Notes pour une comparution devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles - Meilleures pratiques en matière de politique linguistique et d’apprentissage d’une langue seconde, dans un contexte de dualité ou de pluralité linguistique

Ottawa (Ontario), 11 mai 2015
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Madame la présidente, membres du Comité, bonsoir.

Je suis heureux de me présenter aujourd’hui devant ce comité afin de discuter des meilleures pratiques en matière de politique linguistique et d’apprentissage d’une langue seconde, dans un contexte de dualité ou de pluralité linguistique. Il s’agit d’un enjeu qui me préoccupe depuis le début de mon mandat, et je vous remercie de me consulter à ce sujet.

Comme vous le savez, j’ai déposé mon rapport annuel la semaine dernière, et il me fera plaisir de répondre aux questions à ce sujet également.

Nous vivons dans un monde concurrentiel fondé sur le savoir, où la connaissance des langues est un avantage économique indéniable. Ainsi, la connaissance du français et de l’anglais, nos deux langues officielles, devient encore plus pertinente. Les Canadiens et Canadiennes se démarquent grâce à leurs compétences linguistiques. Par conséquent, il va de soi qu’investir dans l’apprentissage de nos langues officielles, c’est investir dans la compétitivité du Canada, tant à l’échelle nationale qu’internationale.

Beaucoup de jeunes Canadiens qui travaillent aujourd’hui à l’étranger ont commencé par apprendre nos deux langues officielles. L’apprentissage des deux langues officielles peut être un point de départ vers non seulement le bilinguisme, mais également vers le multilinguisme.

Dans ce contexte, un véritable continuum de possibilités d’apprentissage de nos langues officielles, de la petite enfance jusqu’aux études postsecondaires, permettrait à la fois de renforcer la dualité linguistique canadienne comme valeur fondamentale et d’ouvrir un monde d’opportunités pour les jeunes Canadiens.

Il existe de nombreux programmes visant à favoriser l’apprentissage de la langue seconde et ils varient selon les provinces. Chose certaine, le succès de nos programmes d’immersion n’est limité que par les ressources que les gouvernements consentent à y accorder. L’immersion francophone est l’une des expériences éducatives les mieux réussies de l’histoire du Canada. On dit d’ailleurs qu’il s’agit du programme de langue le plus populaire jamais répertorié dans la littérature sur l’enseignement des langues. Nous célébrerons l’an prochain le 50e anniversaire du premier programme d’immersion qui a été instauré à Saint‑Lambert, au Québec, par le professeur Wallace Lambert.

Il reste encore toutefois quelques défis à surmonter pour accroitre la maîtrise des deux langues officielles parmi les jeunes Canadiens et les nouveaux arrivants. En voici quelques‑uns.

  • Il y a beaucoup moins de programmes d’immersion au niveau universitaire qu’aux niveaux primaire et secondaire – les jeunes doivent parfois renoncer à poursuivre leurs études dans leur langue seconde lorsqu’ils entrent à l’université.
  • Beaucoup de parents qui veulent inscrire leurs enfants dans des programmes d’immersion française doivent y renoncer, faute de place ou de financement.
  • Le contingentement, les files d’attente nocturnes et les systèmes de loterie continuent de miner l’inscription aux programmes d’enseignement en langue seconde dans de nombreuses régions.

Ceci étant dit, des milliers de diplômés de programmes d’apprentissage de la langue seconde ont poursuivi leur cheminement et utilisé les compétences acquises pour devenir effectivement bilingues. Et les diplômés des programmes d’immersion veulent que leurs enfants étudient en immersion. Par ailleurs, de nombreux nouveaux arrivants ont exprimé un fort sentiment d’appartenance au Canada simplement du fait que leurs enfants ont appris les deux langues officielles. Mais pour favoriser leur pleine intégration au sein de leurs nouvelles communautés d’accueil, les nouveaux arrivants doivent avoir accès à des ressources qui leur permettent aussi d’apprendre ou de perfectionner leur langue seconde. Encourager les immigrants et leurs enfants à apprendre les deux langues officielles, et offrir un meilleur soutien aux parents allophones qui s’intéressent à ces programmes, favorise une intégration harmonieuse à la société canadienne.

Le gouvernement fédéral doit faire preuve de leadership et engager les provinces dans la création d’un véritable continuum d’apprentissage de la langue seconde allant de la petite enfance jusqu’au niveau postsecondaire, renforcé par des programmes d’été et des programmes d’échange, et menant jusqu’au marché du travail. Offrir des possibilités d’apprentissage tout au long de ce parcours est de loin la meilleure façon de favoriser la maîtrise d’une nouvelle langue. Dans le cadre d’études et de rapports annuels récents, j’ai formulé des recommandations concrètes pour favoriser l’apprentissage d’une langue seconde et accroître le nombre de Canadiens et de Canadiennes qui parlent nos deux langues officielles. Il me fait plaisir de vous les rappeler ici :

  • Je recommande de prendre les mesures qui s’imposent pour doubler le nombre de jeunes Canadiens qui participent chaque année à des échanges linguistiques de courte ou de longue durée, aux niveaux secondaire et postsecondaireNote de bas de page1. Il s’agirait d’une façon exemplaire de marquer le 150e anniversaire du Canada.
  • Je recommande de collaborer avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, ainsi qu’avec les établissements d’enseignement postsecondaire, pour augmenter le nombre de programmes qui offrent aux étudiants la possibilité de suivre des cours dans leur seconde langue officielleNote de bas de page1.
  • Je recommande également d’offrir une aide financière aux universités afin que celles-ci élaborent et mettent en œuvre de nouvelles initiatives destinées à améliorer les possibilités d’apprentissage en langue seconde des étudiantsNote de bas de page2.

Sur ce point, Madame la Présidente, j’aimerais conclure ma présentation. Je me ferai maintenant un plaisir de répondre à vos questions et à celles de vos collègues.

Note de bas de pages

note de bas de page 1

Commissaire aux langues officielles, Rapport annuel 2011-2012, 2012.

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note de bas de page 2

Commissariat aux langues officielles, Deux langues, tout un monde de possibilités : L’apprentissage en langue seconde dans les universités canadiennes, 2009.

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Date de modification :
2020-09-18