Allocution dans le cadre du Sommet de la vision du Bureau de la traduction

Ottawa (Ontario), le 16 mai 2018
Raymond Théberge - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Bonjour à toutes et à tous,

Je voudrais commencer en soulignant que les terres sur lesquelles nous sommes réunis font partie du territoire traditionnel non cédé du peuple anishinabé algonquin, un peuple autochtone de la vallée de l’Outaouais. Pendant des milliers d’années, les Algonquins ont habité, chassé, commercé et voyagé ici.

C’est avec une réelle joie que je prends la parole devant vous ce matin. Terminologues, traducteurs, réviseurs, interprètes, linguistes et langagiers, nous appartenons tous au même corps professionnel, et je suis honoré d’être parmi vous.

Je voudrais remercier Stéphan Déry, président-directeur général du Bureau de la traduction, que vous connaissez tous, de m’avoir invité à m’entretenir avec vous aujourd’hui.

Commençons avec une parole de sagesse. Comme l’a dit Jérôme de Stridon, saint patron des traducteurs : « Il y a dans les actes une éloquence que la langue n'égale jamais. »

Je crois que, pour le Bureau de la traduction, le moment était venu d’agir et de regagner ses lettres de noblesse. Une vision modernisée, appuyée par un centre d’excellence en services linguistiques, représente le premier jalon.

Grâce à des liens renforcés, un modèle d’affaires révisé, une main-d’œuvre renouvelée et des technologies de pointe au service des langagiers, j’entrevois de grands changements, mais aussi de meilleurs jours pour les employés et les clients du Bureau de la traduction.
Pour ceux qui ne me connaissent pas, je me suis longtemps consacré aux domaines de l’enseignement, de la recherche et de l’administration universitaire, notamment à la haute direction de l’Université de Saint-Boniface et au Centre d’études franco-canadiennes de l’Ouest, à Winnipeg. J’ai fait la plus grande partie de mes études supérieures en linguistique.

J’ai passé ma vie à étudier et à défendre la dualité linguistique. Certains diront que c’est le combat d’une vie; moi, je pense plutôt que c’est la passion de ma vie.

Aussi, je crois que la dualité linguistique est un puissant symbole d’ouverture, d’empathie et de respect.

Aujourd’hui, en tant qu’agent du Parlement, ma tâche consiste à faire la promotion des langues officielles et à protéger les droits linguistiques des Canadiens. J’insiste sur le fait que la qualité des deux langues officielles dans la fonction publique fédérale est d’une importance capitale.

De plus, je prendrai toutes les mesures pour assurer la reconnaissance du statut de chacune des langues officielles et le respect de l’esprit de la Loi sur les langues officielles en ce qui a trait à l’administration des affaires des institutions fédérales.

Comme vous le savez tous, la traduction joue un rôle de premier plan dans la dualité linguistique canadienne, et le Bureau de la traduction constitue un maillon essentiel dans l’application de la Loi, notamment en ce qui a trait à la communication avec le public, à la langue de travail dans la fonction publique et à la promotion du français et de l’anglais dans la société canadienne.

Concrètement, le traducteur joue un rôle très important pour les personnes unilingues, les personnes bilingues et la population canadienne en entier.

Il va sans dire que la qualité des traductions et l’égalité des langues officielles exigent qu’on y consacre des ressources. Hélas, les institutions fédérales ont parfois tendance à couper les coins ronds pour réduire les coûts. C’est une erreur.

En effet, de tristes exemples de traductions bancales, dont les médias ont fait leurs choux gras, ont jeté le doute au fil des ans sur l’engagement des institutions fédérales à l’égard d’un service bilingue de qualité.

Aujourd’hui, à l’ère d’Internet et de la mondialisation, les offres de services proviennent des quatre coins de la planète.

Le recours aux ressources externes peut se révéler nécessaire, je le concède. Néanmoins, cela doit se faire avec circonspection, avec comme objectif ultime la qualité.

Malgré les avancées technologiques, le Commissariat aux langues officielles demeure convaincu qu’un regard humain sur la traduction demeure pertinent. Vu la rapidité avec laquelle les logiciels de traduction évoluent, il est possible que la touche humaine devienne superflue un jour, mais nous n’y sommes pas encore.

La préoccupation du Commissariat reste des traductions de qualité égale en français et en anglais, sans délai déraisonnable, afin de respecter la Loi.

Il est essentiel que le gouvernement s’assure de la qualité des services de traduction offerts pour les communications et les services destinés au public et aux employés de la fonction publique.
Ainsi, je crois que la compétence et l’expertise des professionnels du Bureau de la traduction ne sont plus à démontrer.

Comme l’a mentionné récemment Jean Delisle, professeur émérite de l’Université d’Ottawa aujourd’hui à la retraite : « La traduction ne saurait être confiée à des fonctionnaires non formés qui croient naïvement aux vertus miraculeuses de Google Translate […]. La traduction professionnelle, qui s'enseigne à l'université, a des exigences beaucoup plus élevées. » Je suis au courant des moments les plus sombres du Bureau de la traduction, et j’ai vu au Nouveau-Brunswick ce qui peut se produire lorsque l’on a recours à la sous-traitance à rabais.

Ainsi, je vois d’un bon œil les partenariats avec les universités et l’embauche de 50 étudiants par année, et le fait d’attitrer des spécialistes linguistiques aux institutions fédérales afin d’aider ces dernières à respecter leurs obligations en matière de langues officielles.
La dualité linguistique constitue une caractéristique fondamentale de l’identité canadienne. J’aime à dire que les langues officielles font partie de l’ADN des Canadiens et que le français et l’anglais font partie de notre histoire depuis toujours.

Dans cette optique, j’aimerais souligner la contribution du Conseil du Réseau des champions des langues officielles, qui compte plus de 200 champions et cochampions.

Depuis sa création, le Conseil a assumé un rôle de coordination et de leadership, mis sur pied un comité interministériel sur les langues officielles et proposé au greffier du conseil privé d’alors, Kevin Lynch, de décréter une Journée de la dualité linguistique. En septembre 2019, nous célébrerons le 11e anniversaire de cette journée.

J’ai suivi de près le travail du Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes au sujet du Bureau de la traduction, et je trouve encourageant la position prise dans le rapport ainsi que l’accent mis sur les mesures qui pourraient aider le Bureau à fournir un travail de qualité aux institutions fédérales, dans les meilleurs délais.

En outre, je suis heureux de voir l’engagement du Comité, du Bureau de la traduction et des intervenants du secteur privé à assurer la conformité à la Loi sur les langues officielles.

Je remercie M. Déry de son engagement comme champion des langues officielles et président-directeur général du Bureau de la traduction.

Enfin, je vois le Canada comme une maison vaste et accueillante, habitée par 36 millions d’êtres humains, quelle que soit la date de leur arrivée. Comme la dualité linguistique est au cœur même de la valeur canadienne d’inclusion, elle a contribué à faire de notre diversité et de nos différences des forces sur lesquelles nous devons bâtir.

Sur ce, je vous remercie de votre attention et suis maintenant prêt à répondre à vos questions.

Date de modification :
2018-09-13