Notes pour une allocution dans le cadre du lancement de la publication intitulée 50 ans de bilinguisme officiel – Défis, analyses et témoignages

Ottawa, Ontario, Le 25 février 2015
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Mesdames et messieurs, bonsoir.

Merci M. Clément. Je suis très fier d’avoir participé à la rédaction de cet ouvrage.

Richard Clément et Pierre Foucher ont fait un excellent travail à rassembler et revoir des textes rédigés par des professeurs, politiciens et avocats, entres autres – dont certains sont parmi nous ce soir – et qui, à leur façon, ont tous contribué à enrichir l’histoire de la dualité linguistique canadienne.

J’ai contribué avec beaucoup d’intérêt à la série de conférences. Tous ceux qui y ont participé ont pu constater la grande diversité des enjeux linguistiques au Canada ainsi que les différences qui existent entre les communautés francophones. Lorsqu’il est question de défis linguistiques au Canada, il n’existe pas d’approche uniformisée – comme on dit en anglais, « one size does not fit all ». C’est un constat qui se dégage à la lecture du recueil.

Je ne vous apprends rien en vous disant que je suis fasciné par la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme depuis longtemps. J’ai lu, de nombreuses fois, avec beaucoup d’intérêt, le journal personnel qu’André Laurendeau a tenu pendant les travaux de la Commission, ainsi que celui de son collègue, F.R. Scott, lorsque je faisais moi-même des travaux de recherche pour la rédaction d’un ouvrage. Leurs écrits ont façonné ma pensée au fil des années, et j’ai souvent fait référence à leurs travaux en vue de trouver un équilibre entre les besoins d’une communauté minoritaire et les principes d’égalité.

C’est avec beaucoup de générosité que tous les auteurs ont partagé leurs points de vue ainsi que les fruits de leurs recherches sur l’état de la dualité linguistique canadienne, 50 ans après la Commission. Ils et elles offrent un regard historique et parfois personnel sur le chemin parcouru, et sur ce qui nous reste à accomplir afin d’atteindre l’objectif fondamental de la Commission – qui est de veiller à ce que nos deux langues officielles disposent d’un statut égal. Je tiens à les remercier pour leur contribution; permettez-moi de vous les présenter brièvement.

À la conférence  à l’Université d’Ottawa, nous avons eu le plaisir d’entendre le tout premier commissaire aux langues officielles, Keith Spicer, qui n’avait rien perdu de sa fougue et de sa passion à l’égard des langues officielles. On retrouve également dans le recueil des extraits d’une entrevue au sujet des répercussions de la Loi sur les langues officielles et du rôle du commissaire aux langues officielles dans le contexte canadien, entrevue que j’ai eu beaucoup de plaisir à mener avec lui.

Ingride Roy, que nous avons également entendue à Ottawa, nous a fait part de ses observations sur l’incidence du quatrième livre de la Commission sur l’apport culturel des autres groupes ethniques, et nous apprend aussi que les difficultés éprouvées par les groupes ethniques demeurent essentiellement les mêmes qu’il y a un demi-siècle, et ce, même si l’immigration a beaucoup changé depuis.

À Montréal, à l’Université McGill, les points de vue très différents de Pierre Curzi et de Stéphane Dion ont donné lieu à une conversation fascinante. Leur contribution au recueil enrichit les perspectives sur le bilinguisme officiel et étoffe la portée de leurs arguments respectifs.

Toujours à Montréal, Sherry Simon de l’Université Concordia a souligné l’importance du bilinguisme officiel en affirmant qu’il est « nécessaire, mais insuffisant » et « qu’il devrait être considéré comme une reconnaissance stratégique des minorités francophones de l’ensemble du pays ».

À la conférence de Saint Boniface, Roger Turenne, qui a occupé le premier poste désigné bilingue dans la fonction publique du Manitoba, nous a rappelé le contexte particulier dans lequel les débats linguistiques ont eu lieu dans cette province. « En 1963, rappelle M. Turenne, l’assimilation des jeunes se faisait à un tel rythme que la communauté était appelée à disparaître. Le Public Schools Act interdisait non seulement l’usage du français comme langue d’enseignement, mais également l’enseignement de la langue française avant la quatrième année scolaire. » Bref, la communauté francophone était en état de crise. M. Turenne nous explique le rôle important qu’a joué la Commission dans le dénouement de conflits linguistiques au Manitoba.

Toujours au Manitoba, Raymond-M. Hébert nous a parlé de réussites – particulièrement celles de l’Association des municipalités bilingues du Manitoba, du Conseil de développement économique des municipalités bilingues du Manitoba et du Centre de santé Saint‑Boniface – et nous met en garde contre la complaisance et l’apathie.

Ceux qui ont eu le privilège d’assister au témoignage d’Andy Anstett, ancien ministre sous la gouverne de Howard Pawley, auront le plaisir de vivre à nouveau de grandes émotions en relisant son texte. M. Anstett, en 1983, avait accepté de piloter le projet visant à affirmer le français comme langue officielle du Manitoba, tout en sachant qu’il allait y laisser son siège. Un témoignage puissant et émouvant, qui est reflété dans son texte sur le bilinguisme et la réalité politique au Manitoba.

Lors de la conférence de Toronto, au Collège universitaire Glendon, François Boileau, mon collègue de l’Ontario, nous a offert un résumé des progrès de la communauté franco-ontarienne depuis les travaux de la Commission, ainsi que des défis qu’il reste à relever. Nous avons également eu le plaisir d’entendre de nombreux militants d’organisations communautaires raconter leurs expériences.

La conférence à l’Université de Moncton, dont la réputation en tant que centre de recherches sur les politiques linguistiques n’est plus à faire, nous a permis de prendre connaissance des travaux de recherches de Matthieu LeBlanc sur l’état actuel de la langue de travail dans l’administration fédérale. Éric Forgues et Maurice Beaudin nous ont également fait part de leurs observations sur les différences salariales entre les hommes francophones et anglophones du Nouveau-Brunswick depuis 1971.

Pour terminer, Michelle Landry nous a présenté ses travaux sur l’héritage de la Commission Laurendeau-Dunton et le principe d’égalité culturelle. Mark Power, Perri Ravon et Albert Nolette ont jeté un regard sur le cinquième livre du Rapport sur la capitale fédérale. Ces derniers nous rappellent que le gouvernement de l’Ontario n’a jamais mis en œuvre la recommandation de la Commission en vue d’adopter une approche pratique pour mettre sur pied une capitale fédérale qui soit officiellement bilingue.

Le recueil 50 ans de bilinguisme officiel que nous lançons aujourd’hui nous permet de constater l’impact qu’a eu la Commission. Grâce à son travail et aux actions de milliers de personnes qui croient en une certaine vision du Canada, le pays a évolué. Cette évolution doit être reconnue et, à l’approche du 150e anniversaire de la Confédération, elle doit être célébrée.

Ottawa aussi a évolué. D’abord, la capitale est bien plus bilingue qu’il y a 50 ans – et peut-être même plus bilingue que la plupart de ses habitants le soupçonnent. À l’époque où j’y ai grandi, le clivage entre quartiers francophones et anglophones d’Ottawa était beaucoup plus important. Aujourd’hui, non seulement les francophones sont présents partout dans la ville, mais les anglophones y sont plus bilingues. Des données que mon bureau rendra publiques dans les prochaines semaines indiquent que le taux de bilinguisme des quartiers d’Ottawa n’est jamais inférieur à 23 %, et souvent bien supérieur, que les francophones y soient présents ou non.

De nouveau, félicitations à Richard Clément et Pierre Foucher ainsi qu’à tous les conférenciers. Je vous souhaite une excellente soirée.

Date de modification :
2020-09-18