Notes pour une allocution aux employés de Statistique Canada sur la Journée de la dualité linguistique

Ottawa (Ontario), Le 11 septembre 2014
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Début de dialogue

Good morning, bonjour.

Avant toute chose, je tiens à vous remercier de votre participation. C’est pour moi un plaisir d’être ici aujourd’hui, à Statistique Canada, dans le cadre de vos activités de la Journée de la dualité linguistique. Cette année marque le sixième anniversaire de cette journée.

J’aimerais remercier Jean-Pierre Corbeil de son invitation et de son engagement envers la promotion de la dualité linguistique à Statistique Canada. Le travail de Jean-Pierre et de son équipe sur les langues officielles au Canada sert de référence au Commissariat aux langues officielles, depuis de nombreuses années. Chacune de ses analyses raffine notre compréhension de la situation linguistique.

Je ne vous apprends peut-être rien en vous disant que la dualité linguistique est une valeur immuable de la société canadienne et qu’elle s’inscrit dans la nature même du Canada. Pourtant, surtout à la fonction publique, on oublie souvent que l’identité de ce pays s’est construite en anglais et en français, et que la conversation nationale continue de se dérouler en anglais ET en français.

La dualité linguistique demeure une valeur importante pour la société canadienne, mais à plus forte raison pour la fonction publique.

La journée de la dualité linguistique, ce n’est pas la Journée internationale de la francophonie. Aujourd’hui, nous célébrons nos deux langues officielles et nous soulignons l’importance d’utiliser l’anglais et le français au travail.

En tant qu’employés de Statistique Canada, vous jouez un rôle important dans les activités quotidiennes du gouvernement fédéral – vous aidez d’autres ministères et organismes gouvernementaux à élaborer et évaluer les politiques et les programmes publics, et à prendre des décisions au profit de tous les Canadiens.

Vous avez une énorme responsabilité en ce qui a trait à la promotion de la dualité linguistique en tant que valeur. Si vous travaillez déjà dans les deux langues officielles, bravo! Et si travailler davantage dans votre langue seconde fait partie de vos objectifs professionnels, ou même personnels, je vous encourage à la pratiquer le plus souvent possible – au travail comme dans votre vie personnelle.

Dans les prochaines décennies, notre société continuera de connaître d’importants changements sociodémographiques. À titre d’exemple, des projections récentes – que vous avez compilées, par surcroît – montrent que d’ici 2031, entre 25 et 28 p. 100 des Canadiens naîtront à l’étranger. On peut donc s’attendre à une augmentation constante de la proportion de Canadiens dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais. C’est tout ce qu’il y a de plus logique, lorsqu’on sait que le Canada accueille annuellement plus de 250 000 immigrants, depuis de nombreuses années.

Certaines personnes soutiennent qu’en raison de l’intensification de la diversité culturelle au Canada, les exigences linguistiques dans la fonction publique fédérale constituent une barrière pour les membres des minorités visibles. C’est une perception qui s’avère erronée.

En fait, dans une étude menée par la Commission des droits de la personne sur les Canadiens âgés de 20 à 49 ans et membres d’une minorité visible, nous avons constaté qu’ils étaient légèrement plus nombreux que les Canadiens anglophones à pouvoir utiliser les deux langues officielles du Canada, toutes proportions gardées. Les plus récentes données de Statistique Canada ont d’ailleurs confirmé qu’une proportion supérieure d’allophones – c’est-à-dire ceux dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais – maîtrisent les deux langues officielles du Canada comparativement aux anglophones. Ces allophones parlent donc au moins trois langues.

On peut donc s’attendre à ce que les mêmes tendances s’appliquent à la fonction publique. Les nouvelles générations de fonctionnaires se composeront de plus en plus de gens dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais et qui seront encore plus nombreux que les anglophones à parler les deux langues officielles.

Certains gestionnaires m’ont déjà confié qu’ils étaient très impressionnés par les compétences linguistiques de leurs employés allophones. L’acquisition de compétences linguistiques deviendra de plus en plus importante pour les fonctionnaires et ceux qui souhaitent le devenir, et constituera un critère de sélection de plus en plus pertinent pour les gestionnaires qui auront des postes à pourvoir dans un avenir peu lointain.

Mais aujourd’hui, comment pouvez-vous promouvoir la dualité linguistique dans le cadre de votre travail à Statistique Canada? Je pense à des gestes tout simples qui ont toujours un grand impact, comme prononcer un discours, animer une réunion et envoyer des courriels, dans les deux langues officielles.

De nombreux cadres de la fonction publique qui travaillent dans les deux langues officielles m’ont dit qu’ils avaient de la difficulté à comprendre pourquoi certains de leurs gestionnaires et même de leurs collègues sont réticents à travailler dans les deux langues malgré leurs obligations linguistiques. Je vous avoue que cela me laisse encore perplexe. Pourtant, de nombreux fonctionnaires relèvent tous les jours ce défi bien réel!

C’est une chose de suivre une formation linguistique pour obtenir ses « B » ou ses « C », mais s’en est une autre de mettre ses acquis en pratique. It’s a whole different ball game. Obtenir la note de passage pour son niveau linguistique ce n’est que le début pour prouver qu’on a l’étoffe d’un leader qui gère du personnel bilingue dans la fonction publique fédérale. Et la toute dernière étape pour prouver qu’on a cette étoffe de leader juste avant de partir à la retraite est de partir en ayant maintenu ses niveaux linguistiques.

La formation linguistique est un élément clé du perfectionnement professionnel, et elle permet aux fonctionnaires de parfaire leurs compétences en leadership pour progresser dans leur carrière.

C’est la raison pour laquelle nous avons réalisé l’étude intitulée Défis : Un nouvel environnement pour la formation linguistique dans la fonction publique fédérale.

Elle souligne l’importance de la motivation des employés dans l’apprentissage de la langue seconde et le maintien des acquis. Il faut non seulement s’assurer que la formation linguistique est incluse dans les plans de carrière, mais également voir à ce qu’elle ne soit pas reléguée au second rang. Je félicite d’ailleurs les fonctionnaires qui agissent en ce sens.

Lorsque la responsabilité de la formation linguistique est passée de l’École de la fonction publique du Canada aux institutions fédérales, je craignais que le programme ne soit simplement intégré à la formation générale et qu’il devienne impossible de se faire une idée de ce qui est réalisé. Le fait que nous ayons pu recueillir autant de renseignements pour l’étude est encourageant.

De nombreux ministères prennent au sérieux leur responsabilité en matière de formation linguistique et mettent en place des systèmes pour mesurer les progrès, malgré des contraintes budgétaires.

Mais il y a aussi la responsabilisation des fonctionnaires; si vous réussissez votre formation linguistique et que vous obtenez vos « C », vous devez vous maintenir à ce niveau! On ne peut pas tout simplement suivre une formation intensive dans sa langue seconde tous les cinq ans en vue d’obtenir ses niveaux linguistiques pour ensuite les oublier pendant quatre ans et demi; ce n’est pas respecter la dualité linguistique, et ce n’est certainement pas l’objectif de la formation linguistique. Il incombe à vos organisations d’offrir ces formations – mais chacun de vous a l’obligation de maintenir ses acquis. C’est une question de respect et de professionnalisme.

Apprendre une langue seconde – ou même, dans certains cas, une troisième ou une quatrième langue – est un véritable défi professionnel ou même personnel, peu importe l’âge que vous avez.

Mais lorsque vous le relevez, c’est un défi qui rapporte beaucoup, et pendant longtemps. Toute votre vie, si vous l’entretenez. Vivre en français et en anglais vous donne la chance de faire encore plus de rencontres, plus de découvertes. Comme on dit en anglais– it’s the gift that keeps on giving.

Dans notre contexte de mondialisation et de surabondance d’informations, il faut comprendre que l’apprentissage de l’autre langue officielle est une passerelle entre vous et le reste du monde, et non pas un obstacle. Les allophones qui immigrent au Canada pour y étudier, y travailler et y rester l’ont compris.

Au sein de la fonction publique, la minorité linguistique peut souvent changer, surtout ici, dans la région de la capitale nationale. Elle n’est pas déterminée par les frontières provinciales, mais par les décideurs!

Les employés ont tendance à se conformer à la langue de prédilection du gestionnaire. C’est un réflexe qu’il faut apprendre à désamorcer.

Cela représente également un défi pour les gestionnaires. Un cadre m’a récemment souligné qu’il importe d’avoir un certain degré de confort pour jouer un rôle de leader. Il m’a demandé conseil parce qu’il ne se sentait pas suffisamment à l’aise dans sa langue seconde pour projeter une image adéquate de leader.

Sa question m’a marqué. Il est vrai que personne ne veut manquer de clarté ou paraître hésitant en essayant d’inspirer et de faire participer des collègues et des employés.

Je sympathisais : l’été où j’ai appris le français, un compagnon très bilingue m’a confié que je me comportais très différemment lorsque je m’exprimais en français. « Bien sûr que je suis différent! », lui ai-je répliqué, « je suis stupide, je m’exprime mal et je n’ai aucun sens de l’humour! »

À mon entrée en fonction en 2006, je n’étais pas certain de la qualité de mon français. Ma dernière formation officielle remontait à près de 30 ans, et il s’agissait d’un cours du soir pour adultes. Je n’avais jamais passé d’examen.

Mon chef de cabinet a d’abord fait peu de cas de mes inquiétudes, puis m’a proposé d’embaucher un cadre à la retraite du Commissariat, qui avait renoué avec sa première passion : l’enseignement des langues. Mais au lieu de nous concentrer sur l’apprentissage de la langue, nous avons consacré toutes nos séances à l’étude de la Loi sur les langues officielles, un article à la fois… et en français!

Plusieurs années plus tard, j’ai embauché un formateur en milieu de travail pour m’aider à résoudre un problème récurrent de gestion. Et nous nous exprimions en français durant nos séances. Pratiquer sa langue seconde exige de sortir de sa zone de confort – c’est comme ça qu’on apprend.

Puisque la compétence en langue seconde est un aspect essentiel du leadership, pourquoi ne pas étudier les compétences en leadership dans votre langue seconde?

La dualité linguistique n’est pas un poids qui nous freine : au contraire, elle nous permet d’avancer, d’entrevoir l’avenir de la fonction publique avec optimisme. Il est important de faire en sorte que la dualité linguistique reste au cœur de nos débats sociaux et de nos responsabilités de fonctionnaires – elle nous permet de mieux servir la population canadienne.

La réussite des politiques linguistiques de votre ministère dépend de votre comportement, de vos gestes, des messages que vous faites passer et du cœur que vous y mettez. Je vous invite donc à participer aux activités de promotion de la dualité linguistique de votre ministère, comme vous le faites aujourd’hui.

La dualité linguistique appartient à chacun d’entre vous, peu importe votre langue maternelle ou le profil linguistique de votre poste. Soyez fiers de vos langues officielles – et du rôle que vous jouez dans la promotion de la pleine reconnaissance et de l’usage du français et de l’anglais dans la fonction publique, et la société canadienne.

Merci. S’il reste encore du temps, j’aimerais bien écouter vos commentaires et répondre à vos questions.

Date de modification :
2020-09-18