Notes pour une allocution à prononcer à une réunion du Conseil fédéral de l’Atlantique

Moncton (Nouveau-Brunswick), le 10 décembre 2015
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Mesdames et Messieurs, bonjour.

Je suis heureux d’être parmi vous, ici, à Moncton. C’est ma première visite au Conseil fédéral de l’Atlantique dans sa nouvelle forme, mais j’ai déjà rencontré bon nombre d’entre vous à d’autres occasions, avant le regroupement des quatre conseils fédéraux.

Échanger avec vous, les représentants des conseils fédéraux, me permet de voir la façon dont vos régions vivent la dualité linguistique. Je peux également prendre connaissance des défis que vous devez relever pour la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles et des mesures que vous avez prises pour atteindre vos objectifs. Vous me donnez également l’occasion d’entendre parler de vos pratiques exemplaires et projets novateurs, dont je peux ensuite faire part à d’autres régions.

L’élection d’un nouveau gouvernement, en octobre dernier, a eu des effets importants sur le paysage politique canadien. Le Cabinet devra tenir compte de l’engagement pris durant la période électorale et dans le discours du Trône, à savoir « encourager et favoriser l’utilisation des langues officielles du Canada ». Plus spécifiquement, le nouveau gouvernement devra établir un nouveau plan pour les langues officielles en vue d’appuyer les minorités francophones et anglophones et de promouvoir la dualité linguistique canadienne, rétablir le Programme de contestation judiciaire, investir dans CBC/Radio-Canada et veiller à ce que tous les services gouvernementaux soient fournis en respectant les dispositions de la Loi sur les langues officielles. Bon nombre des nouveaux membres du Parlement qui représentent la région de l’Atlantique parlent couramment l’anglais et le français, et certains entretiennent déjà des liens solides avec les communautés de langue officielle. Voilà qui est de bon augure, à la fois pour les communautés et pour la promotion des langues officielles au pays. On peut s’attendre à ce que leur leadership en matière de langues officielles apporte un vent de changements positifs ainsi que des idées novatrices dans la région.

Cette vague de renouveau est l’occasion idéale de vous rappeler l’importance du leadership en matière de langues officielles. En tant que gestionnaires, peu importe votre niveau de responsabilité, vous devez agir en champions des langues officielles et vous laisser guider par les valeurs de la dualité linguistique et par le respect. Nous oublions parfois l’importance des gestes et des paroles des gestionnaires et de l’influence qu’ils ont dans leur milieu de travail. Lorsqu’il est question de dualité linguistique et de bilinguisme, ce que font et disent les leaders donne le ton à ce qui se passe dans leurs organisations : ce sont eux qui montrent la voie à suivre. Le Conseil fédéral de l’Atlantique, la plus haute instance fédérale de la région, a la responsabilité de faire valoir l’importance des langues officielles en tant que valeur fondamentale de la fonction publique, tant par les messages qu’il diffuse que par les gestes qu’il pose.

C’est pourquoi je suis heureux d’apprendre que le Conseil fédéral de l’Atlantique a fait des langues officielles l’une de ses priorités et qu’un sous-comité des langues officielles a été créé. Il est positif de prendre un engagement envers les langues officielles, en paroles, sur papier. Toutefois, cet engagement doit se transposer dans les gestes que vous posez et dans les mesures que vous mettez en place, ici et dans chacune de vos institutions.

Le regroupement des conseils fédéraux de l’Atlantique a peut-être suscité des préoccupations parmi certains d’entre vous en ce qui concerne le respect des langues officielles.

Bien entendu, vous avez vécu une certaine adaptation par suite du regroupement des conseils régionaux. Vous devrez cependant faire preuve d’une grande vigilance à l’égard des langues officielles et les garder au premier plan de vos communications internes ainsi que dans l’ensemble des bureaux de l’Atlantique. Je sais bien que les défis que vous connaissez à l’Île-du-Prince-Édouard ou en Nouvelle-Écosse diffèrent de ceux que vous devez surmonter au Nouveau-Brunswick ou à Terre-Neuve-et-Labrador. Cependant, le regroupement des quatre conseils fédéraux provinciaux permet de prendre un certain recul par rapport à la situation des langues officielles dans la région de l’Atlantique, et la mise en commun de vos pratiques exemplaires vous aidera à atteindre les objectifs de vos organisations respectives. Vous avez beaucoup à apprendre des uns des autres, et vous avez également beaucoup à vous offrir. Il faut entretenir – ou acquérir – le réflexe de faire valoir l’importance des langues officielles au travail et dans vos réunions. Il faut éviter à tout prix de sombrer dans la complaisance et l’inertie. Il faut donc garder l’esprit ouvert et ne pas avoir peur de bousculer le statu quo, au besoin.

Il y a deux conditions essentielles pour préserver la dualité linguistique au sein de la société canadienne. Premièrement, tout le monde doit comprendre que le français et l’anglais ne sont pas des langues étrangères : ce sont des langues canadiennes. Ces deux langues officielles appartiennent à tous les Canadiens, sans égard à leurs antécédents linguistiques ou au fait qu’ils sont bilingues ou unilingues. Deuxièmement, la dualité linguistique est une valeur et non un fardeau, et elle doit faire partie intégrante de la fonction publique.

On oublie souvent qu’il y a un lien étroit entre l’importance qu’accordent les dirigeants de la fonction publique aux langues officielles et leur utilisation au travail. Par exemple, dans le cadre d’une réunion à laquelle assistent des employés de régions désignées bilingues, faire preuve de leadership en matière de langues officielles, ce n’est pas uniquement prononcer un mot de bienvenue dans les deux langues et offrir aux gens la possibilité de s’exprimer dans la langue officielle de leur choix. Je trouve préoccupant que des gens parfaitement bilingues – qui, souvent, parlent français mieux que moi – n’incarnent pas la dualité linguistique dans leur façon de présider et de participer à des rencontres. Eh bien, si ces personnes s’adressaient à leur auditoire dans les deux langues officielles dès le départ, comme cela devrait être fait, les autres participants seraient plus à l’aise d’utiliser le français et n’auraient pas besoin d’être rassurés. On ne doit pas s’excuser d’utiliser le français dans les réunions. Les leaders doivent être actifs et donner l’exemple. Ici, autour de la table du Conseil fédéral, tout le monde parle les deux langues officielles. C’est une exigence. Nous devons aussi être une inspiration.

Parler français et le comprendre n’est pas un fardeau! C’est une valeur canadienne, et c’est la loi. Et, en tant que gestionnaires dirigeant des employés dans des régions désignées bilingues, il vous appartient de transmettre cette valeur par vos paroles et par vos gestes. Les langues officielles sont aussi importantes l’une que l’autre – et les réunions doivent se dérouler dans ces deux langues. Il y a quelque temps, le Commissariat a publié une étude intitulée Au-delà des réunions bilingues : comportements en leadership des gestionnaires, qui se trouve sur notre site Web. Il y a aussi un outil d’autoévaluation qui vous permettra d’évaluer les gestes que vous posez déjà et qui ont des répercussions positives dans votre milieu de travail, et de déterminer ceux que vous devriez intégrer ou encourager dans votre organisation. Je vous invite à consulter le site Web du Commissariat.

Il est important d’ancrer le principe d’égalité des langues officielles dans la culture de l’organisation. Plusieurs ministères comptent maintenant des bureaux dans des régions unilingues et des régions désignées bilingues aux fins de la langue de travail. Des ministères ont apporté des modifications à leurs méthodes de travail dans certaines régions. Les membres de votre conseil viennent de partout en Atlantique, et le recours à la technologie dans vos ministères respectifs doit se faire dans le respect de la Loi sur les langues officielles. Utilisés correctement, les systèmes de vidéoconférence et les serveurs partagés pour le travail en équipe peuvent constituer des façons de travailler plus efficacement dans les deux langues. Toutes les modifications à l’organisation du travail doivent se faire dans le respect du droit des fonctionnaires de travailler dans la langue de leur choix dans les régions désignées bilingues, ce qui requiert une attention particulière lorsque du personnel d’une région bilingue et celui de régions unilingues doivent travailler ensemble. Les langues officielles ne sont pas l’affaire des francophones uniquement; il faut instaurer un dialogue sur les langues officielles qui suscitera la participation des anglophones également.

L’offre active reste un élément essentiel des obligations linguistiques du gouvernement fédéral. Lorsqu’un citoyen cherche à obtenir un service auprès d’un bureau fédéral ou d’une organisation assujettie à la Loi sur les langues officielles, comme Air Canada ou Postes Canada, on doit d’emblée lui offrir un service bilingue au moyen de la salutation « Hello, Bonjour ». Il s’agit d’un facteur important de la qualité des services offerts dans les deux langues dans les institutions fédérales de l’Atlantique.

L’importance de l’offre active n’est pas seulement d’ordre pratique – elle est aussi symbolique. Il y a quelques années, Nik Wallenda, un acrobate de haute voltige américain, a effectué la traversée des chutes du Niagara, depuis les États-Unis vers le Canada. Lorsqu’il est arrivé en territoire canadien, il a été accueilli par un employé de l’Agence des services frontaliers, qui lui a dit : « Welcome to Canada, Bienvenue au Canada. » Évidemment, on ne s’attendait pas à ce que l’acrobate exige un service en français – c’était une façon de dire à un étranger : « Vous êtes au Canada, voici le visage public du pays, vous êtes dans un pays où il y a deux langues officielles, un pays où les citoyens ont accès à des services dans la langue officielle de leur choix. » Cet élément est tout aussi important que la présence du drapeau canadien à la frontière. J’accorde beaucoup d’importance à la question de l’offre active. Le Commissariat publiera une étude sur le sujet au cours de la prochaine année.

Je profite de l’occasion pour souligner le leadership de Paul Landry, champion des langues officielles pour le Conseil, ainsi que le leadership des membres du Sous-comité des langues officielles. Je suis au courant du travail concernant la formation linguistique et la contribution que peut apporter la communauté francophone dans ce dossier. De plus, j’aimerais féliciter l’Agence de la santé publique du Canada, ainsi que sa directrice générale régionale, Judith Wood Bayne : l’institution s’est classée parmi les dix meilleurs au chapitre des pratiques exemplaires, dans le cadre de la Journée de la dualité linguistique, grâce à son outil « Prêts de service et stages linguistiques au sein de la communauté francophone ».

En outre, les travaux du sous-comité sur la formation linguistique vont dans le sens d’une des recommandations du Commissariat à ce sujet, selon laquelle il faut veiller à ce que des efforts soient déployés afin d’assurer une coordination plus efficace et plus efficiente de la formation linguistique dans les régions. Je vous encourage à poursuivre les efforts que vous déployez en ce sens – le Conseil fédéral de l’Atlantique joue et doit continuer de jouer un rôle de leader en matière de langues officielles dans la région et partout au pays.

Merci.

Date de modification :
2020-09-18