Notes pour une allocution à la Conférence provinciale de l’Ontario de Canadian Parents for French

Parents as Partners in Program Enrichment

Toronto (Ontario), le 24 octobre 2015
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Merci Mary de cette présentation, et merci Betty.

J’aimerais vous dire quelques mots au sujet de Mary. Elle est une force de la nature, déterminée et persévérante. Pour moi, elle est un modèle d’activisme communautaire : dévouée, pleine de connaissances, énergique et efficace.

Je vous remercie de m’avoir invité à vous parler.

C’est toujours avec plaisir que je participe à une rencontre organisée par Canadian Parents for French, car je le fais non seulement en tant que commissaire aux langues officielles, mais aussi en tant que parent et grand-parent d’étudiants en immersion.

Il y a maintenant un demi-siècle qu’un groupe de 12 parents a mis sur pied le St‑Lambert Bilingual Study Group et sollicité l’aide de Wallace Lambert et des chercheurs de McGill. Cette alliance de parents et d’universitaires innovateurs a permis de lancer l’expérience de l’immersion en milieu scolaire qui s’est avérée être un grand succès. J’ai eu l’occasion de rencontrer une professeure qui a participé à cette expérience, ainsi qu’un étudiant. L’enseignante, maintenant retraitée, demeure toujours aussi enthousiaste aujourd’hui qu’au moment où elle a participé au projet. L’étudiant est maintenant un avocat réputé qui pratique le droit à Montréal, tant dans une langue officielle que dans l’autre.

Les étudiants qui font partie du système d’immersion au Québec, ou qui en ont fait partie, ont un avantage que les étudiants d’immersion du reste du pays n’ont pas. Ils peuvent entendre leur seconde langue parlée tous les jours, en se rendant à l’école et à l’école même, et pendant les fins de semaine. Pour la majorité des étudiants en immersion, le français demeure la langue de la salle de classe. La langue du reste de leur monde est habituellement l’anglais, et parfois même une troisième langue.

Permettez-moi d’énumérer certains mythes et préjugés que nous avons tous entendus au fil des années au sujet de l’immersion.

  1. Il s’agit d’un système élitiste pour la classe moyenne supérieure, qui exclut les enfants aux prises avec des difficultés d’apprentissage et les enfants d’immigrants.

Tout d’abord, il est toujours surprenant de voir que l’idée même d’un système d’éducation qui fait la promotion de l’excellence est dénoncé comme étant élitiste lorsqu’il traite de langue, mais encouragé lorsqu’il traite de sport, de mathématiques, de science ou encore de technologie informatique. Deuxièmement, les programmes d’immersion ont été limités par des plafonds de financement et des commissions scolaires suspicieuses plutôt que par l’exclusivité. Troisièmement, il existe un facteur Pygmalion à la déclaration suivante : lorsqu’un enfant démontre tout signe de difficulté d’apprentissage, qu’elle soit liée ou non à la langue d’enseignement, le directeur, l’enseignant et le psychologue de l’école mettent de la pression sur les parents pour qu’ils retirent l’enfant du programme d’immersion. Il faut que les parents soient braves et têtus pour résister à une telle pression. De plus, des études démontrent que le programme d’immersion est parfaitement approprié pour les enfants qui ont des difficultés d’apprentissage.

  1. L’immersion devrait produire des étudiants qui ont la même fluidité qu’un locuteur natif, mais ce n’est pas le cas. Elle donne plutôt naissance à un type de patois d’immersion.

Le concept que l’immersion devrait produire des étudiants qui ont la même fluidité que des locuteurs natifs témoigne d’une incompréhension de la nature de l’apprentissage d’une langue. Pour commencer, en classe, un jeune en compagnie de 24 élèves et d’un enseignant va beaucoup plus entendre un français parlé avec un accent plutôt qu’un français parlé par un locuteur natif, et ce, en tenant pour acquis que l’enseignant est un francophone de naissance. Même les élèves en immersion les plus confiants sont souvent intimidés lorsqu’ils visitent la France ou le Québec. Bon nombre d’entre eux parlent une version du français qui est fortement influencée par la grammaire et la syntaxe anglaise.

Et je parle par expérience : mon fils aîné a fait toutes ses études primaires en français à Québec avant que notre famille ne déménage à Ottawa, où il a fait son entrée en immersion. Il était dégouté, voire méprisant, à l’égard du français parlé par ses camarades de classe. Même si je pouvais comprendre son attitude à ce moment-là, j'ai été étonné, au cours des années qui ont suivi, du nombre élevé de ses anciens camarades de classe qui vivent maintenant à Paris ou à Montréal, ou qui sont cadres à la fonction publique fédérale, et qui occupent des postes qui exigent une connaissance des deux langues officielles. L’immersion leur a permis de mieux progresser dans l’apprentissage de leur langue seconde.

  1. L’immersion est injuste pour les enfants d’immigrants.

Au contraire, l’immersion est inestimable pour bon nombre d’enfants d’immigrants. J’ai rencontré de jeunes gens dont la première langue parlée était l’ukrainien ou le swahili et qui ont prospéré en immersion, apprenant l’anglais en même temps que le français. Leurs oreilles et leurs esprits étaient ouverts, et ils étaient prêts à s’adapter. Et il faut dire qu’apprendre une troisième langue est plus facile qu’apprendre une langue seconde.

  1. L’immersion est une menace à nos systèmes scolaires de langue minoritaire.

Il s’agissait d’une croyance générale il y a 15 ou 20 ans, lorsqu’il y avait des signes que certaines provinces investissaient dans les programmes d’immersion l’argent accordé par Ottawa pour financer les écoles de langue minoritaire. Les soupçons et la méfiance se sont dissipés, et on reconnaît maintenant que les deux systèmes ont différents rôles à jouer, mais des intérêts communs. Il est logique que des écoles d’immersion et des écoles de langue minoritaire parrainent des événements culturels, des artistes en tournée, des films et des foires littéraires. J’ai participé à de nombreuses représentations du théâtre français au Centre national des Arts, où il était évident que les écoles franco-ontariennes et les écoles d’immersion profitaient de cette occasion pour offrir du théâtre en français à leurs élèves.

  1. Apprendre le français est utile pour les diplomates et les futurs premiers ministres, mais il s’agit d’un luxe non nécessaire pour les autres.

En fait, apprendre le français modifie le cerveau. Des études ont démontré qu’apprendre une langue seconde réduit les chances de développer la maladie d’Alzheimer. Cela permet également aux jeunes gens d’être plus au fait d’autres cultures, de mieux s’adapter, de faire preuve de plus d’ouverture d’esprit. Des entreprises et des organisations internationales sollicitent souvent des Canadiens en raison de leur excellente réputation en matière de sensibilité aux différences culturelles. Et, dans la fonction publique fédérale, où des milliers d’employés ont le droit de travailler dans la langue officielle de leur choix, la maîtrise des deux langues est une compétence en leadership, essentielle à la gestion d’employés qui ont le droit de travailler dans l’une ou l’autre des langues officielles.

  1. Nos étudiants devraient étudier le mandarin, et non le français.

On retrouve souvent ce préjugé, selon lequel apprendre le français signifie se tourner vers soi-même plutôt que d’être ouvert sur le monde. Au contraire, le bilinguisme est un pont, et non une barrière. C’est anecdotique, mais, si j’observe les enfants de mes amis et les amis de mes enfants, il y a de jeunes Canadiens qui ont participé à un projet d’énergie solaire en Inde et appris le hindi, qui ont travaillé sur des projets d’aménagement hydraulique au Vietnam et appris le vietnamien, qui ont étudié en Chine et appris le chinois, qui ont enseigné l’anglais au Japon et appris le japonais, qui ont passé du temps en Amérique centrale et appris l’espagnol, ou à Berlin et appris l’allemand ou à Istanbul et appris le turc. Cependant, ils ont tous appris l’autre langue officielle du Canada en premier lieu. Apprendre le français ou l’anglais démystifie l’apprentissage d’une autre langue.

Ce matin, j’ai parlé du livre remarquable de Matthew Hayday, qui décrit les jeunes années de Canadian Parents for French et comment une organisation locale qui n’avait d’autre objectif que le bénéfice des enfants de ses membres a été en mesure de changer les politiques publiques.

Cette histoire n’est pas terminée. Le défi se poursuit. Canadian Parents for French continue de faire un travail remarquable, année après année, avec chaque nouvelle génération d’élèves, de parents, d’enseignants.

Encore une fois, je vous offre mes félicitations et vous remercie pour votre beau travail.
Date de modification :
2020-09-18