Discours du commissaire dans le cadre du sommet de l’Association des agences au service des immigrants de la région atlantique : Naviguer les turbulences et l’avenir de l’établissement

Moncton (Nouveau-Brunswick), le 1er juin 2022

Raymond Théberge - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Merci pour cette introduction, et de m’avoir invité à prendre la parole aujourd’hui.

Je tiens d’abord à souligner que le territoire sur lequel nous nous réunissons est le territoire traditionnel non cédé des Wolastoqiyik (Malécites) et des Mi’kmaq.

De plus en plus, je remarque que les différents ordres de gouvernement, le milieu universitaire ainsi que les experts de multiples secteurs unissent leurs efforts et leurs connaissances pour s’attaquer aux problèmes de notre époque. Depuis plus d’une décennie, on parle de changement continuel, mais chose certaine, au-delà du changement, ce sont les bouleversements qui font partie de la nouvelle normalité. En effet, nous vivons à une époque instable, qui nous oblige à collaborer, à partager notre expertise et à trouver la meilleure façon d’aller de l’avant.

C’est pourquoi je suis ravi de participer à cet événement important. J’espère apprendre de vous, tout en vous faisant part de mes réflexions sur le contexte actuel et futur de nos langues officielles, de renseignements tirés de récentes recherches du Commissariat sur l’immigration, et des points de vue de la population canadienne sur le bilinguisme officiel et la diversité.

Les langues officielles au Canada traversent une période de transformation. La Loi sur les langues officielles, adoptée en 1969, est le produit du mouvement social et politique de l’époque. Elle nous a aidés à réaliser bien des choses au cours des 50 dernières années, mais elle a grandement besoin d’une mise à jour. Je suis très heureux du dépôt de la nouvelle version du projet de loi tant attendu pour moderniser la Loi sur les langues officielles, et qu’il soit maintenant une réalité. Je vois d’un bon œil que le gouvernement du Canada, par le prisme du nouveau projet de loi, reconnaît l’importance de la contribution de l’immigration francophone à l’épanouissement des communautés francophones en situation minoritaire. Sans immigration francophone, elles ne peuvent s’épanouir.

Nos langues officielles sont vécues de différentes façons à l’échelle du Canada et au fil du temps. On pourrait croire, à tort, que cela affaiblit la valeur du bilinguisme canadien pour les 38 millions de personnes qui vivent ensemble dans le deuxième plus grand pays du monde, comme si c’était quelque chose d’intangible.

Eh bien, laissez-moi vous rassurer. Le Commissariat a récemment chargé la firme Environics de mener un sondage pancanadien sur l’appui aux langues officielles. Le résultat? 87 % des Canadiens appuient la Loi sur les langues officielles. Ces résultats concordent avec la recherche de 2016, qui montre que le soutien du public à l’égard des langues officielles de notre pays résiste à l’épreuve du temps, et que le bilinguisme officiel demeure une valeur fondamentale chez nous. La commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick a mené un sondage distinct, et obtenu des résultats semblables : 81 % des Néo‑Brunswickois, de toutes les régions de la province, appuient le concept de la Loi sur les langues officielles et du bilinguisme.

Le sondage évoque aussi le rapport positif entre nos langues officielles et la diversité. La plupart des répondants s’entendent pour dire qu’avoir deux langues officielles au lieu d’une seule « démontre que le Canada accorde de la valeur à la diversité linguistique », et que cela fait du Canada « un endroit accueillant pour les immigrants de cultures diverses »Note de bas de page 1. Heureusement, aujourd’hui, la plupart des Canadiens conviennent que le Canada peut et doit promouvoir à la fois les deux langues officielles et les langues autochtonesNote de bas de page 1.

Les résultats de l’opinion publique augurent bien pour le respect complémentaire des langues officielles, des langues autochtones et l’accueil des nouveaux arrivants dans notre vaste pays. C’est une bonne nouvelle, à un moment où nous en avons tous besoin!

Au Canada, l’immigration a une influence directe sur l’équilibre linguistique entre les anglophones et les francophones à l’extérieur du Québec. Selon le recensement de 2001, la population francophone hors Québec représentait 4,4 % de la population canadienne. Un objectif d’immigration, fixé il y a près de 20 ans, qui avait pour but de maintenir le poids démographique de cette population. Aujourd’hui, cet objectif initial de 4,4 % n’a toujours pas été atteint. Entre 2008 et 2020, le manque d’admissions de résidents permanents francophones dans les communautés francophones en situation minoritaire s’élève à plus de 75 000 personnes. Je trouve cela préoccupant.

Outre l’admission d’immigrants francophones au Canada, de nombreux facteurs autres que l’immigration peuvent affecter le poids démographique des groupes linguistiques. Notamment, les taux de natalité et le vieillissement, l’utilisation de la langue et la migration interrégionale. Ces facteurs touchent les communautés francophones en situation minoritaire partout au Canada, même ici dans les provinces de l’Atlantique.

Nous savons que cette région compte une plus grande proportion de personnes âgées que le reste du paysNote de bas de page 2. Il en va de même pour les communautés francophones en situation minoritaire. En fait, la population âgée de ces communautés, à l’Île-du-Prince-Édouard et en Nouvelle-Écosse, dépend en particulier d’un nombre limité de personnes en âge de travaillerNote de bas de page 3.

Bien sûr, on a observé certaines tendances liées à la pandémie en matière d’immigration. Pour la première fois depuis les années 1940, la croissance de la population des Maritimes a augmenté à un rythme supérieur à celle des provinces des Prairies, en raison de la hausse des niveaux d’immigration et de l’afflux de Canadiens provenant d’autres régions du paysNote de bas de page 4. Les répercussions réelles de cette dynamique sur les communautés francophones du Canada atlantique ne seront pas connues avant quelques années, mais c’est un sujet qui mérite d’être étudié avec la plus grande attention!

Les nouveaux arrivants francophones qui s’établissent dans les provinces de l’Atlantique ont besoin de soutien, qu’il s’agisse d’emploi, d’éducation, de santé ou d’autres services communautaires en français. Ils ont besoin de voir qu’un avenir viable en français les attend, pour eux-mêmes et leur famille.

Sans appui et sans communautés francophones fortes dans les provinces de l’Atlantique, les nouveaux arrivants chercheront peut-être des centres urbains plus bilingues, déménageront au Québec ou se sentiront obligés de commencer leur vie dans la communauté majoritaire anglophone. Hélas, lorsque les nouveaux arrivants décident de vivre en anglais, c’est souvent pour de bon. La vitalité des communautés francophones en situation minoritaire peut en être affectée à long terme, surtout dans les régions plus rurales et moins peuplées.

C’est donc rassurant de voir toutes les initiatives, partout au pays et ici dans les provinces de l’Atlantique, qui appuient l’immigration dans les communautés francophones en situation minoritaire désireuses d’attirer, d’accueillir et de soutenir tous les nouveaux arrivants.

L’initiative Communautés francophones accueillantes du gouvernement fédéral comprend la région du Haut-Saint-Jean au Nouveau-Brunswick, Clare en Nouvelle-Écosse, la région d’Évangéline à l’Île‑du‑Prince-Édouard et Labrador City Wabush à Terre-Neuve-et-LabradorNote de bas de page 5. Ces collectivités s’efforcent d’accueillir et de soutenir les nouveaux arrivants d’expression française, afin qu’ils se sentent chez eux. Tout au long de la pandémie, elles ont continué d’innover et de fournir des services. Nous avons besoin de voir encore plus de collectivités offrir ces services, pour aider leur population à croître et à prospérer.

Je crois de tout cœur que nos langues officielles enrichissent les régions où elles sont parlées et que, concrètement, elles offrent de nouvelles avenues sociales, culturelles et économiques. C’est pourquoi il est essentiel que les nouveaux immigrants contribuent à la vitalité des communautés francophones en situation minoritaire, à mesure que la population augmente dans les provinces de l’Atlantique.

Compte tenu du faible taux de natalité et du vieillissement des collectivités dans les provinces de l’Atlantique, le fait d’attirer une jeunesse francophone diversifiée peut donner un second souffle aux régions rurales et urbaines de la région, et assurer leur avenir économique. J’ai hâte d’en savoir davantage aujourd’hui sur l’intelligence artificielle liée à l’immigration pour mieux comprendre les préoccupations liées au biais de sélection, de même que son potentiel pour aider les communautés de langue officielle en situation minoritaire à grandir et à s’épanouir. 

Nos langues officielles représentent l’héritage de notre passé, mais elles sont résolument orientées vers l’avenir.  Elles continuent de représenter un projet politique et social rassembleur, optimiste et inclusif.

Merci.

Date de modification :
2022-06-01