Allocution dans le cadre du lancement du rapport conjoint sur l’immigration dans les communautés francophones en situation minoritaire

Ottawa (Ontario), le 18 novembre 2014
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Mesdames et messieurs, bonjour.

C’est un plaisir d’être avec vous cet après-midi. J’aimerais remercier nos invités, M. Appolinaire Yengayenge et Mme Léonie Tchatat, pour leur témoignage. J’aimerais également vous remercier de vous être déplacés pour participer au lancement du rapport conjoint entre mon bureau et le bureau du commissaire aux services en français de l’Ontario. Ce rapport sur l’immigration dans les communautés francophones en situation minoritaire met en lumière nos préoccupations partagées et symbolise également une grande collaboration entre nous.

Notre pays change. Nous accueillons plus de 250 000 nouveaux arrivants chaque année. Malgré cette forte immigration, les communautés francophones en situation minoritaire ont peu bénéficié de l’arrivée de nouveaux arrivants en comparaison aux communautés majoritaires. En tant que société d’accueil, il faut s’attendre à ce que notre profil linguistique se transforme, tout comme la société se transforme. On s’adapte, et les politiques publiques doivent s’adapter en conséquence. Ceux et celles qui créent ces politiques doivent donc veiller à ce qu’elles reflètent l’image de la société dans laquelle nous vivons.

Depuis le début de mon mandat, j’ai fait de l’immigration une priorité. Qu’il s’agisse de l’augmentation de la population, de la vitalité ou du renforcement de l’identité des communautés de langue officielle, l’immigration joue un rôle prépondérant dans le développement de notre pays et de nos communautés dans toutes les régions du pays. Cette question est également au cœur des préoccupations du commissaire aux services en français de l’Ontario et de la commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick. C’est donc pourquoi, en octobre dernier, nous avons diffusé un communiqué conjoint demandant aux gouvernements d’accroître leurs efforts pour que les communautés francophones en situation minoritaire bénéficient réellement de l’immigration.

Aujourd’hui, le commissaire Boileau et moi publions ce rapport qui met en lumière quelques-uns des principaux défis liés à l’immigration : l’importance d’apprendre les deux langues officielles, la méconnaissance des possibilités offertes par les communautés francophones du Canada et l’importance de tisser des liens avec les employeurs francophones et anglophones. Nous y présentons également plusieurs recommandations à l’intention des deux paliers de gouvernement.

De nombreux représentants des communautés francophones s’inquiètent des répercussions des réformes du système d’immigration sur leur vitalité. Ils reconnaissent que le nouveau système peut offrir de nouvelles possibilités pour leur communauté, mais ils sont aussi conscients de leur grande vulnérabilité face aux politiques des institutions gouvernementales en matière d’immigration. Dans la mise en œuvre du nouveau système, les gouvernements fédéral et provinciaux se doivent d’inclure une perspective francophone dans leurs analyses liées aux stratégies, programmes et initiatives en matière d’immigration. Ils doivent adopter une approche ciblée et mieux planifier leurs mesures afin que l’immigration devienne un puissant outil de développement pour les communautés francophones en situation minoritaire. Ces communautés sont des communautés d’accueil, au même titre que les deux majorités linguistiques.

Nous croyons que les gouvernements peuvent – et doivent – consacrer plus d’énergie et de ressources pour permettre une meilleure intégration des immigrants francophones dans la société canadienne; c’est pourquoi nous avons formulé des recommandations à cet effet. Il faut veiller à ce que les nouveaux arrivants d’expression française soient orientés vers les communautés et les institutions francophones. C’est à cette seule condition que pourront se tisser des liens durables entre les communautés et les nouveaux venus.

Pour qu’ils soient efficaces et bénéfiques, il est important que les programmes en matière d’immigration francophone tiennent compte des particularités de chaque communauté francophone de l’ensemble du pays – elles sont toutes différentes, et ont donc des besoins différents.

Le gouvernement fédéral apporte plusieurs modifications au système d’immigration canadien, mais les gestes posés pour y arriver doivent tout de même se faire dans le respect des obligations prévues à la Loi sur les langues officielles, dont celles de la partie VII. Si les institutions fédérales ont l’obligation de prendre des mesures positives pour favoriser le développement des communautés, elles ont aussi celle de ne pas y nuire. Des décisions prises par des institutions fédérales sans consultation ont parfois des effets à long terme qui sont généralement difficiles à renverser.

La dualité linguistique et la diversité culturelle constituent des valeurs et des symboles importants de la société canadienne – elles façonnent la manière dont les Canadiens et les Canadiennes se perçoivent et dont ils sont perçus partout dans le monde. Après avoir rencontré des Canadiens et des Canadiennes de l’ensemble du pays et de toutes origines, je peux ajouter que de nombreux groupes minoritaires sont très ouverts à l’apprentissage des deux langues officielles. Les familles immigrantes choisissent d’encourager leurs enfants à maîtriser plusieurs langues et d’accorder de l’importance au multilinguisme en raison des forces des marchés nationaux et internationaux.

Comme nous avons été en mesure de le constater tout à l’heure grâce aux témoignages de M. Yengayenge et de Mme Léonie Tchatat, l’immigration francophone a de nombreuses répercussions positives – tant sur les communautés en situation minoritaire que sur la qualité de vie de nos nouveaux citoyens. C’est pourquoi nous devons y consacrer plus de ressources.

L’avenir de la dualité linguistique dépend, en partie, de notre capacité à favoriser un environnement linguistique cohérent, où le français et l’anglais ont tous deux leur place dans chaque région du pays. Nous devons faire de l’immigration francophone une priorité dans les politiques de nos institutions gouvernementales. Je vous invite à écouter mon homologue ontarien, mon partenaire dans cette initiative et mon ami, le Commissaire aux services en français, M. François Boileau.  

Je suis également disponible pour répondre à vos questions.

Je vous remercie de votre attention.

Date de modification :
2018-09-13