Allocution dans le cadre de la conférence Métropolis

« 6 à 8 » avec la communauté francophone de la Colombie-Britannique

Vancouver (Colombie-Britannique) 26 mars 2015
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Mesdames et messieurs, bonsoir.

J’aimerais vous remercier d’être avec nous. C’est toujours un plaisir pour moi de rencontrer la communauté francophone de la Colombie-Britannique.

En Colombie-Britannique, vous respectez une tradition de collaboration, d’ouverture et d’inclusion envers la diversité et la dualité linguistique. Tous les habitants de la province travaillent ensemble afin de voir de quelle façon chacun peut contribuer au bien commun. Cette entente est manifeste dans l’intérêt que vous accordez aux programmes d’immersion, dans le rôle important que jouent les organismes francophones au sein de l’industrie du tourisme ainsi que dans votre accueil chaleureux des divers groupes et organismes francophones.

Depuis le début de mon mandat, j’ai fait de l’immigration une priorité. Qu’il s’agisse de l’augmentation de la population, de la vitalité ou du renforcement de l’identité des communautés de langue officielle, l’immigration joue un rôle prépondérant dans le développement du Canada et des communautés partout au pays.

Le français est une langue canadienne, non seulement une langue parlée par une minorité de Canadiens. Le français appartient à tous les Canadiens, tout comme l’anglais. Comme Bruce Hutchison l’a mentionné dans son livre The Unknown Country (Le pays inconnu), en 1942, « le Canada n’est pas anglophone – c’est la première chose à comprendre ». Il voulait dire qu’il existait à l’époque une société cohésive, traditionnelle, catholique et francophone au cœur du pays. Il est remarquable qu’il y a 70 ans, un journaliste et auteur établi en Colombie‑Britannique reconnaisse la dualité linguistique du pays de cette façon.

À l’époque où Hutchison a écrit son livre et durant les trois décennies qui ont suivi, les immigrants provenaient surtout de l’Europe. Les années suivant la Seconde Guerre mondiale ont vu une vague d’immigration provenant de l’Italie, de l’Angleterre, de l’Irlande, du Portugal et des Pays-Bas, et, en 1957, de la Hongrie. Mais ce n’est qu’à partir de la fin des années 1960 et à la suite de l’apport de changements à la Loi sur l’immigration que le Canada a commencé à accueillir des immigrants provenant de l’Asie, des Caraïbes et de l’Afrique. Depuis, la diversité des sources d’immigration a continué à augmenter. Le nombre d’immigrants aussi : En 2011, près de 6,8 millions de Canadiens étaient nés à l’étranger, ce qui représentait 20,6 % de la population totale, la proportion la plus élevée parmi les pays du G8.

Plus de quarante ans après qu’une recommandation de la Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme ait visé l’instauration d’une politique sur le multiculturalisme, le Canada demeure l’un des rares pays du monde industrialisé où l’on constate à la fois des taux élevés d’immigration et une attitude très positive du public à cet égard. Au Canada, le débat ne porte pas à savoir si une politique d’immigration vigoureuse est bénéfique. Il porte plutôt sur les modalités des programmes ainsi que sur l’intégration et la rétention.

C’est dans cet esprit qu’au mois de novembre dernier, j’ai publié, en collaboration avec le commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau, un rapport qui met en lumière quelques‑uns des principaux défis liés à l’immigration : l’importance d’apprendre les deux langues officielles, la méconnaissance des possibilités offertes par les communautés francophones du Canada et l’importance de tisser des liens avec les employeurs francophones et anglophones.

Le rapport souligne notamment que les programmes en matière d’immigration francophone devraient tenir compte des particularités de chaque communauté francophone de l’ensemble du pays : Chacune est différente et a donc des possibilités et des besoins différents. Mais chacune a une capacité d’accueil. Les nouveaux arrivants d’expression française devraient être orientés vers les communautés et les institutions francophones. C’est à cette seule condition que pourront se tisser des liens durables entre les communautés et les nouveaux venus.

La journée de réflexion sur l’immigration francophone s’est déroulée le 2 mars dernier, à Ottawa. Je n’ai pu y participer, mais on m’a informé que plusieurs intervenants communautaires y ont rappelé leurs préoccupations face à l'adoption, par le gouvernement fédéral, d'une approche en immigration qui met l'accent de plus en plus sur l'économie et sur un rôle plus important des employeurs. Au cours de la journée, le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration s'est adressé aux participants et a rappelé les consultations nationales qu'organise présentement son ministère sur la question de l'immigration francophone. Le ministre s'est engagé à cerner la meilleure solution parmi celles qui ressortiront de ces consultations et à la mettre en œuvre d'ici la fin de l'automne. Ce sont des propos encourageants et je suis impatient de voir les mesures concrètes qui en découleront.

Pour une communauté francophone minoritaire qui possède une identité historique basée sur des entités traditionnelles comme la paroisse et l’Église, c’est tout un défi de faire la transition de communauté canadienne-française à communauté d’accueil francophone. Ces communautés vivent des bouleversements. Elles ont un énorme travail de préparation à faire, avant l’accueil des nouveaux arrivants, mais surtout pendant leur période d’adaptation.

Il y a eu de nombreuses expériences positives, comme à Winnipeg, où les immigrants et les réfugiés francophones ont été accueillis à l’aéroport et accompagnés par des membres d’une organisation communautaire tout au long de leur transition vers la vie canadienne. Il y a aussi eu des expériences moins réussies, qui ont résulté en des occasions manquées pour les arrivants francophones et pour les communautés.

Si vos communautés locales sont souvent autonomes, elles souffrent parfois d’isolement. La taille restreinte d’une communauté peut représenter un défi important. Plus particulièrement, les services au sein de la communauté reposent sur les épaules d’un petit nombre de personnes, et les ressources sont limitées. J’ai souvent entendu des témoignages qui font état d’un certain épuisement du personnel des organismes.

Cela signifie que les institutions mandatées pour vous appuyer doivent faire preuve d’innovation et demeurer réceptives aux priorités que vous avez établies. Vos communautés de langue officielle sont en transformation; les organismes qui appuient leur développement doivent avancer dans la même direction.

Les nouveaux arrivants sont nombreux à être ouverts à l’apprentissage des deux langues officielles – pour eux-mêmes, mais en particulier pour leurs enfants. Les familles immigrantes choisissent d’encourager leurs enfants à maîtriser plusieurs langues et d’accorder de l’importance au multilinguisme en raison des forces des marchés nationaux et internationaux.

La diversité culturelle et la dualité linguistique sont deux valeurs canadiennes fondamentales – des valeurs qui se complètent. L’ouverture et le respect, qui résultent de la nécessité de collaboration continue entre les deux principaux groupes linguistiques au Canada, ont contribué à encourager l’immigration et la diversité dans la population canadienne.

Pourtant, j’ai été frappé d’entendre un nouvel arrivant me dire qu’il avait eu du mal à trouver cette société canadienne accueillante dont on lui avait vanté les mérites. Il s’est plutôt heurté, dit-il, à un milieu urbain froid, où les gens ne connaissent pas leurs voisins, alors qu’il arrivait d’une culture où les liens à l’intérieur des communautés locales sont très forts – un modèle duquel le Canada s’est éloigné au cours des dernières décennies.

Peut-être les communautés de langue officielle en situation minoritaire sont-elles bien placées pour réfléchir à ce paradoxe d’une société plus accueillante en principe, mais où les liens communautaires se sont étiolés. Après tout, les identités complexes et la création de lieux identitaires où les membres de la communauté peuvent se réunir sont des éléments qui vous sont familiers. Il est donc possible qu’en investissant dans l’intégration au sein des communautés linguistiques minoritaires, on développe des modèles innovateurs pour tout le pays.

Je vous remercie de votre attention.

Date de modification :
2020-09-18