Mot de bienvenue pour la conférence nationale Archives et bibliothèques dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire – Enjeux et devenir

Le 20 mai 2021
Raymond Théberge - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Bonjour!

Bien que la rencontre d’aujourd’hui se déroule virtuellement, je tiens à souligner que je m’adresse à vous depuis le territoire du Traité no 1, soit le territoire traditionnel des peuples anishinabé, cri, oji-cri, dakota et déné, et de la patrie de la nation métisse.

Je suis heureux de vous joindre dans vos communautés et dans vos territoires respectifs.

J’aimerais remercier Leslie Weir de m’avoir invité à la conférence d’aujourd’hui.

D’abord, je tiens à féliciter Bibliothèque et Archives Canada et ses collaborateurs pour leur travail proactif ayant permis de commencer à définir la relation entre la mémoire et la vitalité. Il s’agit d’un travail important pour mieux soutenir les communautés de langue officielle en situation minoritaire à l’échelle de notre pays.

Je salue sincèrement l’esprit de cette conférence, qui consiste à se réunir afin d’échanger de l’information et de définir des pratiques exemplaires dans le but de soutenir le développement des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Je suis convaincu que ce partenariat entre les communautés elles-mêmes, le monde universitaire et le gouvernement est essentiel pour faire avancer l’objectif commun, qui est de préserver et d’accéder à des ressources de la mémoire communautaire qui font partie de notre patrimoine collectif en tant que pays.

Quand je regarde la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire partout au Canada, je constate que les aspects du patrimoine et des bibliothèques comme indices de vitalité n’ont pas été considérés au même titre que les indices démographiques et géographiques, par exemple.

Il est clair qu’avec l’évolution des communautés, et de notre compréhension collective de ce qui favorise leur vitalité, notre définition de la vitalité communautaire doit aussi évoluer.

Avec l’ère de l’information numérique, notre idée de ce que représente le patrimoine et la façon dont on peut y accéder évolue, et donc, nos attentes envers les ressources et les services que les bibliothèques offrent évoluent également.

Évidemment, ce virage numérique présente des occasions et apporte des défis. Mais ce qui ne change pas, c’est le fait que les expériences des communautés de langue officielle en situation minoritaire, leurs histoires, leurs défis et leurs succès, font partie de leur identité. Le besoin de protéger cette mémoire, qui est au cœur des communautés et qui témoigne de l’évolution de leur identité, reste fondamental.

Au Commissariat, nous avons des bureaux régionaux qui desservent l’ensemble du pays. Au début de la pandémie de COVID-19, j’ai été heureux de constater l’effervescence qui régnait au sein des communautés de langue officielle en situation minoritaire pour continuer à se soutenir mutuellement et à favoriser leur vitalité, malgré les contraintes.  

Je sais que des sociétés historiques des communautés de langue officielle en situation minoritaire dans tout le Canada se mobilisent également afin de souligner l’importance de la mémoire communautaire sur la vitalité. Je suivrai leur travail avec grand intérêt.

Avec toutes les innovations technologiques que nous avons observées pendant la pandémie, je me demande quelles sont les occasions d’en profiter pour le secteur du patrimoine, les archives et les bibliothèques? Et comment pouvons-nous mieux engager les communautés dans les espaces virtuels?

En même temps, nous ne pouvons pas ignorer que les effets de la pandémie sur les communautés de langue officielle en situation minoritaire sont vastes et complexes.

La pandémie a mis à rude épreuve ces communautés à bien des égards : les centres communautaires et les organismes de santé communautaire, le secteur de l’enseignement postsecondaire et les secteurs des arts et de la culture ont tous fait les frais de la pandémie.

Il faudra des années pour bien comprendre les répercussions de la pandémie sur nos communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Je constate que le sujet de discussion d’aujourd’hui porte sur la façon dont les politiques peuvent favoriser l’accès des communautés aux archives et aux bibliothèques, et contribuer à éliminer les barrières linguistiques. J’aimerais d’ailleurs vous faire part de quelques réflexions à ce sujet.

D’abord et avant tout, l’élaboration de toute politique doit inclure les communautés de sa création à sa mise en œuvre jusqu’à son examen. Ce concept de « par et pour » est très répandu dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire et est essentiel au succès de toute politique.

En ce qui concerne l’accès aux archives et aux bibliothèques et les barrières linguistiques qui peuvent exister, les membres des communautés de langue officielle en situation minoritaire doivent avoir accès à des archivistes compétents qui comprennent les ressources offertes et qui peuvent aider les membres des communautés à naviguer parmi ces ressources dans leur langue.

En termes d’interprétation et de communication de l’histoire que ces produits peuvent nous raconter, nous devons assurer un soutien approprié aux historiens des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Étant presque à mi-chemin de mon mandat de sept ans, la deuxième partie de mon mandat risque d’être mouvementée, surtout avec la modernisation de la Loi sur les langues officielles, qui a maintenant plus de 50 ans.

La société canadienne a beaucoup évolué au cours des dernières années, tant au point de vue démographique que technologique. Le gouvernement fédéral doit maintenant passer à l’action, avec la refonte de notre régime linguistique qu’il propose.

Comme je l’ai mentionné à plusieurs reprises, la Loi sur les langues officielles, la pierre angulaire de notre régime linguistique, doit être revue en profondeur afin qu’elle soit actuelle, dynamique et robuste. C’est pourquoi je me réjouis de l’envergure des mesures récemment proposées par le gouvernement dans son document sur la réforme des langues officielles.

À priori, ces mesures semblent donner un second souffle aux efforts déployés pour protéger et promouvoir nos deux langues officielles et pour renforcer la dualité linguistique.

Le gouvernement s’est engagé à moderniser la Loi sur les langues officielles d’ici la fin de l’année. Le Commissariat suivra de près l’élaboration et le dépôt d’un projet de loi au Parlement pour moderniser la Loi, et il interviendra au besoin.

Alors que le Plan d’action pour les langues officielles 2018‑2023 a franchi la moitié de son parcours, il est temps de commencer à réfléchir au prochain plan d’action et à la façon dont nous pouvons le renforcer au profit de nos communautés de langue officielle en situation minoritaire.

J’aimerais inviter les institutions fédérales dont le mandant a une incidence sur notre histoire et notre patrimoine collectifs à réfléchir sur la façon dont elles peuvent aider à préserver la mémoire dans nos communautés de langue officielle en situation minoritaire. Elles peuvent ainsi contribuer à faire respecter l’une de nos valeurs canadiennes fondamentales, soit de faire en sorte que les communautés francophones et anglophones puissent coexister et s’épanouir partout au Canada.

Au-delà de Bibliothèque et Archives Canada, celles-ci comprennent les musées, les galeries et les institutions qui protègent les sites patrimoniaux.

Nous avons reçu des nouvelles encourageantes dans les mesures proposées relatives à nos langues officielles dans le budget fédéral présenté le mois dernier. Le financement proposé pour l’enseignement postsecondaire dans la langue de la minorité fait cruellement défaut.

J’ai été profondément troublé, notamment, par les compressions massives annoncées à l’Université Laurentienne, qui ont touché l’ensemble du programme d’histoire en français. Comment cette perte de vitalité mémorielle affectera-t-elle la santé de la communauté francophone du Nord de l’Ontario dans les années à venir?

Les compressions au fil des ans dans les établissements d’enseignement postsecondaire des communautés de langue officielle en situation minoritaire, comme celles survenues à l’Université Laurentienne, au Campus Saint-Jean en Alberta et dans d’autres établissements d’enseignement de langue officielle en situation minoritaire, témoignent d’un manque de vision et ne tiennent pas compte des répercussions à long terme sur la mémoire et la vitalité des communautés.

Nous devons financer nos universités de façon adéquate afin que les étudiants aient toutes les occasions possibles d’apprendre dans nos deux langues officielles. Nous ne devrions pas non plus perdre des professeurs d’histoire, qui jouent un rôle essentiel dans la vitalité mémorielle des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Depuis mon premier jour au poste de commissaire, je me dit que le travail que nous faisons aujourd’hui aura une incidence sur la politique linguistique et sur les communautés de langue officielle en situation minoritaire pour les 50 prochaines années.

« Connais-toi toi-même ». L’une des grandes maximes que nous ont enseignées les Grecs anciens, qui depuis plus de 2 000 ans, reste tout autant un indicateur de la vitalité d’une communauté. Mais comment pouvons-nous vraiment « nous connaître » sans connaître notre histoire?

Nous avons besoin d’archivistes pour recueillir et préserver l’histoire, de bibliothécaires pour la cataloguer et la rendre accessible, d’historiens pour l’interpréter et la communiquer, et de la volonté de nos institutions fédérales de contribuer à la protection du patrimoine de nos communautés.

Je suis conscient que cette réflexion sur la vitalité mémorielle est, à bien des égards, un travail de pionnier, mais elle est aussi très importante, car elle profitera à long terme aux communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Cela dit, je vous remercie de votre engagement continu en lien avec la vitalité mémorielle.

J’ai très hâte de vous entendre cet après‑midi. Merci.

Date de modification :
2021-06-03