Allocution prononcée à la 12e Journée de réflexion sur l’immigration francophone Panel « Regards vers l’avenir : soutenir une francophonie plurielle et inclusive »

Calgary (Alberta), le 21 mars 2018
M. Raymond Théberge - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Mesdames, Messieurs, bonjour,

J’aimerais tout d’abord vous remercier de m’avoir invité à participer au panel « Regards vers l’avenir : soutenir une francophonie plurielle et inclusive ». Je me réjouis à l’avance de prendre part aux discussions qui, j’en suis certain, seront porteuses d’idées novatrices et d’histoires de réussite.

En fait, ma présence ici ne pouvait mieux tomber. Comme vous le savez, je viens tout juste de commencer mon mandat de commissaire aux langues officielles.

Lorsqu’on entre en fonction à un nouveau poste, la première chose que l’on regarde, c’est tout ce que nos prédécesseurs ont fait, car ce que l’on veut par-dessus tout, c’est de bâtir sur le travail des autres. Comme il y a déjà de bonnes fondations, notre regard peut se tourner vers l’avenir.

En 2014, mon prédécesseur de l’époque, M. Graham Fraser, et M. François Boileau, commissaire aux services en français de l’Ontario, ont émis une série de recommandations en immigration fondées sur quatre principes directeurs. Je veux revenir sur ces principes parce qu’ils sont toujours d’actualité.

Mais avant, il me semble approprié de faire un petit rappel sur le cadre constitutionnel et législatif. D’une part, l’immigration est une compétence partagée. Autrement dit, c’est autant l’affaire du fédéral que des provinces et des territoires.

Dans la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, il est clairement indiqué que le gouvernement doit favoriser le développement des collectivités de langue en situation minoritaire au Canada.

Mieux encore, la mise en œuvre de la Loi doit avoir pour effet, entre autres :

  1. d’assurer que les décisions prises en vertu de la loi sont conformes à la Charte canadienne des droits et libertés, notamment en ce qui touche les principes, d’une part, d’égalité et de protection contre la discrimination et, d’autre part, d’égalité du français et de l’anglais à titre de langues officielles du Canada;
  2. de soutenir l’engagement du gouvernement du Canada à favoriser l’épanouissement des minorités francophones et anglophones du Canada.

Alors, on s’entend que la Loi est assez claire en ce qui concerne les obligations.

Maintenant que le contexte législatif est bien établi, revenons aux principes émis par messieurs Fraser et Boileau.

Premier principe, qui m’apparaît évident, l’immigration doit contribuer à maintenir, voire à augmenter, le poids démographique des communautés francophones en situation minoritaire au Canada.

La région Chaleur au Nouveau-Brunswick est un bon exemple de réussite en matière d’immigration francophone. Cette région, comme les autres dans le nord du Nouveau-Brunswick, connaît des défis importants sur le plan démographique. Face à ces défis, les intervenants de la région ont décidé d’unir leurs forces afin de trouver des pistes de solutions. L’immigration est vite apparue comme un élément clé de l’avenir de la région, avec douze nouvelles familles francophones chaque année et un taux de rétention de 98 % (après trois ans). Grâce aux efforts des partenaires, tous les nouveaux arrivants se sont trouvé un emploi ou ont créé leur entreprise. L’un des facteurs qui expliquent ce succès est sans aucun doute la collaboration qui existe autour de ce projet. Les municipalités de la région, la chambre de commerce, le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick, les secteurs bancaire et immobilier et l’association multiculturelle jouent tous un rôle important à différentes étapes du processus d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants.

C’est le système de soutien aux nouveaux arrivants qui fait la différence. Ces derniers sont accompagnés non seulement à leur arrivée, mais aussi tout au long de leur parcours, jusqu’à ce qu’ils soient bien intégrés dans leur communauté.

Deuxièmement, les politiques et les programmes d’immigration fédéraux, provinciaux et territoriaux doivent être conçus et adaptés pour répondre aux besoins en matière de recrutement, d’intégration et de rétention des immigrants francophones propres aux différents contextes des communautés francophones en situation minoritaire au Canada.

Notez bien que ce principe met l’accent sur le fait que les communautés francophones en situation minoritaire ont des contextes différents et donc, possiblement, des façons de faire ou des besoins différents. Il doit donc y avoir une adéquation entre les politiques et les programmes, d’une part, et les besoins particuliers liés à l’immigration francophone, de l’autre.

Le Conseil économique et coopératif de la Saskatchewan est un autre exemple qui me vient à l’esprit. Le Conseil organise plusieurs activités pour favoriser un bon appariement entre les compétences des immigrants francophones et les besoins des employeurs. Parmi les activités à succès du Conseil, notons les foires et les mini foires de l’emploi. Le concept personnalisé de ces foires permet d’établir des liens entre les chercheurs d’emploi et les employeurs.

L’Accueil francophone au Manitoba a aussi adopté, en 2003, une approche qui reprend plusieurs de ces éléments et offre un accompagnement serré aux familles, notamment par l’aide aux devoirs.

Troisièmement, de solides partenariats fédéral-provinciaux-territoriaux-communautaires et des stratégies à long terme sont nécessaires pour que l’immigration vienne appuyer le développement et la vitalité des communautés francophones en situation minoritaire. Il s’agit d’un dossier qui interpelle un grand nombre d’intervenants devant tous travailler main dans la main. Il faut donc une action largement horizontale ou transversale.

Ces dernières années, nous avons constaté plusieurs avancées notables à l’échelle fédérale, y compris la mise en place du programme Mobilité francophone, l’apport de modifications au système Entrée express, l’adoption d’une nouvelle définition d’« immigrant de langue officielle » et la tenue de diverses consultations auprès des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Enfin, les gouvernements doivent se doter d’un cadre d’évaluation et de reddition de comptes pour mesurer les progrès réalisés et assurer l’atteinte des objectifs en matière d’immigration dans ces communautés.

Cela dit, l’automne dernier, le gouvernement a annoncé qu’il comptait accueillir plus de 300 000 immigrants par année. Il devient alors primordial que le gouvernement atteigne son objectif de 4,4 % d’immigrants francophones pour que les communautés francophones en situation minoritaire maintiennent leur poids démographique. Il est malheureux de constater que jusqu’à maintenant, les efforts du gouvernement fédéral n’ont pas donné les résultats escomptés. 

Cependant, il y a de l’espoir.

Je salue les ministres des deux ordres de gouvernement qui se sont rencontrés lors d’un deuxième forum il y a quelques semaines. Puisque l’immigration est une compétence partagée, ces rencontres sont importantes, et les discussions semblent avoir porté des fruits puisqu’ils ont annoncé un plan d’action FPT sur l’immigration francophone. Je suis heureux de constater que ce nouveau plan d’action contient une série de mesures coordonnées avec les autres ordres de gouvernement et qu’il est en harmonie avec l’une des recommandations de notre rapport de 2014 sur l’immigration francophone en milieu minoritaire.

Il sera essentiel pour les gouvernements de mobiliser tous les intervenants du domaine, que ce soit les organismes communautaires et d’établissement, les autres ministères concernés, les employeurs ou les organisations qui offrent des services aux immigrants. Une approche collaborative est fondamentale pour assurer la réussite de ce nouveau plan d’action.

Comme vous le savez sans doute, l’immigration francophone est l’un des dossiers prioritaires du Commissariat. C’est pourquoi je suivrai avec intérêt l’annonce du plan d’action pluriannuel sur les langues officielles. Je souhaite que des fonds conséquents soient consacrés à l’application des différentes mesures élaborées dans le plan d’action sur l’immigration francophone. 

Je peux vous assurer que je poursuivrai un dialogue continu avec le Secrétariat des langues officielles d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada et que je suivrai de près la mise en œuvre du plan d’action. Car, bien qu’il s’agisse d’un pas dans la bonne direction, le gouvernement fédéral doit traiter ce dossier comme une priorité. Il est bien placé pour jouer ce rôle de rassembleur.

Les partenariats avec les communautés sont essentiels pour bien cibler les besoins et mettre en place des mesures adaptées. En général, quand les gens sur le terrain font partie prenante de l’élaboration de programmes ou d’activités et de la prise de décisions, on assiste à de belles réussites.

Enfin, je vois le Canada comme une maison vaste et accueillante. Pour plusieurs de nos ancêtres ainsi que pour certains nouveaux arrivants, le Canada représente leur nouvelle maison. Comme la dualité linguistique est au cœur même de la valeur canadienne d’inclusion, elle a contribué à faire comprendre que la diversité et la différence constituent des forces et non des faiblesses sur lesquelles nous devons bâtir.

Merci de votre attention.

Date de modification :
2018-09-13