Notes en vue de l’allocution d’ouverture d’un atelier sur l’immigration francophone dans l’Ouest canadien

Vancouver (Colombie-Britannique) Le 26 mars 2015
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Mesdames et messieurs, bon après-midi.

J’ai le plaisir de vous accueillir à cet atelier qui portera sur l’immigration francophone dans l’Ouest canadien.

Au cours de cet atelier, Carsten Quell, de mon bureau, présentera brièvement les grandes lignes d’un rapport que j’ai publié conjointement avec le commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau, au sujet de l’immigration francophone. Nous aurons ensuite le plaisir d’écouter des représentants des communautés francophones de la Colombie-Britannique et de l’Alberta, qui nous présenteront certains enjeux se rapportant à l’immigration francophone dans leur région, ainsi que David Johnston, mon représentant dans la région du Québec, qui nous parlera des défis liés à l’immigration dans les communautés anglophones du Québec.

Le renforcement de la vitalité des communautés de langue officielle du Canada grâce à l’arrivée d’immigrants qui parlent français constitue une excellente nouvelle pour notre dualité linguistique. Pour que cette dernière demeure forte et pertinente, il est indispensable que le dialogue demeure au cœur de la dualité et de la diversité canadiennes.

Au Canada, la conversation nationale se déroule en français et en anglais, nos deux langues officielles. La cohabitation des diversités linguistique et culturelle est un enjeu de plus en plus important au Canada, mais également sur la scène internationale. Dans un monde en évolution où l’identité nationale devient de plus en plus complexe, la dualité linguistique demeure une valeur fondamentale de la société canadienne – et elle sert de lien entre les cultures. Selon moi, c’est le point de départ de la diversité culturelle canadienne.

Je ne pense pas exagérer en disant que de nombreux pays sont en période de réflexion intense quant à leur approche de la diversité et de l’immigration. La situation évolue rapidement, et il est essentiel de disposer de politiques souples et d’outils qui permettent de s’adapter à la réalité actuelle. Les populations continueront à se diversifier à un rythme accéléré.

Le multiculturalisme canadien vise à reconnaître la vitalité des diverses cultures, alors que le bilinguisme est une compétence qui permet d’établir des ponts entre les langues et les cultures. C’est l’une des façons dont la dualité linguistique et la diversité culturelle sont complémentaires.

Lorsque la Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme a fait ses recommandations, il y a plus de cinquante ans, la majorité des immigrants venaient principalement de l’Europe. Une grande partie des réfugiés venaient de pays situés derrière le Rideau de fer. À cette époque, l’intégration était un processus relativement linéaire : les immigrants arrivaient, s’adaptaient, s’intégraient et restaient. Ce n’est plus nécessairement le cas aujourd’hui. Bien souvent, de nos jours, les gens s’identifient à plus d’une langue, à plus d’une culture. Les identités sont caractérisées par le mouvement, et elles deviennent plurielles. On peut être Canadien et Franco-Ontarien en même temps que Congolais, l’adoption d’une identité ne diminuant pas l’attachement aux autres.

Ce n’est qu’à la fin des années 1960, lorsque des modifications sont apportées à la Loi sur l’immigration, que le Canada commence à accueillir de nombreux immigrants provenant de l’Asie, des Caraïbes et de l’Afrique. Selon le recensement de 2011 de Statistique Canada, en Colombie-Britannique, plus de la moitié des immigrants de langue française proviennent de l’Europe, près du quart proviennent de l’Asie, et 15 %, de l’Afrique.

Le Canada est l’un des rares pays du monde industrialisé où l’on constate des taux élevés d’immigration, mais aussi une attitude très positive du public à cet égard. Depuis quelques décennies, le Canada accueille au moins 200 000 nouveaux immigrants ou résidents permanents chaque année. Certains arrivent avec une connaissance des deux langues officielles, d’autres sont bilingues mais ne maîtrisent qu’une des deux langues officielles. En 2011, près de 6,8 millions de Canadiens étaient nés à l’étranger, ce qui représentait 20,6 % de la population totale, la proportion la plus élevée parmi les pays du G8. Le gouvernement a cependant reconnu que cette proportion du nombre d’immigrants dans la population représente un défi pour les communautés de langue officielle.

Pour les communautés francophones minoritaires qui possèdent une identité historique basée sur des entités traditionnelles comme la paroisse et l’Église, c’est tout un défi de faire la transition de communauté canadienne-française à communauté d’accueil francophone. Ces communautés vivent des bouleversements profonds. Elles ont un énorme travail de préparation à faire, avant l’accueil des nouveaux arrivants, mais surtout pendant leur période d’adaptation. Nous aurons l’occasion d’en discuter tout à l’heure.

Les questions d’immigration, de diversité, d’accueil et d’intégration sont des enjeux importants partout au Canada. Au Québec, ces questions se posent de façon particulière, comme nous l’expliquera David Johnston, mon représentant dans la région du Québec.

Nos communautés traditionnellement canadiennes françaises « de souche » deviennent aussi des communautés francophones d’adoption, et l’identité culturelle de ces communautés est bousculée. Tant les immigrants que les communautés d’accueil vivent un choc culturel et doivent s’adapter aux changements subséquents. C’est également toute la perception de la dualité linguistique au Canada qui est touchée.

Le défi est donc de taille.

Comment améliorer le sentiment d’appartenance à une communauté? Comment transformer des communautés qui possèdent déjà des repères identitaires culturels solides? Comment faire en sorte que ces immigrants francophones trouvent leur place au sein du « nous »?

Ce sont des questions auxquelles nous tenterons de trouver des pistes de réponses aujourd’hui.

La langue n’est qu’un des nombreux éléments qui définissent l’identité des Canadiens. Mais la cohabitation du français et de l’anglais, c’est-à-dire la dualité linguistique, sera toujours une caractéristique indéniable de la société canadienne. C’est une valeur qu’il faut absolument transmettre à tous les nouveaux arrivants au Canada et renforcer auprès des Canadiens déjà établis.

Merci.

Date de modification :
2020-09-18