Rencontre avec le Groupe des chefs des missions diplomatiques francophones

Ottawa (Ontario), le 27 avril 2018
Raymond Théberge - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Votre Excellence Monsieur l’Ambassadeur Raoul Delcorde, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, les Hauts Commissaires et les Chargés d’affaires, distingués invités, bonjour!

Je voudrais commencer en soulignant que les terres sur lesquelles nous sommes réunis font partie du territoire traditionnel non cédé du peuple anishinabé algonquin, un peuple autochtone de la vallée de l’Outaouais. Pendant des milliers d’années, les Algonquins ont habité, chassé, commercé et voyagé ici.

Je voudrais aussi remercier l’ambassadeur de Belgique au Canada, M. Raoul Delcorde, qui m’a invité à prendre la parole devant le Groupe des chefs des missions diplomatiques francophones.

Maintenant, entrons dans le vif du sujet! Comme l’a dit Blaise Pascal : « L’éloquence est l’art de peindre ses pensées. » Je vais donc tenter de brosser un juste tableau de mon parcours et de vous exposer une vision claire de mon mandat de commissaire aux langues officielles.

Je viens d’un tout petit village de la province du Manitoba, Ste. Anne des Chênes. À l’époque, ce patelin était composé à 100 % de Canadiens français, et, pourtant, je n’avais pas accès à l’école française.

Mes parents et bien d’autres ont revendiqué ce droit, et mes frères, eux, ont eu cette chance d’être scolarisés dans leur langue maternelle. Chez nous, la dualité linguistique, le bilinguisme et l’avenir de notre communauté faisaient partie de nos discussions familiales quotidiennes.

Ces discussions, ces combats pour l’obtention de nos droits ont forgé l’homme que je suis aujourd’hui. C’est donc avec grand honneur que j’ai accepté en janvier dernier le poste de commissaire aux langues officielles du Canada.

J’ai passé ma vie à étudier et à défendre la dualité linguistique. Certains diront que c’est le combat d’une vie, moi, je pense plutôt que c’est la passion de ma vie.

Je crois que la dualité linguistique est un puissant symbole d’ouverture, d’empathie et de respect.

Sans plus tarder, je vous expose un bref sommaire de mon parcours.

Longtemps, je me suis consacré aux domaines de l’enseignement, de la recherche et de l’administration universitaire, notamment à la haute direction de l’Université de Saint-Boniface et au Centre d’études franco-canadiennes de l’Ouest, à Winnipeg.

En 2004, j’ai été nommé sous-ministre adjoint du Bureau de l’éducation française au ministère de l’Éducation, de la Citoyenneté et de la Jeunesse du Manitoba. De 2005 à 2009, c’est au Conseil des ministres de l’Éducation que j’ai poursuivi mon chemin, en tant que directeur général.

Par la suite, j’ai accepté le poste de sous-ministre adjoint au ministère de l’Éducation et au ministère de la Formation, des Collèges et des Universités de l’Ontario, en plus d’assurer la direction de la Société franco-manitobaine, qui défend les intérêts de la communauté francophone au Manitoba.

En juin 2012, j’ai été nommé à titre de 9e recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick, la plus importante université francophone à l’extérieur de la province de Québec.

Aujourd’hui, en tant qu’agent du Parlement, ma tâche consiste à faire la promotion des langues officielles et à protéger les droits linguistiques des Canadiens. Ainsi, je voyagerai d’un bout à l’autre du pays pour participer à des débats publics et prononcer des discours devant de jeunes Canadiens, des chercheurs, des employés de la fonction publique, des dirigeants communautaires et des francophiles, comme vous.

De plus, je tiens à souligner le rôle de premier plan du Canada au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Le Canada est sensible à l'importance du fait français sur son territoire et déterminé à contribuer à son rayonnement sur la scène internationale. En effet, la francophonie offre une ouverture sur le monde et des possibilités de rayonnement international.

Pour le Canada, le fait de compter quatre sièges à l’OIF est très important. Cela nous permet de prendre conscience de la dualité linguistique de notre pays, tout en nous offrant l’occasion de nous démarquer sur la scène internationale : pensons notamment à la langue et à la culture, à l’économie, aux nouvelles technologies et à la coopération internationale.

En outre, je crois fermement que le Canada continuera d’apporter une contribution essentielle à l’immense réussite que représentent la Francophonie et ses institutions.

Je tiens à mentionner qu’il est important de bâtir sur des fondations solides et de poursuivre l’œuvre de mes prédécesseurs. C’est pourquoi je me rendrai à Pristina, en mai prochain, afin de participer à l’assemblée générale annuelle et à la 5e conférence de l’Association internationale des commissaires linguistiques (AICL).

En effet, le Canada joue un rôle essentiel sur le plan du développement politique et économique au Kosovo, et la vision de l’AICL correspond en tout point aux efforts du Canada en matière de réconciliation entre groupes ethniques et de valeurs comme la diversité culturelle et l’inclusion.

Depuis près d’un siècle, le Canada est considéré comme une figure de proue de la dualité linguistique sur la scène internationale.

Pendant la période de l’entre-deux-guerres, le bilinguisme des diplomates canadiens et leur plaidoyer pour les droits des minorités leur ont valu le respect et l’admiration de leurs collègues de la Société des Nations. Comme l’a dit Ernest Lapointe, ministre de la Justice et diplomate canadien à l’époque : « Pour s’unir et édifier une grande nation, [il faut] faire savoir au monde qu’il s’y parle deux langues, le français et l’anglais, deux langues dont n’importe qui pourrait être fier. »

En fait, moi, je vois le Canada comme une maison vaste et accueillante. Pour plusieurs de nos ancêtres ainsi que pour certains nouveaux arrivants, le Canada représente leur nouvelle maison. Comme la dualité linguistique est au cœur même de la valeur canadienne d’inclusion, elle a contribué à faire comprendre que la diversité et la différence constituent des forces, et non des faiblesses, sur lesquelles nous devons bâtir.

Maintenant, si vous le permettez, jetons un bref coup d’œil sur le mandat du Commissariat aux langues officielles.

De nombreux jalons ont été franchis depuis la création de la Loi sur les langues officielles, en 1969. Encore aujourd’hui, le français et l’anglais constituent une caractéristique fondamentale de l’identité canadienne. J’aime à dire que les langues officielles font partie de l’ADN des Canadiens. Vous savez, la dualité linguistique fait partie de notre histoire depuis toujours.

Pour vous situer dans le contexte, tout au long de son histoire, le Canada a adopté des lois comme la Loi sur les langues officielles et mis en œuvre des politiques pour mieux protéger et promouvoir les langues officielles dans l’intérêt des Canadiens d’un océan à l’autre.

Alors que j’amorce mon quatrième mois au Commissariat, je suis en train de me pencher sur sa raison d’être.

En tant que commissaire, je veille notamment à ce que les communautés de langue officielle en situation minoritaire puissent s’épanouir, comme je veille évidemment à faire respecter la Loi, qui aura 50 ans en 2019.

Les interventions du Commissariat visent, d’abord et avant tout, à influencer et à amener les institutions fédérales à assumer pleinement leurs responsabilités dans la mise en œuvre de la Loi.

Malgré tous nos efforts, il reste encore bien des choses à améliorer. Après tout, le Canada a bien changé au cours des 50 dernières années sur les plans démographique, social et technologique.

Ainsi, nous nous penchons actuellement sur la modernisation de la Loi, en menant des consultations tant auprès du public que des communautés de langue officielle.

Alors que la Loi se tournera résolument vers l’avenir en 2019, il va sans dire que celui-ci appartient aux jeunes. La dernière refonte majeure de la Loi remonte à loin, bien avant Internet, les médias sociaux et la naissance de la jeunesse actuelle, les fameux « millénaux ». Plus que jamais, les jeunes revendiquent le respect de la dualité linguistique canadienne.

Ils imaginent un pays où il sera désormais normal de vivre en français et en anglais. Ils sont d’avis que le gouvernement fédéral a un rôle de chef de file à jouer dans la concrétisation de cette idée, et ils ont une soif réelle de connaître la culture de l’autre. Je crois que le vent a tourné et que le Canada doit demeurer un chef de file et un phare en matière de dualité linguistique et d’appui aux communautés de langue officielle.

Sur ce, je vous remercie de votre attention et suis maintenant prêt à répondre à vos questions.

Date de modification :
2020-09-18