Allocution pour le Forum provincial des Réseaux de soutien à l'immigration francophone de l'Ontario

Timmins (Ontario), le 8 novembre 2017
Ghislaine Saikaley - Commissaire aux langues officielles par intérim

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Mesdames et messieurs, bonsoir

Permettez-moi d’abord de vous remercier sincèrement de cette belle invitation à participer  à ce forum provincial sur le thème de la régionalisation de l'immigration francophone en Ontario. Je suis bien entendu très intéressée par la question dans mon rôle actuel mais comme j’ai passé plus de 5 ans à la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR) en charge des tribunaux de l’immigration, la question est doublement d’intérêt pour moi.

En guise d’introduction à mon propos, je poserais la question suivante   : Que peut-on faire pour que les immigrants francophones s’établissent et s’intègrent partout sur le territoire de l’Ontario? Pour tenter d’y répondre, regardons un peu le portrait de la situation de l’immigration francophone au pays et les mesures qui sont proposées tant par le gouvernement de l’Ontario que par le gouvernement fédéral.

En premier lieu, est-ce que la province de l’Ontario accueille suffisamment d'immigrants qui parlent français ?

En adoptant la Loi de 2014 sur l’immigration en Ontario, le gouvernement de l’Ontario a réitéré son objectif de 2012 d’atteindre la cible de 5 % en matière d’immigration francophone. Malheureusement, la proportion de nouveaux arrivants francophones s’établissant en Ontario ne cesse de décliner.

En 2015, la proportion de nouveaux arrivants francophones était de 1,9 %. Elle est actuellement d’un peu plus de 2 pourcent.Vous conviendrez avec moi que la province est loin d'atteindre son objectif.

Bien sûr, le gouvernement de l’Ontario doit en faire plus. Le gouvernement fédéral doit aussi mettre la main à la pâte. En fait, il importe que les deux paliers de gouvernement travaillent ensemble, main dans la main, pour atteindre la cible de 5 %.

Car on ne peut y échapper. L’immigration est devenue un facteur déterminant de la croissance démographique au Canada comme en témoignent les données du Recensement de 2016 publiées le 2 août dernier par Statistiques Canada. Celles-ci soulignent l’importance des initiatives visant à augmenter l’immigration francophone.

Cette tendance ne risque pas de s’inverser dans les années à venir.

Les estimations démographiques des Nations Unies ont montré qu’il y aura plus de 700 millions de francophones dans le monde d’ici 2050, et que 85 % de cette population proviendra du continent africain.

Espérons qu’ils seront nombreux à venir s’établir en Ontario. Que ce soit ici dans le Nord, dans l’Est ou dans le Centre sud-ouest, les immigrants francophones sont et seront toujours les bienvenus.

En tant qu’ombudsman linguistique, je suis d’avis que quatre principes directeurs doivent guider les gouvernements en matière d’immigration. Premièrement, l'immigration doit contribuer à maintenir, voire à augmenter le poids démographique des communautés francophones en situation minoritaire au Canada.

Deuxièmement, les politiques et les programmes d'immigration fédéraux, provinciaux et territoriaux doivent être conçus et adaptés pour répondre aux besoins de recrutement, d'intégration et de rétention des immigrants francophones propres aux différents contextes des communautés francophones en situation minoritaire au Canada.

Troisièmement, de solides partenariats fédéral-provinciaux-territoriaux-communautaires et des stratégies à long terme sont nécessaires pour que l’immigration vienne appuyer le développement et la vitalité des communautés francophones en situation minoritaire.

Enfin, les gouvernements doivent se doter d’un cadre d’évaluation et de reddition de comptes pour mesurer les progrès réalisés et assurer l’atteinte des objectifs en matière d’immigration dans ces communautés.

En septembre 2014, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a éliminé le programme Avantage significatif francophone. Le Commissariat a aussitôt reçu des plaintes selon lesquelles cette décision allait nuire à la capacité des communautés francophones en situation minoritaire d’attirer des immigrants qui auraient de bonnes chances de s’établir de façon permanente dans ces communautés. L’enquête a donné raison aux plaignants.

Suite à cette enquête, mon prédécesseur a formulé quatre recommandations, qui ont été mises en œuvre par le Ministère. J’aimerais souligner l’excellente collaboration reçue du Ministère dans ce dossier.  Celui-ci a notamment élaboré une procédure pour veiller à ce que des consultations aient lieu avec les communautés de langue officielle en situation minoritaire afin de déterminer les répercussions possibles des décisions que le Ministère prévoit adopter.

En outre, cette procédure permet l’élaboration d’outils et de mesures appropriés en vue d’accroître l’immigration francophone hors Québec.

Au cours de cette même année 2014, mon prédécesseur et le commissaire aux services en français de l’Ontario ont formulé des recommandations pour faire face aux enjeux relatifs au continuum de l’immigration francophone.

  • les services et l’accompagnement offerts aux immigrants d’expression française par les communautés francophones en situation minoritaire;
  • l’information et les ressources à l’intention des nouveaux arrivants d’expression française;
  • l’élaboration, par le gouvernement fédéral en collaboration avec les provinces et territoires, d’un plan d’action concret assorti de cibles en immigration francophone et d’un échéancier;
  • et finalement,les incitatifs à l’intention des employeurs pour le recrutement et la sélection de travailleurs francophones et bilingues.

Depuis, nous avons constaté la mise en œuvre d’initiatives prometteuses qui vont dans le sens de ces recommandations, notamment la mise en place du programme Mobilité francophone en juin 2016. Créé par le gouvernement fédéral, ce programme a été conçu pour simplifier le processus d'embauche de travailleurs étrangers francophones hors Québec, en modifiant le système Entrée Express pour faciliter la sélection de candidats francophones.

Le programme Entrée Express, mis en place en janvier 2015, est la réforme du système d’immigration canadien qui a suscité le plus d’attention en matière d’immigration au sein des communautés francophones en situation minoritaire.

Depuis juin 2017, des points supplémentaires dans Entrée Express sont octroyés aux candidats ayant de solides compétences en français.

Les visées de ce programme rejoignent les priorités du Commissariat, qui accorde une grande importance à l’atteinte des objectifs en matière d’immigration dans la langue officielle de la minorité linguistique dans l’ensemble du pays.

La capacité qu’ont les communautés francophones en situation minoritaire de se développer, de favoriser l’épanouissement de leurs membres et de contribuer à leur pleine mesure à l’avancement de la société canadienne serait encore plus grande si elles réussissaient à attirer davantage d’immigrants d’expression française.

Ces communautés ont cependant besoin du soutien des gouvernements ainsi que de politiques et programmes adaptés pour devenir de véritables communautés d’accueil.

En outre, il faut encourager la collaboration entre les différents paliers de gouvernements, comme cela a été le cas lors du tout premier forum fédéral-provincial-territorial sur l’immigration francophone, qui s’est tenu à Moncton, Nouveau-Brunswick, en mars 2017.

À l'issue de ce forum, les ministres présents ont convenu de collaborer pour accroître les efforts de promotion visant les immigrants d'expression française et de favoriser leur recrutement, leur sélection et leur intégration.

Dans mon rapport annuel 2016-2017, j’ai souligné l’importance d’examiner l’état de santé du régime linguistique fédéral, en tenant compte des nombreux changements qui ont marqué la société canadienne depuis 1988. Ce processus de changements risque de s’accélérer dans un avenir rapproché. Par exemple, les immigrants et les personnes de deuxième génération pourraient représenter près d’une personne sur deux au pays en 2036Note de bas de page 1.

Le défi est d’attirer ces immigrants dans toutes les régions du Canada et de favoriser leur intégration au sein des communautés francophones en situation minoritaire.

Pourquoi pas Timmins ? La ville, dont plus de 50 % de la population est bilingue, pourrait être très attrayante pour un immigrant francophone qui désire s’établir en Ontario.

Puisque la région de Timmins est l’une des régions désignées en vertu de la loi sur les services en français de l’Ontario, les francophones de la région ont accès à un éventail de services gouvernementaux en français. 

Timmins possède une culture francophone en plein essor, représentée par des conseils scolaires, des équipes sportives, des médias et des troupes artistiques de langue française. Tous ces atouts sont importants pour de  futurs immigrants francophones.

Mais ne soyons pas naïfs. Les immigrants francophones ont parfois des espoirs déçus lorsqu’ils arrivent au Canada.

Avant de venir s'installer au pays, les immigrants francophones ont des attentes, des idées préconçues, des rêves. Certains croient qu'on peut parler français, tout le temps, d'un océan à l'autre. Mais la réalité est tout autre. Lorsqu’ils s’établissent dans des milieux majoritairement anglophones, ils constatent qu’il y a encore beaucoup d’embûches pour les francophones en situation minoritaire.

 

C’est pourquoi le gouvernement fédéral et celui de l’Ontario doivent mettre l’épaule à la roue et mettre en place des initiativesdurables pour supporter non seulement l’atteinte des cibles d’accueil de ces immigrants mais également des initiatives leur permettant de bien s’intégrer, de vivre en français et ainsi favoriser leur rétention dans ces communautés.

Le 14 août dernier, j’ai participé à un panel sur l’immigration francophone organisé par le Regroupement national des directions générales de l’éducation francophone qui se tenait cette année à Winnipeg.

Lors de cette rencontre, les participants ont soulevé plusieurs problèmes qui freinent l’immigration francophone, dont entre autres:

  • le fractionnement des services fédéraux à l’intention des familles de réfugiés;
  • la difficulté qu’ont les écoles de langue française à rejoindre ces familles dès leur arrivée au pays pour les informer des possibilités d’offrir à leurs enfants une éducation en langue française; et,
  • le manque de ressources adaptées pour répondre aux besoins particuliers de ces nouveaux arrivants..

Car soyons clair : pour arriver à l’atteinte des objectifs fixés, les gouvernements devront investir temps et argent pour assurer l’intégration des nouveaux arrivants et les garder à long terme dans nos régions. J’ajouterais que les communautés doivent elles aussi faire preuve d’audace et d’initiative.

Gardons à l’esprit que l’avenir de la francophonie en régions passe en bonne partie par l’immigration. Nous devons nous adapter rapidement à cette réalité.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite de bonnes discussions.

Date de modification :
2018-09-13