Allocution dans le cadre de la conférence annuelle des champions des langues officielles

Ottawa (Ontario), le 19 juin 2018
Raymond Théberge - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Mesdames et messieurs, bonjour.

C’est un immense plaisir pour moi de me trouver parmi vous ce matin. Je voudrais remercier Debbie Beresford-Green, présidente du Conseil du Réseau des champions des langues officielles, de m’avoir invité à prendre la parole, ainsi que Stéphan Déry, président-directeur général du Bureau de la traduction, qui sont tous deux membres du Comité des sous-ministres adjoints sur les langues officielles.

Tout d’abord, je tiens à saluer l’ardeur et le dévouement de tous les champions réunis en ce lieu, qui fait également partie du territoire traditionnel non cédé du peuple anishinabé algonquin, un peuple autochtone de la vallée de l’Outaouais.

Pendant des milliers d’années, les Algonquins ont habité, chassé, commercé et voyagé sur ces terres.

Ensuite, j’aimerais dire qu’à titre de champions, vous représentez une ressource d’une valeur incommensurable pour la fonction publique du Canada. J’ajouterais que la dualité linguistique a triomphé à différents moments de l’histoire du Canada. Aujourd’hui, vous êtes les cerbères de ce précieux héritage, et garants de son avenir.

Fort de plus de 200 voix, le Conseil du Réseau des champions des langues officielles, qui joue un rôle unique de leader et d'innovateur, célèbre aujourd’hui ses 15 ans d’existence, et je tiens à rendre hommage à chacun de vous et de vos membres.

Votre mandat de promouvoir la dualité linguistique en tant que valeur personnelle et organisationnelle est indispensable au rayonnement des langues officielles dans l’appareil gouvernemental. En effet, je compte sur votre appui pour faire en sorte que les langues officielles soient mises de l’avant dans vos institutions fédérales respectives, que ce soit dans le contexte d’une réunion ou du lancement d’un nouveau programme pour les Canadiens.

Pour ceux qui ne me connaissent pas, j’ai passé ma vie à étudier et à défendre la dualité linguistique. Certains diront que c’est le combat d’une vie, moi, je pense plutôt que c’est la passion de ma vie.

La dualité linguistique est un puissant symbole d’ouverture, d’empathie et de respect, et c’est pourquoi j’ai accepté en décembre dernier le poste de commissaire aux langues officielles du Canada.

Maintenant, si vous le permettez, jetons un bref coup d’œil à ma vision et à mes priorités en tant que nouveau commissaire.

Comme le disait Montesquieu, « Une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi; mais elle doit être loi parce qu’elle est juste. » Ainsi, il est parfaitement légitime pour les Canadiens francophones et anglophones de travailler dans leur propre langue et selon leurs valeurs culturelles, tout en comprenant et en appréciant celles des autres. Ce sont ces principes qui ont inspiré la Loi sur les langues officielles.

De nombreux jalons ont été franchis depuis la création de la Loi. Encore aujourd’hui, le français et l’anglais constituent une caractéristique fondamentale de l’identité canadienne. J’aime à dire que les langues officielles font partie de l’ADN des Canadiens. Vous savez, la dualité linguistique fait partie de notre histoire depuis toujours.

Je reviens d’un séjour à Pristina, au Kosovo, où j’ai eu l’occasion de participer à l’assemblée générale annuelle et à la 5e conférence de l’Association internationale des commissaires linguistiques. Le Canada joue un rôle essentiel sur le plan du développement politique et économique au Kosovo. Depuis près d’un siècle, notre pays est considéré comme une figure de proue de la dualité linguistique sur la scène internationale.

La fonction publique du Canada est une source de fierté et fait l’envie de nos partenaires internationaux. En 2017, le Canada s’est classé au premier rang selon un nouvel indice d’efficacité. Bref, notre fonction publique reflète aussi la dualité linguistique de notre pays et elle offre des services aux Canadiens dans la langue officielle de leur choix.

Cette caractéristique unique a évolué avec le temps, et de nombreux progrès ont été réalisés au fil des ans. Les communautés de langue officielle en situation minoritaire sont mieux appuyées, et la dualité linguistique est valorisée par la grande majorité de la population canadienne.

Pourtant, il semble qu’on ne tient pas toujours compte des avantages de la dualité linguistique. Par exemple :

  • trop de fonctionnaires qui travaillent dans des régions bilingues ne se sentent pas à l’aise d’utiliser la langue officielle de leur choix dans leur milieu de travail;
  • d’autres ont du mal à satisfaire aux exigences linguistiques de leur poste, ou alors perçoivent les langues officielles comme un obstacle;
  • on néglige l’utilisation des deux langues officielles dans le cadre de réunions.

Les interventions du Commissariat aux langues officielles visent, d’abord et avant tout, à influencer et à amener les institutions fédérales à assumer pleinement leurs responsabilités dans la mise en œuvre de la Loi.

L’année 2019 marquera le 50e anniversaire de la première Loi sur les langues officielles. Le moment ne peut être mieux choisi pour proposer au gouvernement d’y apporter des changements. Il va sans dire que nous avons besoin d’une loi qui puisse répondre de façon proactive à la réalité changeante du Canada, et je crois, par conséquent, qu’une modernisation est impérative.

Je suis heureux de constater que les propos du premier ministre vont dans ce sens et que le gouvernement est ouvert à s’engager.

À la lumière d’échanges avec le public par des consultations qui ont généré plus de 3 000 réponses, j’en conclus que la Loi doit être modifiée, et ce, afin de refléter les nombreux changements qui ont marqué la société canadienne depuis 1988, année où la Loi a connu sa dernière révision majeure.

Qu’il s’agisse de l’utilisation des nouvelles technologies, de modes de prestation des services gouvernementaux ou même de l’apport important de l’immigration, la société canadienne a été marquée par de nombreux changements depuis l’adoption de la première Loi, en 1969. C’est pourquoi les langues officielles, c’est l’affaire de tous.

Parmi les changements préconisés, soulignons ceux qui touchent l’égalité linguistique dans le domaine de la justice et de l’éducation, ou encore la nécessité de suivre l’évolution de la société canadienne.

En ce qui concerne le rapport sur la langue de travail au sein de la fonction publique, présenté en septembre 2017 par le greffier du Conseil privé, j’ai recommandé à ce dernier dans mon rapport annuel d’établir un mécanisme approprié afin d’informer annuellement les employés fédéraux en ce qui concerne l’état d’avancement de la mise en œuvre de l’ensemble des recommandations de son rapport. Ce sont les champions des langues officielles qui seront mis au fait de ces mises à jour.

Je recommande également à la ministre du Patrimoine canadien et au président du Conseil du Trésor de procéder à un examen de leurs outils d’évaluation actuels des institutions fédérales en matière de langues officielles, et de les modifier en conséquence. Il est primordial de dresser un portrait clair de la situation des langues officielles au sein de l’appareil fédéral.

Les deux langues officielles, le français et l'anglais, sont au cœur de qui nous sommes en tant que Canadiens. Elles sont au centre de notre histoire. Avec les langues autochtones, elles représentent la diversité et l'inclusion au sein de notre société. C'est pourquoi les Canadiens partout au pays célèbrent notre patrimoine linguistique et continuent de bâtir un avenir radieux en écrivant, en parlant et en travaillant dans nos deux langues officielles.

Sur ce, je suis prêt à répondre à vos questions, que je vous invite à poser dans la langue officielle de votre choix.

Date de modification :
2018-09-13