Actions : Dépublier cette révision Officiellement 50 ans! Une conférence marquant 50 ans de dualité linguistique et d’éducation au Canada - volet jeunesse

Gatineau (Quebec), le 22 novembre 2019
Raymond Théberge - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Bonjour, merci d’être ici aujourd’hui.

Je suis ravi de prendre la parole devant vous ce matin, et de vous accueillir au volet jeunesse de notre conférence, qui s’annonce riche en activités.

Celle-ci marque un demi-siècle de la Loi sur les langues officielles, ainsi que l’avancement de la dualité linguistique et de l’éducation dans les deux langues officielles du Canada. Ensemble, nous parlerons de nos réalités, de nos défis et de pistes pour l’avenir, votre avenir.

Je voudrais féliciter Canadian Parents for French pour la journée d’hier, qui a connu un franc succès : je remercie tous ceux qui y ont contribué de près ou de loin! Je voudrais également dire merci à tous ceux qui ont fait une longue route pour se joindre à nous ce matin.

Enseignants, étudiants, jeunes professionnels, professeurs et chercheurs, nous sommes tous préoccupés par les enjeux linguistiques. Quelle valeur accordons-nous aux langues officielles au Canada? Quelles sont les conséquences du non-respect des droits linguistiques? Quels sont les liens avec l’identité? Quelle place laissons-nous à la jeunesse? Ce sont des sujets sur lesquels je dois me pencher quotidiennement dans ma qualité de commissaire aux langues officielles du Canada et sur lesquels nous, en tant que société, devons considérer.

Aujourd’hui, nous revisiterons le passé, mais nous allons aussi contempler l’avenir de la dualité linguistique et votre vision en tant que jeunes Canadiens. Plus tard, je vous propose une activité ludique, afin de tester vos connaissances en histoire. Je tiens à vous rassurer, tout le monde peut participer : pas besoin d’un diplôme en archéologie!

Donc, au programme, nous avons une série d'ateliers sur des sujets clés comme les langues officielles et l'intelligence artificielle, le multiculturalisme, l'histoire, l'éducation postsecondaire, les possibilités d’emploi ainsi que l’accès aux services dans la langue de la minorité. J'ai hâte d'en apprendre davantage sur vous et d'écouter ce que vous avez à dire!

Nos discussions permettront d’aborder des sujets brûlants d’actualité :

  • Dualité linguistique, diversité, identité et mémoire historique. Qu’est-ce que la dualité linguistique, ou le bilinguisme officiel? Que signifient ces concepts et les langues elles-mêmes pour nous et notre identité? Quel est le lien entre l’histoire de la dualité linguistique et des langues officielles et l’histoire de votre famille, de votre communauté et du Canada en général? Comment relier la dualité linguistique au processus de réconciliation autochtone et à la préservation et à la promotion des langues autochtones? Voilà des questions qu’il nous faudra approfondir.
  • (In)sécurité linguistique, usage quotidien de la langue, santé mentale et appartenance. Comment favoriser chez les jeunes l’usage quotidien de la langue de la minorité à la maison, en public, entre amis, à l'école et au travail? Comme je l’ai déjà dit, les variétés de français et de l’anglais du Canada sont intimement liées à la réalité sociale des individus et des communautés qui en font usage. Nos accents n’ont aucune incidence sur le sens des mots. Hélas, nombreux se sentent jugés sur la qualité de leur langue ou leur accent. Pourtant, une langue ne connaît jamais de perfection statique.
  • Accès à l'éducation dans la langue première et la langue seconde, ainsi qu’aux services dans la langue de la minorité ; langue et emploi, et accès aux possibilités économiques. Les jeunes Canadiens et Canadiennes ont-ils accès à l'enseignement de la langue officielle première et de la langue seconde, ainsi qu’aux services dans la langue de la minorité où ils vivent? Il s’agit de questions légitimes et essentielles, sur lesquelles je me suis déjà prononcé. L’accès à l’éducation en français langue seconde, par exemple, un enjeu auquel j’accorde une attention particulière, est parsemé d’embûches. Ainsi, il est de mon devoir de faire la lumière sur ces obstacles et de contribuer aux stratégies qui ont pris naissance à la suite de réflexions amorcées par un réseau de professionnels qui se sont penchés sur la question.

Votre point de vue et vos idées sont essentiels pour moi. Je compte donc sur vous pour apporter de l’eau au moulin et alimenter les discussions.

Ce matin, je voudrais en premier lieu porter un regard sur ces cinquante dernières années. Je crois qu’il est important de réfléchir au chemin parcouru et de faire le point sur les réussites et les défis auxquels nous faisons face depuis l’adoption de la Loi, en 1969.

Permettez-moi de remonter un peu le fil de l’Histoire. Il y a un demi-siècle cette année, l’établissement de la première Loi sur les langues officielles, fruit de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme de 1963, changeait à jamais le visage du Canada.

Prenons un instant pour situer la Loi dans son contexte historique. Nous sommes en 1969, une année charnière, tant au Canada qu’à l’étranger. Au moment même où la Loi se frayait un chemin dans le processus législatif, l’astronaute Neil Armstrong mettait le pied sur la Lune.

Même si à l’époque la Loi représentait un grand pas pour notre régime linguistique, contrairement à la conquête de l’espace, elle était d’un réalisme bien terre-à-terre. En effet, elle s’inscrit, jusqu’à ce jour, dans un vaste mouvement, celui de la reconnaissance des droits des Canadiens et de la poursuite de la démocratisation de notre société.

On peut donc dire que la Loi sur les langues officielles est née d’une période d’espoir ‒ une période de reconnaissance des droits. Par contre, elle tire aussi ses origines d’une crise. Alors que la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme amorçait ses recherches, le Canada traversait une phase difficile en ce qui a trait à l’unité nationale. Le regretté Gérard Pelletier l’avait expliqué en ces mots : « Notre but commun, notre œuvre commune sera le rattachement de tous les membres de nos communautés officielles à l’univers francophone, d’une part, anglophone, d’une autre part, assurés que nous sommes, en agissant ainsi, de réunir le Canada. »

Les Canadiens francophones d’un bout à l’autre du pays, et particulièrement ceux du Québec, étaient frustrés, à juste titre, de l’inégalité socioéconomique qui les séparait des Canadiens anglophones. De plus, ils en avaient assez d’être toujours sous-représentés dans l’appareil gouvernemental, tributaires d’institutions fédérales qui ne les servaient pas à égalité avec les anglophones, dans leur propre langue.

Au sens propre comme au sens figuré, l’appareil fédéral du Canada ne leur parlait pas. Sans compter que, pour certains anglophones, surtout à l’ouest du pays où se parlaient plusieurs langues, la commission n’était qu’une tentative pour imposer la langue française à une population qui n’en voulait pas.

C’est dans ce contexte qu’il faut évaluer les succès et les défis continus de la Loi.

Je parle beaucoup du passé, mais il est également essentiel de contempler l’avenir. Aurons-nous des visionnaires et des ambassadeurs, au gouvernement fédéral et dans la société canadienne, pour porter et célébrer le dossier des langues officielles pour les 50 prochaines années? C’est ma seule espérance, car afin que la dualité linguistique puisse nous souder les uns aux autres, les langues officielles doivent occuper la place qui leur revient. C’est sur la possibilité de devenir bilingue que repose l’avenir même de la dualité linguistique.

Les deux langues officielles, le français et l’anglais, sont au cœur de ce que nous sommes en tant que Canadiens. Avec les langues autochtones, les « premières langues » du Canada, elles représentent les fondements de la diversité linguistique de notre société.

Parlons un peu du volet jeunesse. Les jeunes, véritables agents de changement au fil des décennies, ont toujours joué un rôle primordial pour le maintien et la promotion de la dualité linguistique. Leurs expériences peuvent être une source d’inspiration pour tous ceux qui, de nos jours, participent à la promotion des deux langues officielles du Canada. Plus que jamais, nous avons besoin de la voix des jeunes pour forger l’avenir de la dualité linguistique au Canada. J’en tiens pour exemple le congrès des jeunes Canadiens, qui a réuni, en 1936, des centaines de représentants francophones, anglophones et allophones de partout au Canada.

Ces derniers ont déclaré qu’ils voulaient acquérir des connaissances, se connaître, et qu’il y ait des interactions amicales entre les jeunes francophones et anglophones du Canada, ainsi qu’une compréhension commune de la langue et de la culture dans les écoles et dans les relations sociales. Ils voulaient que les systèmes d’éducation tiennent compte de ces objectifs.

Les efforts des jeunes ont soulevé, à une certaine époque, une certaine opposition de la part de Canadiens plus âgés, mais leur vision se poursuit à ce jour. En effet, ce sont ces jeunes Canadiens, leurs enfants et leurs petits-enfants qui ont donné au Canada la Loi sur les langues officielles et la Charte canadienne des droits et libertés, qui protègent et promeuvent les droits en matière de langues officielles des Canadiens, y compris leurs droits à l’éducation.

Pour ceux qui ne me connaissent pas, je viens d’un tout petit village du Manitoba situé non loin de Winnipeg, Sainte-Anne-des-Chênes.

Ce patelin était entièrement composé de Canadiens français et, pourtant, je n’avais pas accès à l’école française. En plus, l’école que je fréquentais dans le Manitoba rural utilisait un manuel de sciences humaines intitulé My British Heritage, et ce, même si ni moi ni aucun de mes camarades de classe francophones n’avions des ancêtres qui provenaient du Royaume-Uni. C’était une autre époque!

Mes parents et bien d’autres ont revendiqué leurs droits linguistiques et mes frères, eux, ont eu la chance d’être scolarisés dans leur langue maternelle.

J’ai passé ma vie à étudier et à défendre la dualité linguistique. Certains diront que c’est le combat d’une vie, moi, je pense plutôt que c’est la passion de ma vie. Ces combats ont forgé la personne que je suis aujourd’hui, et c’est donc avec grand honneur que j’ai accepté le poste de commissaire aux langues officielles du Canada. À titre de défenseurs des droits de la personne, de l’acceptation de la différence et de l’ouverture aux autres, les jeunes ont été les plus fervents défenseurs de la Loi sur les langues officielles lorsqu’elle a été adoptée, en 1969. Depuis, des centaines de milliers de jeunes partout au Canada ont participé à des programmes d’immersion linguistique, manifestant ainsi leur enthousiasme pour l’apprentissage d’une seconde langue officielle.

Nous avons parcouru beaucoup de chemin au cours des 50 dernières années. Dans le contexte de la diversité croissante du Canada, le pays compte aujourd’hui plus de gens que jamais auparavant qui parlent français ou anglais, et même ces deux langues.

Les jeunes ont ouvert la voie en ce qui concerne le bilinguisme, et la demande continue à l’échelle nationale pour l’éducation en français langue première et langue seconde atteste de la vitalité de cette langue.

Les droits linguistiques suscitent l’intérêt d’un grand nombre de chercheurs, de centres de recherche et d’instituts, au Canada comme ailleurs. Cet intérêt s’explique par le très grand nombre de pays qui comptent des minorités linguistiques.

La dualité linguistique représente un puissant symbole d’ouverture, d’empathie et de respect. Cela dit, elle demeure un terreau fertile pour la recherche. Je passe le flambeau aux chercheurs d’aujourd’hui et de demain : je suis persuadé que votre soif de savoir et vos connaissances nous seront très profitables!

En conclusion, la dualité linguistique est une des valeurs fondamentales du Canada. Son respect et son renforcement dépendent grandement de notre capacité à favoriser la promotion des deux langues et le développement de communautés fortes et engagées. En investissant dans l’avenir, dans les jeunes, dans l’éducation et dans les communautés, nous assurons la pérennité et la vitalité des langues officielles au Canada. La dualité linguistique a triomphé à différents moments de l’histoire du Canada. Comme l’a dit José Rizal, un grand linguiste du XXe siècle : « La jeunesse est l’espoir de notre avenir. »

Merci de votre attention. Et maintenant, passons à notre jeu-questionnaire!

Date de modification :
2019-11-25