Allocution dans le cadre de la Journée de la dualité linguistique et du 50e de la Loi sur les langues officielles à Services publics et Approvisionnement Canada

Gatineau (Québec), le 16 septembre 2019
Raymond Théberge - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Mesdames et messieurs, bonjour.

C’est un réel plaisir pour moi de prendre la parole ici aujourd’hui et de célébrer la Journée de la dualité linguistique avec vous. Je tiens à remercier Services publics et Approvisionnement Canada de cette invitation.

Avant de poursuivre, j’aimerais préciser que nous sommes réunis aujourd’hui sur une partie du territoire traditionnel non cédé du peuple anishinabé algonquin, un peuple autochtone de la vallée de l’Outaouais. Pendant des milliers d’années, les Algonquins ont habité, chassé, commercé et voyagé sur ces terres.

Nous rendons hommage aux ancêtres des Premières Nations de ces lieux, et nous réaffirmons nos relations les uns avec les autres.

En tant qu’agent du Parlement, ma tâche consiste à faire la promotion des langues officielles et à protéger les droits linguistiques des Canadiens.

Depuis près d’un siècle, le Canada est considéré comme une figure de proue de la dualité linguistique sur la scène internationale.

Nos deux langues officielles, le français et l’anglais, sont au cœur de ce que nous sommes en tant que Canadiens. Avec les langues autochtones, les « premières langues » du Canada, elles représentent la diversité linguistique de notre société.

La dualité linguistique est la reconnaissance de deux langues officielles, dotées d’un statut égal et appartenant à tous les Canadiens, peu importe leur origine. C’est aussi l’assurance que ces langues, tout comme leurs locuteurs, disposent d’un espace à part entière où ils peuvent s’épanouir, dans toutes les régions du pays.

Il y a 50 ans, avec l’adoption de la Loi sur les langues officielles, nous avons décidé, comme pays, d’accroître l’engagement du Canada vers l’égalité de statut du français et de l’anglais dans la société canadienne.

Comme vous le savez, la Loi sur les langues officielles, qui fête son 50e anniversaire cette année, vise à faire en sorte que les institutions fédérales soient en mesure de communiquer avec les Canadiens et de leur offrir des services dans la langue de leur choix.

Cela signifie que les membres du public ont droit de recevoir des services du gouvernement fédéral et d’obtenir et de communiquer avec les institutions fédérales, le tout, dans la langue officielle de leur choix.

Il est positif de prendre un engagement envers les langues officielles. Comme toujours, cet engagement doit se transposer dans les gestes que vous posez et dans les mesures que vous mettez en place dans vos institutions.

J’encourage donc chaque institution fédérale à se fixer des objectifs qui s’arriment avec leurs obligations linguistiques, afin d’être en mesure de communiquer et de servir le public en français et en anglais.

D’énormes progrès ont été réalisés depuis l’entrée en vigueur de la toute première Loi sur les langues officielles. Nous avons parcouru un long chemin depuis 1969.

Cela dit, le fait que la Loi n’ait pas évolué au même rythme que les réalités canadiennes et que les besoins des communautés a trop souvent freiné son progrès.

À mon avis, la Loi sur les langues officielles doit être modernisée pour refléter la société canadienne d’aujourd’hui, ses besoins, mais aussi ses aspirations pour un pays qui valorise pleinement la dualité linguistique. Une loi actuelle, dynamique et robuste dont les parties s’appliquent de façon cohérente permettrait aux institutions fédérales de mieux remplir leurs obligations envers les Canadiens, y compris ceux qui font partie des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

En cette ère numérique, avec la popularité grandissante d’Internet et des médias sociaux en tant que moyens de communication, vous devez continuer de veiller au respect de vos obligations linguistiques en matière de communications avec le public. Il faut mettre à profit ces nouvelles technologies pour rendre les services aux Canadiens plus efficaces.

Vous avez beaucoup à apprendre les uns des autres et vous avez également beaucoup à vous offrir mutuellement. Il faut entretenir – ou acquérir – le réflexe de faire valoir l’importance des langues officielles au travail et dans vos réunions.

Comme je le répète souvent, il faut éviter à tout prix de sombrer dans la complaisance et l’inertie. Il faut garder l’esprit ouvert et ne pas hésiter à bousculer le statu quo.

À ce propos, mon équipe a travaillé sans relâche à élaborer un nouvel outil pour marquer le 50e anniversaire de la Loi en 2019. Le Modèle de maturité des langues officielles, lancé en juin dernier, permet d’effectuer un examen diagnostic organisationnel dans les institutions fédérales et à aider celles-ci à progresser de façon continue en matière de langues officielles. Destiné à la fonction publique fédérale, cet outil est le tout premier modèle qui met l’accent sur la capacité des institutions fédérales à poser un regard sur les processus et les systèmes en place.

Plusieurs autres ressources en ligne sont également à votre disposition, dont l’outil Leaders 2.LO. En effet, la capacité d’un leader de s’exprimer dans les deux langues officielles lui permet de représenter adéquatement le Canada et la population canadienne, et l’aide à respecter ses obligations en vertu de la Loi sur les langues officielles.

Cet outil présente les critères dont il faut tenir compte dans le cadre des processus décisionnels, tant pour les nominations par le gouverneur en conseil que pour les postes dotés selon le processus d’embauche de la fonction publique fédérale. Son utilisation permet d’évaluer si la connaissance des deux langues officielles est requise pour pleinement exercer les fonctions rattachées au poste.

N’oublions pas les pratiques efficaces régissant la présidence des réunions bilingues.

Dans les régions désignées bilingues aux fins de la langue de travail, les employés ont le droit de travailler et d’être supervisés dans la langue officielle de leur choix, ce qui comprend les réunions auxquelles ils participent. De plus, il est possible de maximiser la participation de tous les employés à l’aide du guide « Pratiques efficaces régissant la présidence des réunions bilingues » et de l’outil « Passons à l’action ! »

Cependant, comme je le soulève fréquemment, on ne peut tout régler à coup de législation et d’outils. Il s’agit d’une question de respect et de reconnaissance, mais surtout d’excellence. Dois-je préciser que nous possédons un héritage précieux? Il faut éviter de voir les objectifs en matière de langues officielles comme une pénible course à obstacles.

C’est pourquoi je tiens à faire l’éloge de tous les fonctionnaires qui ont suivi une formation linguistique et qui mettent un point d’honneur à recourirà leur seconde langue officielle au travail ‒ dans les réunions, à l’écrit, dans leur correspondance et dans leurs conversations avec des collègues.

L’apprentissage de sa seconde langue officielle n’est jamais chose facile. Il faut mettre son orgueil de côté pour s’exprimer, avec quelques maladresses parfois, dans une langue qu’on ne manie pas encore avec aisance. Alors que la maîtrise des deux langues officielles est une compétence en leadership au même titre que les autres, l’utilisation des deux langues officielles en milieu de travail constitue la preuve d’un leadership bien assumé.

Il y a deux conditions essentielles pour préserver la dualité linguistique dans la société canadienne. Premièrement, tout le monde doit comprendre que le français et l’anglais ne sont pas des langues étrangères : ce sont des langues canadiennes. Ces deux langues officielles appartiennent à tous les Canadiens, sans égards à leurs antécédents linguistiques ou au fait qu’ils sont bilingues ou unilingues. Deuxièmement, la dualité linguistique est une valeur et non un fardeau, et elle doit faire partie intégrante de la fonction publique.

Il est important d’ancrer le principe d’égalité des langues officielles dans la culture des organisations. Par exemple, le recours à la technologie doit se faire dans le respect de la Loi sur les langues officielles.

Je profite aussi de l’occasion pour souligner le travail des champions des langues officielles, qui représentent une ressource d’une valeur incommensurable pour la fonction publique du Canada. Leur mandat de promouvoir la dualité linguistique en tant que valeur personnelle et organisationnelle est indispensable au rayonnement des langues officielles dans l’appareil gouvernemental.

Pourquoi devons-nous défendre la dualité linguistique au Canada? L’identité de notre pays s’est bâtie avec le français et l’anglais comme langues nationales de dialogue. Nos deux langues officielles nous permettent de communiquer les uns avec les autres d’un océan à l’autre.

Je vous remercie de votre attention. Je vous invite à poser vos questions dans la langue officielle de votre choix.

Date de modification :
2019-09-16