Allocution dans le cadre du Rendez-vous fransaskois 2018

Saskatoon (Saskatchewan), le 3 novembre 2018
Raymond Théberge - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Mesdames, messieurs.

C’est un grand honneur pour moi de prendre la parole ce soir devant cette multitude de convives ici réunis.

Tout d’abord, je tiens à souligner que les terres sur lesquelles nous sommes rassemblés font partie du territoire visé par le traité numéro 6, le territoire traditionnel des Cris et de la patrie des Métis. Nous rendons hommage aux ancêtres des Premières Nations et des Métis de ces lieux et nous réaffirmons nos relations les uns avec les autres.

Je suis d’avis que le thème du rendez-vous de cette année, « Unis dans la diversité », s’inscrit très bien dans cette nouvelle ère de réconciliation, d’unité et de solidarité.

Aussi, je désire saluer et féliciter le président de l’Assemblée communautaire fransaskoise, Denis Simard, ainsi que féliciter Ronald Labrecque pour sa nomination au poste de directeur général.

Comme l’a dit feu Rolland Pinsonneault, un des titans de la communauté fransaskoise, « pour une juste cause, il faut un champion ». En effet, nous avons besoin de nobles défenseurs de la francophonie comme vous et je suis fier d’être à vos côtés afin de célébrer les hauts faits de votre communauté.

Aujourd’hui, nous allons, entres autres, parler de votre histoire et de votre fierté, d’éducation, de réconciliation avec les Premiers Peuples, d’immigration francophone et de mes priorités en tant que commissaire aux langues officielles.

Pour ceux qui ne me connaissent pas, je viens d’un tout petit village du Manitoba situé non loin de Winnipeg, Sainte-Anne-des-Chênes. Durant ma jeunesse, ce patelin était entièrement composé de Canadiens français et, pourtant, je n’avais pas accès à l’école française. Mes parents et bien d’autres ont revendiqué ce droit et mes frères, eux, ont eu la chance d’être scolarisés dans leur langue maternelle.

Longtemps, je me suis consacré aux domaines de l’enseignement, de la recherche et de l’administration universitaire, notamment à la haute direction de l’Université de Saint-Boniface et au Centre d’études franco-canadiennes de l’Ouest, à Winnipeg. J’ai également assuré la direction de la Société franco-manitobaine, qui défend les intérêts de la communauté francophone au Manitoba.

En 2004, j’ai été nommé sous-ministre adjoint du Bureau de l’éducation française au ministère de l’Éducation, de la Citoyenneté et de la Jeunesse du Manitoba. De 2005 à 2009, c’est au Conseil des ministres de l’Éducation que j’ai poursuivi mon chemin, en tant que directeur général.

En juin 2012, j’ai été nommé à titre de 9e recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick, la plus importante université francophone à l’extérieur de la province du Québec.

J’ai passé ma vie à étudier et à défendre la dualité linguistique. Cette passion a forgé l’homme que je suis aujourd’hui et c’est donc avec grand honneur que j’ai accepté, en décembre dernier, le poste de commissaire aux langues officielles du Canada.

Ainsi, je voyage d’un bout à l’autre du pays pour échanger avec des gens d’affaires, des jeunes, des politiciens, des chercheurs, des dirigeants communautaires et des francophones comme vous.

Aujourd’hui, votre histoire a atteint un point culminant. Le Rendez-vous fransaskois, le festival Fête fransaskoise et le Gala de la Fransasque, pour ne nommer que ceux-ci, représentent l’effervescence et la vitalité de votre communauté, au point d’attiser la curiosité et de susciter l’intérêt de la population anglophone de la province.

Lors de mon allocution au Congrès annuel de l’Association canadienne d’éducation de langue française en septembre dernier, il a été question du rôle de l’enseignant en tant que passeur culturel et agent de socialisation langagière et culturelle, et du rôle primordial des directions d’école auprès du personnel enseignant, dans sa charge d’agent de transformation.

Car, en plus de se préoccuper de la réussite scolaire, l’école de langue française voit au développement personnel et social de chaque élève, pour l’aider ainsi à construire son identité, à se définir et à se reconnaître en tant que francophone, et à développer un sentiment d’appartenance à sa langue et sa culture. Dans les écoles fransaskoises, vivre sa culture est une façon d'être!

Pourtant, telle une épée de Damoclès, la question de l’insécurité linguistique demeure un sujet d’actualité dans les communautés francophones en situation minoritaire et aussi pour les personnes ayant le français comme une deuxième langue. C’est pourquoi je tiens à dire que les variétés de français du Canada sont intimement liées à la réalité sociale des communautés francophones qui en font usage. Nos accents n’ont aucune incidence sur le sens des mots. Au contraire, ils s’ajoutent, telles des notes harmonieuses, à la riche trame musicale de la francophonie canadienne. Il faut encourager tous les locuteurs du français en Saskatchewan – de langue maternelle comme de langue seconde – à utiliser le français et à vivre pleinement dans cette langue.

Je me réjouis de la culture de leadership et de responsabilité si répandue dans votre conseil scolaire. Ainsi, j’abonde dans les propos de son président, Alpha Barry, lorsqu’il affirme que le système éducatif fransaskois est à l’aube d’une nouvelle ère d’espoir.

Depuis toujours, vous vous battez pour que vos enfants puissent être éduqués en français. D’ailleurs, la lutte pour améliorer la qualité de l’enseignement du français est toujours d’actualité, si on en juge par la pénurie d’enseignants – en français langue première ainsi qu’en français langue seconde – qui affecte l’ensemble du pays. J’aimerais ajouter que votre identité n’a rien de folklorique et que vos combats sont héroïques : je suis de tout cœur avec vous. Vous êtes les activateurs de votre propre destinée.

Permettez-moi maintenant de discuter de l’importance de l’immigration francophone et de vous présenter un bref survol. Des rives de l’Atlantique jusqu’aux côtes de la Colombie-Britannique et aux confins du Nord, les francophones ont grandement marqué l’histoire du Canada par la fondation de collectivités dynamiques.

Au début du XXe siècle, la population de langue française atteignait 6 % dans la province. Des pionniers ont tout laissé derrière pour prendre le chemin des Prairies. Pendant les décennies qui ont suivi, ces pionniers allaient devoir composer avec un environnement politique et social souvent hostile au fait français. Aussi, l’arrivée du chemin de fer a changé la donne. La venue massive de migrants non francophones a contribué au développement de la riche diversité de cette province, mais en même temps, elle a fait que les locuteurs de langue française se sont rapidement retrouvés en minorité.

L’un des autres éléments clés du riche patrimoine de cette province et de sa culture dynamique est sans contredit sa population autochtone et ses langues autochtones. Depuis les dernières années, la réconciliation est devenue une priorité des gouvernements et j’estime qu’elle est absolument nécessaire au succès de cette province et de ce pays. La promotion et la protection des droits linguistiques n’impliquent jamais, si vous me prêtez l’expression, de déshabiller Saint-Pierre pour habiller Saint-Paul. Le Canada doit appuyer ses langues premières et ses langues officielles d’une manière qui correspond aux besoins précis, au contexte historique et aux réalités locales des communautés autochtones et des communautés de langue officielle de partout au pays.

Même son de cloche pour la promotion du patrimoine autochtone de l’Ouest canadien et du patrimoine francophone. Il est possible, voire préférable, de faire coexister de multiples récits historiques, notamment un tableau qui reconnaît les contributions des francophones et des autochtones au développement de votre province et qui célèbre les exemples de collaboration entre les peuples autochtones et les minorités francophones, en reconnaissant de façon honnête les difficultés et les injustices du passé.

Par exemple, les Métis, qui maîtrisaient le français, l’anglais, le michif, le bungee, le cri, l’ojibwé et le nakota, ont joué un rôle crucial dans le rapprochement des Premières Nations et des nouveaux arrivants, en tant qu’interprètes et diplomates. En partie grâce à ces derniers, les traités sont maintenant reconnus comme partie intégrante du patrimoine commun de tous les peuples qui vivent maintenant ici. Nous sommes donc tous visés par les traités.

Ce sont les Métis francophones qui ont émigrés vers les plaines de la Saskatchewan dès le XVIIIe siècle, afin d’échapper aux dures contraintes imposées par Ottawa. Comme vous le savez, par la suite, le français a longtemps été exclu des domaines de la législation, de la justice et de l’enseignement. Aujourd’hui, votre province attire des francophones des quatre coins du monde et elle est le foyer de milliers de francophiles de bonne volonté, bien déterminés à participer activement à la vie communautaire.

L’immigration a contribué à la croissance démographique, à la richesse culturelle et au développement socioéconomique du Canada. Ainsi, la collaboration entre tous les ordres de gouvernement et les communautés francophones en situation minoritaire est essentielle afin d’attirer, d’accueillir et d’intégrer avec succès des nouveaux arrivants d’expression française dans nos collectivités, nos milieux de travail, nos établissements scolaires et nos vies. Je suis heureux de voir le dévouement de tant de gens issus de l’immigration francophone envers votre Assemblée.

Je crois que le Canada doit demeurer un chef de file et un phare en matière de dualité linguistique et un appui pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Il va sans dire que je veux qu’on intervienne dans les dossiers clés, actuels ou anticipés, dans le plus grand intérêt des Canadiens.

J’aimerais donc vous parler de trois priorités qui retiendront mon attention au cours des prochaines années.

D’abord, je vais enjoindre aux institutions fédérales de surmonter les obstacles qui freinent l’atteinte des objectifs de la Loi, et ce, grâce à une compréhension approfondie des facteurs de réussite.

Je vais aussi intervenir auprès du gouvernement fédéral et des institutions fédérales afin que la mise en œuvre du Plan d’action pour les langues officielles 2018-2023 : Investir dans notre avenir donne les résultats escomptés.

Finalement, je vais pousser le gouvernement fédéral à passer de la parole aux actes pour une véritable modernisation de la Loi, afin que celle-ci reflète le Canada d’aujourd’hui et de demain.

La dernière refonte majeure de la Loi remonte à loin, bien avant Internet et les médias sociaux!

L’année 2019 marquera son 50e anniversaire. C’est pourquoi le moment ne peut être mieux choisi pour proposer au gouvernement d’y apporter des changements.

À la lumière d’échanges avec le public, dans le cadre de consultations qui ont généré plus de 4 000 réponses, j’en conclus que la Loi doit être modifiée, et ce, afin de refléter les nombreux changements qui ont marqué la société canadienne depuis 1988, année où la Loi a connu sa dernière révision majeure. Nous avons besoin d’une loi qui répond de façon proactive à la réalité changeante du Canada.

En conclusion, la dualité linguistique représente une grande richesse et ce précieux héritage appartient aussi aux jeunes. La connaissance de nos deux langues officielles est importante pour ceux-ci et pour leur avenir, sans compter que l’accès à l’enseignement postsecondaire en français est un élément clé pour assurer la force de la communauté fransaskoise.

Les communautés de langue officielle sont en pleine transformation et les organismes qui les accompagnent dans leur développement doivent emboîter le pas. Je me réjouis de l’engagement solennel de votre Assemblée en ce sens.

Les administrations gouvernementales, plus particulièrement les institutions fédérales, doivent demeurer à l’écoute des priorités de la communauté si elles veulent répondre à ses besoins et contribuer à son essor. En tant que commissaire aux langues officielles, je m’engage à poursuivre mon travail afin d’appuyer le développement et le progrès de votre communauté.

J’aimerais terminer en affirmant que votre fierté et la vitalité de votre communauté sont une véritable source d’inspiration pour les communautés francophones minoritaires de l’ensemble du Canada.

Sur ce, je vous souhaite une bonne journée.

Date de modification :
2020-09-18