Lancement du rapport annuel 2021-2022

Gatineau (Québec), le 7 juin 2022
Raymond Théberge - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Bonjour à toutes et à tous. Good morning everyone.

Bien que la rencontre de ce matin se déroule sur une plateforme virtuelle, je tiens à souligner que je m’adresse à vous depuis le territoire du Traité no 1, soit le territoire traditionnel des peuples anishinabé, cri, oji-cri, dakota et déné, ainsi que la patrie de la Nation métisse.

J’ai le plaisir de vous présenter aujourd’hui mon rapport annuel 2021-2022.

Cette année, la population canadienne a réitéré haut et fort son profond attachement à nos langues officielles. Cet attachement s’est manifesté par un nombre record de 5 409 plaintes recevables déposées au Commissariat, ce qui représente une augmentation de 189 % par rapport à l’année dernière.

Près de 75 % des plaintes que nous avons reçues ont été déposées à la suite de deux évènements qui visiblement, ont suscité de vives réactions : le discours en anglais du président-directeur général d’Air Canada devant un auditoire de gens d’affaires de Montréal, et la nomination par le gouvernement fédéral d’une personne qui ne maîtrise pas le français au poste de gouverneure générale.

En déposant un nombre record de plaintes auprès du Commissariat aux langues officielles, la population canadienne a envoyé un message clair au gouvernement : nous devons en faire plus pour que nos deux langues officielles soient respectées.

Je l’ai dit à maintes reprises : la maîtrise des deux langues officielles est une compétence indispensable pour tout leader, particulièrement pour ceux et celles des institutions fédérales assujetties à la Loi sur les langues officielles. Cela vaut pour les ministères et agences du gouvernement du Canada, ou les entreprises privées sous juridiction fédérale assujetties à la Loi, comme Air Canada.

Le visage bilingue d’une organisation dépend en grande partie du bilinguisme des personnes qui occupent les postes aux plus hauts échelons. Nos leaders doivent montrer l’exemple, et être capables de représenter l’ensemble de la population canadienne dans les deux langues officielles.

C’est pourquoi, dans mon rapport, je recommande à l’un des comités parlementaires des langues officielles de se pencher sur les obligations linguistiques dans la dotation des postes de la haute gestion dans la fonction publique fédérale, ainsi que sur les nominations du gouverneur en conseil. En effet, il s’agit de déterminer si la connaissance des deux langues officielles doit être un critère d’embauche pour ce type de postes.

Dans le cadre d’un sondage d’envergure mené par Environics à l’automne 2021 pour le compte du Commissariat, la population canadienne a confirmé qu’elle était toujours aussi attachée à nos langues officielles. En effet, 87 % des répondants appuyaient les objectifs de la Loi sur les langues officielles.

Je suis heureux de constater que les résultats du sondage réaffirment que l’appui du public pour nos langues officielles résiste à l’épreuve du temps. Toutefois, nous ne devons rien tenir pour acquis. Cet appui de la population canadienne pour les langues officielles devrait se refléter dans des politiques et des initiatives robustes dans tous les secteurs de la société, afin que nos deux langues officielles rayonnent dans l’ensemble du pays.

L’un des secteurs à prioriser à l’heure actuelle est sans contredit celui de l’immigration francophone, si importante pour nos communautés francophones en situation minoritaire. Près de 20 ans après l’adoption par le gouvernement fédéral de la première cible d’immigration francophone, celle‑ci n’a toujours pas été atteinte. L’étude que nous avons publiée en novembre dernier démontre d’ailleurs que même si la cible de 4,4 % d’immigration francophone avait été atteinte de façon constante chaque année depuis son échéance initiale en 2008, cela n’aurait pas suffi à maintenir − et encore moins accroître − le poids démographique de la population d’expression française à l’extérieur du Québec, ce qui était son objectif. 

Ces déficits d’immigration, qui affectent les communautés francophones en situation minoritaire, durent depuis des décennies. Les répercussions touchent le plan démographique, mais aussi à d’autres dimensions de la vitalité des communautés, notamment sur le plan économique, social et culturel.

Il est temps de faire mieux et d’en faire plus.

Je vois d’un bon œil que le projet de loi C-13, qui vise à moderniser la Loi sur les langues officielles, enjoint le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté à adopter une politique en matière d’immigration qui comprend des objectifs, des cibles et des indicateurs en matière d’immigration francophone, afin de favoriser l’épanouissement des communautés francophones en milieu minoritaire. Il va sans dire que je me pencherai sur ces nouvelles obligations, pour m’assurer qu’elles donnent les meilleurs résultats possibles.

Le dépôt de ce projet de loi en mars dernier a marqué une étape charnière dans la refonte de la Loi sur les langues officielles, afin de la rendre actuelle, dynamique et robuste.

Je suivrai donc avec attention les débats parlementaires autour de ce projet de loi. Certaines des dispositions proposées me permettraient d’être mieux outillé, et de viser une meilleure conformité de la part des institutions fédérales en ce qui a trait à leurs obligations en matière de langues officielles. Les changements envisagés à la Loi sur les langues officielles se doivent d’être examinés selon leur incidence à long terme sur les droits linguistiques de la population canadienne. En effet, on ne modernise pas tous les jours une loi aussi fondamentale.

Alors que je poursuis la seconde moitié de mon mandat, j’espère sincèrement que nos dirigeantes et nos dirigeants, ceux et celles qui exercent une si grande influence dans la société canadienne et la fonction publique et qui doivent donner l’exemple, comprendront mon message et celui de la population canadienne : la dualité linguistique est une valeur partagée par l’ensemble de la population canadienne, et elle mérite tout le travail nécessaire pour en faire une réelle priorité au Canada.

Je vous remercie de votre attention. Je suis maintenant prêt à répondre à vos questions, que je vous invite à poser dans la langue officielle de votre choix.

Date de modification :
2022-06-07