Notes pour une allocution à l’Assemblée générale annuelle du Committee for Anglophone Social Action (CASA)

Une communauté fondée sur la prévoyance : tournée vers l’avenir depuis 40 ans

New Carlisle (Québec) Le 11 septembre 2015
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Bonjour,

C’est avec grand plaisir que je me retrouve parmi vous cet après-midi, à l’occasion de votre assemblée générale annuelle et pour célébrer le 40e anniversaire du CASA.

Les anniversaires sont des moments importants : ils nous permettent de nous arrêter pour réfléchir à notre histoire, à notre passé et à notre avenir.

J’aimerais remercier le CASA de m’avoir invité. Lorsque je parcours la salle du regard, je reconnais de nombreuses personnes qui ont marqué l’histoire de la communauté. Je vois Cynthia Dow, par exemple. Il serait probablement aussi embarrassant pour elle que pour moi si je mentionnais le nombre d’années que nous nous connaissons! Nous nous sommes rencontrés lorsque j’étais journaliste à Québec, il y a de cela bien des années. À cette époque, je m’intéressais aux relations entre les communautés française et anglaise du Québec, et j’étais bien conscient des efforts et de la détermination de la communauté anglophone en Gaspésie. Je connais l’histoire de la fondation du CASA et l’énorme somme de travail que ce comité a accompli dans les collectivités anglophones de la région au fil des ans. Cynthia a consacré beaucoup de temps au renforcement de la vitalité de la communauté par l’entremise du CASA, du journal SPEC et d’autres organisations. Merci Cynthia de ton travail soutenu et de ton engagement.

J’aimerais féliciter tous ceux et celles qui ont joué un rôle dans l’histoire du CASA, plus particulièrement deux de ses membres fondateurs, Lynden Bechervaise et Gary Briand. Tout le monde ici présent doit maintenant savoir qu’ils recevront le prix Sheila and Victor Goldbloom Distinguished Community Service Award le mois prochain à Montréal, en reconnaissance de leur travail fondateur dans la région de la Gaspésie. Le succès du CASA illustre bien les liens solides qui unissent les membres de la communauté ainsi que leur engagement extraordinaire. Au cours des 40 dernières années, tous ces gens ont fait preuve d’une détermination sans bornes afin de maintenir l’organisation à flot au fil des hauts et des bas de la vie en Gaspésie.

Votre 40e anniversaire est important. Aujourd’hui, nous célébrons l’ensemble de votre communauté et l’excellent travail de ceux et celles qui ont contribué à sa fondation. Ce qui me frappe le plus est le remarquable esprit de clairvoyance dont le CASA a su faire preuve au fil des années. En effet, le CASA a été la toute première association anglophone régionale au Québec. Et sa création témoignait, pour la première fois, du désir sincère des anglophones de la Gaspésie de travailler avec la majorité francophone afin de maintenir la vitalité de la communauté. Elle témoignait aussi de leur volonté de prendre part aux décisions qui influent sur leur avenir et sur celui de la société québécoise.

Cela m’amène à souligner l’importance du lien qui existe entre une bonne planification et un bon leadership. Votre communauté incarne les deux. En effet, il y a 40 ans, votre communauté a eu la clairvoyance de se voir en tant que minorité qui avait besoin d’une voix commune et organisée. En tant que communauté, vous n’avez pas fait preuve de passivité, bien au contraire : vous avez fait preuve d’une détermination inébranlable, vous avez regardé en tout temps vers l’avenir et vous avez trouvé des moyens de maintenir la vitalité votre communauté et de la faire prospérer.

Dans les années 1970, les fondateurs du CASA ont fait preuve de discernement lorsqu’ils ont créé l’organisme une année avant l’élection du Parti Québécois, en 1976, et deux années avant l’adoption de la Loi 101, ainsi qu’en fondant le journal communautaire, le Gaspé SPEC. Plus tard, dans les années 1980, le CASA a fait preuve de leadership dans l’établissement de plans d’accès aux soins de santé pour les anglophones. Dans les années 1990, le CASA a joué un rôle déterminant au sein de la Table communautaire qui a mené à la création du CEDEC, qui a joué un rôle déterminant dans le développement économique des communautés de langues officielles en situation minoritaire. Et finalement, au cours de la dernière décennie, le CASA a établi de solides partenariats de longue durée avec le gouvernement du Québec, ce qui en fait le groupe communautaire anglophone régional le plus marquant dans la province.

Lorsqu’il s’est agi de préserver la vitalité de la communauté anglophone en Gaspésie, le CASA a fait preuve de clairvoyance en établissant des projets visant à conserver les gains obtenus et en misant sur le leadership et l’ingéniosité pour continuer à aller de l’avant.

La meilleure ressource de cette communauté est, évidemment, les gens qui en font partie. Je suis toujours très impressionné par le fait que vous maintenez entre vous des liens très étroits et que votre patrimoine et votre communauté vous inspirent une grande fierté, bien que la communauté d’expression anglaise soit dispersée sur des centaines de kilomètres. Prenons l’exemple des élections scolaires de novembre 2014 : la commission scolaire Eastern Shores a alors obtenu le taux de participation le plus élevé parmi les 72 commissions scolaires du Québec, tant anglophones que francophones. Permettez-moi de vous donner les chiffres exacts, car je crois qu’ils en disent long sur l’engagement communautaire dans la région. Le taux de participation pour l’ensemble de la région a été de 38,5 %. Dans le quartier 5, qui comprend New Carlisle, il a atteint 52,6 %. C’est donc dire que la majorité des gens ont voté. Même dans le quartier ayant le taux de participation le plus bas, soit le quartier 4 avec un taux de 22,2 %, celui-ci était plus élevé que le taux de participation global des neufs commissions scolaires anglophones, qui n’a atteint que 17,3 %. Dans l’ensemble du Québec, seulement 4,85 % des électeurs se sont prévalus de leur droit de vote. Le taux de participation élevé en Gaspésie en dit long sur l’importance des écoles en tant que point de convergence pour la vitalité des communautés.

Je dirais que cette force qu’est la participation communautaire, qui se reflète dans la vigueur du CASA, est également appuyée par le CASA. Il s’agit d’un renforcement mutuel qui est au cœur de la vitalité de la communauté depuis toujours. Le CASA a sans cesse fait preuve de leadership et de clairvoyance. Et lorsqu’on fait preuve d’engagement communautaire et de participation, et qu’on s’appuie sur des organisations communautaires fortes et en santé, on obtient des résultats impressionnants, comme on en voit dans cette région.

Récemment, on remarque que des gens reviennent dans les communautés de la Gaspésie. Ce sont des gens qui ont grandi ici, qui ont quitté la région pour l’école ou le travail, et qui ont décidé de revenir dans leurs villes natales pour s’y établir et y fonder une famille. D’autres, qui ont quitté la région et qui ont vécu la plus grande part de leur vie d’adulte ailleurs, reviennent pour vivre leur retraite en Gaspésie. Le sentiment d’appartenance à une communauté perdure. J’ai constaté qu’on trouvait encore dans la région des patronymes historiques, comme Dow, Duthie, McLennan et Willett, qui côtoient les LeBlanc, les Arseneau, entre autres. Voilà, selon moi, une preuve éloquente de la résilience des Gaspésiens ainsi que de leur amour et de leur attachement pour leur région. Anglophones et francophones entretiennent des liens solides avec cette communauté et ils ne souhaitent rien d’autre que d’y rester et de contribuer à son épanouissement. Il importe de souligner, en ce qui concerne ce phénomène des gens qui décident de rester dans la région ou d’y revenir, que la collaboration entre la majorité francophone et la minorité anglophone est bien meilleure qu’il y a 40 ans. J’aimerais croire que la promotion de la dualité linguistique par le gouvernement fédéral, depuis la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles, en 1969, et la création du Commissariat aux langues officielles, en 1970, y est pour quelque chose. Toutefois, le travail acharné et la bonne volonté des gens qui aiment cette région du Québec sont des facteurs plus plausibles.

Votre fierté envers votre communauté est indéniable et elle est manifeste dans plusieurs sites et activités de la région. Le Village gaspésien de l’héritage britannique, qui a été fondé par Joan Dow, la mère de Cynthia, et Gordon Duthie, qui, on me dit, habite en face du Village, illustre bien le rôle déterminant des colons anglophones dans l’histoire de la Gaspésie. Ce Village reconnaît l’importance historique de la dualité linguistique et celle d’établir des ponts entre les francophones et les anglophones. Il sert également à souligner la contribution historique du peuple micmac dans la région. On m’a dit que le Village gaspésien accueille, chaque été, un festival de musique bluegrass et que celui-ci a pris fin dimanche dernier. Je suis désolé de l’avoir manqué!

Grâce à la présence d’une communauté d’expression anglaise et aux programmes bilingues offerts au cégep, la région dispose des ressources nécessaires pour assurer des services dans les deux langues officielles aux voyageurs qui s’y arrêtent.

Tandis que la péninsule gaspésienne compose avec un renouveau économique, il n’a jamais été aussi important que tous les membres de la communauté participent à la discussion sur les façons d’améliorer la vie communautaire et d’assurer la vitalité des communautés linguistiques en situation minoritaire, laquelle doit être considérée comme un atout important de la région. Tous les ordres de gouvernement devraient aussi participer à cet exercice; le gouvernement fédéral a le mandat prescrit par la loi de soutenir nos communautés de langue officielle. Le gouvernement provincial a, lui aussi, certaines obligations à cet égard.

En travaillant de concert avec la majorité francophone, vous ferez en sorte, ensemble, que tous les Gaspésiens et Gaspésiennes continuent de s’épanouir au sein de leur propre culture. Je vous invite à continuer de célébrer vos différences et vos points communs ainsi que ce grand sentiment d’inclusion et de diversité qui existe dans vos communautés.

Vous continuez d’être un exemple pour les autres communautés de langue officielle partout au pays, et pour cela, je vous félicite. Je vous souhaite un joyeux 40eanniversaire!

Je vous remercie de votre attention.

Date de modification :
2020-09-18