Notes pour une allocution devant le conseil de l’organisation de la minorité de langue suédoise Svenska folkskolans vänner à l’Université d’Ottawa

Apprendre les uns des autres : la dualité linguistique en Finlande et au Canada

Ottawa (Ontario), le 10 février 2017
Ghislaine Saikaley - Commissaire aux langues officielles par intérim

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Bonjour,

Bienvenue à Ottawa! Il me fait plaisir de vous accueillir dans notre capitale, après vos visites à Toronto, au Nouveau-Brunswick et au Québec. Je voudrais d’abord remercier Monika Jezak et l’Institut des langues officielles et du bilinguisme de l’Université d’Ottawa de m’offrir l’occasion de m’adresser à vous. J’espère que votre visite vous permettra d’en apprendre plus sur les nombreux aspects de notre régime linguistique.

La politique linguistique canadienne vise plusieurs objectifs :

  • la protection et la promotion du français et de l’anglais dans la société canadienne;
  • la préservation des communautés francophones et anglophones en situation minoritaire;
  • l’assurance que les citoyens peuvent obtenir des services du gouvernement fédéral dans la langue officielle de leur choix; et,
  • le droit des fonctionnaires fédéraux de certaines régions du pays à travailler dans la langue officielle de leur choix.

À titre de commissaire aux langues officielles du Canada par intérim, j’ai la responsabilité d’aviser le Parlement fédéral si les institutions fédérales ne respectent pas leurs obligations aux termes de la Loi sur les langues officielles d’instruire les plaintes et de promouvoir l’usage des deux langues officielles. Je travaille en collaboration avec les autres ombudsmans linguistiques canadiens, y compris la commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Mme Katherine D’Entremont, que vous avez rencontrée dans le cadre de votre visite, et le commissaire aux services en français de l’Ontario, M. François Boileau, que vous avez également rencontré.

Le Canada est souvent décrit comme un pays bilingue – or, il s’agit là d’un raccourci trompeur pour dire que notre pays possède une politique de bilinguisme officiel, ce qui est tout à fait différent.

Pour vous mettre en contexte, selon le recensement de 2011, 98 p. 100 des 33 millions d’habitants parlent au moins l’une des deux langues officielles du Canada, le français et l’anglais. Parmi eux, seulement 5,8 millions sont bilingues, c’est-à-dire qu’ils parlent le français et l’anglais.

Même si le Canada compte deux communautés linguistiques principalement unilingues, chacune d’elles compte une importante minorité linguistique. Environ un million de Canadiens francophones vivent à l’extérieur du Québec, la seule province canadienne majoritairement francophone. Environ un million de Canadiens anglophones vivent au Québec. Selon le dernier recensement, un Canadien sur cinq a une langue maternelle autre que le français ou l’anglais. On prévoit que cette tranche de la population continuera d’augmenter – une situation qui s’apparente à celle de la Finlande.

Avant d’adopter sa propre politique linguistique, il y aura bientôt 50 ans, le Canada a étudié diverses approches. Il s’est  finalement tourné vers le compromis trouvé par la Finlande. En 1919, votre pays proposait un compromis entre une approche individualiste et une approche territoriale. D’un point de vue historique, il est intéressant de mentionner qu’au moment où la Finlande célébrera le centenaire de l’adoption d’une constitution reconnaissant l’égalité des deux langues en 1919, le Canada marquera le cinquantième anniversaire de sa Loi sur les langues officielles, adoptée en 1969.

Les pays qui comptent plus d’une langue officielle doivent disposer d’outils et de politiques souples adaptés à leur réalité. Puisque nos démographies respectives évoluent et continueront d’évoluer, les régimes linguistiques du Canada et de la Finlande se doivent d’être constamment réinventés. En 2010, afin de traiter certains enjeux linguistiques auxquels la Finlande était confrontée, un comité a formulé 25 recommandations dont l’une consistait à créer un poste d’ombudsman linguistique. C’est également lors d’un dîner en compagnie de notre ancien commissaire Graham Fraser à l’ambassade de Finlande, à Ottawa, que Pär Stenbäck, ancien ministre de l’Éducation et ministre des Relations étrangères, a lancé l’idée d’une association internationale des commissaires linguistiques.

Il y a maintenant un retour du balancier; en effet, si le Canada s’est inspiré de l’exemple finlandais, voilà maintenant que la minorité de langue suédoise en Finlande voit à son tour le Canada comme un exemple à suivre. Nous avons tous quelque chose à apprendre les uns des autres; c’est pourquoi il est important de favoriser nos échanges et le partage de connaissances comme nous le faisons aujourd’hui.

Les enjeux linguistiques du Canada sont complexes. Les questions relatives à la langue sont fondées sur des droits inscrits dans notre constitution et ceux-ci peuvent être défendus devant les tribunaux. Cependant, ces questions sont aussi fondées sur des valeurs, soit l’égalité, la justice et l’accès à l’éducation dans sa langue officielle. Il est de notre devoir de protéger ces valeurs et même de les promouvoir.

Des lois et des outils politiques ont été mis en place pour protéger les minorités linguistiques, et ils sont efficaces. Mais le monde évolue rapidement et il faut que ces lois et outils soient constamment adaptés. L’atteinte de nos objectifs communs se trouve dans la polyvalence, dans l’expérience commune et dans le partage des pratiques exemplaires.

Je vous remercie.

Date de modification :
2018-09-13