Allocution dans le cadre du lancement de l’étude sur les difficultés liées à l’offre et à la demande d’enseignants en français langue seconde au Canada

Vancouver (Colombie-Britannique), le 13 février 2019
Raymond Théberge - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Mesdames et messieurs, chères enseignantes, enseignants et élèves, bonjour.

Je voudrais commencer en soulignant que les terres sur lesquelles nous sommes réunis font partie du territoire non cédé des peuples Salish du littoral, y compris les territoires des nations Musqueam, Squamish et Tsleil-Waututh.

C’est avec enthousiasme que je prends la parole devant vous aujourd’hui à l’occasion du lancement de mon étude Accéder aux possibilités, qui traite des difficultés liées à l’offre et à la demande d’enseignants en français langue seconde au Canada.

Je tiens à remercier votre établissement, l’École Bilingue Elementary School, d’avoir accepté avec plaisir de mettre ses locaux à notre disposition pour tenir cette conférence de presse, ainsi que tous ses élèves, dont plusieurs sont parmi nous. C’est pour votre avenir que nous sommes tous ici, alors je vous salue comme il se doit!

Cet après-midi, je vous parlerai entre autres des causes derrière notre pénurie d’enseignants, en plus de vous donner une analyse de contexte et de formuler mes recommandations.

L’une de mes principales responsabilités, en tant que commissaire aux langues officielles du Canada, est de contribuer à la promotion de la dualité linguistique dans la société canadienne.

L’accès à l’éducation en français langue seconde, un enjeu auquel j’accorde une attention particulière, est parsemé d’embûches. Ainsi, il est de mon devoir de faire la lumière sur ces obstacles et de contribuer aux stratégies qui ont pris naissance à la suite de réflexions amorcées par un réseau de professionnels qui se sont penchés sur la question. En effet, mon équipe a confié à l’organisme Canadian Parents for French la tâche de former un groupe d’experts chevronnés, chargés de mener à bien l’étude que nous lançons aujourd’hui. Je suis d’autant plus heureux de faire ce lancement en Colombie-Britannique, province qui célèbre un demi-siècle d’immersion française. Le tout premier programme dans l’Ouest canadien, entrepris à Coquitlam, remonte à 1968.

Le français de base est enseigné dans les écoles canadiennes depuis plus d’un siècle. Le tout premier programme d’immersion précède la Loi sur les langues officielles. Le St-Lambert Bilingual Study Group, lancé par de braves mères de famille en 1965, a servi de tremplin aux programmes d’immersion française dans les écoles. Le nombre d’inscriptions a ensuite décuplé dans les années 1970 et 1980.

Par exemple, près de 260 écoles au Canada proposaient ce programme au cours de l’année scolaire 1976-1977. Plus d’une décennie plus tard, en 1991-1992, on parlait de 1 800 établissements. Au cours de la même période, le nombre d'inscriptions est passé de 23 000 à plus de 267 000 pour les programmes d’immersion française, et de 1,5 million à 1,8 million pour les programmes réguliers en français langue seconde.

Revenons maintenant à notre époque. En 2015-2016, quelque 430 000 élèves étaient inscrits aux programmes d'immersion française au Canada, comparativement à 360 000 en 2011-2012. Il s’agit d’une augmentation de près de 20 % en seulement quatre ans, dans une population étudiante dont le total est resté sensiblement le même.

Après des décennies de croissance exponentielle, les commissions et les conseils scolaires peinent à trouver un nombre suffisant d’enseignants qualifiés.

Le défi du recrutement et de la rétention des enseignants en français langue seconde est un problème de longue date qui nécessite des solutions durables.

Il n’y a qu’une façon de répondre à la demande : il faut mettre l’accent sur les enseignants. C’est pourquoi je demande, aujourd’hui, à la ministre des Langues officielles d’assurer un leadership clair à l’échelle nationale pour remédier à la pénurie chronique d’enseignants en français langue seconde au Canada.

En effet, le gouvernement fédéral souhaite faire passer de 17,9 % à 20 % le taux de bilinguisme au Canada d’ici 2036 en augmentant le taux de bilinguisme chez les anglophones. Pour atteindre cet objectif louable, il faudra cependant mettre l’accent sur le recrutement et sur le maintien en poste des enseignants.

Je recommande à la ministre de mettre sur pied une table de consultation nationale sur le français langue seconde en collaboration avec les partenaires provinciaux et territoriaux, ainsi que les associations d’intervenants du domaine, et de standardiser les capacités langagières et les compétences requises pour enseigner le français langue seconde au Canada. D’autre part, il faut veiller à l’allocation opportune et efficace des fonds prévus pour le recrutement et le maintien en poste des enseignants en français langue seconde dans le Plan d’action pour les langues officielles 2018-2023.

Ces recommandations bénéficieront à toute une génération d’apprenants d’une langue seconde. La ministre, de pair avec les provinces et territoires, doit chercher des solutions durables en ce qui concerne le recrutement et le maintien en poste des enseignants en français langue seconde en vue de favoriser l’augmentation du bilinguisme au Canada.

Dans le domaine de l’apprentissage des langues officielles au Canada, de nombreux gains sont le fruit d’efforts de parents qui reconnaissent les avantages du bilinguisme. Canadian Parents for French a grandement contribué à sensibiliser la population aux atouts et aux difficultés associés à l’apprentissage du français langue seconde dans les écoles, partout au pays.

Les provinces et les territoires font face à des difficultés communes en ce qui concerne le recrutement et le maintien en poste des enseignants. Certains de ces enseignants affirment qu’ils ont un statut inférieur dans des écoles et qu’ils manquent d’occasions de perfectionnement professionnel, ce qui peut les amener à délaisser l’enseignement du français langue seconde au profit de l’enseignement en anglais. En outre, la standardisation insuffisante des compétences requises au Canada restreint la capacité des enseignants en français langue seconde à travailler dans différentes régions du pays.

Il faut aussi noter que certaines difficultés sont propres à une province. La Colombie-Britannique éprouve de la difficulté à attirer des enseignants dans ses villes éloignées et ses centres urbains en raison, respectivement, de leur emplacement et du coût de la vie élevé. Les difficultés de la province à répondre à la forte demande pour ses programmes de français langue seconde, en particulier ceux d’immersion en français, se traduisent par des listes d’attente et des systèmes de loterie.

Parallèlement, la Colombie-Britannique a mis en œuvre des stratégies novatrices qui pourraient être reproduites à l’échelle du pays pour promouvoir les carrières dans le domaine de l’éducation et accroître le nombre d’enseignants de français.

L’apprentissage de la seconde langue officielle en milieu scolaire est particulièrement important pour les Canadiens de langue maternelle anglaise. Dans le sondage Nielsen de 2016, 79 % des répondants anglophones qui pouvaient parler français ont affirmé qu’ils avaient appris cette langue à l’école primaire ou secondaire. Selon les répondants, la faible accessibilité des cours de langue est le principal obstacle à l’apprentissage de la seconde langue officielle.

Plus que jamais, les Canadiens veulent que leurs enfants profitent des avantages du bilinguisme, et je crois que, peu importe où il demeure, chaque enfant au Canada devrait avoir l’occasion de devenir bilingue.

Certes, les fonds prévus pour des stratégies de recrutement d’enseignants en français langue seconde dans le Plan d’action pour les langues officielles 2018-2023 du gouvernement constituent un pas dans la bonne direction. Néanmoins, je recommande qu’une stratégie nationale à long terme soit mise de l’avant afin de former un bassin suffisant d’enseignants. Atteindre des résultats durables nécessitera une collaboration accrue, et ce, tant entre les provinces et les territoires qu’entre les ministères, les facultés d’éducation des universités et les conseils scolaires.

C’est pourquoi je recommande entre autres à la ministre de collaborer étroitement avec les partenaires provinciaux et territoriaux à la direction de l’élaboration et de la promotion d’une plateforme gratuite de recherche d’emplois en ligne, financée par le gouvernement fédéral, sur laquelle les conseils scolaires de l’ensemble du Canada pourront publier des offres d’emploi et où les enseignants pourront postuler à plusieurs emplois différents, en utilisant le même profil.

J’espère que l’étude aidera aussi les intervenants dans l’élaboration de leurs stratégies et de leurs propositions de financement de projet, et contribuera à la mise en œuvre efficace de cet important volet du Plan d’action, et ce, afin que nous puissions tous collaborer à accroître l’accès à une éducation bilingue aux jeunes Canadiens qui fréquentent l’école anglaise.

En guise de conclusion, je tiens à vous rappeler que c’est en investissant dans les jeunes que nous garantirons la vitalité et l’épanouissement des langues officielles du Canada.

Je désire prendre un instant pour féliciter tous les élèves qui ont choisi d’étudier dans leur deuxième langue officielle. C’est une grande ouverture envers le Canada, le monde et la diversité. Je souhaite du succès à tous les finissants de 7e année qui poursuivront leur cheminement scolaire dans une autre école l’automne prochain et qui pourront tirer parti de leurs acquis. Je tiens aussi à faire l’éloge de tous les enseignants en ce lieu. Votre dévouement et votre excellence sont dignes de mention.

Merci de votre attention. Dans quelques minutes, je serai prêt à répondre à vos questions, que je vous invite à poser dans la langue officielle de votre choix. Je cède la place aux autres invités et je les remercie de leur participation.

Date de modification :
2019-02-13