Droits et enjeux linguistiques à l’ère de la mondialisation - Notes pour une allocution à l’assemblée inaugurale de l’Association internationale des commissaires linguistiques

Notes pour une allocution à l’assemblée inaugurale de l’Association internationale des commissaires linguistiques

Barcelone, Espagne, le 21 mars 2014
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Good morning, bonjour, hola!

Gràcies a Rafael Ribó per la seva invitació i la seva hospitalitat. (phrase en catalan : Rafael Ribó, je vous remercie de votre invitation et de votre hospitalité.

Es magnífico estar aquí en esta maravillosa ciudad, Barcelona. (phrase en espagnol : Quelle joie de me trouver ici dans la ville prodigieuse qu’est Barcelone.)

J’ai le grand plaisir de m’adresser à vous en cette toute première assemblée de l’Association internationale des commissaires linguistiques. J’aimerais tout d’abord remercier Seán Ó Cuirreáin de l’accueil qu’il nous a réservé l’an dernier en tant qu’hôte lorsque nous nous sommes engagés dans cette entreprise, tout comme je le remercie du travail accompli à titre de secrétaire. Je tiens également à le saluer pour le courage et la lucidité dont il a fait preuve en démissionnant de son poste de commissaire aux langues en Irlande et en nous expliquant de façon tellement prenante pourquoi il s’est trouvé dans l’obligation de le faire.

Seán a mis clairement en évidence la fragilité des droits linguistiques et la nécessité d’exercer une vigilance de tous les instants pour les protéger. Rien de plus simple pour les gouvernements, comme il l’a fait valoir devant un comité parlementaire le 23 janvier, que de se contenter de la posture se résumant par la formule « parlez irlandais (ou toute autre langue minoritaire) entre vous, mais ne vous adressez pas à nous dans cette langueNote de bas de page 1! »

Il a mis le doigt sur l’obligation première de tout État qui s’engage à protéger les droits linguistiques d’offrir des services dans la langue officielle de préférence des citoyens et de se garder d’exiger que ceux-ci apprennent l’autre langue officielle pour traiter avec l’État. Je suis impatient de l’entendre nous exposer ses vues à cet égard dans quelques minutes.

J’aimerais aussi remercier Pär Stenbäck, ancien ministre de l’éducation et des affaires étrangères de la Finlande, qui nous a inspirés et guidés au cours des étapes cruciales ayant permis d’établir les fondements de l’association.

Notre organisation n’en est encore qu’à ses premiers pas. En tant que commissaires, nous sommes tous unis par nos mandats alors qu’ils nous incombent en tant que représentants indépendants relevant de nos parlements ou de nos législatures de rendre compte de la façon dont nos gouvernements s’acquittent de leurs responsabilités en matière de droits linguistiques. Nous sommes des ombudsmans. Nous recevons des plaintes, nous menons des enquêtes et nous produisons des rapports sur celles-ci de manière juste et objective.

Nous jouons un rôle important non seulement en faveur de la survie des communautés linguistiques en situation minoritaire, mais également au chapitre de leur croissance et de leur développement.

Certains d’entre nous relèvent de gouvernements nationaux, d’autres d’États ou de gouvernements régionaux.

Mais nous partageons tous un engagement implicite à l’égard de la diversité linguistique et de l’importance des langues à titre de composante cruciale de l’identité collective.

Les scientifiques reconnaissent depuis un certain temps déjà que les langues du monde sont menacées. En fait, une langue s’éteint toutes les deux semaines avec la mort de son dernier locuteurNote de bas de page 2.

Mais d’une façon générale, les membres de cette association ne s’occupent pas de langues en voie d’extinction. Au contraire, nous devons faire face aux défis de la vitalité des langues – voire dans quelle mesure les communautés linguistiques peuvent s’épanouir.

En 2003, le Groupe d’experts spécial de l’UNESCO sur les langues en danger a établi neuf critères définissant le degré de vitalité d’une langue :

  • la transmission de la langue d’une génération à l’autre;
  • l’attitude des membres de la communauté vis‐à-vis de leur propre langue;
  • les glissements dans les domaines d’emploi de la langue;
  • les attitudes et politiques linguistique au niveau du gouvernement et des institutions, notamment l’usage et le statut officiels;
  • le type et la qualité de la documentation;
  • la réaction face aux nouveaux domaines et médias;
  • l’accessibilité des matériels d’apprentissage et d’enseignement des langues;
  • le taux de locuteurs sur l’ensemble de la population;
  • le nombre absolu de locuteurs.

Nos commissariats ne règlent pas ni ne peuvent régler l’ensemble de ces problèmes. En fait, nos efforts portent forcément sur ce que l’UNESCO appelle les « attitudes et politiques linguistiques au niveau du gouvernement et des institutions – usage et statut officielsFootnote 3. »

Mais nous pouvons tous jouer un rôle dans la protection des droits linguistiques et des communautés linguistiques en situation minoritaire ainsi que dans la promotion de l’apprentissage et de l’utilisation des langues minoritaires, y compris leur acceptation par les communautés majoritaires.

Ce rôle représente lui-même parfois un défi dans un monde où la communication internationale croît à un rythme exponentiel et où l’anglais est devenu la langue dominante de la recherche scientifique et du commerce international.

Dans tous les pays, on entend l’argument qu’il est plus important d’apprendre une langue internationale – principalement l’anglais, mais souvent également l’espagnol ou le russe – plutôt qu’une langue nationale minoritaire. C’est donc à nous qu’il revient de parler en faveur de de l’essor des langues minoritaires en tant qu’élément clé de l’identité nationale, ainsi que pour l’idée de la diversité linguistique considérée comme un atout plutôt que comme une charge.

Nous n’avons pas fondé cette organisation de manière à trouver une solution magique ou pour exporter les politiques linguistiques d’un pays dans le reste du monde.

Mais nous en sommes arrivés à la conclusion que nous pouvons tous tirer profit de la mise en commun de nos diverses expériences de ce qui a marché et de ce qui n’a pas marché, comme de nos réussites et de nos difficultés. J’ai le plaisir d’annoncer aujourd’hui le lancement de notre nouveau site Web qui servira à établir notre présence publique.

Sur ce, je vous souhaite une rencontre des plus agréables et des plus fructueuses dans cette ville prodigieuse.

Merci.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Seán Ó Cuirreáin, Translation of speaking notes; An Coimisinéir Teanga, Seán Ó Cuirreáin at the Houses of the Oireachtas Sub-Committee on the 20-Year Strategy for the Irish Language, 23 janvier 2014.

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Note de bas de page 2

Raveena Aulakh, « Dying languages: scientists fret as one disappears every 14 days », Toronto Star, 15 avril 2013; Thomas H. Maugh II, « Researchers say a language disappears every two weeks », Los Angeles Times, 19 septembre 2007.

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Note de bas de page 3

Groupe d’experts spécial de l’UNESCO sur les langues en danger, Vitalité et disparition des langues.

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Date de modification :
2018-09-13