Congrès annuel de l’Association canadienne d’éducation de langue française

Moncton (Nouveau-Brunswick), le 28 septembre 2018
Raymond Théberge - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Mesdames et messieurs, bonjour.

C’est un honneur pour moi de prendre la parole devant vous ce matin et de donner le coup d’envoi au Congrès annuel de l’Association canadienne de l’éducation en langue française (ACELF).

Tout d’abord, j’attire votre attention sur le fait que les terres sur lesquelles nous sommes réunis font partie du territoire traditionnel non cédé des Malécites et des Mi’kmaqs. Pendant des milliers d’années, ces nations autochtones ont habité, chassé, commercé et voyagé ici. Aujourd’hui, ces peuples constituent un élément clé de la société néo-brunswickoise.

Avant d’aborder les enjeux actuels de l’éducation de langue française, je désire saluer le dévouement de l’ensemble du personnel enseignant, des éducateurs, des directeurs et des représentants des conseils scolaires qui donnent le meilleur d’eux-mêmes chaque jour. Inspiré de la devise des Acadiens, « L’union fait la force », le thème de la conférence de cette année, « Unissons nos forces — Pour notre langue, notre culture, notre diversité », est donc très à propos.

Pour ceux qui ne me connaissent pas, je me suis longtemps consacré aux domaines de l’enseignement, de la recherche et de l’administration universitaire, notamment en tant que recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton de 2012 à 2018.

Auparavant, j’ai occupé un poste de sous-ministre adjoint au ministère de l’Éducation ainsi qu’au ministère de la Formation, des Collèges et des Universités de l’Ontario, en plus d’assurer la direction de la Société franco-manitobaine, qui défend les intérêts de la communauté francophone au Manitoba.

Je viens d’un tout petit village de la province du Manitoba situé non loin de Winnipeg, Ste. Anne des Chênes. À l’époque, ce patelin était composé à 100 % de Canadiens français, et, pourtant, je n’avais pas accès à l’école française. Mes parents et bien d’autres ont revendiqué ce droit, et mes frères, eux, ont eu la chance d’être scolarisés dans leur langue maternelle.

J’ai passé ma vie à étudier et à défendre la dualité linguistique. Cette passion a forgé l’homme que je suis aujourd’hui, et c’est donc avec grand honneur que j’ai accepté en décembre dernier le poste de commissaire aux langues officielles du Canada.

Pendant longtemps, l’enseignement en milieu minoritaire francophone a été confronté à des défis de taille, qu’il s’agisse du manque de ressources, de la nécessité de combattre l’assimilation ou encore de développer un sentiment d’appartenance.

Heureusement, la dernière décennie a été le théâtre d’une prise de conscience collective en ce qui a trait à l’importance des écoles de langue française pour les communautés francophones en situation minoritaire du Canada. On reconnait l’impact de l’éducation sur la vitalité linguistique et culturelle des communautés, sur l’apprentissage de la langue, ainsi que l’engagement identitaire et communautaire.

En effet, le double mandat de l’école de langue française, qui allie les objectifs scolaires de même que le développement langagier et identitaire de l’élève, n’est plus à démontrer. Aujourd’hui, on considère l’enseignant comme passeur culturel et agent de socialisation langagière et culturelle, et les directions d’école jouent un rôle primordial auprès du personnel enseignant, dans sa charge d’agent de transformation.

Ainsi, en plus de se préoccuper du succès scolaire, l’école de langue française voit au développement personnel et social de chaque élève, pour l’aider ainsi à construire son identité, à se définir et à se reconnaître en tant que francophone, et à développer un sentiment d’appartenance à sa langue et sa culture.

Je sais que la mise en œuvre d’une pédagogie adaptée sur mesure au contexte linguistique minoritaire représente un travail de longue haleine, et je lève mon chapeau à tous ceux et celles qui ont collaboré de près ou de loin à ce dossier. En effet, la culture de la collaboration rappelle que l’école favorise les partenariats entre les établissements scolaires, la famille et les communautés, surtout lorsqu’il s’agit de favoriser la construction identitaire francophone chez les jeunes.

En ce qui concerne ce point, je suis d’accord sur les huit principes directeurs, notamment le fait de s’inscrire dans la francophonie canadienne; miser sur la créativité et l’innovation; valoriser la diversité; favoriser l’action concertée de la famille, de la communauté et de l’école; développer un rapport positif à la langue française; créer des liens au sein de la francophonie canadienne; encourager la mobilisation et ultimement, viser des effets durables.

En vertu de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, les établissements scolaires de langue française hors Québec se sont multipliés au cours des années 2000. Toutefois, je tiens à mentionner que l’éducation en langue française en situation minoritaire ne bénéficie pas toujours des conditions équivalentes à celles dont bénéficie la majorité.

De nombreuses priorités du Commissariat aux langues officielles trouvent écho dans le Plan d’action sur les langues officielles 2018-2023, notamment du financement pour soutenir le développement de la petite enfance et l’immigration francophone.

Le Plan propose entre autres un investissement pour les infrastructures scolaires et communautaires (une somme de 95,25 M$), ainsi qu’un montant de 62,58 M$ pour des stratégies de recrutement d’enseignants dans les écoles minoritaires et les écoles d’immersion.

Dans le domaine du développement de la petite enfance, une somme de 20 M$ a été consacrée pour des initiatives de formation professionnelle et de renforcement des capacités des intervenants, ainsi que pour un appui à l’ouverture de garderies et de services de garde en français.

Parlons maintenant de la question de l’immigration francophone, et profitons-en pour effectuer un bref survol : des rives de l’Atlantique jusqu’aux côtes de la Colombie-Britannique et aux confins du Nord, les francophones ont grandement marqué l’histoire du Canada. Pendant des siècles, ils ont fondé des collectivités dynamiques, non seulement au Québec, mais partout ailleurs au Canada.

Ces descendants des pionniers, Acadiens, Québécois, Métis et autres peuples d’expression française, ont créé des collectivités au cours des 19e et 20e siècles. Ainsi, l’immigration a contribué à la croissance démographique, à la richesse culturelle et au développement socioéconomique du Canada.

La collaboration entre tous les ordres de gouvernement et les communautés francophones en situation minoritaire est essentielle afin d’attirer, d’accueillir et d’intégrer avec succès des nouveaux arrivants d’expression française dans nos collectivités, nos milieux de travail, nos établissements scolaires et nos vies.

Je tiens à revenir sur l’un des thèmes abordés lors du troisième Sommet sur l'éducation qui s'est déroulé l’an passé à Ottawa, l’insécurité linguistique. Hélas, de nombreux francophones qui vivent en milieu minoritaire au Canada se sentent jugés sur la qualité de leur français, ou en raison de leur accent.

Pourtant, le français parlé au Canada a des caractéristiques qui lui sont propres. Il est intimement lié à la réalité sociale des communautés francophones qui en font usage. Quant à nos accents, ils n’ont aucune incidence sur le sens des mots. Au contraire, ils s’ajoutent, telles des notes harmonieuses, à la riche trame musicale de la francophonie canadienne. Comme je l’ai exposé récemment aux membres de la Fédération de la jeunesse canadienne-française, je suis heureux de constater que des pistes de solution ont été proposées, qui pourront être mises en œuvre par les différents secteurs des communautés afin d’accroître la sécurité linguistique partout au pays.

Dans cette optique, je tiens aussi à féliciter l’ACELF d’avoir fait une place à ces jeunes leaders de la francophonie canadienne dans le cadre de ce congrès. En effet, ces derniers contribuent grandement au développement de nos communautés francophones et acadiennes.

Comme les recherches l’indiquent, les organismes qui comptent sur l’appui de l’ACELF ont un rôle crucial à jouer pour aider nos jeunes à surmonter l'insécurité linguistique. Ils doivent veiller à ce que les élèves maîtrisent bien leur langue, mais également leur enseigner que les accents et les dialectes qui composent la francophonie canadienne sont une véritable richesse, digne de fierté. Ils doivent favoriser l’épanouissement des espaces francophones dans nos communautés, où les jeunes peuvent non seulement parler leur langue, mais la vivre pleinement.

Le Canada est sensible à l'importance du fait français sur son territoire, et déterminé à contribuer à son rayonnement sur la scène internationale. En effet, la francophonie offre une ouverture sur le monde et des possibilités de briller à l’échelle planétaire.

C’est pourquoi je tiens à souligner le rôle de premier plan que le Canada joue au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Le fait d’y compter quatre sièges – Le Canada, le Nouveau-Brunswick, l’Ontario et le Québec – est très important. Cela nous permet de faire rayonner la dualité linguistique de notre pays, et nous donne la possibilité de nous démarquer sur la scène internationale : pensons notamment à la langue, la culture, l’économie, les nouvelles technologies et la coopération internationale.

L’essor de la société canadienne est lié à la promotion d’un plus grand usage et d’une plus grande visibilité de la langue française. Celle-ci, parlée par plus de 274 millions de personnes aux quatre coins du monde, s’étend sur les cinq continents. À l’échelle internationale, le nombre de locuteurs francophones augmente sans cesse.

En conclusion, je tiens à réitérer que le français représente une grande richesse, et que ce précieux héritage appartient aussi aux jeunes.

Merci de votre attention. Sur ce, je vous invite à venir rencontrer les membres de mon équipe au kiosque du Commissariat dans le Salon des exposants, et à jeter un coup d’œil aux outils et aux produits que nous avons développé pour les enseignants et les enseignantes.
Date de modification :
2018-09-28