Notes pour une allocution dans le cadre du Forum des nouveaux arrivants de Québec

Québec (Québec), le 22 septembre 2014
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Bonjour à tous,

Je vous remercie sincèrement de cette invitation.

Chacune de mes visites dans la ville de Québec me donne l'occasion de renouer avec des connaissances et des amis que je connais parfois depuis les années 1970 et 1980 alors que j'ai vécu une décennie au Québec avec ma famille, d'abord à Montréal, puis ici à Québec. Nous en avons gardé un souvenir merveilleux. C'est ici que mes enfants ont appris le français, et l'accueil que nous a réservé la communauté a fait en sorte que nous nous sommes toujours sentis les bienvenus.

Bien sûr, de nombreux nouveaux arrivants rencontrent des obstacles lorsqu'ils s'installent dans un nouvel environnement. Il peut arriver, par exemple, que certains d'entre eux maîtrisent les deux langues officielles, mais que ce ne soit pas le cas de tous les membres de leur famille.

Pour les anglophones, l'intégration à une communauté majoritairement francophone suit une longue courbe d'apprentissage. Les nouveaux arrivants venus d'un autre pays ou d'une autre province ne comprennent pas toujours bien la complexité de la situation linguistique du Québec et ils se tournent alors vers les organismes communautaires pour les aider à s'intégrer à la société québécoise.

Les communautés de langue anglaise du Québec constituent toutefois, pour la province, une grande richesse sur les plans linguistique et culturel, et elles ont grandement contribué à façonner le Québec moderne. Ces communautés sont de plus en plus bilingues et leur contribution doit être reconnue. Certaines personnes estiment toutefois, malheureusement, que les gains de la communauté anglophone se font au détriment de la langue française.

Il y a un paradoxe quant à la perception publique de la situation linguistique actuelle dans notre pays. D'une part, les statistiques récentes indiquent, pour le Québec, une hausse du nombre de francophones de même qu'une hausse, plus légère, du nombre d'anglophones et, pour l'ensemble du Canada, une croissance des communautés francophones en situation minoritaire. Ce sont là de bonnes nouvelles pour les deux communautés linguistiques et pour le Québec. D'autre part, il y a des signes persistants d'un déclin du français. Cela s'explique par la progression constante de la langue anglaise, non seulement comme langue des affaires, mais aussi comme langue du commerce international, de la recherche scientifique, des communications et du divertissement. Cette situation pose un défi important à tous ceux qui, dans le monde entier, sont chargés d'élaborer les politiques. Mais dans le contexte québécois, la minorité anglophone ne doit pas porter le blâme de cette prédominance de l'anglais. Au contraire, dans un tel contexte, la présence des anglophones ici constitue un énorme avantage sur le plan économique. Permettez-moi de m'expliquer sur cette question.

La société canadienne a beaucoup à gagner, sur les plans social, culturel et économique, à favoriser le développement des communautés de langue officielle et à soutenir leurs actions, leur langue et à préserver leur héritage. La ville de Québec est une plaque tournante du savoir au Canada. Pour les nouveaux arrivants, il n'y a rien de plus stimulant que de vivre et grandir dans une ville où les deux langues officielles sont utilisées. Pour les entreprises, pouvoir compter sur une main d'œuvre bilingue constitue un des principaux atouts pour croître et consolider sa position dans son marché.

Le rôle des nouveaux arrivants pour assurer la vitalité des communautés de langue officielle a toujours été important et continue de l'être. Ici, dans la ville de Québec, 25 % de la population anglophone se renouvelle tous les cinq ansNote de bas de page1. L'arrivée constante de nouveaux arrivants de langue anglaise pose bien sûr certains défis, mais la ville et tout le Québec ont avantage à relever ces défis et à accueillir chaleureusement ces nouveaux citoyens.

De plus en plus d'employeurs canadiens cherchent des employés, quelle que soit leur langue maternelle, qui ont atteint un certain niveau de compétence dans les deux langues officielles. Le bilinguisme est assurément un atout pour les entreprises québécoises. Selon une étude menée en 2007 par le comité Québec multilingue de la Chambre de commerce de Québec, 40 % des entreprises de la ville ont à leur service des employés qui, dans leur travail, doivent maîtriser une deuxième langue, généralement l'anglaisNote de bas de page1.

Il y a quelques années, dans le but de développer la compétence en anglais dans leur secteur, les compagnies d'assurances de la région ont créé le Centre de développement en assurances et services financiers, qui connaît un grand succès.

En juin dernier, à Charlottetown, le maire Labeaume a affirmé que le manque de bilinguisme cause des maux de tête aux employeurs de Québec. Selon un sondage mené en 2013 par la Chambre de commerce de Québec, en effet, 18 % des employeurs estiment que le manque de bilinguisme constitue le principal problème de la main d'œuvre.

La demande pour des employés bilingues continuera de croître et c'est collectivement qu'il faut développer cette capacité. Pour y parvenir, nous devons soutenir la communauté anglophone actuelle de Québec, non seulement à aider les nouveaux arrivants à apprendre le français, mais aussi à s'intégrer et à contribuer activement à la société québécoise. Nous avons également besoin du soutien des entreprises, qui comptent sur les organisations communautaires pour développer une main d'œuvre bilingue dans une région à prédominance francophone.

Ces organismes communautaires ont toutefois besoin du financement qui leur permettra de jouer efficacement ce rôle.

Grâce à l'organisme Voice of English-speaking Québec, ou VEQ, les anglophones qui s'installent dans la ville de Québec peuvent s'intégrer harmonieusement. L'organisme, qui est unique à la ville de Québec, tient compte tant des besoins des entreprises que de ceux des nouveaux arrivants. Il offre à ces nouveaux citoyens des ressources pour faciliter leur intégration, leur fait connaître une communauté anglophone accueillante et dynamique, et il facilite leur intégration à un milieu francophone. C'est donc un partenariat qui est à l'avantage de tous, et je tiens à féliciter la communauté d'avoir créé ce remarquable outil qui permet à la communauté de se renouveler.

La région a tout à gagner à augmenter son soutien aux organismes communautaires existants, et à financer de nouvelles organisations qui collaboreront pour assurer la prospérité économique du milieu.

Pour toutes ces raisons, les organisations actives au sein de la communauté anglophone de Québec doivent disposer des ressources dont elles ont besoin pour poursuivre leur excellent travail d'intégration des nouveaux arrivants et aider ceux-ci à réaliser leur plein potentiel. Refuser de les soutenir aurait des conséquences terribles, car la santé économique de la ville en dépend. Tous y gagnent à miser sur le potentiel des nouveaux arrivants.

Il est essentiel de soutenir le développement économique de la communauté anglophone de Québec pour assurer la vitalité de la ville à long terme. La région est très cosmopolite, tant sur le pan économique que sur le plan culturel, et elle profitera d'une communauté anglophone forte et dynamique. En misant sur une main-d'œuvre bilingue, Québec s'ouvre au commerce national et international et, par son statut de capitale culturelle, elle attire les étudiants et les touristes du Canada et du monde entier.

Une communauté anglophone forte profitera non seulement au Québec, mais aussi à l'ensemble du Canada. On sait depuis longtemps que les anglophones du Québec ne constituent pas une menace pour la langue française. D'ailleurs, la vaste majorité des Québécois reconnaissent que la connaissance des deux langues officielles est un énorme avantage tant sur le plan personnel que sur le plan professionnel.

Les deux communautés linguistiques ont beaucoup à apprendre l'une de l'autre. Mon bureau est toujours partant pour favoriser les échanges entre les deux communautés et je sais que je peux compter sur la collaboration de la ville de Québec et du ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion. La vitalité des communautés de langue anglaise dépend de l'appui qu'elles obtiennent des gouvernements fédéral, provincial et municipaux.

Du côté fédéral, Citoyenneté et Immigration Canada a récemment commandité des études sur la capacité des communautés de langue anglaise du Québec d'attirer de nouveaux arrivants. Bien que la Feuille de route pour les langues officielles du Canada 2013-2018 ne prévoie aucune initiative particulière pour favoriser le renouvellement de la communauté anglophone, il serait certes bénéfique que le Ministère tente de voir comment il pourrait aider les communautés anglophones du Québec à contribuer à l'intégration des nouveaux arrivants dans la société québécoise.

En favorisant le développement des communautés de langue officielle, nous aidons les entrepreneurs et les employeurs à créer des entreprises qui auront un effet positif sur ces communautés. Les initiatives en ce sens, que ce soit dans le domaine des arts et de la culture, de l'éducation ou du tourisme, incitent les jeunes à demeurer dans la région et les étudiants à s'inscrire dans les établissements scolaires, et elles permettent d'attirer des travailleurs et de nouveaux citoyens.

Et bien sûr, les entreprises et projets qui émergent de la communauté anglophone et qui connaissent du succès ont un effet d'entraînement qui se répercute à l'échelle de la province et du pays.

Tout le monde est gagnant lorsqu'on mise sur la connaissance des deux langues et des deux cultures, et les organismes communautaires comme Voice of English-speaking Québec facilitent grandement l'adaptation à la société québécoise. La ville de Québec a beaucoup à gagner à accueillir de nouveaux immigrants de langue anglaise qui apprendront le français et s'intégreront parfaitement et en permanence à la communauté.

Les organismes de la communauté anglophone doivent être en mesure de poursuivre leur travail afin que tout nouvel arrivant se sente chez lui et participe à la vie collective dès son arrivée à Québec.

J'espère que ces pensées que je partage avec vous aujourd'hui nourriront votre réflexion sur les défis que doivent relever les organisations, sur les occasions qu'il faut saisir et sur la nécessité que les nouveaux arrivants s'intègrent à la collectivité.

Je vous remercie.

Footnotes

Footnote 1

Jan Warnke, Caractéristiques démographiques et sociales de la population anglophone de la Région sociosanitaire de la Capitale-Nationale, mars 2006.

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Footnote 2

Écho Sondage, La langue seconde dans les entreprises de la MRC de Portneuf et de la ville de Québec, étude menée pour le compte du comité Québec multilingue, Québec, 2007, p. 15.

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Date de modification :
2020-09-18