles n'existaient pas.

Ce n'est pas d'hier que le Commissariat accorde une importance au leadership. C'est un sujet qui revient constamment dans l'évaluation continue de la dualité linguistique au sein du gouvernement du Canada. En plaçant la dualité linguistique sur un pied d'égalité avec les autres valeurs de votre organisation, vous faites un pas dans la bonne direction. Cependant, il reste encore du travail à faire.

Il existe de nombreuses façons de faire preuve de leadership à l'égard des questions linguistiques au sein d'une institution fédérale comme le Conseil du Trésor. Par exemple, on peut envisager :

  • de prononcer un discours en français;
  • d'animer une réunion bilingue;
  • d'envoyer des courriels dans les deux langues officielles.

Ce sont tous là des exemples qui permettent de promouvoir la dualité linguistique. Par exemple, lorsque la Secrétaire du Conseil du Trésor Yaprak Baltacıoğlu utilise les deux langues officielles au travail, elle travaille dans sa deuxième et sa troisième langue. Une fois, elle m'a dit qu'elle avait de la difficulté à comprendre pourquoi les gens refusent de travailler dans les deux langues. De nombreux fonctionnaires relèvent tous les jours ce défi bien réel.

Alors, comment peut-on atteindre le niveau de compétence et l'aisance dont nous avons besoin pour exceller dans notre seconde langue?

Selon moi, la formation linguistique est un élément clé de la dualité linguistique et du perfectionnement professionnel. Elle peut aider les fonctionnaires à développer les compétences en leadership dont ils ont besoin pour progresser dans leur carrière.

Toutefois, la formation linguistique a pris une nouvelle direction au cours de la dernière décennie en raison de la décentralisation des institutions fédérales. Ce processus n'a pas bien été documenté, ce qui fait en sorte qu'il est difficile d'avoir une idée claire de ce que nous faisons à ce sujet et de notre façon de faire.

C'est la raison pour laquelle nous avons réalisé notre plus récente étude intitulée : Défis : Un nouvel environnement pour la formation linguistique dans la fonction publique fédérale.

L'étude que j'ai publiée hier souligne l'importance de la motivation des employés dans l'apprentissage de la langue seconde et le maintien des acquis, de même que le rôle clé que joue les gestionnaires de la fonction publique en montrant l'exemple et en utilisant régulièrement les deux langues officielles.

Ainsi, il faut s'assurer que la formation linguistique soit incluse dans les plans de carrière, et qu'elle ne soit pas reléguée au second rang. Je félicite d'ailleurs les fonctionnaires qui agissent en ce sens.

L'an dernier, lorsque la responsabilité de la formation linguistique est passée de l'École de la fonction publique du Canada aux institutions fédérales, je craignais que le programme ne soit simplement intégré à la formation générale et qu'il devienne impossible de se faire une idée de ce qui est réalisé. Le fait que nous ayons pu recueillir autant de renseignements pour l'étude est encourageant, et prouve que beaucoup de choses s'accomplissent toujours.

Dans le cadre de notre étude, nous avons cru important de définir la responsabilisation. Comment pouvons-nous nous assurer que les ministères prennent au sérieux leur responsabilité en matière de formation linguistique et qu'ils mettent en place des systèmes pour mesurer les progrès? Je suis heureux de vous annoncer que de nombreux ministères y arrivent, et ce, malgré des contraintes budgétaires.

Cependant, cela ne signifie pas qu'il faut pour autant nous asseoir sur nos lauriers. À mon avis, il faut que les institutions fédérales améliorent leurs rapports sur les activités, les dépenses et les résultats liés à la formation linguistique. Au total, 84 p. 100 des répondants à notre étude ont indiqué qu'ils tiennent un registre des données sur la formation linguistique, et de ce nombre, près du quart ont admis que les données ne sont pas systématiquement recueillies.

Pour miser sur les aspects positifs et pour améliorer la responsabilisation, je recommande :

  • que les administrateurs généraux aient l'obligation de dresser une liste d'indicateurs, de recueillir des données en lien avec ces indicateurs, et d'établir un mécanisme de reddition de comptes sur la formation linguistique. Ces mesures devront être mises en place d'ici au 1er octobre de l'an prochain;
  • que les administrateurs généraux des institutions fédérales aient l'obligation d'instaurer, d'ici au 1er avril 2015, un mécanisme qui assurerait une coordination efficace et efficiente de la formation linguistique en région;
  • que le président du Conseil du Trésor mette sur pied un panel d'experts indépendants pour mener un examen approfondi sur la question de l'efficacité de la formation linguistique actuelle, tant au niveau des compétences linguistiques qu'au niveau de la façon de les évaluer. Les institutions fédérales jouant un rôle clé à cet égard devraient être consultées dans le cadre de cet examen;
  • que d'ici au 1er avril 2015, les institutions fédérales atteignent, au minimum, le niveau de financement consacré à la formation linguistique avant l'exercice de compression budgétaire entamé en 2011.

Je sais que dans l'ensemble de la fonction publique, les institutions ont adopté de nombreuses stratégies pour faire de leurs milieux de travail des endroits propices à l'épanouissement des deux langues officielles. Nous avons demandé aux institutions ce qu'elles faisaient à ce sujet, et 83 p. 100 des répondants au sondage ont indiqué avoir mis des stratégies en place, comme la tenue de réunions bilingues et diverses activités linguistiques, pour aider les employés à maintenir leurs compétences linguistiques.

Je suis ravi d'appuyer ces démarches au moyen d'un nouvel outil en ligne que les fonctionnaires pourront utiliser pour étudier les pratiques exemplaires en matière de formation linguistique et créer leur propre modèle de formation linguistique. J'invite les fonctionnaires de tous les niveaux à l'utiliser.

En terminant, je m'en voudrais de ne pas mentionner qu'il y a de cela 25 ans, ce mois-ci, la Loi sur les langues officielles a été modifiée substantiellement afin de préciser les obligations des institutions fédérales, tout en veillant à ce qu'un comité parlementaire effectue une évaluation continue du programme des langues officielles et des demandes pour intenter un recours auprès de la Cour fédérale.

Il s'agissait là d'une modification majeure puisque désormais la Loi consacre notre dualité linguistique et prévoit que les droits linguistiques ont préséance sur toutes les autres lois du Parlement, à l'exception de la Loi canadienne sur les droits de la personne.

Aujourd'hui, même si nous soulignons la Journée de la dualité linguistique une fois par année, nous avons l'occasion de nous inspirer de l'esprit de cette journée tout au long de l'année, simplement en nous servant des deux langues officielles dans l'exercice de nos fonctions.

J'espère que dans sept ans, en 2020, avec le soutien du Secrétariat du Conseil du Trésor et de fonctionnaires dévoués comme vous dans l'ensemble du gouvernement, nous célébrerons la Semaine de la dualité linguistique.

Merci.

Date de modification :
2018-09-13