Archivé - Notes pour une comparution devant le Comité permanent des langues officielles

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Ottawa (Ontario), le 2 décembre 2013
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi


Début de dialogue

Monsieur le président, membres du Comité, bonjour.

Je suis enchanté de me trouver cet aujourd'hui devant ce Comité afin de discuter des programmes d'immersion – une approche à l'apprentissage qui permet aux jeunes Canadiens et Canadiennes d'acquérir un sens de l'identité bilingue de notre pays.

À travers tout le Canada, les programmes d'immersion connaissent encore aujourd'hui un succès sans pareil. Plus de 300 000 jeunes Canadiens ont la possibilité de faire l'acquisition de leur seconde langue tous les jours en milieu scolaire. Il en est ainsi grâce en grande partie aux efforts et au dévouement des parents et du personnel scolaire. En effet, l'énergie et le soutien que les conseils scolaires, les directeurs, les enseignants, les parents et des organismes tels que Canadian Parents for French consacrent à ces programmes favorisent la survie et même l'essor de ceux-ci.

Pour sa part, le gouvernement fédéral a alloué en moyenne au cours des quatre dernières années 86 millions de dollars par année aux provinces pour l'éducation en langue seconde. Des investissements effectués dans des programmes d'immersion partout au pays ont créé une nouvelle génération de Canadiens bilingues, dont plusieurs se trouvent maintenant dans des établissements postsecondaires.

Le succès des diplômés de l'immersion, dont la ministre du Patrimoine canadien, Shelly Glover, et son prédécesseur, l'honorable James Moore, prouvent la valeur du programme.

Il y a quelques années, j'ai rencontré le père d'un ministre de la Couronne qui m'a raconté avec fierté comment lui et plusieurs membres de la famille avaient dû se relayer toute la nuit pour faire la file afin que sa petite-fille puisse être inscrite à un programme d'immersion en français.

Cette histoire a éveillé en moi des sentiments contradictoires. D'un côté, il était inspirant de pouvoir constater à quel point le Canada était suffisamment égalitaire pour que même un ministre ne se voit accorder aucun accès privilégié à l'immersion pour un proche et que les membres de sa famille aient ainsi à se relayer toute la nuit. En revanche, que l'accès à l'immersion ressemble à un concert des Rolling Stones où chacun tente comme il peut de se procurer des billets est une façon aberrante de régler ce qui devrait être un droit universel à un apprentissage de qualité de la langue seconde. Le fait qu'il faille encore une telle détermination, quatre décennies après l'expérience largement concluante au Québec du Dr Wallace Lambert, est des plus préoccupants.

De telles anecdotes mettent en lumière les réalités et les difficultés de l'immersion, de même qu'elles nous donnent une idée de la nature des programmes d'immersion, des mesures à prendre pour assurer leur survie et des avantages que les personnes, les familles et des collectivités entières peuvent en tirer. Toutefois, l'immersion ne constitue pas une panacée et ce n'est pas non plus la seule façon d'apprendre le français. Elle ne doit pas épuiser les ressources qui servent à l'enseignement de base du français au Canada, comme je le crains qu'elle le fasse parfois en attirant les enseignants les mieux qualifiés et les plus dévoués ainsi que les étudiants les plus motivés.

Malgré le haut niveau d'intérêt que suscitent les programmes d'immersion, il existe encore certains défis à surmonter pour que nous puissions atteindre une maîtrise accrue des deux langues officielles parmi les jeunes Canadiens.

Je m'inquiète souvent du fait que les parents unilingues considèrent les programmes de français langue seconde tels que l'immersion comme un système qui produit des diplômés parfaitement bilingues ou comme la seule et unique façon d'apprendre le français. Ces façons de voir se révèlent à la fin irréalistes et contre-productives.

Dans notre économie mondiale, cependant, la chance de pouvoir faire l'apprentissage d'autres langues est en soi un avantage. Elle donne accès à une multitude d'opportunités partout dans le monde. Au Canada, l'apprentissage du français peut être un point de départ non seulement vers le bilinguisme, mais également vers le multilinguisme.

En fait, beaucoup de jeunes qui travaillent aujourd'hui à l'échelle internationale ont fait leurs premières armes en se frottant à leur seconde langue officielle. Quand nous apprenons une deuxième langue, notre capacité à apprendre de nouvelles langues se renforce. De même, il est plus facile d'apprendre une troisième langue quand on en connaît déjà deux. J'ai toujours été impressionné par les jeunes Canadiens qui ont commencé par apprendre nos deux langues officielles et qui ont appris une troisième langue à l'étranger.

Au Canada, l'immersion offre aux étudiants un programme structuré dans le cadre duquel tous les cours, ou un nombre important d'entre eux, sont donnés dans la langue seconde en leur permettant de bénéficier d'un soutien et d'une aide propres à l'apprentissage en langue seconde. Toutefois, il y a beaucoup moins de programmes d'immersion au niveau universitaire au Canada qu'aux niveaux primaire et secondaire.

Pour moi, il est très décevant que, d'année en année, beaucoup d'enfants veulent s'inscrire dans des programmes et des cours d'immersion française, mais doivent y renoncer, notamment parce qu'il manque de place dans les programmes existants ou que des problèmes de financement menacent leur survie. Plusieurs jeunes doivent renoncer à parfaire dans le cadre universitaire les connaissances linguistiques acquises au primaire et au secondaire parce que peu d'établissements postsecondaires canadiens donnent à leurs étudiants la possibilité de suivre des cours de leur champ de spécialisation dans la langue officielle de leur choix.

Quelques établissements postsecondaires, comme l'Université d'Ottawa, l'Université Sainte-Anne et le Collège Glendon de l'Université York, offrent des cours et des programmes d'immersion. En fait, Glendon a récemment créé un programme de maîtrise en affaires publiques et internationales. La création de programmes d'immersion à l'Université Simon Fraser et à l'Université de la Colombie-Britannique est sans aucun doute directement liée au nombre croissant d'étudiants issus de programmes d'immersion offerts dans la province. L'Université St-Boniface recrute activement des étudiants des écoles d'immersion secondaires au Manitoba.

La Faculté Saint-Jean de l'Université de l'Alberta est un exemple intéressant alors que de nombreux étudiants issus de programmes d'immersion choisissent d'y poursuivre leurs études en français. Ce n'est ni par accident, ni uniquement le résultat du travail exemplaire de la Faculté et de son personnel. C'est la preuve du succès des efforts faits par le Edmonton Public School Board depuis l'an 2000 pour améliorer son programme d'immersion et, fort de ce succès, l'enseignement d'autres langues.

Dans les écoles primaires et secondaires, l'objectif que tous les Canadiens aient accès aux ressources nécessaires pour bien apprendre le français et l'anglais est loin d'être atteint. Les embûches liées à l'inscription, comme le contingentement, les files d'attente nocturnes et le système de loterie, gênent toujours l'accès aux programmes d'enseignement en langue seconde dans de nombreuses régions.

Une étude publiée dans les années 1980 faisait état d'une tendance selon laquelle il y aurait un million d'étudiants en immersion en l'an 2000. En raison des plafonds de financement, les inscriptions aux programmes d'immersion se sont stabilisées à environ 300 000.

Il est important d'encourager les immigrants à envoyer leurs enfants en immersion; il ne faut pas les en décourager. Les élèves immigrants qui sont en classe d'immersion m'ont dit qu'apprendre le français les ont faits se sentir plus canadiens. De même, beaucoup de nouveaux arrivants ont exprimé un fort sentiment d'appartenance au Canada simplement du fait que leurs enfants ont appris les deux langues officielles. J'ai aussi remarqué que, dans certains cas, des membres de groupes de minorités visibles maîtrisent mieux le français et l'anglais que les Canadiens unilingues qui sont au Canada depuis des générations. C'est pourquoi les autorités scolaires doivent offrir un meilleur soutien aux parents allophones qui s'intéressent à ces programmes.

Je crois fermement que l'enseignement par immersion devrait faire partie d'un continuum, renforcé par des programmes d'été et des programmes d'échange ainsi que par de fortes mesures d'encouragement de la part des universités, qui saisissent l'importance des candidats étudiants qui ont fait preuve de persévérance et se sont engagés dans un programme scolaire plus difficile à l'école élémentaire et au secondaire.

Au niveau postsecondaire, certaines universités ont augmenté leurs possibilités d'apprentissage en langue seconde, alors que d'autres ont freiné leurs efforts à ce chapitre. Cette baisse de régime s'explique par différents facteurs, notamment parce que le gouvernement du Canada ne manifeste pas assez clairement son besoin de travailleurs bilingues. Le cas échéant, les autorités d'enseignement postsecondaire seraient plus attentives aux avantages associés à l'apprentissage en langue seconde.

Il y a des étudiants qui sont prêts et qui ont le désir d'apprendre dans leur seconde langue officielle et sont capables de le faire. Pour atteindre un réel continuum d'apprentissage en langue seconde, le gouvernement fédéral doit faire preuve de leadership en élaborant une stratégie générale à cet effet. Il faut concevoir un continuum d'apprentissage de la langue seconde qui aille de l'école primaire au niveau postsecondaire et jusqu'au marché du travail.

Je crois que ce continuum est essentiel pour préparer nos jeunes à devenir des employés productifs et des citoyens capables de s'investir pleinement dans la vie civile de leur pays.

C'est pourquoi à l'intérieur de mon étude en 2009 sur l'apprentissage en langue seconde dans les universités canadiennes, je recommande au gouvernement du Canada d'offrir une aide financière aux universités afin que celles-ci élaborent et mettent en œuvre de nouvelles initiatives destinées à améliorer les possibilités d'apprentissage en langue seconde des étudiants.

Je crois qu'on devrait accorder la priorité à l'augmentation du nombre d'échanges et d'occasions concrets pour permettre aux étudiants d'utiliser leur langue seconde et d'interagir avec des locuteurs de cette langue.

Cette étude lancée en 2009 sert aussi d'outil pour les étudiants et les éducateurs ciblant des établissements postsecondaires offrant des programmes de français, mais aussi pour les échanges, le soutien à l'apprentissage, la coordination interétablissements et l'organisation d'activités sociales. Si nous avons décidé d'entreprendre une telle étude, c'est en raison d'un besoin inhérent de connaître les nombreuses options qui s'offrent aux étudiants. Cette étude permettra également de sensibiliser les utilisateurs aux différentes communautés majoritaires et minoritaires de l'ensemble du pays.

Dans mon rapport annuel 2010-2011, j'ai également recommandé au premier ministre de prendre les mesures qui s'imposent pour doubler le nombre de jeunes Canadiens participant chaque année à des échanges linguistiques à court ou à moyen terme aux niveaux secondaire et postsecondaire.

Quant au bilinguisme à l'extérieur du Québec, les données du Recensement de 2011 ont révélé une baisse préoccupante. C'est pourquoi, dans mon rapport annuel lancé récemment, j'ai recommandé au ministre du Patrimoine canadien d'établir des objectifs clairs afin de rehausser le niveau de bilinguisme dans la population canadienne et de renverser le déclin du bilinguisme chez les anglophones en particulier. Aujourd'hui, je suggère au membre de ce Comité de développer et de recommander un plan au ministre qui pourrait être déployé à temps pour le 150e anniversaire de la Confédération en 2017.

Je vais aussi réitérer ma recommandation au gouvernement du Canada d'offrir une aide financière aux universités afin que celles-ci élaborent et mettent en œuvre de nouvelles initiatives destinées à améliorer les possibilités d'apprentissage en langue seconde des étudiants. Pour atteindre un réel continuum d'apprentissage en langue seconde, le gouvernement fédéral doit faire preuve de leadership, en élaborant une stratégie générale à cet effet.

Enfin, je recommande que le gouvernement se réfère au Protocole d'entente relatif à l'enseignement dans la langue de la minorité et à l'enseignement de la langue seconde, qui consolidera les initiatives et les sommes investies dans le cadre de la Feuille de route 2013-2018, afin que les Canadiens désireux d'apprendre les deux langues officielles disposent des outils pour le faire.

Sur ce point, M. le président, j'aimerais conclure ma présentation. Je me ferai maintenant un plaisir de répondre à vos questions et à celles de vos collègues.

Date de modification :
2018-09-13