Notes pour une comparution devant le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes concernant le développement économique des communautés de langue officielle en situation minoritaire

Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles
Ottawa (Ontario), Le 8 mai 2014

Seul le texte prononcé fait foi

 

Beginning of dialog

Monsieur le Président, honorables membres du Comité, je vous remercie de me donner l’occasion de témoigner devant vous de l’importante question du développement économique des communautés de langue officielle en situation minoritaire. C’est un sujet complexe et diversifié, mais peu étudié. Comme les représentants des communautés qui se sont présentés devant vous l’ont mentionné, le manque de recherche et de données constitue une sérieuse lacune pour ce qui est de bien comprendre cet enjeu et de cibler des pistes d’actions prometteuses. Je suis donc heureux que le Comité se penche sur cette question et j’espère que d’autres emboîteront le pas.

Comme certains témoins l’ont mentionné au cours des dernières semaines, des possibilités se dessinent à l’horizon en matière de développement économique pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire, que ce soit sur le plan du commerce international, de l’immigration économique ou d’autres domaines pour les entrepreneurs, de même que pour les petites et moyennes entreprises.

Lors de mes rencontres un peu partout à travers le pays, j’ai remarqué qu’il y avait un potentiel considérable au sein des communautés de langue officielle de plusieurs régions en ce qui concerne l’entrepreneuriat, le développement économique et la créativité. Pour exploiter ce potentiel et saisir les occasions qui se présentent, les communautés francophones et anglophones en situation minoritaire doivent cependant disposer d’outils et de ressources.

Au début de mon mandat, j’ai amorcé une série d’études qui portait sur la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire dans plusieurs régions du Canada. Ces études, qui ont permis la mobilisation de divers partenaires, ont montré que malgré des similarités, chaque communauté a une réalité qui lui est propre. J’ai observé qu’au-delà des enjeux, chacune d’elle a aussi des aspirations qui lui permettent de se mobiliser.

Bien que la situation économique des francophones et des anglophones de différentes régions du pays soit aujourd’hui comparable à celle de la majorité, cette situation varie beaucoup d’une région à l’autre et les communautés continuent de faire face à de grands défis. Les témoins l’ont dit : chaque région, chaque communauté est unique et, bien que des pratiques exemplaires s’appliquent à plusieurs communautés, il n’y a pas qu’une seule recette au succès.

Dans l’Ouest, par exemple, l’économie est solide, les besoins en main-d’œuvre sont nombreux et cela entraîne une forte mobilité de travailleurs des régions du Canada et de l’étranger. Les communautés francophones de ces régions doivent d’ailleurs disposer de plus de ressources afin de satisfaire à une demande croissante en matière de services et de soutien à la communauté. Dans certaines régions de l’Atlantique et du nord et du sud-ouest de l’Ontario, on connaît au contraire une situation économique difficile et un exode des jeunes vers les grands centres urbains, ce qui menace la pérennité de la communauté et la relève entrepreneuriale. Au Québec, de jeunes anglophones ont de la difficulté à accéder au marché du travail ou sont sous-employés. Ils quittent la province pour s’établir ailleurs, ce qui fragilise la revitalisation de la communauté.

Il faut donc que les institutions fédérales demeurent à l’écoute et qu’elles tiennent compte de ces différences lorsqu’elles créent des programmes et des politiques d’appui au développement économique et à l’intégration au marché du travail. Il est également nécessaire que ces institutions fassent preuve de flexibilité. En contexte minoritaire, la mise en œuvre de mesures positives ne comporte pas toujours une action de grande envergure. Parfois, de petites actions feront une différence considérable dans la mobilisation et le développement d’une communauté.

N’oublions pas que l’emploi, l’éducation et l’immigration sont des domaines partagés avec les gouvernements provinciaux et territoriaux. Le gouvernement fédéral, dans le transfert de programmes et de fonds vers les provinces et les territoires, doit s’assurer que ces derniers sont sensibilisés aux besoins des communautés de langue officielle et à la nécessité de consulter ces communautés pour bien comprendre les enjeux qui leur sont propres. À cet effet, il faudrait veiller à ce que les ententes fédérales-provinciales/territoriales comprennent des clauses linguistiques solides et des mécanismes de reddition de comptes pour faire en sorte que les besoins des communautés sont pris en considération.

Une économie en santé, des possibilités d’emplois, la présence d’entrepreneurs et d’employeurs et des occasions de développement peuvent avoir une influence positive sur la capacité d’une communauté à maintenir son dynamisme, à inciter ses jeunes à y rester et à amener de nouveaux travailleurs et de nouveaux arrivants à s’y établir. Rappelons-nous que lorsqu’une communauté élabore un projet touristique, crée un événement ou un produit culturel, ou développe une coopérative, ces actions se répercuteront bien au-delà de cette dernière.

Au fil des ans, des communautés francophones et acadiennes ont ciblé l’immigration comme une piste d’avenir, une voie pour assurer leur épanouissement. Ces dernières années, le gouvernement fédéral a travaillé à la modernisation du système d’immigration canadien qui met l’accent sur l’économie, une intégration plus rapide au marché du travail et le recrutement d’immigrants qui possèdent des compétences recherchées au Canada. Le nouveau système donne priorité à l’économie et au rôle des employeurs. Dans ce contexte, il importe de promouvoir les communautés francophones en situation minoritaire comme des partenaires de choix et une valeur ajoutée dans l’attraction et la rétention des nouveaux arrivants. Que ce soit par les services et les ressources en français qu’elles offrent, les infrastructures dont elles disposent ou leur expertise, ces communautés sont en bonne position pour appuyer les employeurs, les immigrants et leurs familles. Il est donc essentiel qu’elles disposent des outils nécessaires pour bâtir des ponts avec les employeurs francophones et anglophones et avec les provinces en vue de tirer profit du nouveau système d’immigration.

De près ou de loin, plusieurs secteurs touchent au développement économique, tels que les arts et la culture, l’éducation, l’immigration, etc. La collaboration des différents secteurs et des intervenants et la mise en valeur des domaines d’expertise de chacun deviennent donc la clé de la réalisation et du succès de nombreux projets communautaires. Les représentants des secteurs, tout comme ceux des institutions fédérales, doivent travailler en commun à l’épanouissement des communautés en y apportant leurs compétences propres.

Sur cette note, Monsieur le Président, je voudrais conclure en vous remerciant, de même que les membres du Comité, pour le travail qu’ils ont entrepris pour réaliser cette étude que je lirai avec attention.

Merci.

Date de modification :
2018-09-13