Notes pour une allocution à la Fédération de la jeunesse canadienne-française

Ottawa (Ontario), le 10 janvier 2014
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Beginning of dialog

Bonjour. Je suis très heureux d’être ici aujourd’hui parmi vous pour parler des langues officielles et de la francophonie, ainsi que pour discuter de mon rôle et de mon mandat à titre de commissaire aux langues officielles du Canada.

D’abord, je tiens à vous féliciter de votre participation au Parlement jeunesse. Une des expériences les plus importantes de ma vie d’étudiant fut de participer à des simulations de l’Assemblée générale des Nations Unies. L’expérience de prendre part aux débats de façon spontanée et improvisée a été pour moi fondatrice.

En plus de vous entretenir de mon travail de commissaire, j’aimerais aussi me pencher sur l’importance de l’engagement de la jeunesse pour assurer la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Mais tout d’abord, je veux féliciter la Fédération de la jeunesse canadienne-française pour ses 40 ans d’existence et d’engagement auprès des jeunes francophones à travers le pays. La FJCF est un maillon important du réseau associatif francophone. Vous contribuez aux débats et participez à la mobilisation collective tout en préparant l’avenir.

La Fédération est le plus grand réseau de jeunes d’expression française en milieu minoritaire au Canada. En réunissant et en rassemblant de jeunes francophones de partout au pays, elle contribue à la synergie collective et au renforcement de la francophonie canadienne. En plus d’aider les jeunes francophones à réaliser leur potentiel, vous démontrez que l’espace francophone ne s’arrête pas aux frontières d’une localité ou d’une province. Votre présence ici à Ottawa et les débats qui se tiendront illustrent clairement votre engagement envers la langue française et la francophonie canadienne.

L’un des aspects de mon travail que j’apprécie le plus, en tant que commissaire aux langues officielles, consiste à rencontrer de jeunes Canadiens et Canadiennes qui s’intéressent aux enjeux importants pour l’avenir du pays tels que le marché de l’emploi, la politique, l’environnement et, bien sûr, les langues officielles. J’apprends toujours quelque chose de neuf.

Je suis particulièrement curieux de savoir ce que vous pensez de nos deux langues officielles et de la dualité linguistique. Mais, avant de vous le demander, je devrais peut-être vous expliquer qui je suis et ce que je fais.

Avant d’être nommé commissaire aux langues officielles en 2006, j’ai été journaliste à Toronto, Montréal, Québec, Washington et Ottawa. La dualité linguistique m’a toujours fasciné et, il y a plus de sept ans, j’ai décidé de poser ma candidature au poste que j’occupe maintenant et de quitter le journalisme.

La Loi sur les langues officielles, en vigueur depuis 1969, a créé mon poste et défini mes responsabilités. Mon mandat consiste à veiller au respect du statut de l’anglais et du français en tant que langues officielles. Cela veut dire que je veille à ce que les institutions fédérales se conforment à la Loi sur les langues officielles et fassent la promotion des langues officielles dans la société canadienne.

Je suis l’ombudsman des langues officielles au Canada. Cela veut dire que j’agis comme protecteur des droits linguistiques. Les Canadiens peuvent s’adresser à moi lorsqu’ils estiment que leurs droits linguistiques ne sont pas respectés par une institution fédérale. Bref, j’encourage… et je dérange. Pour assurer ce double rôle, je me sers des outils que me donne la Loi.

À titre de commissaire aux langues officielles, je suis un agent du Parlement. Depuis un certain temps au Canada, on utilise le terme agent du Parlement pour désigner les huit personnes qui rendent compte aux parlementaires de l’efficacité du gouvernement en matière de protection de la vie privée, d’éthique, de conduite de scrutins, de vérifications, et cetera. Cela nous distingue des autres qui travaillent directement pour le Parlement, comme le greffier.

On pourrait faire valoir que chacun de ces huit postes a été créé en réponse à un problème auquel se butaient les parlementaires alors que ceux-ci avaient besoin d’une source d’information distincte de la bureaucratie qui, pour sa part, relève de l’exécutif. Je nous vois comme les garants des valeurs canadiennes.

Un agent du Parlement n’est pas un fonctionnaire au sens traditionnel du terme; nous ne soumettons pas de rapport par l’entremise d’un ministre et nous ne sommes pas tenus de travailler en fonction des priorités du gouvernement en place. Nous ne sommes pas non plus des hauts fonctionnaires du Parlement, comme l’est le sergent d’armes ou encore la greffière de la Chambre des communes, qui contribue à la gestion des débats et des travaux parlementaires. Cela dit, je communique assez régulièrement avec les parlementaires qui siègent à des comités de la Chambre et du Sénat, et ce, de façon tant formelle qu’informelle.

À titre de commissaire, je considère mon rôle comme étant celui d’un bâtisseur de ponts entre les divers acteurs de l’univers linguistique canadien. La dualité linguistique constitue une composante essentielle de notre identité nationale. J’aborde donc mon mandat avec l’objectif d’encourager le dialogue et la création d’une synergie entre les Canadiens et les Canadiennes francophones et anglophones, les citoyens de toutes les origines et les institutions fédérales. Je dois promouvoir la dualité linguistique au sein de l’administration fédérale et dans l’ensemble de la société canadienne. Cette facette de mon travail me tient particulièrement à cœur.

J’ai vraiment pris conscience de la réalité linguistique du Canada quand j’avais 18 ans. À l’été 1965, j’avais obtenu un emploi d’été au fort Lennox, sur la rivière Richelieu, tout près de Montréal, au Québec. J’y faisais des fouilles archéologiques dans le cadre d’un projet et la langue de travail était le français. Ce fut un véritable choc. Je me trouvais dans mon propre pays, mais je ne le connaissais pas. Je ne comprenais pas ce que les autres étudiants disaient. Aussi, j’ai beaucoup écouté et j’ai posé de nombreuses questions. En plus d’apprendre le français, j’ai éprouvé alors un vif intérêt et une passion pour le Québec et la francophonie qui ne se sont jamais démentis.

Ma grande curiosité et ma soif de découverte ont été les éléments déclencheurs de ma carrière. Ils m’ont poussé à travailler dans les deux langues officielles comme journaliste. Votre participation à un programme comme le Parlement jeunesse pancanadien signifie que vous savez déjà à quel point il importe de parler nos deux langues officielles pour vos études et votre future carrière.

Je ne vous apprends rien en vous disant que le monde a beaucoup changé. Les frontières linguistiques sont de plus en plus perméables. De nos jours, on communique électroniquement instantanément. Rester à flot exige un effort constant. Une seule langue ne suffit plus pour gérer toute l’information qui nous vient des quatre coins du monde. Je suis toujours impressionné par les jeunes Canadiens et Canadiennes qui ont appris leur deuxième langue et qui par la suite apprennent une troisième ou une quatrième langue à l’étranger.

Qu’est-ce qui attend le Canada dans le domaine des langues officielles? Quels défis devront être relevés au cours des trois prochaines années de mon mandat?

L’immigration et les changements démographiques qu’elle amène sont des questions critiques pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire et pour le pays. Cette diversité nouvelle que vous voyez dans les écoles, les collèges ou les universités que vous fréquentez est une grande richesse. Elle apporte un souffle nouveau et un nouveau dynamisme à la collectivité. Toutefois, il est important que le gouvernement fédéral et tous les autres partenaires en matière d’immigration s’assurent d’intégrer la dimension linguistique de l’immigration au Canada.

Les médias sociaux continueront de transformer la façon dont le gouvernement interagit avec les citoyens. En effet, le public s’attend plus que jamais auparavant à recevoir une réponse immédiate dans les deux langues officielles. Cela représente à la fois un défi considérable et une occasion formidable en matière de politique linguistique.

Les Jeux panaméricains et parapanaméricains auront lieu à Toronto à l’été 2015 et seront suivis d’une série de célébrations majeures dont le point culminant sera le 150e anniversaire de la Confédération canadienne en 2017. Je vois ces événements comme le moment idéal pour le gouvernement fédéral d’afficher clairement son engagement envers les langues officielles. Pendant les étapes de la planification et durant la tenue de ces événements, il sera crucial d’être inclusif et de respecter les besoins des deux communautés de langue officielle afin d’avoir des Jeux véritablement bilingues.

Les langues officielles représentent l’une des caractéristiques fondamentales de l’identité canadienne. Nous avons besoin de sentir que ces deux langues nous appartiennent et qu’elles font partie de notre identité nationale, même si nous n’en parlons qu’une seule. Nous devons encore relever le défi qui consiste à adhérer pleinement à la dualité linguistique et à en faire une valeur canadienne fondamentale, peu importe la langue que nous parlons.

En venant passer quelques jours ici dans la capitale du Canada, vous voyez jusqu’à quel point le français et l’anglais sont des langues de travail, des langues de débat, des langues de leadership, et combien elles font partie de notre identité nationale. Du moins, je l’espère! Ottawa n’étant pas toujours un modèle de bilinguisme.

Oui, votre génération fait face à de grands défis, mais, en même temps, vous bénéficiez d’un accès sans précédent à l’information. Vous disposez d’outils que vos parents ne possédaient pas. Les nouvelles technologies vous ouvrent des portes extraordinaires. Vous pouvez explorer les cultures francophone et anglophone avec votre seule souris.

Le Canada compte des milliers de jeunes qui, comme vous, ont le français à cœur et qui souhaitent garder cette langue vivante et ne demandent pas mieux que de créer des liens avec d’autres jeunes membres de communautés francophones.

S’il existe une qualité essentielle de nos jours, c’est bien la curiosité. Je vous invite donc à être curieux de savoir ce qui se passe dans votre coin de pays, mais aussi ailleurs au Canada. Votre maîtrise des deux langues officielles vous permet de communiquer directement avec 95 pour cent de la population canadienne. Les portes vous sont grandes ouvertes.

Comme je l'ai dit plus tôt, je suis curieux de savoir ce que vous pensez de nos deux langues officielles et de la dualité linguistique. Si je vous demandais de réfléchir à un enjeu de la francophonie pour les années à venir ou à ce qui importe le plus aujourd’hui aux francophones, que me répondriez-vous?

Je terminerai là-dessus et répondrai volontiers à vos questions.

Merci beaucoup.

Date de modification :
2020-09-18