Allocution dans le cadre de la remise du prix d’excellence 2013-2014 – Promotion de la dualité linguistique

Moncton (Nouveau-Brunswick), le 22 octobre 2014
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Mesdames et messieurs, bonjour.

C'est un plaisir de me retrouver ici, à Moncton, pour célébrer le grand succès du Festival Frye, qui se déroule chaque année à Moncton depuis 15 ans.

En réunissant des auteurs et des lecteurs de tous âges, tant francophones qu'anglophones, le Festival Frye fait la promotion de la nature biculturelle et bilingue de Moncton et du Nouveau-Brunswick, et fait rayonner les deux langues officielles du Canada sur la scène internationale.

Ce festival est une occasion pour la communauté et les auteurs, d'ici et d'ailleurs, de créer et de s'exprimer dans les deux langues officielles, ainsi que de découvrir ce qui se passe dans l'autre communauté linguistique. Le Festival Frye est un bon exemple du respect que les deux communautés de langue officielle se portent.

Dans son recueil d'essais The Educated Imagination, Northrop Frye affirme qu'il existe trois états d'esprit, chacun ayant un langage qui lui est propre.

D'abord, il y a l'état de la prise de conscience, où la chose la plus importante est d'établir une différence entre soi-même et tout ce qui nous entoure. Le langage de cet état d'esprit est celui de la conversation ordinaire, de l'expression de soi.

Ensuite, il y a l'état d'esprit axé sur la participation sociale, d'où émane la langue de travail ou technique des enseignants, des prédicateurs, des politiciens, des annonceurs, des avocats, des journalistes et des scientifiques, ce qu'on appelle le langage du « sens pratique ».

Finalement, il y a l'imaginaire, d'où provient le langage littéraire de la poésie, du théâtre et des romans. Note de bas de page1

Il ne s'agit pas de langues différentes, bien sûr – il est toujours question de notre langue, qu'elle soit le français ou l'anglais. Mais ces états d'esprit nous poussent pour divers motifs à employer des mots et des moyens différents pour nous affirmer au sein de notre communauté linguistique et incarner notre identité langagière.

Fait intéressant, la consultation publique qui aura lieu après la réception de ce soir est particulièrement symbolique de la pensée de Frye. Les trois niveaux de langage – la conversation, la participation sociale et l'imaginaire – tant en français qu'en anglais, seront utilisés. Frye, qui était maître de la métaphore, aurait apprécié le clin d'œil. Le Festival Frye est à la fois un témoignage du legs laissé par Northrop Frye et le symbole de la réalité culturelle et linguistique de la région de l'Atlantique.

Comme le savent les auteurs et les créateurs présents ici, la littérature n'est pas détachée du langage et de la vie de la communauté. Bien au contraire, elle alimente l'imaginaire d'un peuple. La littérature contribue au développement du capital culturel des collectivités. Bien que largement intangible, ce capital est tout aussi important pour une communauté que son capital économique, social ou politique.

Trop souvent, les administrations de l'État semblent oublier ce qui est pourtant une évidence : les auteurs originaires d'une communauté minoritaire sont tout aussi représentatifs de leur province et de l'ensemble du Canada que ceux qui proviennent d'une communauté majoritaire. Chaque auteur incarne à sa manière son identité canadienne et contribue à définir sa communauté, qu'elle soit francophone ou anglophone. Et c'est ce que nous célébrons à Moncton chaque printemps.

Au Canada, nous sommes très nombreux à croire que la pleine reconnaissance de nos langues officielles et de la diversité de nos expressions culturelles est le meilleur gage de notre volonté de vivre ensemble dans le respect. Dans ce contexte, garantir le développement culturel de nos communautés francophones et anglophones doit être une ambition collective.

Même si la ville de Moncton a les mêmes obligations linguistiques que les autres villes du Nouveau‑Brunswick, elle s'est déclarée officiellement bilingue. Cela lui confère une image de marque unique au Canada.

Valoriser les deux langues officielles sur un pied d'égalité pour en faire une composante intégrale de l'image et de l'identité de la ville de Moncton signifie des gains importants pour l'ensemble des citoyens – et surtout renforce le sentiment de fierté civique qu'éprouvent les citoyens de Moncton à habiter dans une ville bilingue, qui leur ressemble.

Nous vivons ensemble, côte à côte. Nous devons mieux nous connaître afin de mieux nous respecter. C'est pourquoi je crois qu'il est important de multiplier les occasions de contact et d'échanges – et le Festival Frye est l'occasion par excellence.

Le programme Scolaire-jeunesse, en particulier l'événement Frye Académie, permet aux jeunes Canadiens de mieux comprendre qu'une langue seconde est plus qu'un simple outil – c'est une fenêtre sur leur pays, et sur le monde. Faire l'expérience des deux langues officielles au moyen de la littérature donne un accès direct à nos deux communautés linguistiques.

En participant aux activités du Festival, les jeunes Canadiens profitent pleinement de leurs deux langues officielles et mettent leurs compétences linguistiques au défi. Il importe que les jeunes du Nouveau‑Brunswick, et de l'ensemble du Canada, puissent saisir toutes les occasions de parfaire leurs aptitudes aussi bien en langue maternelle qu'en langue seconde. Le Festival Frye est une occasion de ce genre.

Je suis convaincu qu'en plus de valoriser les langues officielles et la littérature canadienne, le Festival Frye permet d'accroître la complicité entre nos deux grandes communautés linguistiques, tant à l'échelle locale qu'à la grandeur du Canada.

Depuis le début de mon mandat, je réitère souvent que la promotion des langues officielles, et par extension du bilinguisme, doit essentiellement faire partie du leadership.

La notion du bilinguisme comme valeur à promouvoir requiert un leadership solide. Elle nécessite également une collaboration soutenue entre les autorités municipales, les entreprises privées et les organismes communautaires.

C'est ce qu'on retrouve ici à Moncton – une volonté de collaboration chez tous et chacun pour encourager la représentation des langues officielles et favoriser une saine relation entre les deux communautés linguistiques. Mais pour que cette collaboration porte ses fruits, un leadership doit être exercé.

En 2009, j'ai instauré un prix d'excellence pour récompenser des personnes ou des organismes n'étant pas assujettis à la Loi sur les langues officielles. Ce prix leur est remis afin de reconnaître l'excellence avec laquelle ils font la promotion de la dualité linguistique au pays ou à l'étranger et contribuent à l'épanouissement des communautés canadiennes de langue officielle en situation minoritaire.

C'est avec grand plaisir que je remets aujourd'hui le Prix d'excellence – Promotion de la dualité linguistique au Festival Frye.

Je suis certain que vous serez tous d'accord que ce festival a répondu à tous ces critères d'excellence – et que tous ceux qui y travaillent ont fait preuve d'un grand leadership dans la promotion des deux langues officielles.

Le succès retentissant du Festival Frye au fil des ans est attribuable aux liens positifs que Madame Arnold et son conseil d'administration ont su établir entre les communautés de langue officielle du Nouveau-Brunswick et celles du reste du Canada.

Toutes mes sincères félicitations à l'équipe du Festival Frye pour son travail exceptionnel et son dévouement, ainsi qu'à Madame Arnold pour son leadership inspirant et sa contribution à la promotion de la dualité linguistique du Canada.

Je vous remercie. Bonne soirée à tous!

 

Footnotes

Footnote 1

Paraphrasé et traduit librement d'un passage de l'œuvre de Northrop Frye, The Educated Imagination, Toronto, House of Anansi Press, 2002, p. 8.

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Date de modification :
2020-09-18